‹ Les cavaliers athéniens (volume 2)Chapitre 4 sur 43 · L'ÉPOQUE HÉROÏQUE EN ATTIQUE, LES HOPLÈTES · texte numérisé non relu

L'ÉPOQUE HÉROÏQUE EN ATTIQUE, LES HOPLÈTES

La révolution, qui fit succéder à la royauté héroïque le gouvernouont de l'aristocratie se produisit aussi dans l'Attique; mais là, d'après la tradition , elle n'aurait pas eu le caractère de violonce qu'elle présenta dans d'antros pays, la royauté ne laisse pas eu Attique un souvenir odieux (1) ; elle disparaît, au contraire, dans une sorte d'apothéose; le dernier roi meurt en s’immolant pour la patrio (2). Aussi la révolution est-elle indiquée comme s'étant opérée avec des ménagements, par des modifications successives ; la royauté est remplacée par une charge qui lui ressemble beaucoup, l'archontat à vie, après lequel viennent d'abord l'archontat déconnal, eufin l'archontat annuel.

L'aristocratie, qui a gouverné avec la royauté et qui lui a succédé, était-ollo, en Attique aussi, composée de cavaliers, était-elle une chovalcrie ? Ce qu'Aristote dit, d'une façon générale, de la Grbce, #'applique-t-il aussi à Athènes? Le pays n'est pas favorable à la cavalerie (3); cela est vrai; sauf dans les deux grandes plaines de Marathon (4) au nord-est, et de Thria à l'ouest, il est couvert do collines rocheuses, où la pierre , partout à fleur de sol, blesse ct uso les pieds des chevaux (5). Cependant le cheval tient

(1) Fustel de Coulanges, Cit. ant., 208 et suiv.: 287 et suiv.

(2) La légende attribue à la famille royale d'Athènes un autre exemple de dévouement à la patrie, celui des trois filles d'Erechthéc s'offrant à leur père pour être immolées dans la guerre contre Eumolpe (Apollodore, Biblio, 1IL, 15, 4). 5

(3) Hérod., IX, 13 : « Oùre Inragipn # xôpn Av À ’Avtuxf. »

(4) Hérod., VI, 102 : « Kat v yäp 6 Mapañüv érirnfetratov juplov +fc *Arri dvirrsüaus. » Cratinos, frag. 346 (Koch) : « strrorérn Mopti » de

(5) Thue., VII, 27 : le même historien (L, 2, ?) mentionne le ertéreuv de l'Attique ; ces terrains rocailleux étaient appelés pee. Cf. Aristoph., Sco-

dernier héros que les anciens rattachaient l'origine de ces tribus; par un procédé qui leur était familier, ils avaient inventé un éponyme pour chacune d'elles, et ces éponymes, Géléon, Hoplès, Argadès, Aigicorès, étaient, tous les quatre, les fils du père commun de la race iouienne (1).

Cependant ontrouvedéjà, dans l'antiquité, une autreexplication ; déjà Platon (?) semble considérer ces tribus comme des castes à l'exemple de l'Egypte; Plutarque (3) dit : « Quant aux tribus, il » y a des gens qui disent que ce n'est pas des fils d'Ion qu'elles » ont reçu leur nom, mais des genres particuliers dans lesquels » étaient divisées les occupations de la vic; d'une part, les guer- » ricres'appelaient Hoplites , et les ouvricrs Ergadeis ; quant aux » deux autres classes, les laboureurs s'appelaient Geleontes, et » ceux qui s'occupent de pâturages et de bestiaux Aigicoreis. » Cette explication paraît des plus plausibles ; elle s'accorde parfaitement avec ce que nous voyons chez d'autres peuples grecs à la même époque; il faut reconnaître de plus qu'ici sur quatre noms destribus, trois paraissent bien indiquer ce que Plutarque appelle rù yém tüv 6lwv. Cette explication, déjà proposée par l'antiquité, avait donc pour les savants modernes une grande importance. Mais, d'autre part, on donnait pour motif à la suppression de ces tribus par Clisthène, que ce réformateur avait voulu faire disparaître, en les supprimant, l'esprit de particularisme local qui s'était inféodé en elles; et naturellement on voyait là une preuve qu'elles avaient été ou au moins qu’elles avaient fini par être des divisions territoriales. On était donc en présence de deux explications contradictoires , ot les savants se divisaient, les uns adoptant la première, les autres étant pour la seconde. Un des hommes

(1) Eurip., Jon., 1575 et suiv. :

« ol roëde rèp

maïdec yevépevor récaapes bitne ide, érévopor vhs xéripuhou fovèc Aaüv Ecovrai, axérehov ol vaious” duév.

Todéur pv Ecrar mpôros + ira Brürepac … “Omdnres 'Apyaëie rép + dm aiyilos Ev quhov Étour' Aiyixogs. »

Cf. Etienne de Byzance, Alyexépews; Hérod., V, 66.

(2) Timée, p. 21, A. .

(3) Plutarq., Solon, 23 : « Kat räç guhèc elalv ol Héyovres oùx &rd rüv "Tuvos vlüv, d dnd rüv revüv, els & Btypéômrav ol Bio sd pürov, voudra rè pèv péruov “Omitas, rà d dpyatixèy "Eprédes : Buets dè r@v doüv l'okéovras pv vode rumpyoûc, Alyumopets B rodc érl vopate sai mpobarelais Biarpléovrag. » Cf. aussi Btrabon, VIII , 7 (p. 383).

tius (1), appartient par son climat à l'Archipel; elle est, de par sa nature mème, une « portion du monde insulaire. » L'invasion dorienne s'arrête aux frontières de l'Attique; ce pays reste ionien par la population, comme il l'était aussi par le climat et par le sol.

Qu'il y ait eu des invasions partielles, cela est incontestable; par la violence, ou autrement, des étrangers sont parvenus à s'établir sur certains points du territoire. La Tétrapole de Marathon est un de ces points; certaines traditions donnaient ce pays à Xouthos, mais d’autres en faisaient une terre dorienne (2). En tous cas, ces immigrants étrangers n’ont aucun rapport, du moins aujourd’hui nous ne pouvons indiquer aucun rapport entre eux et les Hoplètes; ceux-ci restent les membres d'une tribw ionienne de l’Attique, ils appartiennent à un tout parfaitement homogène dont on ne peut les détacher sans ruiner cet ensemble lui-même. Ce qui au moins paraît infiniment peu probable, c’est que cette organisation en quatre tribus se soit formée en Attique. Si réellement ces tribus indiquaient une division de la population d'après les yém rüv Bluv, c'est au-dehors qu'un tel système a pu être constitué (3)..il a été importé un et complet en Attique.

Nous repoussons donc l'identification des Hoplètes avec les immigrants de la Tétrapole. Cela ne veut pas dire que les Hoplètes n'aient pu constituer uno aristocratie de cavaliers. Si l'on admet une hiérarchie dans l'ordre des tribus et qu'on donne le second rang aux Hoplètes, ceux-ci ont pu , en effet, dans l'Etat ionien , former l'aristocratie ; mais ce n’est là qu'une hypothèse ; leur nom même, qui semble si clair, peut prêter à des interprétations contradictoires ; à Cyzique, les Hoplètes ‘occupent le dernier rang, parmi les six tribus de cette ville. Parce que l'une quelconque des quatre tribus ioniennes porte un nom qui semble rappeler des habitudes militaires, ce fait seul suffit-il pour nous faire croire que le fait général indiqué par Aristote s'est produit particulièrement dans l'Attique ? Nous croyons assurément qu'en Attique comme dans tous les pays grecs le gouvernement, à l'origine, a été entre les mains d'une aristocratie et que cette aristo-

des îles sont doriennes : Cos, Rhodes, etc. Cf., sur le domaine des deux races ; Schümann, Griech. Alt., I, p. 90.

(1) Mist, Gr., 1, p. 35.

(2) Voir les textes dans Schômann, Gr. Al. I, p. 322, note 1.

13) Voir aussi G. Gilbert, Handbueh, p. 110; E. Curtius, Mist. Grec., 1, 373, note,

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