‹ Les cavaliers athéniens (volume 2)Chapitre 34 sur 43 · NÔLE POLITIQUE DES CAVALIERS · texte numérisé non relu

NÔLE POLITIQUE DES CAVALIERS

cette dernière explication du scoliaste et ont cru à ce vol commis parCléon. M. Müller-Stribing, lans son grand ouvrage sur Aristophane et la critique historique (1), où l'on regrette de trouver, à côté de vues si originales , si nouvelles, une polémique trop passionnée, trop souvent injuste contre les personnes , a repris cette question et l'a soumise à uu rigoureux exumen ; cette discussion est assurément une des meilleures de son livre ; nous la résumons ici.

Aristophane , dit M. Müller-Strübing, en reprenant un mot de Grote, est un homme qui sait bien haïr (2), il a attaqué Euripide pendant tout le temps de sa vio, il ne l'épargne pas après sa mort; sa conduite est encore plus violente envers le démagogue Hyparbolos ; il l'a attaqué très souvent dans ses pièces: dans les Thesmophoriazusae, il se moque de la mère de cet Hyperbolos, à cause de son fils, au moment où elle porte le deuil de ce fils (3). Estil admissible qu'Aristophane pouvant jeter à Cléon un tel reproche la face, pouvaot lui rappeler une condamuation pour corruption, une ypay Swpoñexis, n’yait pas faitallusion dans sesautres pièces, qu'il se soit abstenu d'une telle vengeance ? I] y a dans les Nuées un passage significatif ; les Vuées, qui forment le chœur, reprochent aux Athéniens, dans la parabase, d'avoir élu Cléon Stralège (4) : « Quand vous l'avez élu, nous avons manifesté notre » mécontentement ; le tonnerre a éclaté, la lune a quitté la route » ordinaire , le soleil s’est voilé, Nous allons pourtant vous ensei- - » gner un moyen pour que celle funeste résolution tourne à » bien : condamnez Cléon pour vol et pour corruption @ passez- » lui le carcan autour du cou, + Gomment! Aristophane ne rappelle pas alors la condamnation subie par Cléon ! E ne fait pas honte aux Athéniens de leur faiblesse vraiment inexplicable!

Bien plus, si Cléon avait été véritablement condamné, n'aurait-il pas été déchu, fpso facto, de tous ses emplois ? Les savants ont traité celte question comme si le crime de Swpoësels Élait une chose dé peu d'importance, Platiner (5) , Meier et Schomann (6),

ler-Strübing, op. laud., p. 121 note); cependant le scolinste ést bién capable, comme le dit Hermann, d'avoir commis une telle erreur, (WU Ariniophanes und die hésrorische Kritik ; la discussion que nous dllons ré

(55 Process bei den Attibern, 11, pe 157.

(6) Der autische Process, éd, J.-H, Lipslus, p, 444 et saiv.

NÔLE POLITIQUR DES CAVALIRRA. 463 cavaliers influents sur le peuple,/c'est toute la politique intérieure d'Athènes qui eût été changée. Enfin comment expliquer, si Cléon avait subi une telle condamnation, qu'on ne trouve aucune trace de co fait, aucune allusion, ni dans les fragments qui nous restent des autres comiques, ni dans les commentateurs, ni aussi chez les oratours ?

Toute cette discussion de M. Maller-Strübing est des plus probantes ; aujourd'hui il n’est plus possible de croire que Cléon a été condamné pour fait de corruption ou de concussion. M. Maller- Strübing ést moins heureux quand il essaie de donner une explication du fait auquel les vers des Acharniens font allusion, 11 suppose que Cléon avait été nommé, dans l'été de 426, à la grande charge financière de voulus rns xowvñ socéiou. Il avait prsparé de grands projets financiers; il fallait faire face aux dépenses de la guerre; il fallait aussi élever la solde des juges à trois oboles, mesuré devenue nécessaire par la prolongation de la guerre. On pouvait croire qu'il pourvoirait à loutes ces dépenses: en élevant le tribut des alliés, en leur imposant des contributions extraordinaires; il manifesta, au contraire, le désir de réduire ce tribut de cinq talents. C'est par dos contributions extraordinaires imposées aux riches Athéniens ; c'ést en rendant régulier cet impôt sur le revenu, Szwpé, levé seulement dans des circonstances extraordinaires (1), que Gléon avait donné à entendre qu'il équilibrerait son budget. Le peuple athénien, le Su; luimême ne devait guère être favorable à œtte réduction ; il se faisait peu à peu à cette idée qu'on devait traiter les alliés comme des vaincus qui devaient fournir l'argent nécessaire aux besoins et aux plaisirs du vainqueur, Le parti aristocratique était dires= tement menacé par les projels de Gléon; il forma une coalition avec le parti ultradémocratique, et le démagogue vit sa proposition repoussée ; mais cela ne porta pas la moindre atteinte à sa sibua= tion politique ; il dut soulement rendre, éfewy, c'est-h-dire inscrire de nouveau les cinq talènts qu'il avait effacés de son budget.

Cotte explication de M. Maller-Strübing est inacceptable ; elle a &6 réfutée de la façon la plus péremptoire, d’abord par M. Otto Keck (2), puis par M. Gust. Gilbert (3). Ces deux savants ont

{1} Une dlogopé avait été imposée en 428 (Thuc., LUF, 19), lors de la révolte de Mytilène; c'est le premier exemple que nous connaissions d'une telle mesure,

(2) Quacstionss Aristophanens hisioricae, Halle, 1876; voir le chap, Elf, De

Cleonis muneribus publier, p. 25-63.

(3) Beitrége, p. OL et suiv. ot 183 et auiv. |]

Page 1