IL
(3) Sur cette révolution, voir surtout Fustel de Coulanges, Cité ant.j 1. IV, eh. 3, pp. 283 et suiv.
(4) Diodore, fragment, I. VII, 9 : « 01 S' àità *HpaxXéouç Baxxîôai itXeiouç ôvtsç
LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE l'ÉPOQUE HÉROÏQUE. 5
vent avoir été violente; les anciens historiens disent que c'est pour avoir abusé du pouvoir que la royauté fut renversée (1); bien souvent les rois ont été massacrés, par exemple à Mégare (2), en Arcxdie (3) , à Girrha (4), à Samos (5); dans Argos , les descendants du puissant Phidon sont dépouillés de toute autorité et ne conservent plus que le nom de rois, bientôt môme ce titre leur est enlevé; le dernier des Téménides est jugé, et condamné par le peuple (6). Ailleurs, au contraire, il semblerait que cette révolution s'est faite lentement, graduellement et sans secousses violentes : dans Athènes, par exemple, la royauté abolie a fait place à l'archontat à vie , après lequel est venu l'archontat décennal et enQ.n l'archontat annuel. La royauté primitive était une fonction religieuse autant que politique; en bien des endroits, on s'est contenté de lui enlever la puissance politique, en la conservant comme sacerdoce (7). Au temps de l'empire romain , sept ou huit siècles , après cette révolution, il y avait encore à Ephèse, à Marseille , à Thespies, des familles qui avaient conservé le titre et les insignes de l'ancienne royauté et avaient encore la présidence des cérémonies religieuses.
Les caractères de l'aristocratie qui a succédé à la royauté ont varié selon les pays. A Gorinthe, elle a été commerciale et industrielle ; M. E. Gurtius (8) compare les aristocrates de cette ville , les Bacchiades, avec les Nobili de Venise , qui couraient les mers pour faire la guerre ou le commerce; la politique de cette aristocratie fit bientôt de Gorinthe une des villes les plus riches de la Grèce. A Epidamne, la noblesse s'était constituée en société de commerce, qui travaillait avec un capital commun pour le compte de l'association; tous les ans, on élisait un magistrat, le Polète,
6iaxo<Ttwv xaréffxov trlv àçtyii'^, xal xoiv^ \i.kv TcpoeKTTTQXsaav Tyjç iroXew; «STravreç, èl auTwv ôè'ëva xax' eviauxàv ijipoOvTO Tïputaviv ôç tt^v toO ^aaiXécoç el/e xàÇiv. » Cf. Paus., II, 2, 4.
(1) Polyb., VI, 4. 8 et 7, 6-9; Plat., Lois, III, p. 690 D ; Aristot., Polit., III, 9, 8 (1285 h. 15) ; V. 8, 22 et suiv. (1312 h, 30).
(2) Paus., I, 43, 3.
(3) Paus., VIII, 5, 13.
(4) Plut., QuœsL Gr., 13.
(5) Plut., ibid.. 57.
(6) Paus., II, 19, 2 : a M^^Swvt tw Kei<TOU xat toi; àTtoyovotç ib ôvo[xa Xei<p6^vat Tïjç paaiXeia; ^jlovov. MsXxav 6è xov Aaxviôou SéxaTOV àTCÔyovov Mi^ôcovo; 10 TiapaTiav êuaviasv àpyrj; xaTayvoùç ô SrjfAo;. »
(7) Fiist. de Guul., Cit. anc, p. 284, avec les renvois à Aristote, Polit., III, 9, 8 (1285 b) ; Plut., Quxst. rom., 63.
(8) E. Curtius, Hist. Gr., I, p. 237.
qui, avec son personnel d'hommes libres ou d'esclaves, allait voyager sur le continent pour y faire les ventes et les achats (1). Dans les pays do plaines, l'aristocratie est formée des grands propriétaires fonciers , ystoixopoi ou yaixopoi, par exemple à Samos (2), à Syracuse (3), dans Athènes (4).
D'après Aristote (5) , ces aristocraties présentaient un caractère commun; c'est surtout comme corps de cavaliers, c'est en véritable chevalerie qu'eUes s'étaient constituées : « Le premier gou- » vernement chez les Grecs, après les royautés, fut composé par » ceux qui faisaient la guerre et tout d'abord par les cavaliers » (car c'est dans la cavalerie que reposaient la force et la supério- » rite dans la guerre; en effet, sans discipline , la grosse infan- » terie est sans effet; les exercices, les dispositions tactiques » n'existaient pas chez les anciens; aussi la force était-elle dans » la cavalerie) ; mais quand les villes eurent commencé à s'éten- » dre, quand ceux qui servaient comme hoplites eurent acquis de » la solidité, le nombre de ceux qui eurent part au gouvernement » devint plus grand ; aussi appelait-on d'abord démocraties ce que » nous appelons maintenant des Etats. »
Dans un autre passage , Aristote ajoute (6) : « Aux temps an-
(1) Plut., Quœst. Gr., 29 ; Curtiiis, Hist. Gr., I, 332 ; III, 9.
(2) Thuc. VIII, 21 ; Plut.. Quœst. Gr., 57.
(3) Hérod., VII. 155; Suidas, v. KaXXixupioi; Diod., VIII, 11.
(4) Plut., Thésée, 25 : Xpetcf ôè Teoi\i6poyv ; Pollux, VIII, 111.
(5) Politique, IV, 10, 10 (1297 5, 16) : t Kal ^ Ttpwxrj 8è TcoXireta èv toî; "EX^TiCTiv èYSvexo {lexà. tàç padtXeia; èx tûv 7ro>£[xouvTa)v , ■}] {jiev è$ àpxïjç ^x xwv iTiTréwv (xrjv yàp laxùv xal xi^v ÛTtepo/T^v èv toÏç luueOaiv ô '7r6>>e(xoç eT^ev • aveu {xèv yàp CTUvxàfswç ôcypTiaTov xo ôttXixixov, aï Ôè Ttepi xôiv xoioOxwv èfJiTreipiai xal xà^iÇ èv xot; àp^atotç où^ OTàjpyov, (o(tx' èv xoïç iTCTreOatv elvai xiPjv la/uv', aùÇavofJievtov ôè xûv woXewv xatxcôv èv xoïç ôttXoiç Icyxuaàvxœv (xàXXov ttXeCouç (xexeîxov xrjç TtoXixeCa; ôiOTrep &ç vyv xaXoO[xev itoXixsia; , oî Trpoxspov èxàXouv ôyi|Aoxpaxîai;. »
(6) Polit. , IV, 3, 2, 1289 6, 36 : « AioTcep èirl xôiv àpxaiwv xpovwv ôtraiç iroXe- (Ttv èv xoï; ÏTCKOiz "h ôuvajJLiç T^v , ôXiyapxiai Ttapà xoOxoiç ^(jav • èxpûvxo ôè Tipàç Toùç 7CoXé(i.ou; Ïtttcoiç Trpo; xoù; à<TXUY£ixovaç olov 'Epexpteïç xal XaXxiôeïç xal Màyvrixe; ol èn\ Matàvôpt}) xal xœv àXXwv itoXXol Tiepl xt^v 'Aatav. » Ces lignes appartiennent à un des passages de la Politique qui présentent le plus de diflScultés, cf. Susemihl, préface de la petite édition, chez Teubner, 1882, p. XXII et suiv. Il est certain que tout ce chapitre 3 du livre IV (1289 b, 27-1291 h, 13), ne se lie guère avec ce qui précède. On a dope essayé de le placer ailleurs, mais sans succès ; on a pensé alors à le supprimer, en alléguant aussi qu'il contient des obscurités et des redites; de tels défauts, pour ce qui concerne les écrits d' Aristote, n'entraînent pas nécessairement cette conséquence que le passage gâté ne puisse appartenir, au moins en partie, à l'auteur; ces défauts se présentent presque à chaque page ; ils s'expliquent par le mauvais état dans lequel nous sont parvenus les écrits d' Aristote. Il y a, dans le passage
LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE l'ÉPOQUE HÉROÏQUE. 7
» ciens , dans les villes dont la force consistait en cavalerie , il y » eut, à cause de cela, des oligarchies; en effet, se servirent de » cavalerie dans les guerres contre leurs voisins, par exemple les » Erétrions, les Ghalcidiens, les Magnétos du Méandre et beau- » coup d'autres peuples de l'Asie. »
Cette idée profonde qu'il y a une relation très étroite entre la forme de gouvernement d'un Etat et son organisation militaire, Aristote, après l'avoir indiquée en parlant de l'époque héroïque, l'a formulée d'une façon générale en disant : « Gomme il y a qua- » tre divisions de la population , agriculteurs , hommes des » métiers , hommes du marché, mercenaires , qu'il y a aussi » dans les armées quatre armes utiles , cavalerie , grosse inï) fanterie, infanterie légère, marine, là où il arrive que le » pays est propre à la cavalerie , là une oligarchie puissante peut » s'établir facilement (car la cavalerie y assure le salut des habi- » tants, et il n'appartient qu'à ceux qui ont de grandes fortunes » d'entretenir des chevaux); là où le pays est propre à la grosse » infanterie, il s'établit l'oli^^archie , qui convient aux pays de > grosse infanterie, car cette arme appartient plutôt aux riches » qu'aux pauvres; là où la puissance de l'Etat repose sur l'infan- » terie légère ou sur la marine , le gouvernement doit être dé- » mocratique (1). »
Nous aurons plusieurs fois l'occasion, dans le cours de cet ouvrage, de constater la justesse de cette vue générale d'Aristote; est-il vrai maintenant, pour ce qui concerne l'époque héroïque , que l'aristocratie, qui a succédé à la royauté, ait été dans la grande majorité des pays grecs, composée de cavaliers? On a fait à cette explication des objections; on a dit qu'il y a en Grèce de nombreux pays qui non seulement ne sont pas propres à l'action de la cavalerie, mais où l'entretien d'un tel corps a toujours été
qui nous occupe, des renseignements importants, des observations très justes ; aussi Susemihl l'attribue-t-il à un disciple de l'école péripatéticienne, ab aliquo peripatetico. Pour nous, nous croirions que le passage a été certainement remanié, mais que la rédaction première doit appartenir à Aristote; peut-être cependant vaut-il mieux répéter avec Susemihl : « Equidem in re tam lubrica nihil certi decernere audeo. »
(1) Polit., VI, 4, 3 (1321 a, 4) : « 'ETrei 6è xéTTapa [xév èaxi {xépyi ^àliaxa toù ttXiqôou;, yswpY'^o^ Pavauatxàv àyopatov Oyitixov. TÉTrapa 6è xà y^çff\(7\\j.(x upèç tcoXe- (Jiov , iTiuixèv é7t),iTixov ^ilbv vauTixov , ôttou (Aèv oufxêéêYixe ti^v y^diiçia'^ lirTcàaijjLOV eTvai, svTa06a (jlèv eùçytôç lyzi xaTacxeuàîJetv xi^v ô),iYapy iav la/upàv (i] ifàp crwTrjpia Toîç olxoOat ôià TauTYiç èaxi tï); 8uvà[Ji£a);, al ô' iTtTCOxpoçi'ai xtôv [jLaxpà; oOaiaç xex- XT)[xsvwv elaîv), ôuou 8' ÔTiXixixinv , xt^v èyo[Lévr\^ ôXtyapxiav (xo yàp ÔTcXixtxov xwv eùuopwv èffxl (xàXXov -î^ xwv àTropwv), r) 8è '^lùài Suvapiic xai vauxtxr) Syijjloxixt^ TrdtjATrav. »
des plus difficiles : en Argolide, en Laconie, en Messénie, par exemple; on a donc quelque peine à admettre que, dans de tels pays , la force militaire ait pu consister presque exclusivement en cavalerie; aussi Wachsmuth en a-t-il conclu que, si l'on examine la chose do près, le passage d'Aristote n'est pas applicable à la majorité des Etats doriens ; telle a été aussi l'opinion de G. -F. Schômann (1).
Si considérable que soit l'autorité de ces deux savants, il nous est impossible de nous rallier à leur opinion ; nous pensons, au contraire, que le passage d'Aristote sur les aristocraties qui ont succédé à la royauté a bien une portée générale, qu'ainsi , dans la majorité des pays grecs, le pouvoir, après la chute de la royauté, est venu dans les mains d'aristocraties composées de cavaliers.
Dans les armées qui luttent autour de Troie , il n'y a pas de cavalerie, au sens où nous entendons ce mot, et cependant il faudra aller jusqu'au règne d'Alexandre pour retrouver une époque où le cheval ait autant d'importance que dans les combats deTIliade. La tactique militaire est toute aristocratique; le noble combat sur un char, avec un écuyer à ses côtés pour conduire les chevaux ; ainsi élevé au-dessus de la foule, il accomplit de brillantes prouesses ; les combats les plus importants ne sont que de véritables duels entre deux chefs ennemis aux yeux des deux armées rangées autour d'eux. Le peuple combat à pied ; il suit ses chefs; il avance ou il recule selon que ceux-ci avancent ou reculent ; tout dépend de la valeur, de la force personnelle de quelques héros. Ce n'est pas seulement par sa valeur personnelle, mais parce qu'il est sur un char que le héros se distingue do la foule ; le char de guerre est Tanne propre de l'aristocratie de l'Iliade. Cette aristocratie, comme nous l'avons vu, a renversé la monarchie et a pris sa place ; il semble difficile d'admettre qu'avec cette révolution politique ait coïncidé, dans l'art militaire, une révolution qui ait eu pour objet de faire descendre le noble à terre pour le mêler avec la foule du S%o;. Ne serait-il pas plus naturel de croire • que, comm^ l'organisation po'itique dans l'Iliade, annonce une aristocratie , ainsi l'organisation militaire annonce une cavalerie, dans le sens ordinaire du mot, c'est-à-dire un corps composé de cavaliers montés. Cette cavalerie montée serait sortie tout naturellement de la chevalerie sur chars de guerre ; la première serait la suite naturelle de la seconde ; de l'une
(1) W. Wachsmuth, Hell. Allen., t. I, p. 388; G. F. Schômann, Griech. Alt, I, 135.
LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE l'ÉPOQUE HÉROÏQUE. 9
à l'autre il y aurait un développement régulier de l'art militaire. Par là, dans ces nouvelles oligarchies, l'organisation militaire reproduirait, comme partout, l'organisation politique ; le noble, sur son cheval, aurait, dans les combats, le rôle prépondérant qu'il a dans la société.
On est autorisé à croire qu'il n'en a pas été ainsi ; la conquête des Dorions (I), une invasion étrangère, est venue interrompre brusquement le développement régulier de l'organisation militaire de la Grèce à cette époque. Les Dorions ont apporté une tactique nouvelle qui donnait à la grosse infanterie toute Faction décisive sur les champs de bataille ; ce n'est pas la cavalerie montée qui a succédé à la cavalerie sur char, mais la grosse infanterie.
La tactique nouvelle n'assurait le triomphe du fantassin qu'au prix d'une éducation spéciale, longue et compliquée , qui le rendait impropre au service de la cavalerie ; et, comme la supériorité de cette tactique fut longtemps incontestable , l'hoplite grec en vint à n'avoir que du mépris pour la cavalerie et à n'attribuer à cette arme qu'une utilité des plus médiocres. Gela explique comment plus tard l'organisation de la cavalerie a été si lente, et si difficile ; il y eut longtemps chez les Grecs des préventions très fortes contre l'emploi et l'utilité de cette arme; il a fallu vaincre bien des répugnances, surmonter bien des efforts pour faire sortir la cavalerie de cet état d'infériorité, et môme cette révolution dans l'art militaire n'a pu être opérée que par un peuple considéré longtemps par les Grecs comme barbare , les Macédoniens.
De ce développement si tardif et si pénible de la cavalerie dans la plupart des grecs, on ne peut donc rien conclure contre l'existence, dans ces mêmes pays, d'aristocraties constituées par des cavaliers, à l'époque héroïque. L'usage du char de guerre se constate , dans l'époque historique , non seulement dans l'île de
(1) O. MûUer et d'antres savants croient que la manière honnérique de combattre fut l'usage général dans le Péloponnèseet dan? le reste de la Grèce avant l'invasion dorienne. Grote {Hist. Gr , IV, 25) dit que c'est là un point qu'on ne peut déterminer ; que le Péloponnèse est éminemment incommode pour des chariots de guerre ; que les descriptions du barde rappellent plutôt les grandes plaines de l'Asie, où cette manière de combattre s'est conservée si longtemps. Cependant l'Odyssée nous transporte dans la Grèce propre, et nous y trouvons le char de guerre. Toute la partie occidentale du Péloponnèse et, dans le Nord, des parties, comme la plaine de Sicyone, n'ont pas dû être si incommodes pour l'emploi des chars. La partie la plus élevée de la péninsule, ce qui en forme le plateau central, TArcadie, était célèbre par ses chevaux (Strabon , VIII, p. 388).
Gypre (1), mais en Béotie (2), à Erôtrie (3). Tout porte à croire que , primitivement , l'usage de ce char a été général en Grèce ; on peut au moins le conclure de plusieurs faits. A Sparte, il y avait une troupe d'élite, au nombre de trois cents hommes, qui avaient pour mission de servir de garde de corps au roi en campagne; ils étaient appelés les cavaliers, mais ils servaient, en réalité, comme hoplites (4). A Thèbes, les trois cents guerriers qui formaient le fameux bataillon sacré étaient unis par couples, et là l'analogie avec les habitudes de l'âge héroïque était clairement indiquée par les noms que portaient les deux soldats de chaque couple , i^viopç et Tcapaêàxriç (5). L'Eubée était un pays très favorable à la cavalerie ; aussi trouvons-nous à Erétrie et à Ghalcis une aristocratie très puissante ; à Ghalcis, les nobles s'appelaient HippobO' tes ou éleveurs de chevaux (6) ; à Erétrie, la grande procession, qui se rendait au temple d'Artémis Amarynthionne, outre trois mille hoplites et six cents cavaliers, comprenait soixante chars de guerre encore vers le commencement du sixième siècle (7); il est fait mention d'une guerre qui éclata entre les doux villes au commencement du huitième siècle ; l'issue en fut décidée par la cavalerie; on était alors au beau temps de l'aristocratie (8). A Cyrène , l'aristocratie portait aussi un nom emprunté à l'usage du char de guerre (9).
Le char paraît avoir été d'un usage fréquent à cette époque auprès de l'aristocratie ; ainsi, lorsque Pisistrate, pour s'emparer de la tyrannie, imagine de se faire lui-même des blessures, c'est sur son char qu'il se présente au peuple dans l'Agora (10). Il ne faut pas oublier que la course des chars fut ajoutée aux jeux d'Olympie dès l'année 680; la course au cheval monté le fut en
(1) E. Curtius, Hist. Gr., Il, 207.
(2) L'usage du char de guerre doit s'être conservé longtemps en Béotie. » E. Curtius, op. laud., IV, 343.
(3) Strabon, X. p. 448.
(4) Hérod. . 1 , 67 ; VIII, 124 ; Thuc, V. 72; Isocr., Lettres, II. 6 ; Strabon, X , p. 481 ; cf. Gilbert, Handh., p. 77.
(5) Diodore. XII, 70.
(6) Hérod., V, 77 ; Plut., Périclès, 23.
(7) Strabon, X, p. 448.
(8) Thuc. I, 13, 3 ; Hérod. , V, 99 : Strabon, p. 448. Cf. Grote, Hist. Gr. . IV, 231 ; E. Curtius, Hist. Gr. , I, 535.
(9) A Cyrène, on trouve aussi une troupe d'élite de trois cents hommes, comme à Sparte et à Thèbes. Cf. Hésychius, TpiaxaTioi; Eustat., IL, p. 727, 18; Od., p. 1592. 57.
(10) Hérod., 1 . 59, cf. Aussi I, 60.
LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE l'ÉPOQUE HÉROÏQUE. 11
648. Les Panathénées sont une des plus anciennes fêtes de la Grèce ; jusqu'à Pisistrate, il n'y a eu aux jeux de cette fête que des concours équestres.
Tous ces faits nous portent donc à croire, contre l'opinion de Wachsmuth et de Schômann, qu'il faut véritablement attribuer à la pensée d'Aristote une portée ti'ès générale. Aristote a vécu à une époque qui, dans l'histoire militaire, marque le triomphe de la cavalerie ; une longue révolution , qui commence déjà avant la guerre du Péloponnèse et dont nous aurons à suivre le développement (l), se termine alors dans l'art de la guerre; grâce aux progrès de la tactique, l'infanterie qui, pendant si longtemps, avait régné en souveraine sur les champs de bataille , se trouve incapable de résister seule à la cavalerie. On pourrait croire qu Aristote a jugé le passé avec les préoccupations du présent et que le grand rôle, qu'il attribue, dans les temps anciens, à la cavalerie, provient simplement d'une illusion produite dans son esprit par le spectacle qu'il a sous les yeux; nous pensons, au contraire^ qu'il n'en est rien. L'explication qu'il donne, outre qu'elle repose sur une observation profonde, rend compte de toute une série de faits qui, sans elle, sont assez difficiles à comprendre. Pourquoi, par exemple, dans presque tous les Etats grecs, le mot cavalier est-il resté synonyme de noble, même dans les Etats où il n'y avait pas de cavalerie et où ces cavaliers ne servaient que dans la grosse infanterie (.')? Pourquoi le corps des tTnreT; à Sparte, les :?)vio/ot et les TcapaSàxat dans le bataillon sacré deThèbes? Pourquoi, dans tous les pays où la force nationale consistait en cavalerie, le gouvernement est-il resté oligarchique, comme en Thessalie, en Eubée (3), etc.? Ces oligarchies ne sont pas une création de l'époque postérieure ; nous les trouvons installées dès que nous pouvons avoir des renseignements sur l'état social de la Grèce, après l'époque homérique. A un moment donné, ce genre de gouvernement fut un fait général en Grèce, comme, au sixième siècle, les tyrannies. Ces oligarchies ont disparu dans un grand nombre d'Etats parce que le régime militaire qu'elles impliquaient a aussi disparu. Aristote l'indique très bien (4) : c'est en l'absence d'une véritable infanterie que la cavalerie a pu ainsi dominer. Il
(1) Voir livre IV, chap. i, Rôle militaire des cavaliers.
(2) Strabon, X, 18, 481 (Didot, 413).
(3) Il y a une différence sensible entre ces gouvernements oligarchiques et les aristocraties des Etats doriens, comme Sparte, Thèbes, etc.
(4) Fustel de Coulanges, Cit. ant,, 326.
n'est pas nécessaire de croire que ces oligarchies supposent des corps de nombreux cavaliers ; c'est le coutraire qui est vrai : le noble, monté sur son char ou sur son cheval , avait une telle supériorité qu'il était facile à une petite troupe bien équipée de tenir tôte à de grandes foules sans ordre. Mais quand les Etats eurent grandi, (juand le nombre dos hommes pouvant servir dans la grosse infanterie fut devenu plus nombreux, surtout quand cette infanterie fut réellement organisée, quand ce qu'on appelle la tactique dorienne eut assuré la supériorité de l'hoplite, il n'y eut que très peu d'Etats qui furent en mesure d'entretenir une cavalerie assez nombreuse, assez forte pour résister. Il y en eut cependant, et le fait que la cavalerie est restée l'arme nationale d'un certain nombre de peuples indiquerait que le triomphe de cette tactique n'a pas été aussi prompt et aussi complet qu'on le croit généralement; là où une forte cavalerie était déjà organisée, cette tactique a été impuissante, et là aussi, avec cette cavalerie, s'est maintenu le gouvernement oligarchique. Outre les pays indiqués par Aristote (1), Erétrie, Ghalcis, Magnésie du Méandre , on peut encore citer toute la Thessalie (2), avec les deux grandes familles des Scopades et des Aleuades. La cavalerie thessalienne a toujours été considérée comme la meilleure de toute la Grèce ; mais aussi il n'y a pas eu de pays où le pouvoir des nobles soit resté plus absolu ; ils ont toujours été les maîtres, malgré les tentatives de révolte du reste de la population, surtout des classes pauvres, de ces Péncstes, dont le sort était à peu près semblable à celui des Hilotes de Sparte. Dans d'autres pays , nous trouvons encore de ces grandes familles organisées pour le service de la cavalerie ; elles jouissent d'une grande autorité ; aussi le gouvernement y est-il aristocratique, par exemple en Béotie; toutes les villes importantes de ce pays, Thèbes (cJ), Orchomène (4), Thespies (5), Lébadée (6) étaient renommées pour leur cavalerie.
(1) Le passage de la Polit., IV, 3, 2 (1289 b) est suspect ; mais sur trois des villes qui sont citées , deux ont été célèbres par leur cavalerie , Erétrie et Chalcis.
(2) Aristote, Polit., II, 6. 2 (1269 a, 36) ; Xén., HelL, VI, 1, 9-12; Cf. Grote, Hist. Gr.y III, 180 , E. Curtius, Hist. Gr., I, 123. Sur les Aleuades, voir la note de Stein, Hérodote, VU, 6, 6.
(3) Cf. la note de Schneidewin-Nauck sur Sophocle, Œd. Col., v. 1062.
(4) Diod.. XV, 79 ; voir une inscription des cavaliers d'Orchomène qui ont suivi Alexandre en Asie. BuU. de corr. helL, III (1879), p. 453.
(5) W. Larfeld, Sylloye inscriptionum boeoticaruin ; voir les u«" 237, 240 (deux hipparques éponyines avec l'archonte).
(6) Larfeld, op. laud., n° 66, 72.
LES ARISTOCRATIES CHEVALERESQUES DE l'ÉPOQUE HÉROÏQUE. 13
En Crète, les cavaliers jouissaient de certains privilèges, Ephore dit qu'ils constituaient une magistrature (1).
Ainsi , dans l'histoire de la Grèce ancienne comme dans l'histoire du moyen âge , il y a un moment où aristocratie et cavalerie sont deux termes synonymes; les Grecs n'ont pas eu un mot unique comme chevalerie, pour désigner à la fois les deux choses et marquer leur étroite liaison ; mais on peut dire que c'est le mot seul qui leur a manqué , car ils ont eu, eux aussi , une véritable chevalerie , c'est-à-dire une aristocratie de cavaliers. Tant que la cavalerie a été la seule force militaire , un seul gouvernement a été possible, celui de l'aristocratie. Quand la supériorité de l'infanterie a été enfin décidée, partout où la cavalerie a pu rester l'arme nationale, le pouvoir est resté aux mains de la noblesse ; dans ces pays , le gouvernement a été généralement une oligarchie ;.mais dans la majorité des Etats grecs , c'est la grosse infanterie qui est devenue l'arme nationale ; il s'est établi alors un gouvernement aristocratique dans le genre de celui qui a gouverné Sparte ou qui a régné longtemps dans Athènes. Pendant de longues années, la cavalerie a disparu des armées ; quand enfin on Ta comprise de nouveau dans l'organisation militaire, même dans les pays où s'est établi le régime démocratique , la cavalerie a été encore une arme aristocratique. La raison donnée par Aristote est toujours restée juste : pour avoir un cheval, il faut être riche, et, comme dans l'antiquité , FEtat impose à chaque citoyen l'obligation de s'armer, de s'équiper, de se monter pour la guerre , la cavalerie n'a pu être recrutée que dans les hautes classes de la société. C'est là un des côtés intéressants de notre sujet : faire l'histoire des cavaliers, ce n'est pas seulement étudier l'histoire d'un corps militaire, c'est aussi étudier l'histoire d'une classe sociale et d'un parti politique ; les cavaliers ne sont pas seulement une division de l'armée, mais une division du corps social et un parti.
(1) Strabon, X, pp. 481 et suiv.