CHAPITRE II
L'histoire intérieure d'Athènes et de toutes les villes de l'antiquité, c'est la lutte entre l'aristocratie et le peuple. Au cinquième siècle, du temps d'Aristide et de Périclès,la lutte est surtout politique ; les deux partis combattent pour la possession du pouvoir ; la question sociale est encore, si Ton veut , au fond du débat; de lourdes charges pèsent sur les riches, qui ont l'espoir de s'y soustraire s'ils renversent la démocratie; mais la propriété, le respect des contrats, toutes ces questions ne sont plus en cause. Au quatrième siècle, il n'en est déjà plus ainsi; la démocratie victorieuse a mis à la charge de TEtat, et par conséquent des riches, non plus seulement une partie des services publics, mais encore l'entretien et les amusements des classes inférieures; on en vient naturellement à penser que les biens des riches doivent faire retour à l'Etat; Aristophane nous montre des idées, comme la communauté des biens, discutées dans Athènes et ayant de nombreux partisans; Ton marche rapidement au communisme (1).
C'est aussi la question sociale qui fait l'objet des luttes civiles, au commencement du sixième siècle, mais avec cette différence qu'alors c'est le peuple qui est l'opprimé ; il s'agit pour lui de se soustraire à la misère et à l'esclavage. Sous l'ai-chonte Damasias, c'est autour de l'archontat que se livre le combat ; dans les années qui précèdent la législation de Selon, le débat porte surtout sur un point , la constitution de la propriété foncière.
Il y avait là, en effet, une question capitale pour les sociétés antiques; c'est sur la propriété foncière que reposait véritablement l'ordre social. Pour être quelque chose dans l'Etat, il a fallu, pendant un temps très long, être propriétaire d'un coin de terre ,
(t) Julius Beloch, Die Attische Politic seit Perikles, Leipzig, 1884, p. 11.
avoir conservé la terre des ancêtres avec le tombeau et le culte qui y était attaché (1). Ces anciennes idées étaient encore puissantes au temps de Solon et nous verrons qu'elles font la base de sa législation . Tous les anciens législateurs ont veillé à ce qu'il y eût dans l'Etat un nombre suffisant de propriétaires fonciers; de là toutes ces lois restrictives du droit de propriété ; les citoyens seuls peuvent être propriétaires fonciers (2), et pendant très longtemps il leur a été interdit de disposer de leur bien soit par vente soit par testament; la propriété foncière était un droit familial plutôt qu'un droit personnel. A Sparte, si nous voyons diminuer le nombre des citoyens, nous pourrons être assurés que le nombre des propriétaires a diminué dans la même proportion (3) ; et, en effet, pour être citoyen de plein droit, il fallait être en état de payer sa quote-part aux repas publics (4). A Locres, à Leucade, il était interdit de vendre son lot de terre (5), et Aristote nous dit qu'il en était ainsi dans les constitutions primitives de divers peuples (6).
(1) Fustel de Coul., Cité ant., p. 62 (II, 6) et 280 (IV, 2).
(2) Schœmann, Gr. AU., p. 102 : « Tous les fonds ruraux, comme , en général, la propriété immobilière, étaient aux mains des citoyens-, c'était seulement par une faveur exceptionnelle que des hommes pris en dehors de cette classe pouvaient y prétendre. » Il fallait un décret du peuple, à Athènes, pour donner aux métèques rêyiCTYiatç yyjç xat olxîaç. C. I. A., Il, 41 , 42, 70, 86. Cf. [Xén.], Hop 01, II, 6; Aristote, Polit., VII, 8, 5 (1329% 17) : « àXXà (x^jv xal xà; xTTQcreiç ôeï < eTvat> uepi toutouç • àvay^aTov yàp eÙTioptav Ouàp^siv toÏç TroXtxaiç, TcoHxai Se ouToi. Pour Aristote, sont citoyens seulement ceux qui font partie du (xépo; ôttXitixov et du (xs'poc pouXeuxtxov ; cf. encore Arist., ihid., VII, 9, 6 (1329^, 36), Fustel de Coulanges, Propr. à Sparte, p. 183 : « Nous devons songer, tout d'abord, à une règle de droit public qui était autant en vigueur à Sparte qu'à Athènes et à Rome : c'est que le citoyen seul pouvait posséder en propre le sol de la cité. » Philippi, Beitràge, p. 18 et suiv., défend les mêmes opinions.
(3) Fust. de Coul., Propr. à Sp., p. 183.
(4) Arist., Polit., II, 6, 21 (1271% 29). Cf. Fust. de Coul., op. l., 838.
(5) Arist., op. l., II, 4, 4 (1266^ 19).
(6) Arist., op. l, VI, 2, 5 (1319», 10) : « ^v Se xo ye àpxatov èv TcoXXatç TtoXsai vevo(Ao6exYi[jLévov [XYiSè irwXeïv Içetvai xouç Trpwxouç xXripouç. » A Athènes, il y avait la YpaçT^ xaxeSriSoxévai xà Traxptôa. » PoUux, III, 117; VI, 39; VIII, 45. On peut croire que cette loi, qui, du temps de Démosthène, frappait ceux qui avaient dissipé leur patrimoine, biens mobiliers ou immobiliers (Suidas : Haxptptov), n'est qu'une transformation de la loi interdisant la vente du bien- fonds paternel ; en tout cas, la peine infligée n'était que l'atimie partielle, l'interdiction de la tribune. Poil., VIII, 45 : « àxtfAou; aùxoùç è/prjv eivai xal [lii Xéyeiv. » Cf. Esch., C. Tim., 28-30 ; Diog. Laer. , Solon, 1-2. C'est pour un délit de ce genre que Démétrius, petit-fils de Démétrius de Phalère, fut cité devant l'Aréopage (Athénée, IV, 64, 65, 139). Les Abdéritains mirent Démocrite en accusation comme
Gomment était constituée la propriété foncière en Attique à l'époque de Solon ?
a On ne peut guère lire Pindare sans être frappé de l'esprit arisi> tocratique qui règne encore dans la société grecque au temps » des guerres médiques; et l'on devine par là combien cette aris- » tocratie avait été puissante un siècle ou deux plus tôt (1). » Il en a été de l'Attique comme du reste de la Grèce; pendant longtemps l'aristocratie y a régné en souveraine. Nous aurons l'occasion, en étudiantle développement de l'agonistique en Attique (2), de parler des grandes familles de l'aristocratie athénienne, de montrer leur puissance et leurs richesses , d'indiquer surtout quelles conséquences relatives à l'état social de ce pays, il est permis de tirer de ce fait qu'à la grande fête nationale d'Athêna il n'y a eu jusqu'à Pisistrate qu'un seul concours, celui qui était le jeu favori de la noblesse et l'indice le plus sûr de la richesse, la course des chars. Les maisons qui entretiennent des attelages de chevaux ou de mules pour les concours, les o'wciat TeÔptTCTcotpocpoi, sont nombreuses dans Athènes ; dans aucune cité grecque, il n'y a pas de famille qui ait remporté à Olympie des victoires comparables à celles qui ont illustré la famille Gimon-Miltiade.
La fortune de cette aristocratie consiste en partie en biensfonds; elle y élève ces chevaux qu'elle envoie disputer la victoire à Olympie (3). Groire cependant que ces biens-fonds constituent uniquement la fortune de ces familles aristocratiques serait une erreur. On ne peut démontrer qu'à aucune époque le régime des latifundia ait existé en Attique; tout ce que nous savons de la réforme faite par Solon indique au contraire que la propriété est déjà divisée. Les légendes qui étaient répandues sur l'origine de la fortune de quelques grandes familles feraient penser à une richesse qui aurait été aussi mobilière ; par exemple, la légende d'Alcméon à la cour de Grésus (4) ; celle de Gallias Laccoploutos à Marathon (5). Gomment explique- t-on que les Alcméonides, après le troisième retour de Pisistrate (6), aient pu
ayant dissipé ses biens (Athénée, IV, 141). A Milet, une loi interdisait d'ensevelir dans la patrie celui qui avait dissipé son héritage. Diog. Laer., Dém., IX, 7. Cf. Thonissen , Le droit pénal , p. 365.
(1) Fust. de Coul., Cité ant., p. 300.
(2) Voir le ch. ir, partie II du livre II.
(3) Cf. Curtius, Hist. gr., I, 434, sur les Pisistratides.
(4) Hérod., VI, 126.
(5) Plut., Aristide, 5.
(6) Hérod., I, 64.
conserver ces grandes richesses qui ont fait de cette famille une des puissances de l'époque? Avaient-ils des fiefs en Attique et suppose-t-on que les Pisistratides aient laissé des moyens d'action si redoutables à des ennemis qui ont fini par amener leur ruine et leur expulsion d'Athènes? Etait-ce un sacrilège de touchera des propriétés d'Eupatrides? Isocrate (I) dit que Pisistrate fit raser les maisons des Alcméonides et jeter hors de l'Attique les restes de ceux qui étaient morts ; une sentence d'exil semblable à celle qui a dû frapper les Alcméonides devait (2) entraîner la confiscation des biens ; et si ces biens étaient surtout des propriétés foncières, comment explique-t-on que les Alcméonides aient pu faire cet étalage de richesses qui étonna la Grèce entière quand ils relevèrent si superbement le temple de Delphes (3). Auraient-ils eu des domaines à l'étranger, comme les Cimon-Miltiade? Gela ne semble pas probable. Pisistrate aussi est exilé pendant dix ans, et il conserve dans cet exil une très grande autorité (4). Sans doute l'emploi de la monnaie est assez restreint à l'époque de Selon , mais moins qu'on ne le pense généralement, et d'ailleurs une grande fortune mobilière peut exister même dans une société qui ne pratique pas encore l'usage delà monnaie. Gomme l'a dit un maître dont nous aimons à invoquer le témoignage (5), « l'absence de monnaie, au milieu même del'affluence des mé- » taux précieux, est un fait assez fréquent dans l'antiquité. Rome » était une cité riche et commerçante bien avant les guerres » puniques et elle n'avait pourtant pas d'or monnayé. »
A côté de cette aristocratie toute puissante , il y a une classe moyenne , une petite bourgeoisie qui lutte contre elle depuis longtemps. Gette bourgeoisie était surtout composée de petits propriétaires fonciers. L'existence , en Attique , d'une aristocratie
(1) Ilept îjeuyôwç, 26 : « Où jjiôvov ràç olxiaç aùxwv xaTÉ^xaTCTOV, à>,>à xal toÎ); xâçou; àvwpuTTov. » Pour ce qui concerne cette violation des sépultures, Pisistrate aurait donc recommencé ce qui avait déjà été fait lors du jugement prononcé, du temps de Solon, contre les Alcméonides, par les trois cents àpiffT(v5yiv aîpeOevTeç. Cela paraît douteux ; il est plus simple de supposer qu'Isocrate, dans une intention facile à comprendre, attribue au tyran ce qui était, en partie, l'œuvre du législateur.
(2) Quand Pisistrate fut banni , ses biens furent confisqués et vendus à l'encan, Hérod., VI, 121.
(3) Hérod., V, 62. Grote (Hist. gr., V, 293) suppose que Clisthène avait hérité de sa mère Agariste, fille du tyran de Sicyone, des richesses indépendantes de l'Attique et déposées dans le temple d'Héra Samienne.
(4) Dons que lui font les villes grecques, Hérod., I, 61.
(5) Fustel degCoul., Propr, à Sparte, p. 848.
riche et puissante n'implique pas comme conséquence nécessaire que ce pays ait appartenu au régime de la grande propriété; au contraire , tous les témoignages attestent que les latifundia n'ont jamais existé en Attique ; nous avons vu d'ailleurs que les richesses de l'aristocratie ne consistaient pas seulement en biens-fonds, mais aussi en biens mobiliers qui ont pu être considérables.
Nous connaîtrions très exactement l'état de division de la propriété en Attique à l'époque de Selon, si nous pouvions savoir quel était alors le nombre des hoplites athéniens , c'est-à-dire des citoyens ayant une propriété foncière d'un rapport de 150 drachmes au moins. Nous savons qu'à Marathon, en 490, Athènes avait 9,000 ou 10,000 hoplites (1), elle en avait 8,000 à Platées (2), en 479; cinquante ans plus tard, en 431, elle en a 13,000, plus 1,000 cavaliers (3). Malheureusement, en admettant que l'armée de 479 et celle de 431 aient compris le même nombre de contingents, on ne peut établir entre l'une et l'autre aucun rapport pour la question qui nous occupe ; en effet, les 13,000 hoplites et les 1,000 cavaliers de 431 sont bien des citoyens des trois premières classes, mais ils ne sont plus tous des propriétaires fonciers ; depuis la réforme d'Aristide, en 478 , le cens porte et sur la propriété foncière et sur la propriété mobilière. Il y a donc là une première difficulté, il y en a d'autres non moins graves. Il y aurait à déterminer l'influence qu'ont eue sur le mouvement de la population civique l'envoi des clérouchies (4) , la revision de l'état civil en 445 , etc. Parviendrait-on , même en réduisant toutes les inconnues qui sont dans cette première partie du problème , à établir un rapport entre les 8,000 citoyens hoplites de 479 et les 14,000 hoplites et cavaliers de 431 qu'on ne pourrait établir un rapport analogue entre 479 et 594 ; on peut douter que le mouvement de la population ait été le même dans le siècle de troubles intérieurs et d'effacement à l'extérieur qui a suivi l'époque de Selon et les cinquante ans de prospérité et de puissance qui s'écoulent entre les guerres Médiques et la guerre du Péloponnèse ; mais de plus, ici encore, un fait irrégulier rend tout calcul impossible ; nous savons , en effet , que Glisthène a fait entrer dans la cité un grand nombre de métèques et même d'esclaves.
(1) Voir E. Curtius, Hist. gr. , II, 245.
(2) Hérod., IX, 28.
(3) Thuc. II, 13.
(4) A Bréa, par exemple, C. 1. A., I, 31 , on envoie, comme clérouques, des thètes et des zeugites.
Dans cette première période, comme dans la seconde, il n'y a pas eu un mouvement régulier de la population civique; chaque fois l'action des lois économiques, à supposer que nous ayons assez d'éléments pour les déterminer (1) , a été dérangée et troublée par des changements très graves dans la constitution de l'Etat.
Il est donc impossible de tirer, des divers faits que nous avons rapprochés, quelque conclusion sur le nombre des propriétaires fonciers qu'il y avait en Attique à l'époque de Solon.
La réforme de ce législateur, la Setaocyôeta, a été une mesure très grave, véritablement radicale, nous avons là-dessus le témoignage de Solon lui-même. 11 est certain, d'autre part , que cette réforme n'a pas été un nouveau partage des terres , une vefxviat; ; la terre était esclave ; elle a été délivrée , mais elle n'a pas été partagée , et jamais, dans la suite, une mesure de ce genre n'a été appliquée en Attique. Solon, dans les changements qu'il a introduits, n'a pas touché à l'état de division de la propriété ; tous les Athéniens qui ont été propriétaires après la 2£t(7ax,6£ta l'étaient déjà avant; la révolution a consisté à lever des charges très lourdes qui pesaient sur un grand nombre d'entre eux ; elle n'a pas fait véritablement de nouveaux propriétaires.
L'état social organisé par Solon repose , comme c'est le cas général dans l'antiquité, sur la propriété foncière. Les propriétaires de biens-fonds forment les trois premières classes sociales ; ils occupent seuls les fonctions publiques ; ils sont seuls citoyens de plein droit ; surtout ils constituent seuls ce qui forme l'arméenationale, le corps des hoplites; cela seul nous indique que le nombre des propriétaires fonciers devait être déjà alors considérable en Attique. Le point essentiel que nous chercherons à établir dans cette partie de notre ouvrage, c'est que Solon a compris, dans son œuvre législative, l'organisation de la puissance militaire d'Athènes , qu'il n'a pas négligé un intérêt aussi grave que celui de la défense nationale. Si Solon n'a pas fait de nouveaux propriétaires, c'est que déjà alors la propriété était suffisamment divisée , c'est qu'elle pouvait fournir une bourgeoisie assez nombreuse pour constituer la cité , pour lui donner une
(1) A côté du mouvement régulier de la population , il y a un autre mouvement sur lequel nous n'avons aucun renseignement : c'est le passage des citoyens d'une classe dans une autre. Ici , en temps de prospérité , le mouvement se produisait de bas en haut , des classes inférieures aux classes supérieures (un thète pouvait devenir zeugite , etc.) ; c'était l'inverse quand les temps étaient mauvais.
armée telle que pouvait la désirer un homme d'Etat jaloux d'assurer l'avenir politique de son pays. Tous les législateurs grecs ont eu, à propos de la propriété, deux grandes préoccupations : constituer une division de la propriété telle qu'elle puisse fournir un nombre saftisant de propriétaires , c'est-à-dire de citoyens et de soldats; maintenir cet état de division de la propriété, empêcher de toute manière qu'elle ne se concentre dans les mêmes mains et qu'ainsi ne diminue le nombre des citoyens. De ces deux questions, nous savons que Solon s'est préoccupé de la seconde ; il a porté une loi pour interdire Taccaparement des biens-fonds, pour empêclier la formation des latifundia (1) ; s'il n'a pas touché à la division de la propriété, c'est qu'il y avait déjà alors dans l'Attique le nombre de propriétaires nécessaire pour suffire à toutes les exigences (2). Une classe moyenne existait donc en Attique avant Solon ; le législateur n'eut pas à la créer, mais seulement à la délivrer, à la tirer de la situation précaire à laquelle elle se trouvait alors réduite.
La situation de ces petits propriétaires fonciers à l'époque de Solon est un point assez délicat à déterminer. Il y a aujourd'hui sur cette question deux systèmes : ou bien les Eupatrides sont les patrons d'une nombreuse clientèle qui vit sur leurs terres, paie la redevance et finit , au septième siècle, par obtenir la possession des lots de terre sous la seule condition de payer une redevance fixée désormais à un sixième de la récolte ; d'où le nom d'éxr/i|i.opcoi ; — ou bien , à côté des riches Eupatrides, il y a une classe de petits propriétaires ou même simplement de fermiers ; le plus grand nombre est endetté ; ils n'ont pu satisfaire à leurs obligations le jour de l'échéance soit de la dette soit seulement de l'intérêt, et alors, en vertu de la rigoureuse loi sur les dettes , ils sont obligés, comme les lots étaient inaliénables, d'abandonner les cinq sixièmes de la récolte à leurs créanciers, dont ils ne tardent pas à devenir les esclaves.
(1) Aristote, Polit., II, 4, 4 (1266", 16) : « Olov xal SoXwv évojxoôéxricrev , xal Ttap' àXXotç laxi vojjlo; ôç xwXùei xTaaÔai y^jv ôaviv àv pouXïirat xiç. » Cf. encore ibid., VI, 2, 5 (13 19*, 8). Voir Schômann , Gr. Alt., I, 191, et Curtius, Hist.gr., 1,408.
(2) D'après Buchsenschûtz , Bèsitz und Erwerh., p. 54 et suiv. , la classe des zeugites , c'est-à-dire des petits propriétaires , était incontestablement la plus nombreuse; cf. aussi Gilbert, Handb., 133. Julius Beloch, dans un article publié récemment {Das Volksvermôgen von At<tfca,|dans V Hermès , t. XX , 1885 , p. 237- 261), promet, au contraire, de démontrer que, sur trente mille citoyens qu'il y avait dans Athènes en 431, la moitié appartenait à la dernière classe, celle des thètes.
(3) Voir les chap. i et ii, partie II du livre II.
Ce dernier système appartient à Schômann (1), et presque tous ,es savants de FAllemagne s'y sont ralliés. 11 y a eu cependant une période d'indécision et de confusion; des savants, en admettant l'explication de Schômann et en reconnaissant que la redevance était des cinq sixièmes, faisaient des thètes les clients des Eupatrides comme les Penestes de Thessalie et les Hilotes de Sparte (2). Aujourd'hui l'opinion générale (3), est que les *ExTYi[jt.optot sont des propriétaires libres (4) qui ont à livrer à leurs créanciers les cinq sixièmes de la récolte (5).
Le système de la tutelle a été exposé par M. Fustel de Goulanges dans son beau livre sur la Cité antique (6). D'après ce savant, il ne peut être question de dettes à cette époque ; dans ces débiteurs dont parle Plutarque , il faut voir les anciens clients ; leurs dettes ne sont autre chose que la redevance annuelle qu'ils doivent payer à leurs anciens maîtres; la réforme de Solon a consisté à supprimer cette redevance ou à la réduire et surtout à faire disparaître des terres cultivées par les clients la borne sacrée et inviolable de l'ancien patron.
Le système de la clientèle a pour lui de nombreuses analogies; la clientèle existe en Thessalie, à Sparte, en Crète, dans Argos (7) ; cette redevance d'un sixième, qui paraît beaucoup trop faible pour des débiteurs, peut très bien se justifier pour des clients, et une redevance seulement d'un sixième est indiquée par un texte de Plutarque (8).
Il y aurait donc là des présomptions assez fortes en faveur du système , si l'on n'observait d'abord que, dans les pays que nous venons de citer, la clientèle existe en vertu de la conquête , les clients sont les anciens habitants réduits en servage par des étrangers victorieux. Pour l'Attique , au contraire, tous les témoignages, qui nous sont parvenus, attestent qu'il n'y a pas eu de conquête; des étrangers ont envahi le pays, ils ont
(1) De Comit. Ath., p. 362;*Gr. AU., I, 342.
(2) K.-F, Hermann, Staatsalt., g 100, 16, admet une redevance d'un sixième. L'Etymol. Gudian. (p. 165 , 52) assimile les thètes aux hilotes, aux penestes et aux gymnètes (Argos).
(3) Bœckh, Staats., I, 643; Grote, Hisl. gr. IV, 150 ; Curtius, Hist. gr., I,p.405; Gilbert, Handh., p. 125.
(4) Pollux, III, 82; IV, 165. Hésychius : 'ExTY)|x6pioi.
(5) Photius : neXàtai ; scolies de Platon , Eutyph., p. 327. Pour les autres textes, voir Hermann, Staatsalt., § 100, 16.
(6) P. 313 et suiv.
(7) Cf. le passage déjà cité de l'Etymol. Gudian, p. 165, 52.
(8) Vie de Solon, 13.
réussi à s'y établir; mais ils n'ont pas subjugué les indigènes; un accord s'est opéré, qui a rendu possible la fusion entre Tancienne et la nouvelle population ; les légendes de Xouthos, d'Ion, de Thésée ont toutes sur ce point la môme signification. Ce n'est pas là la seule objection que soulève ce système. Contre le texte de Plutarque sur le sens du mot IxTVKxoptot , nous avons d'autres témoignages (1). Plutarque n'est pas une de ces autorités devant lesquelles on est obligé de s'incliner ; pour ce qui touche les origines en particulier, on ne peut s'empêcher de reconnaître que bien souvent « il ne donne pas la preuve d'un sens historique très sûr (2). » Nous ne possédons que de courts fragments de l'œuvre poétique de Solon , mais les auteurs d'Atthides , Aristote , sinon Plutarque (3) lui-même, ont eu des recueils plus complets; il est difficile de croire que le législateur n'ait parlé de cette grande réforme que dans le court fragment conservé par Aristide Quintilien ; un fait tel qu'un changement dans le régime de la propriété n'aurait-il pas été indiqué clairement par Solon luimême et alors relevé par les historiens et les philosophes ? Si l'antiquité tout entière , si Androtion lui-même avec le compromis qu'il a imaginé (4), ne connaissait autre chose qu'une abolition des dettes, qu'une ol-komtz^ twv ^pe^^v , c'est qu'en réalité il n'y avait pas autre chose de mentionné dans les vers de Solon (5).
M. Fustel de Goulanges ne croit pas qu'il puisse être question de dettes à cette époque; cependant, bien avant Solon, les dettes , l'usure, étaient la lèpre de l'agriculture ; pour Hésiode , dettes et
(1) Photius et le scoliaste de Platon ; voir à la page précédente , n. 5.
(2) Fust. de Coul,, Propr. à 5p., p. 624. Cf. aussi p. 622 : « Un homme absolument dénué de critique. »
(3) On ne peut pas dire à quelle époque on a cessé de consulter le recueil complet des poésies de Solon. B. Niese {Zur Geschichte Solons, p. 4) croit que Plutarque et Diogène Laërce n'ont connu que des extraits (cf. aussi Niebuhr, Vorlesungen ûber alte Geschichte, I, 343). On peut , en effet, admettre cela pour Plutarque et pour Diogène; mais il faut aussi reconnaître que ces extraits devaient être assez riches. Plutarque dit que l'élégie sur Salamine existait encore de son temps avec le nombre complet de cent vers {Vie de Solon, 8). Croit-on que, du temps d'Aristote , on n'avait pas le recueil complet? "Veut-on faire remonter la manie des résumés et des extraits jusqu'au quatrième siècle avant notre ère?
(4) Voir plus loin, p. 57.
(5) Quant au prétendu serment des héliastes reproduit dans Dém., C. Timocr., 149, ce document est si suspect aujourd'hui , après les trois commentaires de "Westermann, qu'on ne peut en tirer aucune conclusion contre l'abolition des dettes (Wachsmuth, Hell. AlL, I, 472; Hermann, Staatsalt., § 106, 9).
ruine vont ensemble (1). M. Fiistel de Goulanges ajoute, que le système des hypothèques n'était pas encore connu à cette époque. Pour l'Attique, en effet, on ne sait pas à quel moment ce système a commencé à être appliqué ; les anciens , en tout cas , croyaient qu'il remontait très haut en Grèce ; on attribuait à Oxylos une loi interdisant de prêter sur hypothèque immobilière (2) et Oxylos est donné comme ayant pris part à l'invasion dorienne ; c'est l'homme aux trois yeux qui, d'après la légende, aurait guidé les envahisseurs (3). 11 semble difficile de ne pas voir dans les ô'pot mentionnés par Selon (4) les bornes hypothécaires , les éipot bien authentiques des siècles suivants (5). Nous ne connaissons qu'assez peu de choses de l'état économique de la Grèce au commencement du sixième siècle; cependant il y avait déjà plus d'un demi-siècle, et peut-être bien davantage (6) , que Phidon d'Argos avait établi son système monétaire ; l'Attique commençait à faire du commerce, le mouvement des échanges (7) devenait plus actif; bien des règlements attribués à Selon indiquent chez ce législateur des préoccupations sérieuses en faveur du commerce et de l'industrie (8). Enfin est-il vraisemblable que de simples clients , qu'on peut bien supposer libres mais non citoyens de plein droit, aient , en 683 ou en 639 , obtenu cinq places sur neuf dans le collège des archontes? Les clients auraient eu ainsi la majorité
(1) Op* et dus, 403 :
« 'AXXà (y'àvwya 9pà^ea6ai /psiûv te Xuaiv Xi(jloO T'àXewpyjv. » Cette même pensée est reproduite , v. 647, mais le passage paraît interpolé, cf. l'éd. Gôttling-Flach, Leipzig, 1878.
(2) Arist., Polit., VII, 2, 5 (1319 a. 12) : « "EdTiôè xat 8v Xsyouatv 'O^ÙXou v6[xov eTvat ToiouTov ti ôuvàfJievoç, tô ]x^ Saveiî^etv eïç xt [xépo; tïjç Oirapxouar)? éxà<jTa) Yîjç. »
(3) Ephore, frag. 15 de Mûller, t. I, 236; Apollod., Bihl. , II, 8, 3; Paus., V, 3, 5.
(4) Frag. 36, 2 :
« ... r^ [xeXaiva, t^ç èyo) tzoxt ôpouç àvsïXov TToXXax^ TreTTYiyoTaç. »
(5) Cl. A., II, les numéros de 1103 à 1183; Dittenberger, Syll, 434 et suiv. Cf. Bœckh, Staats., p. 180, 662; Hermann-Elûmner, Privatalt., p. 46!.
(6) Cela dépend de la façon dont on lit un passage de Pausanias, VI, 22, 2 ; faut-il lire l'Olympiade x^ — 28 ou tj = 8? Dans le premier cas, l'apogée de la puissance de Phidas se place au milieu du huitième siècle; dans le second, au milieu du septième. C'est cette dernière opinion qui aujourd'hui est plus généralement acceptée , cf. Curtius, Hist. gr., I, 299.
(7) Curtius, Hisl. gr., I, 404 et suiv.
(8) Plut., Solon, 22 et 24.
sur leurs patrons dans le collège qui était la magistrature suprême, à qui appartenait toute la puissance politique et religieuse de l'Etat?
Pour toutes ces raisons , ayant à choisir entre deux systèmes dont l'un s'appuie sur le témoignage de toute l'antiquité , dont l'autre ne repose que sur des analogies, nous rappelant les dangers de la méthode comparative, si bien signalés par le savant (1) que nous combattons ici , nous croyons , en nous écartant de l'explication qu'il propose sur cette question , rester par là même fidèle à l'esprit de sa méthode.
Nous pensons qu'à l'époque de Solon, la population de l'Attique comprenait deux grandes divisions : d'un côté, les nobles, les Eupatrides; de l'autre, la foule des gens de la campagnes et des ouvriers. L'aristocratie possède et des richesses mobilières qui ont pu être considérables, et des biens-fonds situés surtout dans la plaine qui est autour d'Athènes , dans cette partie du territoire qu'on appelle la Pédias ; là le sol est le plus gras ; là se trouvent les meilleures terres, et les nobles qui habitent la ville ont réussi peu à peu à les saisir. Les petits propriétaires ont été refoulés vers le nord, dans cette partie montagneuse appelée la Diacrie. Par des raisons que nous ne pouvons qu'entrevoir, les unes politiques , la toute-puissance des Eupatrides et l'action chaque jour plus forte de la capitale , les autres purement économiques, la perturbation amenée dans les échanges par le rôle chaque jour plus considérable de la monnaie (2), pour toutes ces raisons, le sort des petits propriétaires de la Diacrie devient chaque jour plus misérable; Plutarque (3) les montre, à l'époque de Tarchontat de Solon , réduits à l'état de mercenaires et devenus les plus violents ennemis des classes riches. Cependant sur les côtes , à mesure que la peur des pirates a diminué, il s'est formé une population qui se livre au commerce ; elle est inférieure en droits politiques aux Diacriens eux-mêmes (4) ; mais elle est riche, et sa fortune consiste surtout en biens mobiliers ; elle n'est donc ni oppressive comme les Eupatrides , ni opprimée comme les Dia-
(1) Propr. à Sparte, p. 618 etsuiv.
(2) La situation économique de l'Attique, à cette époqne, a été très bien expliquée par E. Curtius, Hist. Gr., 1, 404.
(3) SoLon, 29 : « Tœv Ataxpiwv, èv oîç ^v ô ôriTixo; ô^Xoç xal iiâXiaxa. toÎç ttXou- CTioiç àx,06[jL£voç. » Cf. aussi le texte cité plus haut, p. 31 , n. 2, d'Hésychius sur 'AypoiCii'za.i.
(4) Dans le compromis imaginé après la chute de Damasias, ils n'ont que deux archontes, les Diacriens en ont trois.
criens; elle pourra un jour s'interposer entre les deux partis ennemis; et, par un étrange phénomène, cette population des côtes , réputée plus tard la plus turbulente, la plus portée au changement , formera , entre les hommes de la ville et ceux de la montagne, le parti modéré, tandis que la population des montagnes formera le parti révolutionnaire. Il y a là un renversement des rôles; déjà les observateurs de l'antiquité avaient noté le caractère éminemment conservateur des populations des montagnes et cette passion pour le changement qui possède la population des côtes. La division de la population en trois partis correspondant aux trois divisions territoriales de l'Attique , telle que nous la trouvons indiquée par Plutarque (1), est un fait d'une haute importance ; précisément parce qu'elle est contraire à ce que l'observation avait déjà révélé aux philosophes anciens, elle nous fait clairement connaître le caractère particulier du conflit. Les hommes de la montagne , les Diacriens, forment le parti démocratique révolutionnaire, il sont en lutte avec les Pédiens, avec les hommes de la plaine; ces Diacriens sont les Géomores du temps de Thésée, les Apoikoi du temps de l'archonte Damasias ; c'est cette population de paysans qui , en temps ordinaire, sont les plus fermes soutiens de l'ordre , mais qui , cette fois, pour les causes que nous venons d'expliquer, se sont faits les partisans les plus ardents d'un bouleversement social. La division des classes et le synoikismos , c'est-à-dire l'inégalité trop grande entre les diverses parties de la société et la centralisation de toute la force politique sur un seul point du territoire, ont eu pour résultat de créer, comme nous le disions plus haut (2) , un état social plein de dangers et de menaces. Les Eupatrides sont non seulement la première classe , ils jouissent, en vertu de leur noblesse, des plus grands privilèges; mais de plus ils habitent la capitale, ils occupent la ville qui seule est tout l'Etat. L'antagonisme social était au fond de la division des classes ; l'antagonisme local , entre la ville et la campagne , était au fond du Synoikismos\ les deux causes ont travaillé dans le même sens; la séparation est devenue chaque jour plus grande et plus profonde entre le peuple et la noblesse.
(1) Plut., Solon, 13 : «...ôaaç ii X^9^ Siacpopà; eT^ev , et? ToaaOxa [xépy] tï5ç n6- Xewç Sia(>Tàariç. ^Hv yàp tô {ièv tcov Aiaxpttov y^voç 8r][JL0xpaTtxa)T:aT0v, ôXiyapxtîca)- Taxov ôè TùJv Ileôtéwv , tpiTOi ô' ol Iïàpa>vOi , jxéaov xtvà xat !X£[xiy[j,£vov alpoup-evot uoXtTstaç rpoTTOv , è{JiTco6à)v '^aav xal StexcoXuov xoùç étépou; xpaT^trai. » Cf. aussi ihid., 29, et Hérod., I, 59.
Après une longue lutte , dans laquelle ils n'ont pas toujours eu l'avantage, les nobles qui habitent la capitale sont parvenus à rétablir leur domination ; ils ont la religion , les magistratures, la richesse. Les classes populaires , qui luttent contre eux , sont formées d'artisans , et de petits propriétaires ; ceux-ci sont les plus nombreux et les plus ardents contre les Eupatrides : ils sont de vieille origine attique , ils ont eu autrefois quelques droits et quelque importance dans l'Etat et aujourd'hui il se trouve que leur situation est la plus misérable ; par suite de leur faiblesse politique, probablement aussi par l'action de faits économiques , ils ont été peu à peu appauvris et ruinés ; ils sont devenus les débiteurs des riches (1) ; et, comme les biens-fonds sont inaliénables, comme on ne peut saisir la terre , le créancier a le droit, si les engagements pris envers lui n'ont pas été remplis, de saisir tous les ans les cinq sixièmes de la récolte, ce qui amène bientôt la ruine complète et enfin l'esclavage, soit à l'étranger soit dans l' Attique (2), d'un grand nombre de débiteurs. Cependant le parti opprimé est nombreux et redoutable ; c'est bien la guerre sociale qui menace r Attique, une guerre du pauvre contre le riche , mais avec cette particularité que le pauvre ici n'est pas sous le poids de longs siècles d'abaissement ; il n'a pas été façonné à la misère et à l'esclavage ; les pauvres, c'est toute une classe de petits propriétaires, de paysans qui ont gardé le souvenir d'une existence meilleure ; d.u moins, ils peuvent se souvenir qu'à un moment ils ont secoué le joug, qu'ils ont su conquérir une place dans l'Etat. Ils sont aujourd'hui dépouillés ou près de l'être ; ils envisagent cette situation nouvelle, l'esclavage qui les attend ou qui les a déjà saisis , avec les sentiments d'hommes qui se sont connus libres , maîtres d'eux-mêmes et de la terre qu'ils cultivent.
Des symptômes alarmants révèlent toute l'étendue du mal qui ronge l'Etat et annoncent une crise prochaine. Athènes est impuissante et humiliée à l'extérieur ; après une longue période de guerres contre Mégare, elle a été obligée de s'avouer vaincue ; elle a dû abandonner Salamine ; la mer se trouve fermée aux Athéniens , et la défaite a été telle que la peine de mort est décrétée contre quiconque parlerait de recommencer la lutte. Gomme la fièvre dans un corps malade , la superstition agite dans les âmes mille terreurs et mille fantômes ; on se croit sous le coup de malédictions célestes ; une des plus grandes familles est considérée
(1) E. Curtius, Ilist. Gr., I, 405; Gilbert, Handh., 125 et 130.
(2) Solon, frag. IV, 23 et suiv. ; frag. XXXVI, 6 et suiv.
comme souillée d'un crime horrible , et le sacrilège qui pèse sur elle s'étend sur tout l'Etat. Ainsi la défaite à l'extérieur, la guerre civile à l'intérieur , le trouble dans les âmes ; à côté des haines , des rancunes des citoyens les uns envers les autres , un lâche découragement contre l'ennemi national , des terreurs malsaines, des superstitions misérables, en un mot une société encore jeune, un organisme encore vigoureux, qui n'a pas encore atteint son plein développement et qui ne demande qu'à vivre et à grandir, mais dans lequel se sont déclarés des désordres profonds capables d'arrêter sa croissance, de compromettre sérieusement son avenir, si un traitement habile et énergique ne vient lui rendre la force et la santé : tel était l'état de l'Attique quand l'Eupatride Selon , fils d'Exékestide, s'occupa des affaires de son pays.