CHAPITRE V
La division des classes instituée par Solon nous est surtout connue par l'explication qu'en ont donnée Plutarque (1) et Pollux (2). Les renseignements fournis par ce dernier sont particulièrement importants; il a pour source Aristote et c'est grâce à lui que Bœckh a pu établir dans quelle proportion chaque classe pouvait être taxée en cas d'impôt, qu'il a pu ainsi reconstituer tout le système censitaire de la timocratie athénienne (3).
Solon, voulant laisser les fonctions publiques aux plus riches (4) et en même temps accorder au peuple une part dans le gouvernement , fit établir le revenu des citoyens. Ceux qui avaient une récolte de 500 médimnes en grains ou en liquides formèrent la première classe et reçurent le nom de pentacosiomédimnes ; ceux qui avaient une récolte de 300 mesures formèrent la seconde classe, celle des cavaliers; on donna le nom de zeugites à ceux de la troisième classe, ils avaient 200 ou 150 mesures (5); tous les autres furent appelés thètes^ ils ne payaient pas d'impôt , mais ils ne pouvaient arriver à aucune fonction publi-
(1) Soloriy 18.
(3) Staats., 1, 645 et 652. L'explication de Bœckh, acceptée jusqu'ici presque sans contestation , vient d être attaquée par M. Julius Beloch, Das Volksvermôgen von Attika, dans l'Hermès, t. XX (1885), p. 237-261.
(4) Plut., Solon, 18.
(5) Le chiflfre de 150 mesures, au lieu de 200, est une correction de Bœckh {Staat., I, 647), d'après la loi insérée chez Dem., C. Macart, 54. Schômann {Gr, AU., I, 349) admet cette correction, Grote {Hist. Gr., IV, 172, note) la repousse ; Gilbert {Handb., p. 133, note) croit que la question ne peut être décidée avec certitude. Sur toute cette question, nos textes sont très fautifs. Les manuscrits de Plutarque , au ch. 18 de la Vie de Solon , indiquent 300 mesures pour le
que , il ne leur fut accordé d'autre droit que de participer à VEcclésia et de siéger dans les tribunaux.
Des quatre noms que portent les classes de Selon, pentacosiomédimnes , cavaliers , zeugites , thètes , trois n'offrent aucune difficulté; le mot pentacosiomédimne s'explique de lui-même; les zeugites sont les petits propriétaires de la campagne, ceux qui ont ce couple de bœuf, de chevaux ou de mulets qui leur est nécessaire pour cultiver leur champ ; les thètes sont les citoyens qui n'ont pas de propriété ou qui ont une propriété insufîisante •pour les faire vivre : ils en sont réduits à se louer et à faire le métier de mercenaires. L'explication du mot cavaliers présente au contraire des difficultés. « Les cavaliers, » dit Plutarque (1), « sont ceux qui peuvent nourrir un cheval ; » cette explication a été généralement adoptée et nous croyons que c'est la bonne ; mais, dans le système censitaire de Selon , tel qu'on l'entend aujourd'hui , il n'est pas facile de se rendre compte de ce qu'étaient ces cavaliers.
L'institution des classes répond à un double objet : indiquer pour chaque citoyen quelles sont ses obligations et quels sont ses droits. Dans l'Etat , tel que l'ont conçu généralement les Grecs , à l'idée de droits correspond toujours l'idée de devoirs (2) ; plus une catégorie de citoyens a de privilèges , plus lourdes sont les charges qui leur sont imposées. Si donc Selon , au lieu de donner aux citoyens de la deuxième classe le nom de TptaxoaiofxeStpoi ,
Tf|xyi|xa des ÎJeuy^Tai; le chiffre exact, d*après Plutarque, 200 mesures, se trouve dans la 'ApicrTeiôou v.cd Kàxwvoç cruyxpKTiç, 1 ; de même chez Bekk., Anecd.^ I, 261, 1 et 5 ; dans le Manuscrit de Vossius , ^euytSiov. L'ordre régulier des classes est donné par Plutarque, Sol., 18, par Pollux, VIII, 130, par Harpocration, luTràç, par Suidas , ÎTcueiç, et par le scoliaste de Thucydide, III, 16 (Cf. aussi Harpocration : Ov^Teç; ôïjTeç xat Oyjtixov ; TrsvTaxoaioixéStfxvov ; Hésychius, ÎTCTcàç) ; les manuscrits d'Aristote [Polit., II, 9, 4, 1274 a) et le Manuscrit de Vossius donnent : Pentacosiomédimnes, Zeugites, Cavaliers , Thètes ; le scoliaste d'Aristophane , E^w^fes , 627 (= Suidas , itutuêÎç, sauf que , chez Suidas, l'ordre des quatre classes est régulier), et VEtymol. Mag., î^euytatov , donnent : Pentacosiomédimnes, Cavaliers, Thètes. Photius , luTràç, compte cinq classes : Pentacosiomédimnes, Cavaliers, Zeugites, Thètes, to ttéjjltctov iTcuàç èxaXetTo. Voir, sur quelques-uns de ces textes, la discussion de Larcher, L'ordre équestre, p. 87. Les pentacosiomédimnes sont mentionnés C. LA., Il, 14 (Cf. Thuc, III, 16, et Plutarq., Aristide, 1), les Zeugites et les Thètes C. I. A., l, 31.
(1) Vie de Solon , 18 : « Asutépou; 8è toùç ïtcttov xpéçeiv 6i)va[jLsvouç. » Dans le passage important de Pollux, VIII, 130, cette interprétation est indiquée avec quelque réserve : « oî ôè Ty]v luTcàSa teXoOvTeç èx (xèv toù ôuvaaOai Tpsçetv tuTirou; xexXïjaôai Soxouatv.
(2) Voir le chap. VIII.
les a appelés ÎTrTrrîç, c'est qu'il leur attribuait réellement l'obligation d'entretenir un cheval pour le service public. Gomment se fait-il alors que les Athéniens, comme on le croit généralement, soient restés si longtemps après Selon sans avoir des cavaliers, sans comprendre la cavalerie dans leur organisation militaire ! La première mention certaine que nous trouvions de la cavalerie athénienne se rapporte à l'an 431, au commencement de la guerre du Péloponnèse ; les Athéniens ont alors un corps de mille cavaliers citoyens, plus deux cents cavaliers étrangers (1). De quelle époque date cette organisation de la cavalerie ? Il est difficile de le déterminer ; c'est un point qui sera discuté plus loin (2) ; ce (iu'il importe seulement ici d'indiquer, c'est qu'un siècle après Selon , les Athéniens n'avaient pas encore de cavalerie ; toutes les traditions nous affirment qu'à Marathon, il n'y avait pas un seul cavalier dans les rangs athéniens. Gomment alors Selon a-t-il pu avoir l'idée d'instituer une classe chargée d'un service auquel on ne pensera pas encore un siècle après lui ? Il y a évidemment là une difficulté, et la plupart des savants l'ont trop souvent négligée. Elle avait été cependant signalée, il y a déjà cinquante ans, par K.-F. Hermann, dans l'étude qu'il a consacrée aux cavaliers athéniens. Voici l'explication que ce savant proposait pour résoudre la difficulté : Il faut se garder de confondre la classe des kTryiç avec le corps militaire des cavaliers ; Selon n'a pas donné à ses classes de noms empruntés aux choses de la guerre , il na pas touché à l'organisation militaire. Athènes, jusqu'à lui, a vécu sous le régime de l'aristocratie; dans cette aristocratie, le nom de cavalier avait une signification d'autorité et de noblesse. Selon était un homme d'expérience et de ménagement , qui cherchait moins à faire des changements qu'à introduire prudemment dans l'ancienne constitution quelques éléments nouveaux ; pour ce qui concerne l'institution des classes, il s'appliqua surtout à conserver l'ancienne division de Thésée; et, si dans les thètes il est facile de reconnaître les Démiurges, dans les zeugites les Géomores, on peut, sans être accusé de témérité, croire que les iTTTi^ç ont succédé aux Eupatrides comme classe patricienne; si cette conjecture est juste, il faut en conclure que, déjà avant Selon , le mot cavalier avait perdu sa signification militaire pour ne plus désigner qu'un état , qu'une classe sociale (3). Par là
(1) Thuc, II, 13.
(2) Yoir la IIP partie du livre I.
(3) De eq. ait., p. Il : « Non metuo ne nlmiae temeritatis speciem incurram,
la seule innovation de Solon aurait été la création de la classe des pentacosiomédimnes , première classe sociale, dans laquelle furent compris tous les citoyens les plus riches, afin qu'une basse naissance ne pût écarter des affaires publiques le possesseur d'une grande fortune.
En traitant du recrutement de la cavalerie (1), nous aurons l'occasion d'examiner plus longuement la thèse que soutient ici Hermann. Nous ne partageons pas son opinion ; bien loin de croire que Solon ait voulu donner à l'une des classes qu'il a instituées un nom aristocratique, nous pensons, au contraire, que, si quelque chose est bien clair , bien évident dans cette institution , c'est le soin avec lequel Solon a évité de donner à l'une des quatre classes un nom qui pût rappeler le privilège de la naissance. La division sociale qui existait avant Solon , les trois classes de Thésée , reposait véritablement sur ce privilège ; à ce système Solon en oppose un autre tout différent qui repose sur le privilège de la fortune, et les noms qu'il donne anx nouvelles divisions du corps social n'ont trait qu'à la fortune. Des noms comme les citoyens aux cinq cents mesures , les citoyens qui ont un attelage, les mercenaires , sont significatifs ; à côté de termes si clairs , le mot ÎTTTreu; ne peut avoir d'autre signification que celle qu'on lui attribue généralement : un cavalier , un homme qui a un cheval.
Nous rejetons donc le système de Hermann ; mais cela ne nous empêche pas de reconnaître que la difficulté qu'il a signalée est réelle. Si dans la deuxième classe de Solon on ne voit pas , avec Hermann, une classe aristocratique; si on ne traduit pas le mot ÎTr-TtY); par chevaliers^ on se demande ce que signifie une classe' de cavaliers instituée si longtemps avant qu'Athènes ait une cavalerie ?
Mais est-il vrai , comme le dit Hermann et comme on le croit généralement , que Solon n'ait pas touché aux choses militaires ?
Plutarque et Diogène Laërce ne fournissent aucun renseignement sur ce point; nous savons cependant, par d'autres témoignages, que c'est à Solon qu'il faut attribuer la loi sur l'antidose (2), il s'était donc occupé de la triérarchie et de l'organisation
si titiuéaç quoque apud Solonem in EÙTraTpiôwv sive patriciorum veteruin locum successisse dicam; quod si recte conjeci, non modo usitatum fuisse apud Athenienses equitum nomen, verum etiam fortasse jam ante Solonem a militari in civilem significationem abiisse colligere licebit. »
(1) Voir livre III, ch. II.
(2) [Dém.], c. Phenippe, 1.
de la flotte ; il avait aussi réglé la question des délits militaires (1); nous avons enfin toute une série de textes qui prouvent , nous le montrerons , que Solon ne s'est pas contenté de régler la question sociale et d'organiser les pouvoirs publics , mais qu'aussi il s'est préoccupé d'organiser la puissance militaire de son pays. Si ce législateur s'était borné à instituer le conseil probouleumatique, à diviser les citoyens en quatre classes, à régler les attributions de l'Aréopage, il n'aurait fait que la moitié de son œuvre. La guerre est l'état naturel des sociétés antiques ; tous les Etats , toutes les cités vivent en hostilité permanente les unes envers les autres ; plus encore que dans les sociétés modernes, l'organisation de la défense nationale est le premier intérêt d'un peuple ; les sociétés anciennes ne sont le plus souvent organisées que pour ce seul objet ; tout y est sacrifié à cet intérêt suprême, comme, par exemple, dans la cité de Lycurgue. Peut-on admettre qu'un législateur comme Solon ait laissé un tel intérêt en souffrance ?
Le silence des deux biographes de Solon sur ce point n'est pas un argument qu'on puisse nous opposer ; Plutarque et surtout Diogène ont méconnu la portée de Tœuvre du grand législateur. Quelque désappointement qu'on éprouve en lisant Plutarque , on devient indulgent pour lui quand on lit Diogène Laërce , ses banalités, ses rêveries, surtout cette correspondance extravagante de Solon avec Grésus , Pisistrate , etc. Assurément du temps de Plutarque , il était déjà difQcile d'apprécier sainement le législateur athénien. Il s'était formé de bonne heure sur Solon une double légende : l'une est très ancienne et toute naïve ; nous en possédons un des plus beaux traits dans cet admirable récit d'Hérodote sur la visite de l'Athénien à la cour de Grésus ; l'autre est bien moins une légende qu'une falsification souvent consciente de l'histoire; Solon devient, sous la démocratie, le type du législateur démocrate ; c'est lui que, dans Athènes, les orateurs, qui parlent] au peuple, prennent l'habitude d'invoquer ; c'est sous l'autorité de ce grand nom qu'ils mettent toutes les lois , tous les décrets qu'à tort ou à raison ils peuvent citer dans l'intérêt de la cause qu'ils défendent. En revanche, la philosophie, plutôt favorable à l'aristocratie , jugea plus sévèrement le législateur athénien, et surtout elle apporta dans ce jugement un esprit systématique qui fut une cause d'erreur nouvelle.
La sophistique est née de la nécessité , pour tout citoyen qui vivait dans une république , de savoir parler soit devant les tri- Ci) Bsch., C. Ctés., 175,
biinaux , soit devant rassemblée du peuple. Elle n'est, véritablement, qu'une partie d'une science plus générale , la TroXmxvi (1); car l'art de parler sur les affaires de l'Etat doit être subordonné à l'étude de l'Etat lui-même. De toutes les subdivisions qu'on avait indiquées dans la ttoXitixti, l'art de faire une constitution, la vo[jioÔ£Tcx7i (2) , fut parmi celles qui attirèrent le plus vivement l'attention des philosophes et qui séduisirent leur imagination. Malheureusement , sauf Aristote et son école , tous les philosophes pratiquent cet art en idéalistes ; ils conçoivent un type du législateur idéal ; ce législateur a un but, former un Etat où l'on pratique la vertu ; pour atteindre ce but suprême, il soumet tout aux règles de sa raison, il ne s'inspire que des principes; il pétrit les hommes comme une cire molle ; passions, affections, faiblesses de la nature humaine , nécessités historiques, rien de tout cela n'existe pour lui. Le législateur qui paraissait s'être le plus rapproché de ce type idéal , c'est Lycurgue ; malgré les ruines nombreuses que cette constitution présentait de bonne heure, on s'obstinait à la considérer comme le chef-d'œuvre de la vofjioÔE- TtxT], à voir en elle la plus belle conception imaginée par un homme de bien, vraiment philosophe et vraiment politique, pour conduire ses concitoyens au bonheur et à la vertu (3).
Platon , soit par amour-propre national , soit par respect pour un vieux législateur, n'a pas jugé Selon défavorablement (4); ses préférences sont certainement pour Lycurgue, mais il ne cherche pas à rabaisser le législateur athénien. Il n'en est pas ainsi de Plutarque ; il a écrit la vie de Selon , non en historien , mais en moraliste , en philosophe systématique. Il semble n'avoir d'autre objet que de montrer dans Selon un législateur qui est trop faible pour s'arracher aux exigences de la réalité, qui ne sait ou ne peut s'imposer aux choses (5), qui n'agit que par des compromis sans avoir le courage de tout soumettre aux principes. Les mots étrange, ridicule (6) reviennent souvent à propos de telle loi de Selon ; ce
(1) Platon, Gorgias, 463 d : « "Ecttiv yàp r\ ^rixopix^)... ttoXitix^ç (xopiovi e'tSwXov. »
(2) Ihid., 464 c, 465 c ; RépuhL, 294 a.
(3) Protagoras, 342 c ; « Ta XdcxwvtÇeiv ttoXù (jlôcXXov eaTt çiXoc-oçeïv ^ çiXoyutxvadTeTv. » Quelques lignes plus bas (343 a), les sept sages, et parmi eux Solon, sont donnés comme disciples et amis de leducation Spartiate.
(4) Cf., entre autres, Banquet, 209 d ; Répuhl, 599 e.
(5) Vie de Solon, 22 : « SoXwv 8è toÏç 7rpàY[xa(7t xoù; v6\lomç (xàXXov 9i xà. izp(xy\La.za, TOtç vojJLOtç 7cpoaap(x6Ç(ov. »
"(6) Ihid., 20 : « riapàSo^oi; 6 xeXeutov (vofxoç), » — Ibid. : « "Atottoç ôè Soxet xat yeXoïo;, » — 23 : « "OXtoç ôè TrXetaTviv exeiv àTOTttav oî Ttept xwv yuvaixwv v6[JL0t. »
que nous admirons le plus dans ce législateur, ce tact politique , cette prudence consommée , cette connaissance profonde des besoins de son pays et du caractère des Athéniens , tout cela est considéré par Plutarque comme autant de faiblesses ; il excuse Selon en disant qu'il n'était pas, comme Lycurgue , le onzième descendant d'Hercule, qu'il appartenait au peuple et était un homme de moyenne condition, 87i[xoTtxoç wv xat (xeaoç (1).
Il y avait là une façon étroite de comprendre Selon qui devait amener Plutarque à tracer du législateur athénien une image inexacte et imparfaite, qui devait l'amener surtout à méconnaître toute la portée, toute l'étendue de son œuvre.
Selon est avant tout un homme d'Etat prudent et pratique ; avant d'être nommé nomothète vers l'âge de quarante-cinq ans , il a été activement mêlé aux affaires publiques; il a dirigé la politique intérieure et extérieure d'Athènes. Nous avons vu par quels services il s'était signalé ; la guerre de Mégare , l'intervention d'Athènes dans la guerre sacrée, tous ces événements, dans lesquels il a eu un rôle si important, révèlent un homme d'action autant qu'un habile politique. La guerre de Mégare a dû surtout exercer sur son esprit une impression profonde ; elle avait montré dans quel état de faiblesse et de désorganisation était tombée Athènes. Malgré les cérémonies commémoratives qu'on avait instituées, les faits relatifs à la prise de Salamine s'obscurcirent vite; cependant on avait gardé plus tard le souvenir de surprises, de pièges tendus aux Mégariens, enfin d'une impuissance à attaquer ouvertement un ennemi par qui l'on avait été si souvent vaincu. Un trait qu'on trouve dans les deux légendes que rapporte Plutarque (2), c'est que les Athéniens n'ont envoyé contre les Mégariens qu'un seul gros vaisseau ; ce qui domine dans ce récit, c'est le sentiment que les ressources d'Athènes sont des plus faibles , que le pays n'a pas encore su organiser les forces dont il dispose (3). Il y avait donc là des questions qu'il était impossible
(1) Vie de Solon , 16.
(2) Solon, 8 et suiv.
(3) Schomann {Griech. Alt., I, 345 et suiv.) rattache l'institation des naiicraries à la guerre de Mégare; ce qu'il faut retenir de son explication, c'est l'impossibilité de faire remonter plus haut cette institution; cet aveu est à noter de la part d'un des savants qui ont le mieux connu les antiquités de la Grèce ; il croit que cette institution est tout juste antérieure à la tentative de Cylbn, quand déjà Athènes et Mégare se disputent Salamine. Il nous semble, au contraire, que la guerre de Mégare montre rinsuflSsance de l'organisation militaire d'Athènes et la nécessité d'y remédier.
à un législateur de négliger ; un intérêt aussi important que celui de la défense nationale ne pouvait pas rester en souffrance, surtout quand une expérience récente avait démontré l'insuffisance complète de l'ancienne organisation. Nous croyons donc, malgré le silence de Plutarque et contre l'opinion de K.-F. Hermann, que Selon s'est occupé très sérieusement de l'organisation militaire de son pays , nous croyons que sa réforme sur ce point se rattache de la façon la plus étroite à l'organisation des classes sociales ; en même temps qu'il créait la classe sociale des kTiriç , il créait aussi le corps militaire des cavaliers , de la môme façon qu'en instituant la classe des pentacosiomédimnes , il pensait à l'organisation de la marine militaire d'Athènes; la création du corps des cavaliers et de la flotte se rattache à l'institution des naucraries.