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CHAPITRE VIII

DE l'organisation ADMINISTRATIVE CRÉÉE PAR SOLON.

Pouvons-nous reconstituer cette organisation administrative dont Selon dota Athènes? Comme le dit Aristote (1), il prend pour base l'ancienne division des tribus ; il les conserve toutes les quatre ; il conserve aussi l'ancienne division de la tribu en trois phratries; mais, parallèlement aux phratries, il institue une division de la tribu en trois parties aussi, et il donne pour cela à ces divisions nouvelles le nom de trittyes; chacune de ces trittyes est, à son tour, subdivisée en quatre naucraries. Le territoire et la population de l'Attique se, trouvent ainsi divisés en 12 arrondissements et 48 districts. On a, en effet :

4 tribus, 12 trittyes, 48 naucraries.

Quoique les phratries eussent été profondément transformées par l'admission des nouveaux citoyens, des ôpys^veç, au culte de Zeus Herkéios et d'Apollon Patrôos, elles n'en restaient pas moins des divisions essentiellement religieuses ; elles se rattachaient directement au yevoç; elles reposaient, comme lui, sur le principe de la parenté naturelle. La création des trittyes et des naucraries a-t-elle eu pour objet de soustraire l'administration à la religion? On est tenté de le croire en voyant une institution parallèle à la phratrie prendre place au sein de la tribu. Sur un point, Selon se montre encore fidèle aux anciennes traditions : tous les chiffres de l'organisation nouvelle sont les anciens chiffres ioniens 4 et 12; il y a 12 trittyes, chacune comprend 4 naucraries. Clisthène, dont la réforme sur ce point fut plus radicale, et qui substitua aux tribus ioniennes les tribus attiques , eut soin de remplacer les chiffres 12 et 4 par le système décimal. • La phratrie est donc conservée ; c'est toujours dans son sein

(1) Photius, NauxpapCa.

que se fait l'admission des nouveaux citoyens ; elle a pour objet ce que nous appelons aujourd'hui l'état civil. Seulement, comme la loi ne connaît d'union légitime que le mariage d'un Athénien avec une Athénienne, les enfants nés en dehors de cette union ne, sont pas inscrits. La nouvelle administration des trittyes et des naucraries prend les citoyens inscrits sur les registres des phratries et leur distribue, proportionnellement à leur fortune, les charges imposées par l'Etat.

Gomme à la tête de là tribu il y a un phylobasileus, à la tête de la phratrie un phratriarque, à la tête de la trittys un trittyarque (1), il y a, à la tête de la naucrarie, un naucrare. Ce magistrat est subordonné à l'archonte polémarque (2) ; c'est là un détail important qui montre de quelle nature étaient les fonctions principales du naucrare; il est surtout chargé d'assurer le recrutement de la flotte et de l'armée de terre ; il est un des rouages principaux de l'organisation militaire d'Athènes ; il veille à ce que la naucrarie fournisse le vaisseau et les deux cavaliers qui lui sont imposés; il a, de plus, des attributions financières se rattachant au service de la guerre ; il répartit parmi les citoyens riches de la naucrarie ces contributions levées en temps de guerre, sous le nom d'eiacpopa (3) ; il a, enfin, à régler les dépenses du dème. On compare, dans la plupart des textes, les fonctions du naucrare à celles du démarque. C'est Clisthène qui substitua les démarques aux naucrares (4) ; il porta probablement à cent le nombre des démarques; d'après Aristote, les démarques auraient été chargés de la plupart des fonctions qui appartenaient aux naucrares ; mais le fait que le naucrare est subordonné au polémarque indique quelle importance ce magistrat avait dans l'organisation militaire d'Athènes.

Les naucraries avaient une caisse particulière qui était administrée par les colacrètes. Androtion disait dans son Atthide : « Les colacrètes doivent prendre sur la caisse des naucraries l'ar- » gent à donner pour frais de route aux théores qui vont à Del- » phes (5). » Ce renseignement mérite d'être examiné. Les jeux

(1) Sur le trittyarque, voir page 99.

(2) Bekk., ÂnecdJ, 283, 20. Voir ce texte, p. 80, n. 1.

(3) Pollux, VIII, 108.

(4) Sur toutes ces attributions des démarques , voir HaussouUier, La vie municipale en Attique , p. 110 et suiv.

(5) Frag. Hist. Grsec, de Didot, I, p. 371, frag. 4 d'Androtion (Aristoph. , Aves, 1540 , scolie) : « Toîç S'iouai IluOûôe Oswpoiç toùç xwXaxpsTa; ôtôovat èx tûv vauxpapixûv èfoôiov àpyùpta. »

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Pythiques ne deviennent une fête nationale pour les Grecs qu'après la première guerre sacrée. 11 n'y avait, jusqu'à cette époque, qu'une fête locale qui était célébrée tous les huit ans. Après la défaite de Cyrrha, on institue une grande fcte sur le modèle de celle d'Olympie; c'est alors que commence l'ère delphique. Corsini avait placé la première Pythiade dans l'Olympiade 49 , 3 ; Bœckh (l)la mettait une Olympiade avant, 48, 3 = 586 ; enfin, d'après de derniers calculs (2), il faudrait la placer dans l'Olympiade 47, 3 = 590. Si nous acceptons cette date, nous sommes à l'époque où Solon a dû être encore tout-puissant dans Athènes. D'ailleurs, quelque date que l'on accepte, nous savons certainement que Solon s'est mêlé très activement aux événements qui ont amené l'institution de le fête delphique ; c'est par ses conseils qu'Athènes est intervenue pour défendre le sanctuaire d'Apollon. Lefragment qui nous a été conservé par Androtion faisait probablement partie d'un règlement des Athéniens sur la fête de Delphes. A. quelle époque un tel règlement a-t-il pu être fait, sinon au moment de l'institution de la fête , et très probablement par Solon lui-même ? On connaît ses préoccupations religieuses , son zèle particulier pour le dieu de Delphes ; il avait fixé des prix pour les Athéniens vainqueurs aux grands jeux de la Grèce (3). Nous croyons qu'en faisant le règlement sur la fête Pythiqueil prenait, pour des dépenses nouvelles, des fonds sur le service qu'il venait d'instituer, sur la caisse des naucraries.

Le trait essentiel de la nouvelle organisation c'est qu'elle comprenait surtout deux services : la flotte et la cavalerie. Nous avons expliqué comment Solon n'avait pas à s'occuper particulièrement de l'infanterie. Tous les citoyens en état d'avoir les armes réglementaires font partie du corps des hoplites; il n'y avait là rien à créer, rien à changer. Dans chaque naucrarie, les naucrares ont seulement à veiller à ce que tous ceux qui peuvent s'armer soient enrôlés ; mais le législateur n'avait pas à flxer combien d'hoplites devait fournir chaque naucrarie ; le nombre n'était certainement pas le même pour toutes. Il n'en était pas ainsi pour la flotte et pour la cavalerie ; il fallait indiquer quelle importance on entendait donner à cette partie de la puissance militaire

(1) Pindare, tome II, 2, 207.

(2) Aug. Mommsen, Del^hika , p. 124, note 2, et p. 125; E. Curtius, HisU Gr., I, 316; voir de nouveaux calculs sur ces dates chez Laridwehr, Zur dit. au. Gesch.y p. 107.

(3) Plut., Solon, 23 ; voir le ch. II de la partie II du livre II.

de l'Etat et faire une répartition équitable des charges qui en résultaient. On comprend maintenant aussi pourquoi Glisthène, qui a porté le nombre des tribus à dix , celui des trittyes et celui des phratries à trente , ne pouvait élever le nombre des naucraries dans la même proportion ; s'il avait élevé à cent vingt le nombre des naucraries , il aurait porté à deux cent quarante vaisseaux l'effectif de la flotte; on ne pouvait guère songer, à cette époque, à un tel développement des forces maritimes d'Athènes.

La naucrarie fournit un vaisseau et deux cavaliers : le passage de Pollux qui nous fait connaître ce détail est de la plus grande importance; il nous indique d'une façon certaine la relation qu'il y avait entre le service de la flotte et celui de la cavalerie. Quand nous étudierons Torganisation de la cavalerie (1), nous verrons combien ce rapprochement, jusqu'ici méconnu, est juste; combien l'organisation des deux services présentait des traits communs. La cavalerie , comme la triérarchie , est une liturgie militaire ; elle porte sur la personne et sur les biens ; le cavalier doit entretenir un cheval à ses frais ; il doit , de plus , le monter lui-même et faire campagne ; de même , le triérarque doit équiper à ses frais une galère qu'il commande lui-même, qu'il conduit lui-même à l'ennemi (2). Le cavalier, en entrant au service, est passé en revision par le Conseil, qui exerce toujours une haute surveillance sur la cavalerie (3) , de même la marine est sous la haute surveillance du Conseil ; il doit veiller à ce que la flotte soit non seulement tenue en bon état mais augmentée (4) ; il siège au Pirée quand une escadre doit être équipée. Le conseil des Quatre-Cents, la flotte, la cavalerie sont trois créations de Selon; le législateur avait mis les deux nouveaux services qu'il organisait sous la haute surveillance de la grande assemblée dont il avait fait un des organes les plus importants de l'Etat. Le cavalier , en entrant au service , reçoit une indemnité , la xaTacrraffiç , qui l'aide à se monter et à s'équiper (5) , comme le triérarque reçoit de l'Etat la coque et les agrès du vaisseau qu'il est tenu d'équiper. Tous ces traits nous montrent que l'organisation de la flotte et celle de la cavalerie ont été conçues ensemble , qu'elles

(1) Voir les premiers chapitres du livre III.

(2) Voir livre III , ch. I.

(3) Voir livre III , ch. III.

(4) La loi qui prive de la couronne le conseil qui n'a pas fait construire de galère est évidemment postérieure à Solon; elle peut être de l'époque de Thémistocle.

(5) Voir livre III, le chap. IV sur la xarà^Taffi;.

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font partie du môme système, et qu'elles doivent être attribuées au même auteur. Enfin, le fait que Solon est donné comme l'auteur de la loi sur l'antidose (1) ajoute une force singulière à notre démonstration ; cette loi sur l'antidose a fait partie du règlement général établi par Solon quand il a organisé la flotte.

Par là s'explique naturellement l'étymologie du nom de naucrarie. On avait voulu dériver ce mot de vateiv, « bâtir, » et vauxpapoç aurait été un mot comme vauxXripoç, celui qui a une maison (2); M. Gust. Meyer (3) a montré que cette étymologie était inacceptable, et il a rattaché le mot à vauç, vaisseau; c'était là l'ancienne explication deBœckh(4), de Schômann (5), de Westermann (6); mais on hésitait à l'accepter parce que l'on ne se rendait pas bien compte de ce que Solon avait fait pour l'organisation de la défense militaire de son pays.

Ainsi tous ces textes sur les naucraries, les deux textes d'Harpocration et celui du papyrus de Berlin, surtout les textes de Pollux et de Photius , celui du grammairien de VAnecdota de Bekker , les textes concernant les trittyes, le passage du discours contre Phénippe relatif à l'antidose , le fragment d'Androtion sur la caisse des naucraries , tous ces textes doivent être rapprochés les uns des autres ; ils s'expliquent et s'éclairent mutuellement ; ils sont tous relatifs à cette organisation que Solon créait en même temps qu'il donnait une législation à son pays.

Tous ces textes sont bien peu nombreux ; ils sont bien courts et bien incomplets ; ils nous permettent cependant de voir quelle était, au moins dans l'ensemble, cette organisation.

La division des classes a pour objet, entre autres choses, l'organisation des services publics concernant l'armée. Les citoyens d'Athènes sont divisés en quatre classes d'après la fortune ; le service militaire et les prestations relatives à la guerre ne pèsent que sur les citoyens des trois premières classes. Ces citoyens sont

(1) [Dem.] c. Phénippe (XLII), 1 : « IToXXà xàyarà YévoiT', w àvôpsç ôixa^Taf, TcptoTOV |JLèv OjJLÏv àTcôcaiv , lireiTa 8è xcd 26>,wvt Tcp vofxox eÔT^cravTi tèv uepî Tôiv àvTtSoffewv v6{jlov. »

(2) Wachsmuth, Hell. ÂlL, p. 367; N. Wecklein {op. laud., p. 43) interprète vauxpapoç, le maître du foyer. Le chapitre de Landwehr, Das Attische Seewesen von Themisthokles (Zur dit. attischen Gesch. , p. 174) est très faible.

(3) Studien zur griech. und latein. Grammatik, herausg. von Georg Curtius, YII, p. 175 et suiv. M. G. Meyer voit dans le mot vauxpapia les deux racines vaOç et xap par métathèse xpa , racine qu'on trouve dans xpa(va).

(4) Staats., 1, 708, note c.

(5) Griech. Alt.,l, 345.

(6) Article NaoxpapU, dans le dict. de Pauly, t. V, p. 425,

répartis , d'après leur domicile , entre quarante-huit districts qui comprennent tout le territoire ; dans chacun de ces districts il y a des citoyens de toutes les classes. Dans chacune des naucraries, les citoyens de la première classe sont chargés d'équiper un vaisseau (1), ceux de la deuxième doivent fournir deux cavaliers. Les citoyens de la troisième classe et ceux des deux premières, qui ne sont ni triérarques ni cavaliers, servent comme hoplites.

Les trois premières classes qui ont ainsi les plus lourdes charges, qui, seules , payent rdacpopa ou l'impôt pour la guerre, qui, seules , sont soumises au service militaire , qui ont de plus la charge d'équiper la flotte et de donner des cavaliers montés à l'Etat, ces classes sont payées de tous ces sacrifices par une série de privilèges qui sont comme une compensation de toutes ces charges ; jusqu'à Aristide , elles seules peuvent arriver aux fonctions publiques. C'est là le second côté de la question ; la division des classes a pour but de répartir non seulement les charges entre les citoyens, mais aussi les droits et les privilèges. Le Grec, dans certains pays, a conçu l'Etat comme une réunion de citoyens tous parfaitement égaux; ils se sont divisé en lots égaux les terres conquises ; ils ont tous aussi les mêmes droits et les mêmes charges; c'est ainsi que les conquérants dorions avaient procédé en Laconie. Dans d'autres pays, au contraire , l'Etat comprend des citoyens de fortunes différentes. Le sentiment public en Grèce n'est pas hostile à la richesse. Aux citoyens riches incombent , dans la cité , les charges les plus lourdes , mais , en revanche , on leur reconnaît un droit à une part plus grande dans la direction des affaires publiques. C'est là un des principes de la morale politique en Grèce. Ce principe peut être formulé ainsi : les charges sont en proportion des facultés des citoyens et les droits sont en proportion des charges. C'est là aussi une des applications de cette grande idée de la justice distributive, de la Né(ji,s<"ç , une des idées fondamentales qui ont régi la conscience grecque depuis Hésiode jusqu'à Socrate et jusqu'aux sophistes. Chacun doit avoir sa juste part; l'homme, dans la nature, a sa place , il a son lot bien marqué ; il ne doit pas désirer au delà ; bien souvent les malheurs qui le frappent ne lui sont envoyés que parce qu'il a enfreint cette loi. De même, dans la cité, chacun doit avoir sa juste part ; les riches donnent plus que

(l) Bœckh avait déjà tiré cette conséquence du passage de Pollux, VIII, 108 (cf. Staats,, I, 650). Voir d'ailleurs notre chapitre sur le Recrutement de la cavalerie, livre III.

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les pauvres , on leur Impose un plus lourd fardeau de charges , mais, en revanche, on leur accorde plus de droits qu'aux autres ; ils ont en main les affaires publiques. Aussi, l'on peut dire que le gouvernement aristocratique était le gouvernement naturel pour les Grecs, et, en effet, jusqu'au cinquième siècle, tous les Etats de la Grèce ont été des aristocraties.

Une flotte de quarante-huit vaisseaux était, pour cette époque, une force considérable ; le tyran de Samos , Polycrate , qui avait formé un grand empire , avait une flotte seulement de cent pentécontores (1). Il faut se rappeler que, plus d'un siècle après l'arçhontat de Selon , à la bataille de Salamine (2) , Corinthe a seulement quarante vaisseaux , Egine trente et Mégare vingt ; ce sont cependant les Etats maritimes les plus importants de la Grèce , après Athènes, En voyant donc que Solon a voulu doter Athènes d'une force si considérable pour l'époque , on est amené à penser que peut-être déjà il avait entrevu ce que devait accomplir, un siècle plus tard, le génie de Thémistocle, c'est-à-dire qu'Athènes, à côté de deux peuples militaires comme Thèbes et Sparte , peuples dont la supériorité en infanterie était décisive , ne pouvait devenir une grande puissance qu'en tournant son activité du côté de la mer.

La création d'une cavalerie est aussi un fait qui mérite d'attirer notre attention. Un escadron de quatre-vingt-seize cavaliers nous paraît une chose bien insignifiante ; mais nous sommes si loin du temps où la cavalerie sera considérée comme une arme pouvant rendre des services sérieux dans les opérations militaires ! Faut-il croire qu'à cette époque il s'était produit un mouvement favorable à la cavalerie ou qu'il restait encore des souvenirs de l'ancienne importance de cette arme ? Quelque temps après Solon , les Pisistratides inaugurent cette politique d'alliance avec les Thessaliens dans laquelle Athènes a si longtemps persévéré ; ils ont un corps nombreux de cavaliers thessaliens , et c'est avec leur secours qu'Hippias repoussera la première attaque des Lacédémoniens , quand ceux-ci , pour obéir à l'oracle de Delphes, viendront, bien malgré eux, le renverser (3).

(1) Thuc, I, 13; Hérod., III, 39. Sur tout ce passage, cf. Gilbert, Die AU. Naukr., p. 16. L'époque de Polycrate se détermine surtout par sa mort dont la date est certaine : c'est l'an 523. Cf. Curtius , Hist. Gr., II, 166, note.

(2) Pour Corinthe, Hérod., VIII, 1 et 43; pour Mégare, VIII, 1 et 45; Egine à Artémisium a quatre vingts vaisseaux (VIII, l) ; elle n'en a que trente à Salamine (VIII, 46).

(3) Hérod., V, 63.

Hérodote ne dit pas quand les Pisistratides ont conclu cette alliance; peut-être a-t-elle été l'œuvre de Pisistrate lui-même; cela expliquerait le nom de Thessalos qu'il donna à l'un de ses fils (1). Nous voyons aussi qu'il avait des chevaux dans l'armée avec laquelle il s'empara pour la troisième fois de la tyrannie (2). Dans le combat qui se livra à Pallène , ses fils combattent d'abord comme hoplites; après la bataille, ils montent à cheval pour aller rassurer les fuyards. Ce fait d'avoir seulement quelques chevaux est à noter, car, à Marathon, les Athéniens, qui ont mis toutes leurs forces en campagne, n'ont pas un seul cavalier, même pour faire le service de messager.

On pourrait croire aussi que Selon a obéi à un sentiment religieux. Nous verrons que la cavalerie athénienne n'avait pas seulement pour devoir la défense de la patrie ; qu'elle devait encore lui rendre d'utiles services en relevant l'éclat des fêtes religieuses, et en lui assurant ainsi la protection des dieux (3). Cependant il est bien difficile de dire si déjà, du temps de Selon , le corps des cavaliers figurait dans les fêtes religieuses. Un texte important semble indiquer , au contraire , qu'au moins au temps de Pisistrate ils n'y figuraient pas (4) ; et, d'autre part, en voyant, dans le système administratif établi par Selon, l'obligation d'avoir un cheval, Vhippotrophie ^ rattachée à l'obligation d'équiper un vaisseau, à la triérachie^ on ne peut douter que les raisons militaires n'aient été les plus importantes dans l'esprit du grand législateur.

(l)Thuc., 1, 20, 2; VI, 55, 2.

(2) Hérod., I, 63.

(3) Voir tout le livre II de notre ouvrage.

(4) C. I. A., I, 163; nous discutons ce texte chap. II, partie I, du livre II.

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