‹ Les cavaliers athéniensChapitre 22 sur 86 · CONSIDÉRATIONS SUR [/OEUVRE LÉGISLATIVE DE SOLON · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR [/OEUVRE LÉGISLATIVE DE SOLON

quer à ses semblables , cette indulgence qu'il avait poui' eux et aussi pour lui-même. Il dit dans ses poésies que, pour accomplir son œuvre, il a dû employer à la fois la force et la justice; en effet, une réforme comme l'abolition des dettes demandait une vigoureuse énergie ; mais il nous semble que c'est surtout par la douceur , par la conciliation qu'il dut procéder. La physionomie de Solon , telle que nous l'ont transmise les récits , les légendes qui se formèrent de bonne heure sur son compte , est douce et souriante; elle n'a rien de rude ni d'amer; c'est aussi sous ces traits, à part quelques paroles de colore contre le parti des riches, que nous le retrouvons dans ses poésies.

Solon a écrit surtout (1) dans le mètre élégiaque, dans le tétramètre trochaïque et le trimètre ïambique ; la nature du mètre indique le caractère de cette poésie. Entre la période épique déjà morte et la période dramatique que Solon voyait naître dans Athènes même avec Thespis, l'élégie forme une période intermédiaire dont le caractère essentiel est d'être une poésie toute personnelle; c'est ainsi qu'elle se présente chez Archiloque, chez Mimnerme, chez Tyrtée. Aucun genre ne pouvait convenir aussi bien à la nature de Solon ; dans ses vers c'est toujours lui qui est en scène ; il s'adresse à ses concitoyens pour relever leur courage et les conduire à Salami ne , ou bien pour leur montrer les bienfaits de la concorde et de l'ordre dans l'Etat ; il assume fièrement la responsabilité de ses actes et, contre ceux qui lui reprochaient l'abolition des dettes, il en appelle au tribunal du Temps ; il plaisante avec ceux qui l'accusaient de faiblesse, de bêtise même, parce qu'il n'avait pas voulu prendre la tyrannie. A côté de ces pièces politiques , il s'en trouve d'autres d'un caractère plus intime où le poète se peint lui-même , où il indique ses opinions, ses goûts , ses désirs avec une grâce charmante. Tl avoue aimer la richesse si elle est légitimement, acquise ; il veut avoir une bonne réputation , être doux à ses amis et amer à ses ennemis. Une sympathie profonde, qui se plaît à se répandre sur tout , se montre dans cette morale où le sentiment païen est si naïf et si sincère; c'est bien là cette aimable sagesse qu'enseignaient les Muses, ces brillantes filles de Zeus et de Mnémosyne, dont Solon avait goûté les leçons. Si, en lisant ces beaux vers, on pense que le poète qui s'est dépeint avec un si aimable abandon est le législateur d'Athènes ; qu'il a relevé sa patrie vaincue et

(l) Il avait aussi composé des morceaux lyriques; cf. Diog. Laer., I,6t, n" 42, chez Bergk.

humiliée ; qu'il lui a donné une des législations les meilleures que l'antiquité ait connues; qu'on lui doit dQ la question sociale la seule solution qui jusqu'ici ait été couronnée de quelque succès , on reconnaîtra que le fils d'Exékestide est une des figures les plus nobles , et, en même temps, les plus aimables , les plus attachantes que l'histoire puisse proposer à notre admiration.

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