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TROISIÈME PARTIE

ORGANISATION DU CORPS DES MILLE CAVALIERS AU MILIEU DU CINQUIÈME SIÈCLE.

Quelles furent les destinées de la cavalerie athénienne après Selon ? Nous avons vu que ce sont les Pisistratides , et très probablement Pisistrate lui-même qui a inauguré la politique d'alliance d'Athènes avec la Thessalie (1). Cette alliance donnait une cavalerie aux Athéniens ; quand les Lacédémoniens vinrent renverser Hippias, ils eurent à lutter contre un corps de mille cavaliers thessaliens qui , sous les ordres du roi Ginéas , étaient accourus au secours du tyran ; les Thessaliens attaquèrent vigoureusement les Lacédémoniens, qui avaient débarqué dans la plaine de Phalère ; ils leur tuèrent un grand nombre d'hommes , entre autres leur général Anchimolios, et obligèrent le reste à se rembarquer précipitamment. Bientôt après, dans une seconde invasion qui eut lieu cette fois par terre , les Thessaliens attaquèrent encore les Spartiates ; mais, repoussés avec perte, ils tournèrent bride sur-le-champ et revinrent droit en Thessalie (2).

Dans les guerres médiques (3) , les forces des Grecs sur terre consistaient exclusivement en infanterie ; les peuples grecs qui avaient de la cavalerie, comme les Béotiens, les Thessahens , étaient du côté des Perses. Le manque de cavalerie mit plusieurs fois les Grecs dans l'embarras , surtout à Platée , où la cavalerie perse leur ât beaucoup de mal. 11 y avait bien quelques cavaliers

(1) Voir page 107.

(2) Hérod., V, 63 et suiv.

(3) Quand Pisistrate envahit l'Attique, afin de s'emparer, pour la troisième fois, de la tyrannie, il avait des chevaux dans son armée; cf. page 107,

122 LES CAVALIERS ATHÉNIEiNS.

dans l'armée alhcnieiine (J) et dans l'armée Spartiate (2); mais, trop peu nombi'eiix pour oser se mesurer avec la cavalerie de Mardouius, ils ne pouvaient faire qu'un service d'ordonnances. A Marathon, il semlDle qu'il n'y avait pas de cavaliers dans l'armée athénienne, même pour ce simple service; en tout cas, il est établi par les plus sûrs témoignages que les Athéniens n'avaient amené avec eux aucun corps de cavaliers pour résister à la cavalerie déjà redoutée des Perses. Plus tard , il est vrai, on trouve des récits qui, malgré les affirmations si claires d'Hérodote, attribuent un rôle important à la cavalerie grecque pendant ces guerres. C'est ainsi que Pausanias prétend savoir que Masistios, le commandant de la cavalerie perse , qui fut tué à Platée , quelques jours avant l'action décisive, fut frappé par les cavaliers athéniens (3). Le récit d'Hérodote ne laisse aucun doute sur l'événement ; les cavaliers pei'ses , dans cet engagement, n'avaient devant eux que des hoplites et c'est par ces hoplites que Masistios fut tuè (4).

Le service dans la cavalerie était méprisé par les Spartiates (5) ; dans Athènes, le service des hoplites était assurément regardé comme le plus honorable , car il était le plus utile et le plus périlleux; mais la cavalerie n'était pas vue du même œil qu'à Sparte. On peut donc admettre que les cavaliers, qui se trouvaient dans l'armée athénienne sur le champ de bataille de Platée, appartenaient an corps régulier des cavaliers tel que Solon l'avait organisé. Une anecdote très connue de l'époque des guerres modiques montre qu'en effet la jeunesse aristocratique avait alors pour la cavalerie ce goût, cette passion que nous aurons souvent l'occasion de signaler dans cet ouvrage.

Lors de l'invasion de Xerxès , dans ce premier moment de terreur, quand la défaite de Léonidas eut livré à l'ennemi la dernière défense de la Grèce continentale et que les habitants d'Athènes, désespérant de défendre une ville ouverte (6), hésitaient cependant à abandonner aux Perses leurs temples et leurs foyers, on

(1) Hérod., IX, 54 : « "E7ie(X7rov crqséwv luTcea Ô4'6[xev6v xe el TcopeueaOai èiiixeipéoiev ol STrapTiyjrai. »

(2) Hérod , IX , 60 : « IlauaaviY]; ôè, wç irpoasxeiTO ^ l'uiro; , T:é\i^(xç, upàç toùç *A6Yivaiouç lizTzéa Xéyei xaôe. »

(3) I, 27, 10 : « Maaiaziov (xèv Sr) teXeuf'îQaavTa Otto tôv 'Aâyivaîwv oTôa litTréwv. »

(4) Hérod., JX, 20-24.

(5) Cf. surtout Xén., HelL, VI, 4, 10 et suiv.

(6) Cf. Willamowitz-MôlIendorfF {Philologische Untersuchungen , I, p. 97 et suiv. Burg und Stadl von Kekrops his Pcrikles).

vit Cimon , fils de Miltiade, dans son brillant costume de cavalier, traverser le Céramique, escorté de tous ses amis, citoyens de grande famille et cavaliers comme lui, monter à l'Acropole et déposer un frein de cheval aux pieds de la statue d'Athcna. Il voulait montrer ainsi , dit Plutarque, que le salut de la ville n'était pas dans la force de ses chevaux, mais de ses vaisseaux (1). Cet incident est des plus intéressants pour nous. La famille Cimon-Miltiade n'est pas seulement parmi les plus nobles d'Athènes : elle est célèbre dans toute la Grèce par les victoires qu'elle a remportées à Olympie. Cimon ayant pu , grâce au mariage de sa sœur avec le riche Callias , reprendre la situation qui convenait à son rang, est à la tôle d'une hétairie ou association de jeunes Athéniens, qui sont nobles comme lui, et qui considèrent comme un devoir de continuer les traditions chevaleresques de leurs familles ; ils sont donc cavaliers publics , et c'est en cette qualité qu'ils vont présenter cette patriotique offrande à Athêna, Cette scène ne s'explique que si Fou reconnaît dans Cimon et ses amis cette qualité de cavaliers. Le costume de Cimon , sa tenue, sa façon de se coiffer (2), tout indique un cavalier. Ce qui montre la chose encore plus clairement, ce qui rend toute hésitation impossible , c'est que Cimon n'a pas de bouclier ; il en prend un parmi ceux qui sont suspendus dans le temple. Nous verrons (3), en effet, que le cavalier, en tenue régulière, n'a pas de bouclier; c'est là un des traits qui le distinguent de l'hoplite.

L'acte que fait Cimon, en offrant un frein de cheval à Athêna, ne signifie pas , comme le croit Plutarque , qu'iVthènes ait pu compter pour sa défense sur la cavalerie ; la cavalerie est alors une part trop peu importante de la puissance militaire des Athéniens. Cimon et les jeunes aristocrates ses amis, qui affectent la passion de la cavalerie, servent presque toujours comme hoplites; cette année-lcà ils ont été requis pour servir dans le corps des cent cavaliers (4), peut-être même ont-ils l'habitude d'être enrôlés

(1) Plutarque, Cimon, 5 : « 'EitTrsTrXyiYpLévtov tcov TCoXXtSv ^xè ToXfxvijia, ■kç&'zoç. KtjAwv axpÔY] Ôià ToO KspafxetxoO çaiôpoç àvià>v tic. tt^v àxpoTcoXtv (xsxà tc5v éxaiptov tuTcou Tivà 5(aXtvov àva6£tvat t^ 0eiô , ôtà yeiptov xo(jLt2^(ov, d)ç oOôèv tTTTTixrj; àXxïjç, à)>Xà vav)[xàxwv àvôpwv £v Tq> irapovTi Tyj; TroXew; SeofxévY);. 'AvaGetç ôè xèv j^aXivèv xai Xaêwv ex tcov Tcepl xov vaàv xpeiiajxsvwv àc7Tci6wv... »

(2) Voir livre IV, chap. IV.

(3) Voir livre III, chap. X,

(4) Il est curieux d'observer que l'hétairie de Cimon était composée de cent

chaque année dans ce corps ; ils peuvent alors, dans les circonstances où un tel service est nécessaire, faire fonction de cavaliers. Mais ces circonstances sont alors bien rares; Gimon, avec ses nobles amis, combat presque toujours dans les rangs des hoplites.

En déposant un frein de cheval, ce qu'ils veulent montrer, c'est qu'il faut renoncer à se défendre sur la terre ferme. Gimon dépose le frein de son cheval et prend un bouclier; il indique ainsi qu'il servira, non comme cavalier, mais comme hoplite, sur la flotte, en qualité d'épibate. S'il avait déposé aux pieds de la statue d'Athêna soit le bouclier, soit le javelot de l'hoplite, l'acte n'aurait pas été assez clair , car l'hoplite^^peut combattre sur terre et sur mer ; le cavalier , au contraire , ne peut servir que sur terre : montrer qu'on renonçait à la cavalerie , c'était montrer qu'on renonçait à toute pensée de défense sur la terre ferme.

Le corps des cavaliers établi par Solon existait donc toujours au moment des guerres médiques; en même temps, le récit des événements, tel que nous le trouvons chez Hérodote, surtout pour les batailles de Marathon et de Platée, ne permet pas de croire que l'effectif de ce corps ait été augmenté. De Solon à Gimon , la cavalerie athénienne n'a reçu qu'un accroissement insignifiant : elle a été portée de quatre-vingt-seize à cent hommes par suite de la réforme de Glisthène , qui éleva le uombre des naucraries de quarante-huit à cinquante.

En 431, au contraire, la cavalerie athénienne se trouve enfin constituée à ce qui sera son effectif complet : mille cavaliers citoyens, plus deux cents archers à cheval, qui sont , le plus souvent , des troupes mercenaires barbares. Gomment s'est opérée cette tranformation de la cavalerie ?

Les Athéniens ne croyaient pas que leur cavalerie eût été portée tout d'un coup à un effectif de douze cents hommes. Il y avait sur le développement de la puissance militaire d'Athènes, en particulier, sur la construction des Longs-Murs, sur l'organisation de la flotte et de la cavalerie , une sorte de système qui consistait à distribuer les accroissements successifs de ces différentes forces d'Athènes dans les périodes de paix qui s'étaient écoulées entre la fin des guerres médiques et le commencement de la guerre du Péloponnèse. Nous trouvons ce système exposé deux fois d'une façon identique par des orateurs, Andocide et Eschine, et il est bien difficile de ne pas reconnaître là un de ces arrangemembres (Plut., Cimon, 17 : « éxaxôv ôvteç iTceaov «), plus de vingt ans, il est vrai , après ces événements.

ments oratoires tels qu'on en trouvait à l'école des rhéteurs. Après la paix de cinquante ans, disent Andocide et Eschine (1), les Athéniens ont fortifié le Pirée; ils ont élevé, entre la ville et le Pirée, le mur du Nord , xo popstov tz\oz\ ils ont construit cent galères, formé, pour la première fois (2), un corps de cavalerie de trois cents hommes, et acheté trois cents archers scythes. Après la paix de trente ans (3) , les Athéniens ont réuni dans l'Acropole un trésor de 1,000 talents (4); ils ont construit les arsenaux, cent nouvelles galères , élevé le mur du Sud , rb voxiov reT/oç , porté la cavalerie à un effectif de douze cents hommes (5) , et acheté de nouveau trois cents archers scythes. Naturellement, à ces périodes d'agrandissement et de puissance pendant la paix correspondent des périodes d'affaiblissement et de souffrances pendant la guerre, et le parallèle se poursuit ainsi jusqu'à la paix de Nicias.

Pouvons-nous accepter ce système ?

La période qui s'étend de la bataille de Platée au commencement de la guerre du Péloponnèse a été un des moments les plus importants pour Athènes; c'est pendant ce demi-siècle qu'elle a établi sa puissance et fondé un grand empii^. Malheureusement, nous n'avons sur toute cette période que des renseignements très incomplets; c'est l'époque qui s'étend entre la fin de l'histoire d'Hérodote et le commencement de celle de Thucydide. Non seulement il est très difficile de saisir la suite des événenients , de voir comment les Athéniens ont constitué peu à peu leur empire maritime, mais les modifications qu'ils ont dû apporter à l'administration publique pour faire face aux besoins nouveaux , ce point si important de l'histoire intérieure d'Athènes nous est encore en grande partie inconnu; nous en sommes réduits presque toujours à des conjectures.

M. Gurt Wachsmuth, en étudiant la question des fortifications d'Athènes, a montré (6) combien il était difîicile d'accepter, sur

(1) Andoc, III (Ilept t^; upoç Aax£8at[xovtouç elpi^vyi;), 5; Esch,, Ilepî uapairp., 172. Cette paix n'a duré en réalité que cinq ans (Thuc, I, 112, 1); on la place de 452 à 447 (Grote, Hist. gr., YIl, 315; E. Curtius, Ilist. gr., II, 442).

(2) Andoc, op. cil. : « Kal upioTov tots xpiaxoatou; iTruetç xaTeoTriaà[ji,66a. » Esch., op. cit. : « Tpiaxocriouç ô'tTiTcéaç TrpooxaTeaxeuao-àfjLsôa. »

(3) Andoc, op. cit., 1 ; Esch., op. cit., 174.

(4) Y a-t-il là une erreur dans les manuscrits? Thucydide (II, 13, 3) porte le trésor de l'Acropole à 9700 talents, puis à 6000, après les dépenses causées par le siège de Potidée , la construction des Propylées.

(5) Andoc, op. cit. : « x^liov^i ts xat ôtaxoacouç iTCiréaç... y(.0LXB(j':-f\(j0L\i.èv. « Eschine parle en termes presque identiques.

(6) Die Stadt Athens , p. 558, note.

le développement de la puissance militaire d'Athènes, cet arrangement systématique c[ue nous trouvons chez Andocide et chez Eschine, et, contrairement au témoignage des deux orateurs , il place , après la bataille d'Oinophyta , en 456 , la construction des deux murs qui unissaient à la ville le port de Phalère et celui du Pirée (1).

Que pouvons-nous savoir sur la réorganisation de la cavalerie ? Devons-nous accepter l'explication que nous trouvons chez Andocide et chez Eschine, et, si nous la rejetons, nous est-il possible d'indiquer vers quelle époque ce corps, composé seulement de quatre-vingt-seize cavaliers du temps de Solon, de cent du temps de Glisthène, fut véritablement constitué à l'effectif normal de mille hommes ?

Parmi les batailles que les Athéniens ont livrées pendant toute cette période, deux des plus importantes sont celles de Tanagra et de Goronée. La guerre contre les Perses avait montré quels services pouvait rendre une bonne cavalerie. A Platée, les cavaliers perses avaient fait le plus grand mal aux Grecs et causé un moment de vives inquiétudes (2). Aussi, vingt-deux ans après, en 457, à la bataille de Tanagra livrée contre les Lacédémoniens et les Béotiens, trouvons-nous de la cavalerie dans les rangs de l'armée athénienne. Athènes a repris l'alliance des Pisistratides avec la Thessalie (3), et, aux termes de cette alliance, un corps de cavaliers thessaliens a été fourni à Athènes par ses alliés ; mais, sur le champ de bataille, probablement à l'instigation du parti oligarchique (4) , ces cavaliers passent à l'ennemi, défection qui amène la défaite des Athéniens (5). A côté de ces cavaliers thessaliens, il y avait, dans l'armée, des cavaliers athéniens; deux d'entre eux, Mélanopos et Macartatos , furent tués , et leur tombeau se trouvait au Géramique (6). Avant l'action , Gimon, qui était banni ,

(1) C'est-à-dire le mur de Phalère et le mur du Nord. Voir, outre C. Wachsmuth, E. Curtius {Hist. Gr.), II, 437.

(2) Voir livre IV, chap. I, Rôle militaire des cavaliers.

(3) L'alliance fut conclue après le renvoi outrageant du contingent envoyé au secours de Sparte sur les instances de Cimon (Thuc, I, 102).

(4) E. Curtius, Hist. Gr., II, 435.

(5) Thuc, I, 107, 4 : « ^HXGov 8è xal ©exTaXwv Iutt^; toTç 'Aôyjvafoiç xaxà xà ^U[i-{ji,axtx6v , ol jxeTé(TTïiaav èv xS> ëpyv T^apà xoùç Aaxeâaiixoviou;. » Pour cette bataille, cf. Thuc, I, 107 et 108; Plut., Cimon, 17; Platon, Ménex , p. 242; Diod.. XI, 81; Paus., I. 27, 6, 8 et suiv.; V, 10, 4; C. /. A., I, 441.

(6) Paus., I, 29, 6 : « "Eatt ôè £[X7cpoCT6£v xoù {jlvt^[jlo(to; ax-filt] [xaxo[xévouç ëxoyda iTTTceïç • MeXàvwTtô; cçtaCv èffTi xal MaxàpxaTOç ôvojxaia, ouç xateXaêev àTCoOaveïv

vint se ranger parmi les hommes de sa tribu pour combattre, voulant ainsi répondre au reproche qu'on lui adressait d'être favorable à Lacédémone. Obligé de se retirer sur l'ordre des stratèges, il laissa son armure pour tenir sa place au milieu de ses amis, qui se firent tous tuer. D'après les expressions de Plutarque (I) , c'est comme hoplite que devait combattre Cimon et c'est comme hoplites que ses amis , qui appartenaient aux premières familles, ont combattu.

La bataille de Goronée est livrée, dix ans après, en 447, contre les Béotiens. Ce qu'il y a de particulier dans ce combat, c'est que, des deux côtés, les combattants appartiennent aux premières familles de leur pays, c'est l'aristocratie, presque exclusivement qui compose les deux armées (2). Les hoplites athéniens sont des jeunes gens des meilleures familles, qui se sont enrôlés volontairement , confiants dans la bonne fortune du stratège Tolmidès. L'armée béotienne est composée d'aristocrates , bannis de leur pays depuis que , par l'action d'Athènes , le régime démocratique avait été établi en Béotie. Gomme dans tous les combats de cette époque , le sort de la journée fut décidé par le choc des hoplites ; les Athéniens furent vaincus ; Tolmidès fut tué avec un grand nombre de soldats ; il y eut aussi beaucoup de prisonniers. La défaite, cette fois , était attribuée à la négligence de Tolmidès; il se serait laissé surprendre; les hoplites athéniens, attaqués à l'improviste, n'auraient pas eu le temps de bien former leurs lignes.

Que pouvons-nous conclure du récit de ces deux batailles? La rencontre de Tanagra a été une des plus grandes batailles de l'époque ; les Lacédémoniens ont en ligne onze mille cinq cents hommes , y compris les contingents des alliés, dont le plus important est celui des Béotiens ; les Athéniens ont levé toutes leurs forces; ils viennent, comme dit Thucydide, 7ravSyi[j(,£i ; ils ont quatorze mille hommes , y compris les contingents des alliés , dont le plus important est celui des Argiens. Les Athéniens sont dans la nécessité d'avoir de la cavalerie , car ils vont se trouver en face des Béotiens, dont la cavalerie a toujours été renommée; ils ont dû par conséquent amener toutes les forces dont ils pouvaient

èvavTta Aa6£.6aitJi.ovCcov xai BottoTwv x£.xc(.y\i.évo\)ç, Iv6a xy;? 'EXewvia; eWi x^çxiii Trpoi; Tavaypaiouç ôpot.

(1) Cimon, 17.

(2) Thuc, I, 113 et suiv. ; Plut., PericL, 18; Agesil., 19; Diod. , XII, 6} cf. aussi Paus., 1 . 27, 5 et 29, 14.

disposer en cavalerie ; assurément, il y avait , nous l'avons vu , quelques cavaliers athéniens dans l'armée; mais c'est surtout le contingent thessalien qui était important; c'est lui qui constituait véritablement la force des Athéniens en cavalerie, dans cette bataille ; et c'est la défection de ces cavaliers étrangers qui amena la défaite. Si , à cette époque , les Athéniens avaient eu, comme en 431, une cavalerie nationale composée de mille cavaliers , les choses se seraient-elles passées ainsi? Les Athéniens auraient-ils amené un contingent si nombreux de cavaliers thessaliens, et la défection de ces cavaliers aurait-elle eu de si graves conséquences (1)? Après 431 , quand la cavalerie athénienne est véritablement constituée, il y a encore des cavaliers thessaliens dans l'armée (2) , mais ils sont loin d'être aussi nombreux ; c'est désormais la cavalerie athénienne qui a l'action importante, c'est elle seule le plus souvent que nous trouvons mentionnée.

D'ailleurs , puisque c'est la défection des cavaliers thessaliens qui a causé la défaite , ce sont les cavaliers athéniens qui ont dû plus particulièrement souffrir; ils ont dû être attaqués les premiers par les Thessaliens, c'est toujours par un combat de cavalerie que s'engagent les batailles à cette époque (3). Si les cavaliers athéniens avaient été en nombre, ils auraient résisté aux Thessaliens , un combat s'en serait suivi ; comment se fait-il alors (4) que les Athéniens, comme l'indique Pausanias , n'aient perdu que deux cavaliers?

On objectera qu'à la seconde bataille de Goronée, livrée en août 394 contre les Lacédémoniens par les Béotiens et les Athéniens, ces derniers, si nous en croyons un texteépigraphique(5), n'auraient perdu qu'un cavalier. Ce témoignage devrait-il être interprété comme on l'a fait jusqu'ici, qu'on ne pourrait rien en

(1) Hérod., V, 63.

(2) Thuc. , II , 22, 2 : « Kal luTcofjiayia Ttç èyév&zo Ppaxeta ev ^çtxjyloiç xS>v xt 'AÔYivaitov TÉXei évl tcov luuéwv xai ©srxaXwv [jl£t' aùicov Trpèç toùç Boiwtwv iTTUsaç.» Les Athéniens et les Thessaliens sont d'abord vainqueurs; niais, attaqués par les hoplites béotiens, qui viennent au secours de leurs cavaliers, ils prennent la fuite en perdant quelques hommes. - Le tombeau des cavaliers thessaliens tués pendant la première invasion d'Archidamos était au Céramique. Paus , I, 29, 6 : '( Kal QeaaalSiv xà^oç ècyzh iTnrewv xaxà iraXaiàv çiXtav èXôovxcov , ôxe (7{<v *Âpxiôà[i(o IleXoTrovvT^atoi Ttpwxov èaéêaXov âç t^jv 'âttixt^v a-rpaTiqc. »

' (3) Voir livre III , chap. I.

(4) On avait l'habitude de graver sur la même stèle les noms de ceux qui avaient ctc tues dans le mémo combat ou la même expédition ; cf. Paus., I, 29., et C. 1. A., l, 432 et suiv.

(5) Knmanudis, 'ETcty. èuiT., n 13.

conclure contre l'explication, que nous donnons, de la bataille de Tanagra. A Goronée, il n'y a pas eu de défection , il n'y a pas eu une attaque brusque de la cavalerie athénienne par des troupes rangées à côté d'elle. Mais nous ne croyons pas que les Athéniens n'aient perdu à Goronée qu'un seul cavalier; nous ne croyons pas que l'inscription funéraire dont nous nous occupons ait été consacrée par tous les cavaliers athéniens , mais seulement par les cavaliers d'une seule tribu, la tribu Acamantis ; la stèle, comme nous aurons occasion de le montrer (1), ne porte les noms que des cavaliers de cette tribu tués à Gorinthe et à Goronée.

De tous les faits que nous venons de rapprocher, il ressort , à ce qu'il nous semble , qu'à Tanagra il n'y avait dans les rangs de l'armée athénienne que très peu de cavaliers athéniens ; et comme nous savons qu'à cette bataille, Athènes avait mis en ligne toutes les forces dont elle pouvait disposer, il est permis de conclure qu'à cette époque l'effectif de la cavalerie nationale était encore des plus faibles. En 457, les Athéniens en sont au point où ils en étaient en 510, quand Hippias avait dans son armée mille cavaliers thessaliens , avec lesquels il repoussait les Lacédémoniens dans la plaine de Phalère (2); la cavalerie du tyran était composée exclusivement d'étrangers; il en était de même , à très peu de chose près , à Tanagra.

La défection de la cavalerie thessalienne à Tanagra n'avait pas eu seulement pour conséquence la perte de la bataille, elle avait aussi amené la rupture de l'alliance thessalo-athénienne. On pourrait croire que c'est après cette bataille , où la cavalerie a eu un rôle si décisif contre eux, à présent surtout qu'ils ne peuvent plus compter sur la cavalerie thessalienne, que les Athéniens ont commencé à réorganiser leur cavalerie nationale. Il me semble cependant qu'il n'en a pas été ainsi. Dix ans après Tanagra, les Athéniens, nous l'avons vu, sont vaincus à Goronée par les Béotiens, et la défaite est causée par la négligence du stratège Tolmidès qui s'est laissé surprendre. Peut-on conclure de cette surprise que Tolmidès n'avait pas de cavalerie ? Il est , en tout cas , surprenant que, dans cette bataille , il ne soit fait mention , pour aucun des deux partis, d'une action de la cavalerie (3). Il n'en sera pas ainsi dans la grande bataille que les deux mêmes peu-

(1) Voir livre III, chap. II, notre discussion sur ce texte.

(2) Hérod., V, 63.

(3) Ce qui peut expliquer le manque de cavalerie dans l'armée béotienne , c'est que cette armée était composée d'exilés qui peut-être n'eurent pas les moyens de former un corps de cavaliers.

pies engageront vingt-trois ans plus tard à Délion ; le rôle de la cavalerie sera très important (1).

Nous avons étudié ces deux batailles de Tanagra et de Goronée parce que , pour toute cette période , ce sont les batailles que nous connaissons le moins imparfaitement ; mais, si l'on étudie aussi les autres combats de cette époque , on ne trouvera nulle part rien qui indique la présence de la cavalerie athénienne sur les champs de bataille. Après 431, au contraire, cette cavalerie est souvent mentionnée, les cavaliers athéniens ont une action, sinon décisive , du moins importante , dans les combats de la guerre du Péloponnèse. Nous avons d'ailleurs la preuve qu'en 431, le corps des cavaliers était réorganisé depuis peu ; en ce moment , en effet , cette organisation était encore incomplète ; il restait à avoir des vaisseaux pour le transport des chevaux ; on n'y songea, dit Thucydide (2), qu'en 430, et la flotte que Périclès conduisait cette année ravager les côtes du Péloponnèse était la première des flottes athéniennes qui eût transporté des chevaux.

Il est enfin une dernière preuve que nous pouvons présenter et pour compléter cette démonstration et pour indiquer d'une façon plus précise la date de cette réorganisation de la cavalerie.

Nous aurons plusieurs fois l'occasion , dans le cours de cet ouvrage , de parler du Parthénon et de la frise de la cella ; nous examinerons les diverses explications que l'on a proposées de cette frise. Contre l'explication, d'après laquelle ces sculptures représenteraient la procession ou les préparatifs de la procession des Panathénées, on objecte qu'un assez grand nombre de personnages qui, nous le savons d'une façon certaine, faisaientpartieducortège, manquent sur la frise, par exemple les skiadophores , les canéphores, les hoplites (3), etc. Ce qui nous frappe le plus, c'est l'absence des hoplites ; leur participation à la procession est mise hors de doute par un passage de Thucydide (4) , et par un texte épigraphique des plus importants (5). Si l'explication que nous proposons sur la réorganisation de la cavalerie athénienne pendant l'adminis-

(1) Thuc, IV, 93 et suiv.

(2) Expédition contre Epidaure. Thuc, II, 56: « "^Hys 6* iià tûv vewv ÔTcX^xa^ 'A6r)vatwv TexpaxtaxiXiouç xal iTCTréaç Tpiaxodbuç èv vauaiv iTCTcaYWYOïç TupÛTOv xÔTe èx TcSv TraXaiwv vewv Troiviôeicatç. »

(3) Michaelis {pp. laud., p. 207) nous paraît avoir réfuté très justement l'objection que Bôtticher tirait de ce fait que les personnages de la frise ne portent pas la couronne , comme c'était l'usage dans les processions.

(4) Thuc, VI, 56.

(5) C. I. i., II, 163, 1. 13.

tration de Périclès est juste, peut-être expliquera-t-on plus facilement que les hoplites aient été oubliés par Phidias sur la frise de la cella. Cette réorganisation , comme nous avons essayé de le montrer , serait postérieure à l'an 447 ; le Parthénon a été terminé (1) en 438; l'importance qui est attribuée à la cavalerie sur la frise de la cella indique que cette réorganisation est terminée; jamais on n'aurait pensé à accorder, dans cette représentation, un tel rôle à la cavalerie, si ce corps n'avait eu encore qu'un effectif de cent hommes. Si le sculpteur qui a composé la décoration de la frise a fait une part si grande à la cavalerie , c'est que le sujet outre l'intérêt artistique qu'il présentait, avait aussi un intérêt tout de nouveauté , tout d'actualité : c'était seulement depuis quelques années qu'on voyait , aux processions, ce beau défilé de la cavalerie athénienne dont l'effet était si grand sur les spectateurs (2).

Nous serions donc amenés à placer la date de la réorganisation de la cavalerie athénienne entre 447 et 438. Cette réorganisation n'a pas encore été possible pendant les deux années qui ont suivi la défaite de Goronée. Ces deux années sont un des moments les plus critiques pour Athènes ; la Béotie, Mégare, l'Eubée se révoltent ; les Lacédémoniens envahissent l'Attique ; il ne faut pas moins que tout le génie et toute l'habileté de Périclès pour faire face à tous ces dangers. On ne peut donc pas supposer que les Athéniens aient pu alors organiser leur cavalerie. Ils n'ont pu le faire qu'après la conclusion de la paix de Trente ans, après 445. A cette époque , la nécessité d'avoir une forte cavalerie devait être vivement sentie par les hommes politiques d'Athènes ; on devait se repentir de n'avoir pas tiré meilleur parti de la leçon qu'on avait reçue à Tanagra. Sans parler de l'expédition faite en 454 contre la Thessalie , expédition (3) qui n'eut aucun résultat par suite de l'action de la cavalerie thessalienne, bien des Athéniens devaient penser que si Tolmidès, à Coronée, avait eu des cavaliers, peutêtre n'aurait-il pas été surpris par l'ennemi. D'ailleurs, les Thébains devenaient chaque jour plus hostiles; à la cavalerie béotienne , qui était une des meilleures de la Grèce , il était nécessaire d'opposer une cavalerie athénienne qui fût assez forte, assez nombreuse pour lui résister.

(1) E. Curtius. Hist. Ôr», II, 646; M. Collignon, Man. d'arch. gr., p. 149. Voir sur cette date le passage important du scoliaste d'Aristoph. , Paix , 605.

(2) Aristoph., Gren., 653 : « iTVTcéaç ôpû. » Voir p. 149. (3)Thuc., I, Ul.

• Si donc nous résumons cette discussion, il nous semble :

Qu'il y a des raisons très sérieuses pour placer la réforme de la cavalerie après la bataille de Tanagra , c'est-à-dire après 457 ;

Qu'il est assez probable que cette réforme n'était pas encore opérée en 447 , au moment de la bataille de Coronée ; et alors , comme on ne peut la placer entre les années 447 et 445 , et qu'on ne peut la reculer plus loin que 438, on serait amené à la placer entre 445 et 438.

C'est donc à Périclès qu'il faudrait attribuer l'honneur d'avoir repris ici l'œuvre de Solon et d'y avoir apporté le développement, les améliorations que la grandeur nouvelle d'Athènes réclamait.

Devons-nous accepter le témoignage du scoliaste d'Aristophane (1), disant que l'on commença par un corps de six cents cavaliers , qui fut ensuite porté à douze cents ? Nous ne le croyons pas. Dans la rédaction de cette note, il nous semble reconnaître la marque d'un de ces arrangements comme nous en avons vu chez Andocide et chez Eschine. Il nous semble bien plus probable que, si, en effet, cette organisation se place dans ce court intervalle de huit ans, elle a dû être faite en une fois. Ces huit années appartiennent à la période où Périclès a été tout puissant dans Athènes; la défaite de Coronée n'a fait qu'affermir son crédit; car, avec son habile coup d'œil comme général (2), il avait signalé les défauts de l'expédition de Tolmidès, et n'avait pas caché ses tristes pressentiments. N'ayant pu empêcher la défaite, il en répare , dans la mesure du possible , les funestes conséquences ; il achète du roi Pleistoanax la retraite de l'armée Spartiate ; il soumet l'Eubée. Après avoir ainsi écarté les dangers les plus pressants, il comprend que la paix est nécessaire, qu'il faut « se préoccuper avant tout de rétablir à nouveau, sur ses » véritables bases, la domination ébranlée de la cité (3). » Il consent donc à une paix qui, réglée sur le principe de Vuti possidetis, consacre la défaite d'Athènes. La Grèce continentale cesse de faire partie de la (7U(x[xa/^ia athénienne, la ville de Platée seule est conservée; mais l'empire maritime est intact, et, si l'on sait tirer parti des ressources qu'il présente, on peut espérer relever bientôt la grandeur d'Athènes. La paix conclue avec l'étranger,

(1) Equités , 627 : «^Hcrav ôè t6 [Jièv upôiTov é$a)c6(7iot tov àpt6(jL6v, oîtoi 8è ^exà TaOxa Tyjç TtoXewç 7rXri6uv6eî(Tr]ç èyevovTO ôiaxoaioi Tzç>àç toïç xi^'otÇ- » ^e passage qui indique surtout un arrangement est la phrase « Tyjç iroXewç 7îXYi8uv8et<rriç.»

(2) Julius von Pflugk-Hartung {Perikles als Feldherr, 1884) a contesté l'habileté de Périclès comme général.

(3) E. Curtius, Hist. Gr., II, 449.

ORGANISATION DU CORPS pES MILLE CAVALIERS. 133

Périclès la rétablit dans la cite en se débarrassant, par l'ostracisme, de Thucydide, fils de Mélésias, le chef de l'opposition aristocratique. Devenu ainsi le véritable maître d'Athènes, il peut enfin mettre à exécution les projets préparés depuis longtemps sur la réorganisation de la puissance athénienne.

Ce que Périclès voulait faire d'Athènes et ce qu'il prétend fièrement en avoir fait , c'est , comme il le dit lui-même dans cet éloge funèbre que Thucydide met dans sa bouche , une ville en état de se suffire en tout à elle-même et pour la paix et pour la guerre (1). Il y a là une double pensée : faire Athènes forte, compléter son organisation militaire, accroître ses moyens de défense, sa force offensive, et, en môme temps, l'orner d'édifices grandioses , donner à ses fêtes , à ses concours , un éclat extraordinaire.

Athènes , maîtresse d'un grand empire , ne doit pas être une ville comme les autres; il ne sufîit pas que les insulaires qui payent le tribut voient ses flottes parcourir les mers en souveraines; il faut que lorsqu'ils viennent dans Athènes, ils reconnaissent aussitôt la cité qui a le droit de commander. Cette pensée que s'il obéit, c'est à une cité qui est digne de l'em^nre, adoucira, pour l'Hellène soumis , l'amertume des regrets ; elle le relèvera , elle lui fera accepter une domination (2) qui se justifie par des titres si éclatants. Athènes ne domine pas seulement la Grèce par ses flottes et par sa puissance militaire ; elle la domine surtout par sa supériorité intellectuelle, elle est le foyer de toute lumière, elle est , selon le mot de Périclès (3) , l'éducatrice de la Grèce. Voilà pourquoi, pendant qu'on élève le mur du Sud qui complète l'enceinte d'Athènes et du Pirée, pendant que l'on construit les magnifiques arsenaux d'où sortiront ces flottes si longtemps victorieuses, on bâtit le temple de la déesse Vierge, on fait avec les Propylées une entrée digne de la colline sacrée ; ni le Parthénon, ni les Propylées n'étaient des monuments inutiles; ce n'étaient pas là, comme le chef du parti aristocratique le disait à Périclès, des ornements futiles pareils à ceux dont se pare une femme coquette; la même pensée qui a fait construire les arsenaux de la marine fait élever les monuments de l'Acropole , c'est-à-dire le

(1) Thuc, II, 36, 2 : « Ta 6è Tr^eiw aùr^ç aùrot •^[lsXç, ol'Ss ol vuv ext ôvxeç [xàhaxa, èv ttî xaôeaTYixutcf yi>.ixiqc èuYiuSTiaaixev , xai Trjv uoXtv toÏç irôcat Trapeaxeuàcrafxev xal éç 7t6Xe[JLOv xai èç elç>-f\vf\v aÙTapxeaTàxYiv. »

(2) Thuc, II, 41, 2.

(3) Thuc, II, 41, 1 : « SuveXcov xe Xeyw ttqv xe 7ra<rav TcoXtv x^ç *EXX<£ôoç uaCôeuatv sTvai. »

134 LES CAVALIKRS ATHÉNIENS.

désir de faire d'Athènes une capitale digne de commander à la Grèce parce qu'elle a la force et le génie.

Cette double pensée a présidé à la réorganisation de la cavalerie par Périclès. Dans cette guerre contre le Péloponnèse que tout le monde prévoit et à laquelle Périclès prépare Athènes , les cavaliers auront un rôle important. Quand les Lacédémoniens envahii'ont l'Attique, les Athéniens posséderont une cavalerie tout organisée, toute prête, qui tiendra la campagne , contiendra et surveillera l'ennemi ; et , en môme temps , la présence de ce corps avec son effectif complet ajoutera un éclat singulier à ces fêtes religieuses que les Athéniens mettaient leur gloire à faire si brillantes. M. E. Curtias (1) dit qu'une des plus belles des Panathénées « qui aient jamais animé Athènes fut le jour où , dans l'an- » née 438/7 (01. LXXXV, 3) , sous l'archontat de Théodoros , le » magnifique édifice (le Parthénon) fut enfin achevé et où, pour » la première fois , aux yeux du peuple assemblé , les grandes » portes de la cella s'étant ouvertes , apparut la vierge de Phi- » dias. » Nous pouvons compter aussi parmi les fêtes les plus brillantes qui ont été célébrées dans Athènes , le jour où, pour la première fois, la nouvelle cavalerie défila dans Athènes en rangs nombreux pour aller rendre hommage à la déesse. Nous n'avons pas malheureusement de date certaine à indiquer ; cependant , si l'explication que nous avons proposée est juste, c'est sous l'archonte Diphilos, dans l'Olympiade 84, 3 (442), que nous placerions ce défilé des cavaliers à la •Ko^Tzi des Panathénées ; et , dans la manière dont Phidias a interprété cette izoi^tz-Zi sur la frise de la cella , nous verrions une preuve , un souvenir de l'impression profonde que produisit sur le peuple ce magnifique spectacle, quand , pour la première fois , ce corps d'élite , composé de ce qu'Athènes avait de plus brillante jeunesse , partit , en rangs nombreux, du Céramique pour se rendre à l'Acropole. C'était là, en effet , un événement qui intéressait non seulement l'histoire militaire et politique , mais aussi l'histoire artistique et littéraire d'Athènes; la cavalerie n'a pas formé seulement un accroissement notable de la puissance militaire d'Athènes; elle a ajouté quelque chose à l'éclat artistique dont resplendissait alors cette ville; Sophocle, Euripide, Aristophane, pour ne citer ici que les poètes, ont chanté cette cavalerie athénienne dont Phidias a tracé une si brillante image sur la frise de la cella.

{\)Hist. Gr., II, p. 646.

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