‹ Les cavaliers athéniensChapitre 28 sur 86 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'aGONISTIQUE en GRÈCE.

Dans une fête, la procession se rattache étroitement à la cérémonie religieuse. Toute fête comprenant essentiellement un sacrifice, si la procession n'a eu primitivement d'autre objet que de conduire au temple, avec un certain appareil, les victimes qui doivent y être immolées, on ne peut guère concevoir une fête religieuse sans procession. A côté du sacrifice et des cérémonies qui s'y rattachent directement, il y avait, dans les fêtes antiques, une partie toute de divertissement et de plaisir : ce sont les concours ou les jeux. C'est là véritablement la partie la plus importante de la fête; c'est elle qui forme le caractère original de ces grandes solennités ; les jeux publics sont un des éléments essentiels de la vie des Grecs ; nulle part peut-être le génie de la race ne s'est si bien montré que dans cette institution (1).

Aux yeux du moderne, du chrétien surtout, ces luttes d'athlètes nus , ces courses de chars , ces représentations théâtrales paraissent un divertissement purement profane et forment un appendice assez étrange à une fête religieuse. Il n'en était pas ainsi aux yeux des anciens. Pour eux, ces concours avaient un caractère éminemment religieux ; ils faisaient véritablement partie de la fête ; c'est à la divinité elle-même qu'on les ofTrait ; on voulait lui plaire (2), l'honorer, la remercier, et on lui offrait le magni-

(1) Voir ce que dit E. Curtius de l'influence exercée par la fête Delphique, Hist. Gr., liv. II, tome II, p. 3-224.

(2) E. Curtius {Hist. Gr., II, p. 35) : « Tout dans ces solennités est fait pour les dieux. »

fique spectacle de ces jeux où il y avait des prix et pour les exercices qui favorisent le développement de la beauté physique , et pour les dons les plus heureux de l'intelligence , la poésie , le chant , la musique ; où la richesse elle-même , comme la manifestation la plus sensible de la puissance de Fhomme , avait droit à la couronne la plus brillante, et, pour honorer les dieux, pouvait s'étaler librement sans crainte d'éveiller l'envie.

Les prix décernés aux vainqueurs avaient, eux aussi, quelque chose de sacré. Il y avait, relativement aux récompenses, deux sortes de concours (1). Les àywveç aTscpav^tiat ou (puXX^xat, où les prix étaient de simples couronnes de feuillage ou un bouclier de peu de valeur comme dans Argos , et les àywvsç 6£[xaTÏTac ou ôefxaxtxoi , appelés aussi àpyup'tTat, dont les prix étaient des objets précieux, ou de l'argent; quand le prix était un talent ou un demi-talent, le

concours était un àywv raXavTtaToç OU :^[ji,iTaXavTtaTo; (2).

A la première classe des concours appartenaient tous les jieux de fondation ancienne et les plus célèbres, comme celui d'Olympie, ainsi que beaucoup d'autres institués plus récemment (3). Les àyûvsç ÔEfxaxwcoi sout loin d'avoir le même éclat que les àywveç (tts- (pavTrat. Dans les inscriptions agonistiques , le vainqueur énumère avec le plus grand soin toutes les couronnes qu'il a obtenues , puis il se borne à mentionner le nombre des àywveç 6£(xaTixoi où il a eu des prix (4).

Les àywveç arT£(pav"tTat étaient aussi nommés lepoi (5), car cette couronne de feuillage qu'on donnait au vainqueur était prise à l'arbre consacré au dieu sous la protection duquel était le concours. Dans ces prix des àywvsç Upoi, les Grecs voyaient un des signes de la noblesse de leur race , une des marques de leur supériorité sur les nations barbares. On répétait ce mot d'un général perse disant à Mardonius devant Xerxès : « Contre quels hommes nous conduis-tu , qui concourent non pour de l'argent mais pour l'honneur (6) ? »

Cette idée que les concours sont offerts aux dieux eux-mêmes

(1) Le Bas-Waddington , Voyage archéol. , partie V, n" 1209. K. P. Hermann, GoUesdienst. Alt., § 30, 4.

(3) Les jeux Pythiques furent H\i.axiv.oi jusqu'en 582. Paus., X, 7, 4, Marbre de Paras, 8, 52 et suiv.

(5) Ihid., 1418, 2810.

(6)Hérod., VIII, 26.

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se trouve très souvent exprimée dans les textes (1). C'est pour montrer leur piété envers les dieux que les Etoliens décrètent d'instituer en l'honneur de Zous Soter et d'Apollon Pythien la fête des Sotéria en souvenir des secours que ces dieux ont donnés (2) aux Grecs lors de l'invasion gauloise de 277. Eumène, roi de Pergame, les guerres contre Prusias et contre Pharnace étant terminées , décide d'instituer des sacrifices et des jeux en l'honneur d'Athêna Nicéphore, car, dit le décret, il met au-dessus de toutes choses la piété envers les dieux (3). Dans le discours que Démosthène a écrit contre Midias pour venger l'insulte que celui-ci lui avait faite en le frappant au visage, s'il n'ose pas accuser formellement (4) son ennemi d'impiété, il exprime du moins à plusieurs reprises cette idée, qu'en frappant un chorège, au moment même du concours , Midias a outragé le dieu luimême (5).

Quand on voulait instituer un concours, surtout un grand concours national, l'Etat qui prenait cette [résolution la signifiait aux divers peuples grecs qui , après en avoir délibéré, envoyaient leur adhésion. C'est ainsi que les Etoliens procédèrent quand ils instituèrent les jeux des Sotéria; nous avons l'acte d'adhésion des Athéniens (6) et celui des habitants de Chios (7). Quand Eumène, roi de Pergame, institua les Nicéphoria, signification en fut donnée aux Etoliens , qui envoyèrent aussitôt leur adhésion (8). Les

(1) C. /. A., II, 302, I. 30 et s. : « Kat àYwvoôSTiQç x^ipoTovriOetç ôtç toùç àycovaç Toîç OeoTç èréXsarev xaXtioç xai eùaeêtôç. » Voir dans Dém., c. Midias, les oracles de Delphes et de Dodone : « tcr-càvai tbpaiwv Bpo|JLi(o yàptv (52). — Kac xaT'àyuià; xpaTrjpaç IcxàfAev xai ^opo^Ç "^^^ crTe9avy]cpop£Ïv xaxxà uàxpta 6eotç 'OXu[jL7rioiç Tïàv- TeacTt xai îiàcraiç {ihid.). — Atovuato ÔyiixoteX^ îepà tsXsÏv xat xpaxyjpa xepàaai xat Xopoùç laràvai (53). » Rapprocher l'inscription de Lété (v. p. 163, n. l, 1. 38).

(2) C. I. A., Il, 323, l. 5 et suiv. : « 'ETretôi^ to xoivov xo xôv AlxoXwv aTCO- Setxvu[xevov xyjv upàç xoùç ôeoùç eOaéêetav è^rifiazai xôv àycava xov xwv ]Stoxr,pi(ov xiôévat xô) Ad xtp Swx^pi xal 'AtcoXXwvi xô Iluôtfo uTcojxvrj^jLa x^ç [f-àyriQ xî^ç y&vo\).é'^r\ç, Tcpèç xoù; papêàpou;. »

(3) Inscription trouvée par M. Haussoullier : Bull, de corr. hellén., V (1881), p. 372; Dittenb., SylL, 215.

(4) Cf. parag. 51 avec la note de H. Weil.

(5) Midienne , gg 16, 31 et suiv., 40, 51, 55, surtout 199 et 222; voir sur ce point H. Weil , Préface du discours c. Midias , p. 94.

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