C. L A., II
(7) Inscription trouvée à Delphes par M. Haussoullier {Bull, de corr. hellén., V, 1881, p. 305; Dittenb., SylL, 150). On voit par cette inscription qu'il y avait aux Sotéria : « xov àyàiva xo[ji, (Ji,èv [Aoucrtxov IcroTruôtov , xôv Se yufxvixov xat ÎTtutxôv l(70v£[jteov. « Nous possédons un catalogue donnant les noms des vainqueurs à une de ces fêtes (Wescher-Foucart , Inscr. de Delphes, 6; Dittenb., SylL, 404).
(8) Voir la note 3.
peuples qui acceptaient ainsi l'institution des concours" s'engageaient à envoyer chaque fois des ambassadeurs qui , eux aussi , étaient revêtus d'un caractère sacré, et s'appelaient théores (1).
Quel plus beau spectacle un Hellène , élevé dans la palestre , ne concevant pas pour la divinité d'autres joies que celles qu'il éprouve lui-même, pouvait-il offrir à ses dieux? « Mais toi, Phé- » bus, » dit le chantre d'une des plus anciennes fêtes agonistiques de la Grèce (2), « c'est surtout à Délos que tu te réjouis le » cœur, là où les Ioniens aux robes traînantes se réunissent, » emmenant leurs enfants et leurs vénérables épouses ; et eux , » se souvenant de toi, te réjouissent par le pugilat , par la danse, » par le chant, lorsqu'ils instituent le concours. »
Les jeux semblent le complément nécessaire de toute fête considérée surtout comme une action de grâce pour une faveur reçue des dieux , par exemple après une délivrance inespérée. Quand les compagnons de Xéiiophon (3) , après leur longue marche à travers l'empire perse, découvrent enfin la mer; quand, arrivés à Trapézonte, ils croient leur salut assuré , ils n'ont pas de soin plus pressant que d'accomplir les sacrifices promis aux dieux à l'heure du danger ; mais ces sacrifices ne seraient pas accueillis aussi favorablement par la divinité , et , pour les Grecs , la fête ne serait pas complète, si des jeux n'accompagnaient pas les cérémonies religieuses ; on institue donc un concours gymnique (4), et Xénophon raconte que la joie des soldats fut grande de voir les chevaux courir sur une pente rapide, aller jusqu'à la mer et remonter lentement et avec peine cette pente si périlleuse pendant la descente.
Les Grecs confédérés , après la victoire de Platée , instituent une grande fête qui doit revenir tous les cinq ans et qui doit comprendre des jeux (5). Plusieurs siècles après , nous trouvons
(1) K. F. Hermann, Die Gottesdienst. Alt., gg 31, 16; 40, 16.
(2) Hymne homérique à Apollon Délien, v. 146 et suiv.
(3) Xén., Anah., IV, 8, 25 et suiv.
(4) Voici les termes qu'emploie Xénophon {loc. laud.) : « èTroiYiaav 8è v.cd àyôiva Yuixvixôv èv T(ô ôpst ëv6a7tep èaxVivouv. » II y a cependant des courses à cheval dans les jeux que décrit ensuite Xénophon. L'expression yvi[xvixoç àywv avait, outre le sens particulier de concours gymnique , un sens plus étendu et pouvait désigner l'idée générale de concours-, cf. C. 1. A., II, 444, I. 7, et 446, 1. 6; il s'agit des jeux des Théséia; il y avait pourtant dans ces jeux un àyoiv Ittuixô; important, comme on le voit par les catalogues agonistiques que contiennent ces mêmes inscriptions.
(5) Plutarque, Aristide^ 21 : « àyeo-ôai 8è irevTaeryipixàv àytova twv 'EXeu6ep(a>v. »
l'aGONISTIQUE en GRÈCE. 163
encore le môme usage ; après l'invasion gauloise de l'an 277 , on institue ces grands jeux nationaux, dont nous avons déjà parlé , en l'honneur de Zeus Soter , pour célébrer la délivrance de la Grèce. Vers l'an 117 avant notre ère, a lieu une autre invasion gauloise; la Grèce est sauvée par le secours des Romains; pour témoigner leur reconnaissance, les habitants de Lété, ville de Macédoine, décernent une couronne au questeur Marcus Annius, fils de Poplius, et décident d'instituer, en son honneur, des jeux équestres, qui seront célébrés, tous les ans , au mois de Daisios, en même temps que les jeux institués en l'honneur des autres bienfaiteurs de la cité (1).
On le voit par ce dernier exemple, ce n'est pas seulement en l'honneur des dieux , mais aussi en l'honneur de simples mortels que des jeux sont institués ; ici l'exemple est d'autant plus caractéristique que celui à qui on rend un tel honneur est encore vivant. Le plus souvent cependant , si l'on institue des jeux en l'honneur d'un simple mortel , c'est après sa mort , au moment de ses funérailles , très probablement sous l'influence de cette croyance qui faisait du mort un héros ou un demi-dieu (2). Cette coutume est des plus anciennes : Achille célèbre en l'honneur de son ami Patrocle des jeux auxquels prennent part plusieurs des principaux chefs de l'armée (3). Après la mort d'Héphestion , Alexandre (4) avait l'intention de célébrer en l'honneur de son ami ce qu'on peut appeler un véritable concours monstre , des aYwveç yx)[Lyixoi et îtittixoi, pour lesquels il avait réuni jusqu'à trois mille concurrents. C'était aussi l'usage que chaque ville instituât
Thuc, II, 71 ; Strabon, IX, p. 412 ; Paus., IX, 2, 5 et suiv. ; Krause, Die Gymn., I, 374; 11,779.
(1) Ces faits nous ont été révélés par une inscription très intéressante publiée récemment; elle a trait encore à une invasion gauloise jusqu'ici ignorée; cf. l'abbé Duchesne et Bayet, Mémoire sur une mission au mont Athos, etc., n° 127, p. 78 et suiv. (Dittenb., SylL, 247-), 1. 36 :
« Ôtô Ô£66x6ai AriTaitov x^ ^ouX^ xai zu> 8y\- \Ltd èîcatveaat xe Màapxov 'Avvtov IIotcXîou xafxtav Ptofxatwv xal axeçavtoaat aOxov X!^9^^ "^^^ TceTTpayjjLévtov OaXXoù axecpàvi») xat xiOeaôai aOx(^ àyâJva luTïixov xax' Ixoç âv xw Aaicrico [xrivt ôxav xat xotç dcXXoiç eOepyé xaïç ol àycôveç èTTtxeXwvxat. »
(2) Fustel de Coul., Cité ant., liv. I , ch. Il : a Le culte des morts, n
(3) Hom.. IL, XXIII, 257 et suiv.
(4) Arrien , Anah., VII, 14, 10. — Nicoclès avait agi ainsi pour son père Evagoras. Isocr., Evag., I : « "Opcov , w NixoxXei;, xifxwvxà m xov xàçov xoO Tuaxpoç oO [Aovov xw TïXiQÔei xat xîo xàXXei xcov eTviçepojxévwv , àXXà xat xopoîç» >tai jxouatx^, xat Y^l^vtxoï; aYûcriv. »
des jeux en rhonneur de son fondateur, une fois mort; c'est ainsi que les habitants de la Ghersonnèse firent pour Stésagoras, fils de Gimon (1) , et les habitants d'Amphipolis pour Brasidas , quand ils décidèrent de l'honorer comme le fondateur de leur ville, à la place de l'Athénien Hagnon (2).
Au moment où nous commençons à entrevoir quelque clarté dans l'histoire de la Grèce , ce pays ne possède pas encore de grands jeux nationaux. La fête de Délos , seule, semble avoir été de bonne heure une fête nationale de la race ionienne. La fête d'Olympie , celle de Delphes ne sont encore que de simples fêtes locales comme chaque pays a les siennes. Peu à peu cependant rinfluence de la fête d'Olympie s'étend dans le Péloponnèse; Sparte comprend très vite quels avantages peut lui procurer la protection exercée par elle sur une fête qui tend à devenir le lien fédéral des peuples doriens de la péninsule. L'alliance de cet Etat avec la ville d'Elis , de qui dépendait Olympie , est un fait capital pour l'avenir de la fête, qui se trouve ainsi sous la protection du plus grand Etat dorien de la Grèce. Get événement est antérieur à l'ère des Olympiades; déjà avant 776, l'ordre de la fête, la trêve sacrée qu'elle imposait avaient été réglés entre Elis et Sparte; le Péloponnèse avait enfin une grande fête nationale, celle de Zeus Olympien (3).
Les autres grands jeux ont été institués beaucoup plus tard. Le siècle de Solon est une époque mémorable dans l'histoire de l'agonistique. Sur le modèle de la fête d'Olympie , on institue coup sur coup les trois autres grands jeux nationaux de la Grèce (4) , les jeux Pythiques dans l'olympiade 48, 3 (586), les jeux Isthmiques dans l'olympiade 49, 3 (582), les jeux Néméens dans l'olympiade 51, 4 (573); presqu'à la même époque, les grandes Panathénées étaient instituées dans Athènes par Pisistrate.
Ce qui est important ici , ce qui démontre la valeur sociale de ces institutions, c'est que le programme de tous ces jeux est par-
(1) Hérod., VI, 38 : « Kat ol TeXsuTTneravTi XepcrovyiaTxai Ôuoucti à; >/6[L0i oIkktt^ , xai àytova Itctcixov xt xai yujjivixàv eTvtaxaai. »
(2) Thuc, V, 11, 1 et suiv. Voir d'autres textes dans Krause, Die Gymn., I, p. 9, note 3.
(3) M. E. Curtius s'est appliqué à mettre en lumière l'action de Sparte sur les destinées de la fête d'Olympie {Hist. Gr., I, 271, 304, 353, etc.).
(4) Je suis pour ces dates E. Curtius {Hist. Gr., I, 316; II, 39). Cf. Schômann {Gr. Alt., Il, 66); Grote {Hist. Gr., V, 226 et suiv.); Duncker {Gesch. des Alt., VI, 84). D'après Paus., X, 7, 4, la première Pythiade correspond à l'Ol. 48, 3 (586) ; d'après le Marbre de Paros (8, 52-53, ép. 37), à l'Ol. 47, 3 (590); cf. p. 102.
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tout le même , plus complet en tel endroit , moins complet en tel autre; l'àyc^v [xouatxoç, par exemple, manque sur le programme des jeux Olympiques (1); il est, au contraire, très important à Delphes ; mais, dans toutes ces fêtes, le Grec est sûr de retrouver les exercices auxquels il a été formé dès son enfance, qu'il a pratiqués dans le gymnase ou dans l'hippodrome de sa cité ; il y a en un mot une éducation nationale , commune à toute la race grecque , et quiconque participe à cette éducation appartient véritablement à la civilisation hellénique (2).
Les divers exercices pour lesquels il y avait des prix dans les jeux publics de la Grèce peuvent être classés en trois catégories principales :
10 Exercices de chant, de musique, de poésie, etc., àywv (xou-
ortxoç ;
2o Exercices de gymnastique , lutte , course , pugilat , disque ,
saut, etc. , àYCÎ)V yuf^vtxdç;
3° Exercices équestres , courses soit au cheval monté , soit au char, kytxiv iTT'TTtxo;.
11 est impossible de dire laquelle , de cette triple série d'àyôîveç, a été la plus ancienne. La gymnastique assurément a eu une grande influence sur le développement de l'agonistique en Grèce ; cependant à Delphes, aux jeux Pythiques, il n'y a eu d'abord qu'un àywv (xouortxoç ; dans Athènes, aux Panathénées, qu'un iytiiv ÎTTirtxoç; ràywv yuixvixoç n'a été ajouté qu'assez tard relativement à chacune de ces deux fêtes. De tels faits rendent donc la question très obscure; ils donnent en même temps quelque poids à cette opinion défendue par M. Boetticher (3) que l'agonistique n'est pas sortie de la gymnastique mais que c'est plutôt la gymnastique qui doit à l'amour des Grecs pour les luttes et les concours les progrès et la perfection auxquels elle est parvenue.
C'est dans le septième et dans le sixième siècle que se place le
(1) Une inscription récemment trouvée à Olympie [Archceol. Zeit., XXXVII, 1879, p. 132, n° 261) indique l'existence d'un àycov [xouaixôç à CHympie du temps de l'Empire; le fait rapporté par Suétone (c. 23) n'est donc pas particulier à Néron.
(2) Un trait particulier , par lequel les Grecs , comme ils l'avaient remarqué eux-mêmes ( Thuc. , I, II; cf. Hérod., I, 10), se distinguaient des barbares, c'est l'usage, pour les athlètes, de descendre nus dans l'arène. Sur l'importance des jeux en tant qu'institution nationale tendant à réunir et à mettre en contact les Grecs des divers pays, voir surtout Lysias, XXXIII ('O Xuixiriaxoç), 2 : « T^iyyjaaTO yàp (ô 'HpaitXvi;) tov èvQàôe auXXoyov àpx'^'lv yevTQtjeaôat xoïç "EXXyio-i T^ç upoç àXXiQXou; çtXiaç. »
(3) Olympia, p. 74.
véritable développement de l'agonistique. Jusqu'à la 14^ olympiade (724), il n'y avait à la fête d'Olympie qu'un seul concours, la course du stade; en 724, on ajoute le double stade ou diaulos; on 720, la double course ou Boliyot;', en 708, le pentathle; en 688, le pugilat. C'est enfin dans la "Ib"- olympiade, en 680, que rîTTTrixoç àycov figure pour la première fois sur le programme des jeux Olympiques ; cette année-là eut lieu la course des quadriges avec des chevaux en pleine croissance , et le Thébain Pagondas fut vainqueur (2). Dans la 33^ olympiade, en 648, a lieu pour la première fois la course au cheval monté, ÏTr-rew xeXvjTi ; en 500 et en 496, on institue deux courses, l'une avec attelage de mulets, à-KTivr), l'autre pour jument, xaXTrr), qui furent abolies en 444. Enfin les autres courses sont introduites sur le programme des jeux d'Olympie, dans l'ordre suivant :
408 01. 93. Course pour char à deux chevaux en pleine croissance , iuv(»)piSt teXeioc ;
384 01. 99. Course pour quadrige attelé de poulains, ^suyei TTwXtxw ;
268 01. 128. Course pour char à deux poulains, ^uvwpiSi 7ra)Xi)t9i;
256 01. 131. Course pour poulain monté, y.éXr\xi itwXixw.
A Delphes, l'ancienne fête d'Apollon, qui revenait chaque neuvième année , n'avait qu'un concours de musique et de poésie. C'est seulement quand la grande fête Pythique fut instituée , du temps de Selon , que l'on ajouta à ràywv [xoufftxoç des jeux gymniques et équestres. La façon dont on procéda est caractéristique (3). A cette époque il n'y avait que deux courses équestres à Olympie, celle des chars , instituée comme nous l'avons dit en 680 ; celle du cheval monté (xsXyiç) instituée en 648. Au contraire, l'dywv YU(xvixoç était déjà alors au complet, il n'y manquait que la course avec la lourde armure (ôtiXit-^ç Spofxo;) qui sera instituée en 520 , et le TrayxpaTtov des enfants, qui ne sera exécuté pour la première fois que l'an 200. Quand on institue la grande fête Pythique, et qu'on dresse le programme des jeux, on y comprend tout le yuptxo;
(1) Pour ces dates, cf. Pausanias (V, 8 et 9) , dont le témoignage a été confirmé par une inscription importante trouvée en 1866 (C. I. A., II, 978).
(2) Paus., V, 8, 7 : <t Ïttttwv xeXettov ôp6(JLov. » Cf. Krause. Die Gymn., I, 564, note 2 , pour les textes sur la' course au quadrige ; voir aussi Dimker, Gesch. des Alt., V, p. 553, et, dans l'Atlas pour servir à l'histoire grecque de E. Curtius, par A. Bouché-Leclercq , les programmes des jeux Olympiques et des jeux Pythiques , p. 58 et 59.
(3) Paus., X, 7, 5 : a "Eôeo-av 6è xai à6>a xoxe àôXrixaîç TcptÔTOv, ta ts èv 'OXujJLuCtf wXt^v rtbpimzoM, xai aùxol vofAoOexTQaavxeç ôoXixou xai ôtauXou uaiaiv eïvai ôpofxov. »
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àyojv d'Olympie qui était déjà presque complet, on y ajoute même deux nouveaux exercices pour les enfants, la course du dolichos et du diaulos] et, au contraire, de ràywv ittitixoç , qui n'était représenté que par deux jeux, on retranche le plus brillant, le concours des quadriges; on inaugure la fcte par une seule course équestre, celle du cheval monté (1). On s'aperçut de suite, il est vrai, que l'on était allé trop loin ; dès la seconde fête, en 582, la course au quadrige fut inscrite sur le programme des jeux (2). Ces deux courses constituèrent pendant près de deux siècles tout ràywv î-rnrtxoç des jeux Pythiques. C'est seulement en 398 qu'on ajoute au programme la course des chars à deux chevaux, ^uvwpiSt; vingt ans plus tard, en 378, a lieu pour la première fois la course des quadriges attelés de poulains , ^euyet TiwXtxw; enfin, la course pour poulain monté, xeXv)Tt irwXtxw , ne fut courue pour la première fois qu'en 338.
Ainsi à Olympie , l'àywv y^pixoç est le plus ancien, et il est resté pendant de longues années de beaucoup le plus complet, le plus varié; le programme en est constitué définitivement, pour les concours des hommes faits , en 520 ; Tàywv itittixo; , au contraire , ne comprendra les six courses réglementaires qu'au milieu du troisième siècle. A Delphes , l'àycûv yutxvtxoç et l'àywv îtcttixoç sont ajoutés en même temps sur le programme de la fête en 586 , mais l'àywv yu(xvtxoç y est mis au complet, l'àywv itittixoç, au contraire, ne comprend qu'une course; il en comprendra deux la Pythiade suivante en 582 , et il faudra attendre deux siècles pour que ce nombre soit augmenté.
L'introduction de la course des chars dans les jeux Olympiques n'en fut pas moins un événement considérable. Au point de vue politique, il faudrait voir là, d'après M. Gurtius (3), un triomphe de la réaction antidorienne. La conquête du Péloponnèse avait été longue et difficile ; longtemps encore après le triomphe définitif des Doriens, on constate que le vieil esprit achéen n'avait pas été complètement étouffé. Dans bien des villes du Péloponnèse il y avait encore des familles achéennes qui étaient très riches et qui aimaient à faire montre de leurs richesses ; cette aristocratie avait surtout la passion des chevaux et des courses de char. Pour
(1) La fête Pythique célébrée en 590 appartenait encore à l'ancien cycle; c'est seulement en 586 que la fête fut célébrée d'après la nouvelle organisation (E. Curtius, Hist. Gr., I, 316).
(2) C'est alors que le concours devint (TTe^avtTri;, voir p. 160, n. 2.
(3) Hist. Gr.,l, 308.
entretenir pendant de longues années des attelages de chevaux ou de mules et les dresser en vue des concours, il fallait être immensément riche ; c'était là un luxe qui n'était ni dans le goût ni à la portée des Doriens.
PoLit être y a-t-il quelque exagération dans ces explications de M. Curtius. En effet, c'est unDorien(l), non du Péloponnèse, il est vrai, qui a remporté la première victoire à la course des chars à Olympie , et très souvent cet honneur a été obtenu par des hommes de cette race. Les Doriens ont donc , et de très bonne heure, su et pu élever des chevaux pour les courses (2). Ce qu'on ne peut contester au moins, c'est que l'introduction de Vc/.yèiy îtttccxoç dans les jeux d'Olympie ne soit un fait attestant la toute-puissance de l'aristocratie. A cette époque, l'aristocratie seule est assez riche pour supporter les dépenses qu'imposait l'entretien des chevaux de course ; dans les pays où elle est souveraine , comme en Attique , elle ne tolère dans la grande fête nationale , dans les Panathénées, que les jeux équestres.
Mais c'est surtout pour le developpement.de l'agonistique que l'acte de 680 marque une date importante. Les jeux équestres se distinguent des concours de musique et de gymnastique par une différence essentielle : en effet , chez les anciens, et l'usage est le même chez les modernes , ce n'est pas celui qui a dirigé le cheval ou le char victorieux, ce n'est pas Técuyer ou le cocher (3) qui est proclamé vainqueur , mais le propriétaire du cheval ou du char. Pour être proclamé vainqueur à Olympie , il n'est donc plus nécessaire de descendre soi-même dans l'arène (4); la couronne d'olivier n'est donc plus la récompense de la force , de la valeur personnelle , il suffit maintenant d'être riche ; on verra désormais
(1) Pagondas de Thèbes, v. p. 166, n. 2.
(2) Citons parmi les 'OXufXTriovïxai lacédémoniens : Evagoras , trois fois vainqueur à la course du quadrige avec le même attelage (Hérod., VI, 103); Polyclès dit Polychalcos , vainqueur à la même course , et qui remporta aussi des victoires à Delphes, à l'Isthme et à Némée (Paus., VI, 1,7); Démarate, seul roi de Sparte qui ait été vainqueur à la course des chars (Hérod., VI, 70). Cf. Krause, Die Gymn., 671.
(3) [,es cochers victorieux étaient naturellement récompensés par leurs maîtres; Pciusanias mentionne même des statues qui leur"auraient été élevées ; cf. VI, I, G; 10, 6; cf. Krause, Olympia, p. 144, 320,
(4) Pjndare félicite le Thébain Hérodotos , vainqueur aux jeux Isthniiques, de n'avoir pas confié son char à des mains étrangères {Isthm., I, 15 B; cf. aussi Olymp., VI'. Dans une vieille inscription de Laconie (/. G. A., 79), contenant les v;c't!)iies icaiportécs par un certain Damonon , on trouve souvent, à côté d'une victoire, la mention aOroç àvioxiwv.
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décerner la victoire à des étrangers qui n'auront pas quitté leur pays, et, ce qui est plus grave, à des femmes, elles qui ne sont pas même admises à regarderies jeux. Si Htïtccxoç àytov a marqué d'abord le triomphe del'aristocratie, il est toujours resté, mêmedans les pays démocratiques, le privilège de la richesse. Déjà, au cinquième siècle, on peut noter des protestations assez vives contre l'abus de la gymnastique ; Euripide , dans un assez long morceau écrit avec une verve mordante (1), développera, en plein théâtre , cette pensée que, parmi tant de choses mauvaises qui désolent la Grèce , il n'en est pas de plus mauvaise que la race des athlètes. Ce sentiment, que nous trouvons exprimé avec tout autant de vivacité par Isocrate, Platon, Aristote (2), n'a pas été sans influence sur le développement que ràywv kirixoç a pris dès la fin du cinquième siècle.
Ce mépris contre les athlètes tenait à leurs manières un peu grossières , à leur esprit généralement borné; il tenait aussi à ce qu'ils étaient souvent de basse condition. On avait vu un cuisinier , comme Goroibos , remporter le prix du stade à Olympie et devenir l'éponyme d'une olympiade (3) ; tel autre 'OXufxTTtovixviç avait été marchand de poisson (4).
A la course des chars au contraire, on était sûr de n'avoir à ses côtés comme concurrents que des hommes d'une condition élevée. Aussi tous ceux qui, comme Alcibiade (5), étaient riches, nobles, habitants d'une ville illustre et qui croyaient que de tels privilèges les mettaient au-dessus du reste des hommes , tous ceux-là
(1) Fragment ûe VAutolycos, drame satyrique , conservé par Athénée , X, p. 413, c. Nauck. Tragic. grxcorum fragmenta, fragment 284, p. 350:
« Kaxtov yàp ôvrwv [xvipiwv xa6' *E>.Xà5a oOSèv xàxiov èfftiv àOXY]Tc5v yévouç. xtX. » athénée (X, p. 414, c) ajoute que Xénophane, le poète comique, avait aussi très vivement attaqué les athlètes.
(2) Cf. Isocr., Panég., I; Hepi Uuyouç, 33; Platon, Bépuh., III, p. 404, a, et suiv. ; 410, a, et suiv. ; VII, 536, e ; 537 , a, et suiv. ; Aristot., Polit., VII , 16 (1335, b, 5 et suiv.); VIII. 4 (1338, b, 9 et suiv.). Epaminondas (Plutarque, Pélopid., 4) et Philopémen (Plutarque, Philop., 3) ne montrèrent que très peu de goût pour la gymnastique.
(3) Athénée, IX, 28, p. 382 b.
(4) Aristote, Rhétor., I, 7, 32 (1365», 26).
(5) Isocr., ïlepi î^euyouç (33, je tronque à regret cette belle période) : « toù; {ièv yufAvixoùç àyâivaç ÛTrepeïôev, elôwç èviouç tûv àôXyjTcov xat xaxtôç ye^ovoxaç xai (JLixpàç TToXstç otxoTJvxaç xat TaTreivtoç TCeTtaiÔ£V»[x£vouç , iTCTroxpoçeïv ô'ÈTttxeipiq^aç, ô Tôv eOôattxoveaTàtwv ëpyov iaxl çaùXoç S'oùôeiç àv Tîon^aeiev, où (jlovov Toù; àvTaYWVKTtà; àXXà xat toùç TttoTiOTe vixi^ffavTaç u7vepe6àXeTO. »
méprisaient les jeux gymniques et regardaient les jeux équestres comme seuls dignes de convenir à leur grandeur.
L'institution des jeux équestres eut pour conséquence de faire entrer dans la composition des concours un élément nouveau, la richesse. C'est Fàycov Itztiixoç qui fait véritablement toute la beauté d'un concours. Parmi les vainqueurs aux concours équestres d'OJympie, on trouve très souvent des princes et des rois (1); nous aurons l'occasion d'en signaler aux mêmes jeux des Panathénées d'Athènes. Pour montrer qu'on est riche, on n'a pas de meilleur moyen que d'élever des chevaux en vue des concours ; les mots comme iTiTcoxpocpia, àp[i.aTOTpocpia, servent pour désigner une grande richesse (2); c'est de la même manière qu'Hérodote emploie l'expression olxiy\ TsôptuTcoxpocpoç quand il veut parler d'une grande maison (3); on reconnaissait qu'Empédocle appartenait à une riche et illustre famille parce que son grand-père avait remporté le prix à la course de chars à Olympie (4); c'est ainsi que PoUux (5) dit que le mot cavalier était synonyme de riche , d'aristocrate, et Démosthène applique avec une amère ironie l'épithète d'iTTTroTpo'cpoç à Eschine, quand il le montre devenu fier et insolent au moment des malheurs de la patrie (6). Rien de plus glorieux pour une maison que de pouvoir rappeler des victoires aux concours'équestres d'une des grandes fêtes de la Grèce. Après qu'Alcméon eut été comblé de richesses par Grésus, il s'empressa d'élever des chevaux pour les courses, et sa victoire, la première
(1) Si des hommes comme Alcibiade éprouvent de la honte à se mêler à des gens do basse extraction dans les jeux gymniques, des princes, des tyrans pourront à leur tour croire qu'il ne convient pas à leur dignité de concourir contre de simples particuliers (Xén., Hieron., XI , 5).
(2) Aristote, Polit., IV, 3, 1 (1289, b, 33) : u Kat twv yvtopi'ixwv elal ôia^opat xaî îtaxà Tov TiXoÙTOV y.cd xà (xsyéQiQ '^^Ç oOcriaç, oiov lUTUoxpocpia;; (toùto yàp où ^aSiov [XT^ 7t).oi)xo0vxa; Tioietv). » VI, 4, 3 (1321, a, 10) : « al ô'tTruoxpocpiai xwv (xaxpàç oùaioLç x£XTY][ji.évwv siaiv. » Xén., Ilepl Itcuix^ç, II, 1; Hieron., XI, 5; Econom., II, 6, 1.