‹ Les cavaliers athéniensChapitre 31 sur 86 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

l'aGONISTIQUE dans ATHÈNES.

Quoique le sol de l'Attique ne soit pas en général favorable à la cavalerie (1), cependant le cheval tient une place importante dans les légendes de ce pays. C'est même en Attique, sur le rocher de l'Acropole, que le cheval, d'après ces légendes, aurait été donné aux hommes par Poséidon. La création du cheval par le dieu de la mer se rattache au mythe de la querelle entre Poséidon et Athêna ; les deux divinités se disputent l'Attique : le pays doit appartenir à celle des deux qui donnera la meilleure preuve de sa puissance. Il y avait, dans la légende, des divergences, et sur le choix des juges et sur ces preuves de puissance, ces [xap- Tupia, que doivent donner les deux divinités. D'après certaines traditions , Poséidon frappe le sol de son trident et en fait sortir la mer (2); Athêna avec sa lance fait sortir l'olivier; d'après d'autres traditions , Poséidon fait sortir du sol deux chevaux , Athêna les dompte et les attelle à son char (3). Nous aurons l'occasion de revenir sur cette légende que le ciseau de Phidias avait

(1) Voir p. 14.

(2) D'après des traditions recueillies par Suidas (Atèç ^f^cpoç), Hésychius (Aièç 6ÔCX01 xai iteoraol), c'est Zeus, l'ancien maître de l'Acropole, qui aurait jugé la querelle ; d'après ApoUodore (BibL, III , 14 , 1) , ce sont les douze dieux; d'après Callimaque {ScoUes de l'Iliade, XVII, 57), c'est Cécrops ; d'après Varron (saint Augustin, Cité de Dieu, XVIII, 9). c'est Erysichthon, etc. Les divergences, dans ces témoignages, ne portent que sur les juges; l'accord est complet sur le reste; Poséidon fait sortir une mer, Athêna un olivier. Le témoignage le plus ancien est celui d'Hérodote, VIII, 55; cf. aussi Paus., 1, 27, 2 ; I, 26, 5.

(3) Virgile s'est fait l'écho de cette tradition {Géorg., I, 12 et suiv.) :

Tuque 0, cui pritna frementem Fudit equum magno tellus percussa tridenti.

Cf. Preller, Die Griech. Myt., I, p. 482; Decharme, MythoL, p. 328.

représentée sur le fronton occidental du Parthénon. La première version de la légende a plus que l'autre un caractère local ; on montrait , sur l'Acropole , dans l'Erechthéion , la mer qui avait jailli sous le trident de Poséidon (1) et l'olivier sacré que la lance d'Athêna avait fait sortir du sol. Le surnom de iWioç ou ÎTriria se trouve appliquée à plusieurs divinités : à Ares , à Hêra , à Zeus , mais plus particulièrement à Athêna et à Poséidon (2). « Dans la » religion de Poséidon , le cheval paraît être l'image des vagues » bondissantes de la mer et des sources qui jaillissent du sol (3). » Pour Athêna , l'explication de ce surnom est moins claire ; tout porte à croire que c'est « du caractère guerrier d'Athêna que dé- » pend son rôle de déesse I-ktiIol, c'est-à-dire les rapports avec les » chevaux et avec l'art de les dompter (4). » D'après les Arcadiens , cette épithète rappelait la part qu'Athêna avait prise à la gigantomachie en lançant son quadrige contre les ennemis des dieux (5). C'est peut-être cette communauté de surnom qui a amené les rapports que la croyance populaire avait établis en di-

(1) Sur cette mer, avec l'empreinte du trident sur le sol, cf. Paus., I, 26, 5; Strabon, IX, 1, 16.

(2) Il y avait, dans l'hippodrome d'Olympie , deux autels, l'un près de la célèbre dcçeai; twv Ïtttcwv, l'autre près de l'etxêoXoç ; chacun de ces autels était consacré à deux divinités, le premier à Poséidon Hippios et à Héra Hippia, le second à Ares Hippios et à Athêna Hippia (Paus., V, 15, 5 et suiv.). Le culte d'Athêna Hippia se trouve encore à Colone, en Attique (Soph., Œdip. Col., 1070 ; Paus., I, 30, 4; cf. aussi I, 31, 6), en Arcadie, à Manthouréa (VIII, 47, 1). Cf. Pindare, Olymp., XIII, 115: Isée, dans Ilarpocr., *Iu7ria 'A6r)vâ. Le culte de Poséidon Hippios se retrouve en Attique, à Colone (Soph., Œd. Col., 55; Eurip., Phénic, 1707 ; Paus., I, 30, 4) ; en Achaïe, à Patras (VII, 21, 7) ; en Arcadie, à Mantinée (VIII, 10. 2) ; à Phénée (VIII, 14, 4) ; à Methydrion (VIII. 36, 2). Il a un autel, comme père de la déesse Despoina, à Acacésios (VIIÏ, 37, 10) ; au cap Ténare, il y a un temple de Poséidon Hippocourios (III, 14, 2). Pausanias croit que le dieu appelé Taraxippos, dont l'autel était dans l'hippodrome d'Olympie, n'est autre que Poséidon (VI, 20, 18); il donne deux explications de l'origine du surnom de Ïtttcioç ; d'après la première (VII, 21, 8), Poséidon serait l'inventeur de l'art de l'équitation ; d'après la seconde (VIII, 25, 5), le surnom viendrait de ce que Poséidon se serait transformé en cheval pour posséder Déméter, qui s'était transformée en cavale. D'après Hésychius de Milet {Fragm. IHst. Grsec, IV, p. 153), Zeus aurait aussi porté le nom de Hippios; à Thèbes, il y avait un temple d'Héraclès Hippodétès (Paus., IX, 26, 1). Dans Athènes, Poséidon Hippios se trouve mentionné parmi les dieux qui ont un trésor dans l'opisthodome du Parthénon (C. I. A., I, 197) ; il avait son sanctuaire à l'Académie (Paus., I, 30, 4; Soph., Œd. Col., 55; C. 1. G., 527). Cf. Esch., Sept Chefs, 122 ; Aristoph., Equit., 551 ; Nuées, 83.

(3) Decharme, MythoL, p. 83 ; cf. p. 327 et suiv.

(4) M., op. laud., p. 82.

(5) Paus., VIII, 42, 1.

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vers endroits entre'les deux divinités ; la légende de leur rivalité se retrouve à Trézène (1) ; elles ont , en qualité de Ôsol tiz-Km , un culte commun à Golonos Hippios, dans ce dème où Sophocle placera la scène d'une de ses plus belles trag(3dies ; à Phénée , en Arcadie , une statue en bronze de Poséidon Hippios se trouvait sur l'Acropole, dans le temple d'Athêna Tritonia (2).

Athêna n'a pas seulement dompté les chevaux créés par Poséidon , elle a aussi enseigné cet art à Erechthée ; c'est en effet à Erechthée qu'on attribuait l'honneur d'avoir attelé le premier quatre chevaux au même char , d'avoir inventé le quadrige (3). Dans l'Iliade (4), les Athéniens sont appelés le peuple du magnanime Erechthée qu'avait enfanté la Terre et qu'éleva Athêné, fille de Zeus ; ceux de leurs guerriers qui font partie de l'armée grecque devant Troie sont sous les ordres du fils de Pétéos , Ménesthée, dont personne n'a encore égalé l'habileté pour élever des chevaux :

Tw S'ouTTO) Ttç ôfJLOÏoç £7rt)(^6ovioç ysvsT' àv^ip , xo(T(jL^C7at iTrTuouç T£ xai àvspaç àaTrtStcoxaç.

Ces vers appartiennent au Catalogue des vaisseaux , une des parties de l'Iliade qui présente le plus de contradictions évidentes avec le reste du poème (5). Déjà, les anciens croyaient que les vers relatifs à Ajax et à Salamine étaient de Selon ou de Pisistrate (6); les vers sur Ménesthée et sur les Athéniens, qui précèdent immédiatement les vers sur Ajax , ne sont peut-être pas plus anciens. Le nom d'Athènes ne se trouve 'qu'à ce seul

(1) Paus., H, 30, l.

(2) Id., VIII, 14, 4.

(3) Les habitants de Colone prétendaient, il est vrai, que c'est dans leur dème que Poséidon soumit au joug et au frein les chevaux pour la première fois (Scol., à'Œdip. à Col., 744, d'après Androtion; cf. Frag. Uist. Grœc, t. I, p. 374, Androtion, fragm. 32). Les habitants de Corinthe revendiquaient pour leur ville la découverte du frein, qu'ils attribuaient à Athêna XaXcvîxiç (Paus., II, 4, 1 ; Pind., Olymp., XIII, 65 et suiv.).

(5) 0. Millier, Hist. de la littér. gr., I, p. 107; cf. G. Bernhardy, Grundriss der Griech. Litter. Zw. Theil, Erst. Abt., p. 16!. Le Catalogue des vaisseaux, dans l'ensemble, appartiendrait cependant à une époque assez ancienne. M. Christ , qui a tout récemment étudié la question {Zur Chronologie des altgriechischen Epos dans les Sitzungsherichte de l'Académie de Bavière, séance du 5 janv. 1884) croit que les parties les plus anciennes de l'Iliade étaient terminées dès le neuvième siècle, et que le Catalogue des vaisseaux est du milieu du huitième (v. pp. 20 et 60).

(6) Plut.. Sol, 10; Strabon, IX, 1, 10 (p. 394) ; Quintilien, V, xi, 40.

endroit de l'Iliade (1). Cependant, le poète connaît bien les Athéniens ; il sait qu'ils sont le peuple d'Erechthée , le fils de la Terre, qu'Erechthée fut élevé par Athena et qu'il possède un beau temple où tous les ans on célèbre de magnifiques sacrifices (2). Ces vers ont-ils été ajoutés à l'Iliade, lors de la grande recension des poèmes homériques faite sous les ordres de Pisistrate ? Les diorthontes ont-ils obéi aux volontés du tyran désirant flatter l'amour-propre des Athéniens? L'époque de Solon et de Pisistrate est , nous l'avons vu , un moment très important dans l'histoire de l'agonistique. Il est intéressant de voir qu'à côté de l'autochtonie et de la protection d'Athêna , ces prétentions si chères au cœur des Athéniens , le poète célèbre leur habileté à conduire les chevaux. Pour une époque si ancienne (3), nous avons là un renseignement précieux. Il se trouve confirmé par un autre fait non moins important qui atteste aussi ce goût que les Athéniens avaient déjà pour la cavalerie : à la grande fête nationale des Panathénées , il n'y a eu jusqu'à Pisistrate que des jeux équestres. Nous avons , dans le précédent chapitre , examiné rapidement les développements de l'agonistique dans la Grèce ; nous avons vu que les concours équestres n'avaient été introduits qu'assez tard après les concours de gymnastique et de musique à Olympie et à Delphes ; nous avons vu combien le programme de l'àywv ÎTTTctxoç était, à l'origine, pauvre et peu varié en comparaison des autres jeux. Assurément ce goût pour les concours équestres ne peut être attribué, surtout alors, qu'à l'aristocratie ; les vers du Catalogue des vaisseaux et cette composition des jeux aux Panathénées nous fournissent donc des indices importants pour la connaissance de l'état social de l'Attique à cette époque ; nous avons là une preuve nouvelle de la puissance que l'aristocratie a exercée si longtempa^en Attique.

Au milieu des troubles et des guerres qui avaient désolé les autres parties de la Grèce, l'Attique était restée paisible (4). Elle offrait un asile assuré à ceux que chassaient de chez eux les guerres ou les séditions ; parmi ces émigrés se trouvaient quelques-unes des grandes familles de la Grèce; la population de l'Attique se trouvait sensiblement accrue, ainsi que la force

(1) Deux fois aux v. 546 et 549; il se trouve dans l'Odyssée, VII, 80.

(2) il y a là probablement une allusion aux Panathénées.

(3) On ne peut, en tout cas, pour la date de ces vers, descendre plus tard que l'époque de Pisistrate.

(4) Thuc, I, 2.

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et le prestige de ce pays ; peu de peuples pouvaient se vanter de posséder d'aussi nombreux et d'aussi illustres descendants des dieux.

La plus illustre de ces grandes familles d'Athènes était celle des Nélides, qui descendait de Nestor, fils de Nélée, et, par lui, de Poséidon , le dieu des cavaliers ; Nestor est lui-même désigné très souvent dans Homère avec l'épithète d'kTroxa (1). De cette grande famille des Nélides étaient sorties, comme autant de rameaux, un grand nombre des premières maisons d'Athènes : c'étaient les Pisistratides , qui seront un jour les maîtres d'Athènes ; les Médontides ou Godrides à qui appartiendront Selon, Gritias , Ghramide , Platon ; les Alcméonides , une des plus illustres familles de toute la Grèce, qui donnera à Athènes Alcméon , Mégaclès, Glisthène et à laquelle se rattacheront, par leur mère, Xantippe, Périclès et Alcibiade. Du grand Ajax et par lui de Zeus , sont sorties deux des plus importantes gentes attiques , les Philaidai avec les Gimon-Miltiade , les Eurysakidai avec les Glinias-Alcibiade. Les Kerykès descendaient de Mercure et d'Aglaure, fille de Gécrops; à eux appartient une des plus riches maisons d'Athènes , les Gallias-Hipponicos; les Léogoras-Andocide prétendaient descendre de Télémaque et de Nausicaa.

La plupart de ces familles étaient très riches. La fortune des Alcméonides était proverbiale en Grèce ; le récit de la visite d'Alcméon chez Grésus (2) , vrai ou faux , montre quelle impression la richesse de cette famille avait faite sur les imaginations ; cette impression fut encore accrue quand on vit les Alcméonides se charger de la reconstruction du temple de Delphes. Lorsque Glisthène (3), tyran de Sicyone, voulant marier sa fille Agariste, fit proclamer à Olympie un appel à tous les Hellènes qui se croiraient dignes de devenir son gendre , Athènes est la seule ville qui fournisse deux prétendants , Hippocléidès , fils de Tisandre , le plus riche et le plus beau des Athéniens, et Mégaclès, fils d'Alcméon , l'hôte de Grésus ; c'est ce dernier qui l'emporta sur les prétendants venus de tous les points du monde grec.

De bonne heure , cette aristocratie se signale par d'éclatantes victoires dans les grands jeux de la Grèce. Déjà, Gylon, le gendre de Théagène , tyran de Mégare, est vainqueur à la double course

(l) Iliade^ IT, 336 et passim. Le scoliaste appelle Nélée '.TiTciittoTaTo; rôiv xaô' auTov yBv6[izvo; {Iliade, XI, 671).

(-2) Ilérod., VI, 125.

(3) /</., Vf, 1-26.

OU diaulos dans la 35^ Olympiade (1) ; et , peu de temps après , il essaiera de s'emparer de la tyrannie. Avant lui , d'autres Athéniens figurent dans la liste des 'OXufXTrtovïxai (2). Pantaclès est vainqueur deux fois , en 696 et en 692, Eurybatès en 672, Stomas en 644, Phrynon en 636. Tous ces Athéniens ont remporté le prix à la course du stade (3). Enfm, en 592, Fami de Grésus, Alcméon , est le premier Athénien qui ait été proclamé vainqueur à la course des chars (4). « Il donnait ainsi, » dit Isocrate (5), « le plus grand témoignage de la richesse des Alcméonides. y> En 564, Gallias , fils d'Hipponicos , remporte le premier prix à la course du cheval monté et le second à la course des chars ; il avait été auparavant vainqueur aux jeux Pythiques (6). Mais une famille s'illustra entre toutes par le nombre et l'éclat de ses victoires olympiques, la famille Gimon-Miltiade. Miltiade, fils deGypsélos, est vainqueur à la course des chars (7) ; peu après , son frère utérin , Gimon dit Goalèmos {V imbécile), fils de Stésagoras et père du vainqueur de Marathon, est trois fois vainqueur avec le même

(1) Hérod., V, 71 ; Thuc, I, 126. Pausanias indique que Cylon fut vainqueur blu diaulos, I, 28, 1.

(2) Krause, dans l'ouvrage qu'il a consacré à Olympia, a donné une liste alphabétique très détaillée {Olympia, pp. 236-412) de tous les Grecs auxquels nous pouvons attribuer une victoire olympique. C'est d'après Krause qu'a été composée la liste chronologique des victoires olympiques qui se trouve dans l'Atlas pour servir à l'Histoire grecque d'E. Curtius (p. 60); l'auteur, d'après le système qu'il a adopté, a compris dans sa liste seulement les victoires datées. Il y a là un inconvénient : plusieurs des victoires les plus célèbres ne sont pas mentionnées, par exemple les victoires de la famille Cimon-Miltiade; il manque aussi quelques victoires qui peuvent être datées à peu près sûrement, par exemple la victoire de Callias-Hipponicos, les trois victoires de Cimon-Coalémos (voir n. 6 et n. 1 de la p. 179). Dans un autre de ses ouvrages {Die Gymn., p. 765), Krause donne la liste des Athéniens dont nous connaissons des victoires aux divers jeux de la Grèce. Comme le fait observer l'auteur, ces listes sont très incomplètes; c'est à peine si nous connaissons un peu les vainqueurs de la course du stade, à Olympie ; pour les autres exercices, les lacunes sont innombrables. Quant aux vainqueurs de Delphes, de l'Isthme et de Némée , nous ne savons presque rien. Voir l'ouvrage de Krause, Die Pythien, Isthmicn, Nemeen,

(3) Autres victoires datées , qui ont été remportées par des Athéniens à la course au stade : Mcnon en 400, Sosippos en 388, Pythostratos en 368, Phocidès en 364, Aristolochos en 344, Anticlès en 340.

(4) Hérod., VI. 125.

(5) De higis, 25 : « ... 'AXx[JLEwvtSà)v, ol toO \Lkv 'ti^outou (xéyiaTov [xvYiaeîov xaré- XiTcov • Itcttwv yàp ÎJeOyei TcpwToç 'AXxjxéwv tûv tioXitwv 'OXu|X7rta(7iv èvixricrs. »

(6) Hérod., VI, 122 ; la date de la victoire olympique est donnée par le scoliaste d'Aristophane, Aves, 283.

(7) Hérod., VI, 38 et 103.

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attelage , triomphe que le Laconien Evagoras avait seul déjà obtenu , mais que personne n'obtiendra plus désormais (1). D'après un témoignage suspect , il est vrai , Gimon , fils de Miltiade , le vainqueur de l'Eurymédon, aurait été lui aussi un 'OXufj!.7rtovixr,ç(2). Un Gallias, qui n'appartenait pas à la famille Gallias-Hipponicos, remporta , vers le milieu du cinquième siècle , une victoire aux jeux Olympiques, deux aux jeux Pythiques, cinq aux jeux Isthmiques, quatre aux jeux Néméens, une aux grandes Panathénées (3) ; on possédait la base du monument qu'il avait consacré sur l'Acropole, en commémoration de ses victoires; dans les fouilles que les Allemands viennent de faire à Olympie, on a trouvé la base de la statue qui lui était dédiée (4).

La victoire qui eut le plus de retentissement dans toute la Grèce est celle que remporta Alcibiade aux jeux de la 91^ Olympiade (5);

(1) Hérod., V[, 103. D'après Dunckev {Gesch» des Alt., VI, p. 469 et 406, note), ces trois victoires doivent être placées dans les années 532, 528, 524 ; en effet, Hérodote dit que Cimon remporta sa troisième victoire après la mort de Pisistrate ; la date de la mort de Pisistrate se place en 527, la dernière victoire de Cimon ne peut, par conséquent, être reculée plus loin que 524; s'ensuit-il que les deux premières victoires, qui ont été remportées toutes deux du vivant de Pisistrate, doivent nécessairement être placées en 528 et en 532? Si nous examinons le texte d'Hérodote, nous remarquerons que les deux premières victoires seules sont données comme ayant été remportées dans deux olympiades consécutives ([xetà Se t^ vaxéç-ç 'OX\j[ji,7rià60 ; pour la troisième, il indique une date vague (àXXriv '0Xu[X7riàôa) ; il peut y avoir eu une intervalle d'une olympiade entre la deuxième et la troisième victoire de Cimon ; cela n'a rien d'impossible ; des chevaux peuvent être en état de courir dès l'âge de trois ans, et avoir, à quinze ans, assez de force pour gagner encore des prix. Je renvoie simplement à un court article du journal La France chevaline (n? du 29 nov. 1884) sur un cheval né en France en 1862, introduit en Suisse en 1871 par le corps d'armée du général Bourbaki, et qui remportait encore des prix en 1882. Je crois donc que, pour ce qui regarde les victoires olympiques de Cimon, il faut se borner, avec Stein (édition d'Hérod., loc. cit.), à indiquer une seule date, celle de la troisième victoire Olymp. 64 = 524. Les chevaux de Cimon furent enterrés au Céramique, près du monument funéraire de la famille Cimon-Miltiade (Hérod., loc. cit.).

(2) [And.], c. Alcih., 33. Cf. Plutarq., Them., V.

(3) C. LA., I, 419 : « KaXXtaç [AiÔUfj-to] | vtx[ai] I '0Xu{X7cta(n | HuOia 8iç | laôjxia Tcevràxiç | Néjxeta tetoocxiç | Ilavaôrivata [ityola.. » Cf. Andoc, C. Alcib., 32 ; Paus., V, 9, 3.

(4) Archdol. Zeitung, 1876, p. 227; 7. G. A., 498 :

KaXXCaç Ai6u[jLto 'AÔYivaToç TraYxpàriov Mtxwv èuotYiffev 'A9r]vaToç.

(5) Krause (Olympia, pp. 240 et suiv.) ; B.ertzhevg (Alkib., p. 129) indiquent cette date (91" Olymp. = 416); Grote {Uist. gr., IX, 314), et E. Curtius {Ilist,

il fit ce que n'avaient jamais fait ni un particulier, ni un roi , ni un peuple ; il lança sept chars dans l'arène et il remporta trois prix (1); Euripide composa l'ode triomphale, l'iTrmxtov, de cette victoire, et Plutarque nous en a conservé quelques vers. On peut voir dans les discours que prononcent, dans Thucydide, Nicias et Alcibiade lui-même lors de la grande délibération qui eut lieu à Athènes à propos de l'expédition de Sicile, quelle impression avait produite une telle victoire ; le souvenir en était encore vivant du temps de Démosthène, qui oppose la conduite d'un homme comme Midias aux actions d'un Alcihiade (2).

Nous connaissons encore deux autres vainqueurs aux concours équestres d'Olympie. Glaucon , fils d'Etéoclès , remporta le prix à la grande course des chars (3) ; Hermocratès, fils d'Antiphon , vainqueur à la course des chars attelés de deux chevaux , consacra sur l'Acropole un monument dont l'inscription nous a été conservée (4).

Nos renseignements, déjà si incomplets pour les jeux Olympiques , ne nous fournissent, pour les autres grandes fêtes de la Grèce, que quelques noms à peine. L'Alcméonide Mégaclès est vainqueur à la course du quadrige aux jeux Pythiques , l'année même de la bataille de Marathon. C'est pour chanter cette victoire que Pindare composa sa septième Pythique ; le poète rappelle dans cette pièce les victoires qui font l'orgueil de la famille des Alcméonides, cinq victoires à l'Isthme , deux à Delphes, une à Olympie. Parmi les autres vainqueurs des jeux Pythiques , signalons Ghabrias, qui, en 373 , remporta le prix du quadrige (5). Aux jeux Néméens , il nous suffira de citer une victoire d'Alcibiade à une

Gr., III, p. 315=) la placent en 420. Tout dépend de la date du mariage d'Alcibiade avec Hipparète. Cf. Hertzberg {op. laud., p. 125, et la note 61).

(1) Il y a désaccord au sujet de ces victoires : chez Thucydide (VI, 16), Alcibiade dit qu'il a obtenu le premier, le second et le quatrième prix ; Euripide et Isocrate (De higis, 34) le premier, le second et le troisième; Plutarque est pour Thucydide. D'après Ed. Meiev{Allg. Encyc, III, 3, p. 305), c'est le témoignage d'Euripide qu'il faudrait accepter ; Grote {Uist. Gr., IX, p. 316), et Classen (édit. de Thuc, loc. cit.) sont d'un avis contraire ; Hertzberg {op. laud., p. 114, note 71) et Krause {Die Gymn., p. 768 et suiv.) ne se prononcent pas.

(2) Disc, contre Midias, 145.

(3) Paus., VI, 16, 9; voir, sur Glaucon, le paragraphe sur VAnthippasia dans le chap. IV.

(4) 'Epfxoxpàxïiç 'AvTtçwvToç Kpiwsùç àvéOyixs viXY)(Ta; '0).u[X7:tà(7iv ÏTCutov ÇuvtoptÔt.

'EçviiJL. àpx-, 97; Ross, Dèmes, p. 80, Il I.

(5) [Dém.], c. Néère, 33.

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course de chevaux (1) ; Diophane, fils d'Empédion, et Hégestratos, fils de Philon , ont été vainqueurs (2) , l'un à l'Isthme , l'autre à Némée ; mais nous ignorons quelle victoire particulière ils ont remportée.

Un certain fils de Callaischros fut deux fois vainqueur à l'isthme et à Némée (3). Nous avons vu les nombreuse victoires remportées par Gallias , fils de Didumios ; mais c'est surtout à l'époque romaine qu'on trouve de ces longues énumérations de victoires agonistiques. Titus Domitius Prométhée remporta deux victoires à Delphes , une à Némée , une à Olympie , une à l'Isthme (4) ; Marcus Tiillius d'Apamée , qui est signalé comme l'athlète le plus fort de son temps au pugilat , remporta trentecinq fois le prix , et cependant il mourut à l'âge de trente-deux ans (5) ; Valérius Eclectos de Sinope a remporté soixante et dixhuit victoires (6).

On l'a vu , les plus belles victoires athéniennes aux jeux équesquestres des grandes fêtes de la Grèce se placent dans le sixième et dans le cinquième siècle, c'est-à-dire avant le complet triomphe de la démocratie ; ce sont les membres des grandes familles de l'aristocratie qui ont remporté ces victoires : les Alcméon- Mégaclès , les Gimon-Miltiade , les Gallias-Hipponicos , les Alcibiade. A partir du quatrième siècle , des noms d'Athéniens figurent moins souvent dans les listes des victoires agonistiques, au moins pour ce qui concerne les jeux équestres.

Cette aristocratie qui va disputer des prix à Olympie et aux autres grands jeux de la Grèce accomplit, en agissant ainsi, ce que l'on considérait comme un des premiers devoirs de la richesse : elle fait montre de son luxe. Souvent même, ces victoires étaient un moyen habile que des ambitieux entreprenants choisissaient pour attirer sur eux l'attention , éblouir leurs concitoyens et préparer ainsi une voie facile à leurs projets. C'est après sa victoire olympique que Cylon forme le dessein de s'emparer de la tyrannie ; Alcméon, Alcibiade, dès qu'ils sont deve-

(1) Paus., I, 22, 6 et suiv.

(2) Lebas, Attique , 590 : « AtocpàviQç I 'EfjwreStwvoç | vCxri 'Io-6{jloï. » Ihîd., 592 : « *HY£<7TpaT0ç I 4>{Xtovoç I vixy) Ne[ji,é(f. »

(3) C. /. A., 420 : « ç KaXXaiaxpo^ àveÔYiIxe totç Swôexa ôeoiç | vïxat | *I<t6|jloï

|Ne[xé(f I 'Icr8{xoi | Ne[xsqf. »

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