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CHAPITRE III

DE L ORGANISATION GÉNÉRALE DES CONCOURS; — LES PRIX COLLEC- TIFS ET LES PRIX INDIVIDUELS.

Le programme des concours était à peu près le même partout en ce sens qu'il ne comprenait que des exercices connus et pratiqués de tous ; mais ce programme pouvait être plus ou moins complet. Si les exercices pour lesquels on établissait des prix étaient partout les mêmes , le nombre de ces exercices pouvait varier; c'est le nombre des exercices et la valeur des prix qui faisaient la beauté d'un concours.

Le programme des jeux , comme le programme des processions (1), était réglé par une loi. Une inscription d'Iulis, ville de l'île de Géos , contient un décret portant proposition d'instituer une fête avec des sacrifices, des banquets et des concours; le soin d'organiser les concours est confié aax TrpoSouXot ; les dépenses sont fixées à 515 drachmes; on élira un gymnasiarque âgé de plus de trente ans qui sera chargé de préparer la course aux flambeaux et les autres exercices du gymnase ; suit la liste des concours avec l'indication de la valeur des prix ; à la fin il est dit que les noms des vainqueurs seront régulièrement inscrits chaque année sur un tableau blanc (2).

Les dépenses qu'eatraînait la célébration d'un concours étaient en général supportées par l'Etat et par les citoyens chargés d'organiser le concours. Le soin d'organiser une fête, d'en régler les diverses parties, avec l'obligation de supporter une part des frais, constituait une magistrature dont le nom et les attributions ont varié dans Athènes. Nous connaissons d'abord, pour les Panathé-

(1) C. I. G., 2360; Rangabé, 821 ; Dittenb., Syll., 348.

(2) Exemple d'un concours institué par legs {Bull, de corr. hellén., V, 479).

nées, des magistrats ajDpelés athlothètes; d'après Pollux (1), ils sont au nombre de dix , un par tribu ; ils subissent l'examen appelé dokimasie; ils sont en charge, appuat (2), pendant quatre ans ; ils décident sur les liturgies des Panathénées ; ils s'occupent des trois séries de jeux [xoucrtxoi , yopaoi, kTiixoi ; ils reçoivent de l'argent de l'Etat, ou plutôt on leur rembourse les avances qu'ils ont faites; il semble qu'ils ne s'occupaient ni des sacrifices ni de la procession (3); Plutarque dit qu'ils étaient élus (4).

Plusieurs textes épigraphiques (5) mentionnent les athlothètes ; le dernier de ces textes est de l'archontat de Thémistocle, 01. 108,2 = 347/6.

Le mot agonothète se rencontre pour la première fois (6) dans une inscription de l'an 307; au lieu de dix athlothètes , nous ne trouvons qti'un seul agonothète. M. U. Kôhler (7), qui a étudié particulièrement cette question , rattache l'institution des agonothètes à la chorégie du peuple. Auparavant, pour les concours des Dionysies , chaque tribu a son chorège, qui est pris parmi les citoyens riches de cette tribu et qui est chargé de préparer à ses frais un chœur pour le concours. Les désastres de la guerre du Péloponnèse obligèrent de permettre soit à deux citoyens, soit même à deux tribus de se réunir pour supporter les frais d'une chorégie ; dans ce dernier cas , le nombre des chœurs qui con-

(1) Pollux, VIII, 93 : î( 'AOXoOerai ôexa (Jiév eîaiv, eî; xaxà çuXtqv, ôoxijxaorOévTeç ôè àpxoucriv ëxY] TÉTTapa Itû tio ôiaôeTvat rà ïlavaSi^vaia, tov Te jxoudtxàv xai ràv YU[jLviyàv, xai xyjv l7i;7:oôpo(xtav. » Cf. Bœckh, Staats., II, 8, 6, 34; Diction, des antiq., de Daremberg et Saglio, t. I, part, i, p. 148 et suiv.

(2) Sur le sens du mot àp^rj, cf. Esch., c. Ctes., 13.

(3) On peut le conclure de ce fait, que dans l'inscription C. I. A., I, 188, 1. 5-7, les îepoTTotoi chargés du sacrifice sont nommés à- côté des athlothètes.

(4) Périclès, 13 : « aùxo; àôXoôéxyiç alpeQeiç. »

(5) C. I. A., I, 183, 1. 6 et suiv.; 188, 1. 5-7 ; Dittenb., Syll, 101.

(6) Inscription de Xénoclès, sous l'arch. Anaxicrate (Kohler, Mitt. d. d. arch. Inst., III, p. 236). Inscription de Glaucon de l'an 296, voir p. 197. Inscr. de l'an 293, C. I. i., II, 302, 1. 30 : « xat àytovoeé-cyi; x^ipo'^o^^^siÇ 8lç toùç àycovaç toTç 0eoiç èxéXeCTev xaXwç xal eOaeêâiç.» Cf. 307, 314. Au n» 331, on lit, 1. 53 et suiv. : «xal àYwvoÔéxriç x^ipoTovriOelç vnb xoO ôyjjJLOu ètù Ntxiou àp/ovxoç iT:e\i.ekf]^r\ xwv xe Guaiôiv oTcw; (JuvxeXeaôôiai Tiôcaai xaxà xà Ttàxpia xaî ol àytôve; wç xàXXicfxoi yévtovxat xat à^ioi xr); xou ôt^[ji,ou çiXoxtjJLÎaç xal {Jaxepov xou uou ©ufxoxapou àywvoôéxou XsipoxovYiOevxoç xov èviauxàv xèv ett' EOêouXou àpxovxoç G\)vz-Ks,[).s,'kr\b'r\. » Voir (Lebas, Voy. arch. Mon. fig., pi. XKII; C. Bôttcher, Philol., XXII, p. 397) la reproduction d'un siège d'un agonothète ; il y a sur le siège une amphore et des couronnes.

(7) Documente zur Gesch. des athen. Theaters^ dans les Mittheil. des deutsch. arch. Instit., III (1878), p. 229-, cf. Ad. Krebs , article Choregia , dans le Dict. des ant. gr. et rom., de Dar. et Sag., p. 1117 et suiv.

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couraient se trouvait nécessairement réduit. Ce système fut pratiqué encore assez longtemps ; enfin une transformation radicale de la chorégie fut opérée ; c'est désormais le peuple qui est chorège , ô SrifAoç hio^-fçfzi , et il confie la charge d'organiser la fête et les concours à un seul magistrat , l'agonothète. Ce magistrat n'exerce plus une àpx,vi, mais une iTrtixeXeta ; il est élu à main levée, )^eipoTovr,6£iç ; il doit rendre des comptes; ses fonctions durent un an et il doit s'occuper de toutes les fêtes et de tous les concours de l'année; il arrive quelquefois, dans les inscriptions, que, parmi ces fêtes et ces concours , quelques-uns sont particulièrement désignés, par exemple les concours des Dionysies(I); enfin l'agonothète est chargé d'organiser les processions et il fait des sacrifices. Plusieurs àgonothètes ont occupé des charges très élevées.

Les dépenses qu'ils ont à supporter sont presque toujours considérables; pour les Dionysies (2), par exemple, les dépenses se sont élevées une l'ois à sept talents.

D'après M. Kôhler, cette transformation de la chorégie devrait être placée dans l'Ol. 117,4 =: 309/8 et devrait être attribuée à Démétrius de Phalère , qui a gouverné Athènes de 316 à 307.

Le dernier texte (3) qui mentionne un agonothète chargé ainsi de s'occuper de toutes les fêtes pendant un an est un peu postérieur à l'année 229 avant notre ère. A partir de cette époque, une modification fut apportée dans cette magistrature ; on trouva très probablement que c'était un trop lourd fardeau pour un seul citoyen que d'avoir à s'occuper de toutes les fêtes d'une année ; on décida de choisir pour chaque fête un agonothète qui n'aurait à s'occuper que de cette fête. C'est cette organisation ainsi modifiée que nous trouvons dans les inscriptions relatives aux Théséia.

Cette organisation paraît avoir duré longtemps; au troisième siècle après Jésus-Christ, nous trouvons encore des àgonothètes particuliers pour chaque -fête (4).

Les fonctions de cet agonothète sont indiquées avec détail dans

(3) G. I. A., Il, 37^, 1. 4 et suiv. Dans C. l. A., II, 422, 1. 9 : « àywvoeeaiav T(ov IIavaOr)vai(ov, » leçon qui ne paraît pas devoir être suspectée. Cf. C. I. A., III, 70 a {Add., p. 484).

(4) C. L A., III, 682, 716. Pour les Théséia, l'agonothète est mentionné, ibîd., 1091,1. 6; 1160,11, 32; 1171,28; 1173, 11; 1202,11,40; l'inscription 1091 indique deux àgonothètes ; les inscriptions 1171 et 1173 indiquent, comme agonothète, le cosmète. Voir, dans Albert Dumont, Essai sur i'^p/i^6ie,^I,p. 226, la distinction entre l'agonothctat public et l'agonothétat éphébique.

les inscriptions relatives aux jeux des Théséia (1). Ces inscriptions contiennent des décrets honorifiques rendus en faveur d'un de ces agonothètes ; le conseil et le peuple décernent à ce magistrat une couronne et un éloge public. L'inscription comprend toujours deux parties :

10 La proposition faite par un orateur de décerner un éloge et une couronne à l'agonothète ;

2° Les catalogues agonistiques.

La proposition de décerner Téloge et la couronne est toujours accompagnée de considérants pour montrer qu'une telle faveur a été méritée et que l'agonothète s'est hien acquitté des fonctions qui lui ont été confiées ; la rédaction de ces considérants offre , dans les trois inscriptions 444, 445, 446, la plus grande analogie; on loue l'agonothète de ce qu'il a ordonné la procession d'une façon brillante , de ce qu'il a fait le sacrifice à Thésée , suivant les rites des ancêtres ; de ce qu'il a apporté le plus grand soin à la lampadodromie et au concours gymnique , veillant à ce qu'aucun concurrent ne subît d'injustice; on rappelle qu'il a établi des prix pour les concurrents, en y mettant beaucoup de zèle, selon les décrets du peuple; qu'il a fait faire, pour les cavaliers, les soldats d'élite, les corps de troupes étrangères , des prix qui seront décernés aux tribus victorieuses ; qu'il en a fait faire aussi pour les corps de troupes étrangères; qu'il a consacré ces -prix; qu'il a donné au Conseil et au peuple de l'argent pour les sacrifices ; qu'il a déposé dans le Théséion une stèle commémorative sur laquelle il a fait graver les noms des vainqueurs des jeux ; qu*il a dû dépenser de son propre argent une somme considérable qui est toujours indiquée (2); enfin, qu'il a rendu ses comptes devant leslogistes dans le temple de la Mère des dieux.

11 est facile de voir dans ces considérants l'indication de deux catégories de prix (3) : les uns ont été établis, fixés par l'agonothète, les autres ont été préparés , fabriqués d'après ses soins; ces derniers prix, l'agonothète, ajoute l'inscription, les a consacrés, probablement dans le temple de Thésée.

Cette distinction entre deux catégories de prix indiquée par les

(1) C. I. A., Il, 444 et suiv. Voir le chap. suivant.

(2) Une fois plus de 2,690 drachmes (C. I. A., II, 444, 1. 19) ; une autre fois plus de 3,390 (C. /. i., II, 446, 1. 16 et suiv.)-

(3) Je renvoie, pour toute cette question, à un article que je viens de publier dans la Revue de Philologie, fasc. de janvier 1886, sous le titre de Notes sur l'héortologie athénienne.

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considérants du décret, nous la trouvons aussi dans les catalogues, et là nous voyons que de ces prix les uns sont individuels , ils sont décernés à un seul individu à qui ils sont remis et dont ils deviennent la propriété ; les autres sont remis à un corps collectif, qui est généralement une tribu ; ils ne sont pas remis au vainqueur, mais, comme le dit le décret, ils sont déposés dans un temple et consacrés à la divinité.

Si nous examinons ceux des catalogues des jeux des Théséia, qui sont à peu près complets (1) , nous pouvons voir quels sont les prix individuels et les prix collectifs. Nous trouvons là en effet :

Une première catégorie de prix ,

Pour les concours de trompettes et de hérauts, Pour les concours d'sOavSpia et d'sùoTrXia , Pour les lampadodromies ;

Une seconde catégorie de prix pour les concours gymniques et équestres, pour l'àyc^v yujxvixoç et Vkyèiv Îttttixoç.

Les prix de la première catégorie ne sont pas tous collectifs; les prix pour les trompettes et les hérauts sont toujours individuels, quelquefois encore les prix pour les lampadodromies (2). Aussi, comme les concours sont indiqués dans les catalogues d'après l'ordre chronologique, d'après l'ordre dans lequel ils se sont succédé dans la fête, croyons-nous que les prix de cette catégorie, sauf naturellement les lampadodromies , se rattachaient à la 7:o{jt.7C7i et étaient donnés pour des concours faits pendant cette ttojxttii (3). Mais si les prix pour les concours de trompettes et de hérauts sont individuels , les prix pour les concours d'sùavSpia et d'EÙoTiXia , les prix pour les lampadodromies sont collectifs, ils sont disputés par des chœurs, par des groupes d'individus concourant ensemble, et ils sont décernés à la tribu à laquelle appartient le choeur qui a remporté la victoire. Les prix de VoLyèiv y'^M-^'^o? 6t de l'aywv itt-ttixoç sont, au contraire, disputés par des individus qui concourent chacun pour soi , et ils sont remis à celui d'entre eux qui est vainqueur.

D'après l'inscription C. 1. i., II, 965, on donnait, aux Panathénées, pour ces prix collectifs, un bœuf que le chœur victorieux

(1) C. 1. Â., It, 444. 445 et 446*

(2) C. /. ^.,11, 445, col. I, 1. 22; 446, col. t, 1. 60; dans C. J. A., II, 444, coi. I, 1. 61, il y a deux prix collectifs de lampadodromie.

(3) Voir les Notes sur l'héorlologie athénienne.

devait immoler à la divinité (1). Dans ces textes, ces prix sont désignés sons le nom de vtxviTTipia , et cette expression se retrouve dans d'autres inscriptions (2) à peu près de la même époque , c'est-à-dire du quatrième siècle. A l'époque de nos catalogues des Théséia , c'est-à-dire au deuxième siècle, il semble que cet usage s'était perdu de désigner ces prix par un mot particulier : ils sont appelés àôXa comme les prix individuels.

(1) Fr. h, col. Il, 1. 22 : « Nix-/iTripia •

H Tvaiatjx TrupptxicrTaïç ^oùç H àyevei'otç 7ruppt}(iaTatç ^ouç H àv6pà(7i Tiuppixiaratç ^ouç H eOavôpta çuXrji vixtoaet ^oùç H wXïji vix(0(7i[] poùç AAA Xa(jt.7iaÔ7)96ptp vixwvxt uSpia.

(2) C. I. A., II, 652, 1. 36 : « STé^avoç 6aXXoO xP^^^o^Ç» Sv ii ttoXiç àvé6r]xe rà vixyixVipia tou xtOapwôoO • » Cf. ibid., 659, 1. 18; 660, 1. 17; 667, 1. 33. Bœckh (C. I. G., Addenda, p. 905 , et Staats., II, p. 252), croit qae le prix de cithare, n'ayant été remporte par personne, fut consacré à la déesse ; il faudrait rapprocher alors ce qu'on lit sur une inscription de Larisse, en Thessalie (Duchesne et Bayet, Mission au mont Athos, n° 158, p. 113 : « T6 8è tc5v àvôptov Tuayxpàxiov | lepôv èyéveTo. » — C. LA., Il, 814, fr. a, 1. 33 :

« Tp^TToôe; vtxYiTTQpia toïç y^oçoXç xat Ttï) èpYaaa[jL£vw {xtorOoç, X, » mais fr. b, 1. 26 :

aTTo TOUTOU TaSe àvr)>w6ri * elç lepà t à xaTà {i^va xat (xouaixrji; àôXa xai yu[xvix^i;... »

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