CHAPITRE Vlir
A QUELLE ÉPOQUE LA CAVALERIE A-T-ELLE ÉTÉ APPELÉE A PREN- DRE PART AUX CONCOURS ?
Si l'on accepte l'explication que nous avons proposée (1) sur les transformations du concours ittttw -KokzixifjTri , il en résulte que l'inscription 968 est, de tous nos catalogues, la première qui mentionne la participation de la cavalerie à l'àywv ÎTiTiaoç des Panathénées ; qu'ainsi cette participation des cavaliers aux concours doit se placer entre l'année 191 avant J.-G. d'une part, et les années 168-164 d'autre part. Mais nos catalogues sont peu nombreux ; ils sont tous , un seul excepté, d'une époque assez basse ; devons-nous accepter pour le cinquième et le quatrième siècle les faits que les catalogues nous indiquent pour le deuxième ?
On est frappé, quand on lit le traité que Xénophon a écrit sur les devoirs de l'hipparque, de voir que lui, qui ne se borne pas à étudier le rôle militaire de la cavalerie , mais qui insiste , avec tant de soin, sur les services que , dans les fêtes religieuses, elle doit rendre à l'Etat , on est frappé de voir qu'il ne parle que de processions et de revues , qu'il ne mentionne que des manœuvres et des parades qui se rattachent à ces processions et à ces revues, soit quand les cavaliers font partie du cortège sacré , soit quand ils sont inspectés par le Conseil , enfin qu'il ne dise pas un mot de cet àywv iTzmy.oç dans lequel la cavalerie avait un rôle quelquefois si important. Dans un passage du même ouvrage , Xénophon cherche par quels moyens on pourrait reconstituer dignement la cavalerie athénienne , lui rendre son ancienne force , son ancien éclat : il veut que l'Etat , que les simples particuliers donnent leur concours à cette œuvre patriotique; il montre quels résultats on pourrait obtenir en excitant l'émulation
(l) Voir plus haut, p. 252 et suiv.
des Athéniens; il indique, entre autres, le moyen suivant (1) : « Si l'on pouvait aussi proposer aux tribus des prix pour toutes » les manœuvres que la cavalerie a l'habitude d'exécuter en » spectacle devant le public, je crois que cela exciterait vivement » l'émulation chez tous les Athéniens. » Ainsi , au moment où Xénophon écrivait VHipparchicos ^ la cavalerie athénienne exécutait certaines manœuvres qui étaient offertes au public comme un spectacle et il n'y avait pas de prix proposé aux tribus pour ces manœuvres. Xénophon revient plus loin sur ces exercices de la cavalerie; il consacre tout un chapitre à ce sujet qui lui tient à cœur (2). « L'hipparque s'efforcera de rendre dans les fêtes » les processions dignes d'être admirées ; de plus, pour toutes » les autres manœuvres qu'il faut montrer à la ville, il s'efforcera » de faire ces parades les plus belles possible , à l'Académie , au Lycée, à Phalère et à THippodrome. » On peut voir, par la suite du chapitre , qu'il n'est question là aussi que de véritables manœuvres de cavalerie et non de courses , de concours; Xénophon emploie bien le mot de àYwvia|xaTa (3) , mais dans le sens d'exercices , de manœuvres exécutées toujours sous les ordres et parl'initiative de l'hipparque. Il en est de même quand il parle des revues qui se font à l'Hippodrome : il propose là encore des manœuvres nouvelles , il suppose toute la cavalerie divisée en deux corps , chacun sous les ordres d'un liipparque , se chargeant , se poursuivant, exécutant enfin les manœuvres de combat (4). Dans le traité intitulé ïlepi ÎTrirtxriç , Xénophon donne une description des deux chevaux que nous trouvons si souvent mentionnés sur les catalogues agonistiques , le cheval de bataille et le cheval de parade (5) ; l'occasion était excellente pour parler des courses et de rày^v kuac^; , il n'est encore question que des pro-
(1) Hipparch. , I, 26 : « El Se xai à6Xà ti; Ôuvatto upoTtôevai raîç «puXatç TtàvTwv ÔTvoaa à^aGà vo[;-itîou(Tiv àcrxeïaôai sv xaTç ôéaiç <JTzà tou lirTrtxoO, touto uàvxaç oTfjiat 'AÔYivaiouç Y£ {Ji-àXtax' àv (Cobet, Novae lut., 794) TcpoTpeTreiv elç (ptXovetxtav. »
(2) Cf. tout le chap. III et, entre autres, 1 : « ëuetTa Ôiro); xàç 7ro|X7càç ev raî; éopTaT; à^toôeaTOu; uoti^aei , ëxt ôè xat xàXXa ôaa èTViôeixvOvat ôeï t^ TroXst ôttwç ^ ôuvaxàv xàXXiaxa èuiSei^ei, toc te ev 'ÂxaSY](xsiqi xal Ta ev Auxeit») xat Ta ^>aXTipoî xat Ta âv tû tTruoSpo^xw. »
(3) ]bid., 5 : « AtirOàvofjLai 6è xal àXXa àywvCo-fxaTa toùç litTce'aç xexaivoupYrjxoTaç, dTteiSi^ ol ÏTCTcapxot Ixavot èyevovTO Treïaai & :r)êouX'i^6yi(7av. » De même, De re eq., XI, 13, il distingue les exercices militaires (Ta irpà; TroXejxov (AeXeTiQixaTa) , les manœuvres de parade (al Tcpàç èTitSet^iv iTCTradiai) et les luttes sur le champ de bataille (Ta TcoXefxixà àywv^afjLaTa).
(4) Voir l'anthippasia, p. 196.
(5) Chapitres X et XI; voir, dans le présent ouvrage, les pages 206 et suiv.
cessions et des revues. Xénophon parle très souvent des dix officiers qui, sous les ordres des deux hipparques, commandaient la cavalerie, les phylarques; il leur adresse plusieurs fois le reproche de ne chercher qu'à briller seuls sans s'occuper de leur tribu; il leur rappelle que la plus belle parure, pour un commandant de cavalerie, c'est la beauté de son escadron (I). Croit-on que s'il y avait eu alors, entre les tribus, des concours d'sOavSpta et àUùoTxkiot , comme ceux que nous voyons dans les catalogues des Théséia, Xénophon ne les aurait pas mentionnés? Les catalogues des Théséia et des Panathénées nous montrent que les phylarques ont un rôle important dans l'àywv îtcttcxoç; il y a même un concours ex Twv (puXap)(wv (2); si ce concours avait eu lieu du temps de Xénophon, croit-on qu'il n'en aurait pas parlé?
Tous ces faits nous paraissent concluants ; ils ne sont pas les seuls.
Le conseil que Xénophon adresse lui-même à ses compatriotes, il le prête au poète Simonide dans l'entretien qu'il imagine entre ce poète et le tyran Hiéron. Simonide conseille à Hiéron de laisser à d'autres la charge d'infliger les châtiments et.de se réserver le soin de distribuer les récompenses , comme fait l'archonte dans les concours : il propose les prix , et laisse aux chorèges l'ennui de composer et d'instruire les chœurs. Les cités , dit Simonide , sont divisées en tribus , en mores , en loches : « Si Ton » proposait à toutes ces divisions de la cité, comme on le fait » pour les chœurs, des prix de bon équipement, d'ordre, d'équi- » tation, de valeur à la guerre , de justice dans les conventions, » l'émulation serait naturellement excitée et l'on mettrait une » plus grande énergie à acquérir ces qualités (3). » Ici, la pensée de Xénophon a une portée plus générale (4) , il parle de l'ensemble des républiques grecques ; l'on peut conclure de ses paroles , qu'il n'y avait alors, dans les pays grecs que connaissait Xénophon, ni prix d'suoTrXta, ni prix d'eùxa^ia, ni prix d'aucune sorte
(1) Hipparch., 1,^1 : a 'AXXà \l-}]v xcd tou xaXwç ye ôuXic-G^vai xoùç ÎTtTtéaç oî <puXapy oi av (xot ôoxoùdt [/.eyta'TOV auXXafxéàveiv , eî Treiaôeïsv ÔTt ttoXu èaii upo; t^ç TcoXewç eOSo^oxepov t^ Tyjç cpuX^ç XafXTrpoxïiTi xe >cocy[ji,ria8at ^ [jlovov tî^ éau- Twv axoX^. » Cf. aussi Tlept l-KTZiv.fiç, XI, 10.
(2) Voir les concordances que nous avons dressées pour les Théséia, p. 215, et pour les Panathénées , p. 234-235.
(3) Hiéron , IX , 6 : « OùxoOv et tiç xat toutoiç wauep toTç xopo'? oLbla. Trpoxi- 6eiy) y.ai eOoirXiaç xat eÙTa^taç xal iTtutxYJ; xat àXx^ç t^ç èv -JtoXéfxo) xat 6ixaioauvY]; ttjç èv xotç crupLêoXaiotç, eîxo; xal Tavxa itàvxa ôià çiXoveixtav sOxovœç àcrxeîcTÔai. »
(4) Ihid., IX, 5.
pour la cavalerie et l'infanterie, pas plus qu'il n'y avait des prix de vertu et de justice.
Cette idée, qu'il faut exciter l'émulation par des prix et des concours , est une de celles qui reviennent le plus souvent dans Xénophon. Ces prix sont généralement d'une valeur vénale médiocre; il sait pourtant qu'on supportera les plus grandes fatigues , qu'on acceptera les plus grands sacrifices pour les conquérir. L'opposition qui avait si vivement frappé l'esprit des anciens (1) entre la valeur des prix obtenus et les peines, les dépenses qu'ils coûtaient, nul ne la sent autant que Xénophon (2); il sait tout ce qu'on peut obtenir des Grecs en excitant leur émulation. C'est avec passion , c'est avec un véritable esprit de prosélytisme qu'il parle de l'agonistique et cela aussi bien au début de sa carrière, quand il compose r//féro7i, que lorsqu'il est arrivé àlq, vieillesse, en écrivant YHlpparchicos. Cette passion , il la montre partagée par l'homme pour lequel Xénophon a toujours éprouvé une admiration souvent si partiale , et dans lequel il voyait l'idéal de l'Hellène libre, sachant diriger et commander, je veux dire le roi de Sparte , Agésilas. Il avait vu deux fois Agésilas tirer un excellent parti de ce sentiment d'émulation qui enflammait tous les Grecs et de leur passion pour les concours (3). La première fois , Agésilas se trouvait à Ephèse (4) où il avait réuni toute son armée ; l'instruction de ses troupes , et de la cavalerie surtout , laissait à désirer ; Agésilas propose alors des prix pour les soldats qui manœuvreront le mieux ; aussitôt les gymnases, l'hippodrome sont remplis de gens qui s'exercent ; la ville tout entière présente l'aspect le plus curieux , le plus intéressant ; Xénophon se complaît dans la description (5) de cette ville et de cette armée ainsi remuées , ainsi transformées parce qu'on a promis des prix et institué des concours. La seconde fois (6) , Agésilas est sur le point de revenir en Grèce où le rappelle sa patrie menacée; il veut emmener avec lui le jjIus possible de ses meilleures troupes et il voit que la plupart des soldats préfèrent rester en Asie , où il y a et peu de dangers à courir et
(1) Cf., entre autres, Hérod., VIII, 26; Lucien, Anach., 9.
(2) Hipparch., I. 26; Hiéron, IX , 11.
(3) Letronne (Œuvres choisies, p. 223) pense qu' Agésilas n'a agi que par les conseils de Xénophon.
(4) Xén., Hellén., III, 4, 16 et suiv.
(5) 11 l'a reproduite dans V Agésilas, I, 25, si V Agésilas est bien de Xénophon.
(6) Hellén., IV, 2, 5 et suiv. Cf. encore ibid., III, 2, 10; Cyrop., 1, 6, 18.
beaucoup de gains à faire; il ne trouve d'autre moyen pour les entraîner que d'établir encore des concours.
Ces faits , que Xénophon avait très probablement vus luimême , ont dû produire sur son esprit une vive impression ; plus que jamais il a dû être convaincu de la justesse de l'opinion qu'il a exprimée dans VHiéron et YHipparcfiicos : si les Etats proposaient des prix pour la bonne tenue des soldats, pour leur habileté à manœuvrer , il leur serait facile d'avoir , à très bon marché , des corps de troupes très bien exercées , capables de se défendre énergiquement sur les champs de bataille.
Au témoignage de Xénophon on peut ajouter celui de Démosthène. Dans le passage si souvent cité de la première Philippique (1), où le grand orateur reproche à ses compatriotes de n'avoir que des ofTiciers de parade , de vraies poupées de place publique , quelles fonctions attribue-t-il , quel rôle prête-t-il aux stratèges , aux taxiarques , aux hipparques et aux phylarques ? Conduire les processions voilà tout leur rôle ; il n'est pas dit un mot des concours , et cependant l'occasion était belle , il faut le reconnaître. On sait avec quelle violence Démosthène a attaqué Midias , les accusations , les insultes qu'il accumule contre un ennemi qui l'a mortellement outragé ; il veut le montrer .non seulement scélérat et criminel , mais bas et ridicule; ce Midias , que les Athéniens ont élu hipparque , il le représente si mauvais cavalier qu'il n'est pas en état de conduire les processions à travers l'Agora (2) ; bien plus , dit-il, ce commandant de la cavalerie athénienne n'a xjas de cheval et, pour conduire les processions , il emprunte le cheval d'un de ses amis (3). Si , du temps de Démosthène, la cavalerie avait véritablement pris part à l'ày^v kirixoç, dans les fêtes, s'il y avait eu alors des concours et pour les cavaliers et pour leurs officiers les phylarques , croit-on que le grand orateur , dans les reproches qu'il adresse à ses compatriotes sur le rôle qu'ils font jouer à leur armée, n'aurait pas parlé des courses en même temps qu'il parlait des processions ? Et, si Midias n'est pas en état de conduire une procession dans l'Agora , quelle sera sa tenue dans un concours ? Démosthène se serait-il abstenu d'un effet oratoire certain contre son adversaire?
Il faut, d'ailleurs, observer que les jeux indiqués dans les catalogues sous la rubrique Ix xwv ititocov , Ix twv cpuXap/wv présentent.
(2) Disc. c. Midias, 171.
(3) Ibid., 174.
entre tous les jeux de ràywv ît^ttixoç, un caractère particulier. Nous avons vu que les jeux de l'àywv ÎTnrtxoç se distinguent des jeux de VoLyoiv (xouatxoç et de ràywv Yujxvaoçen ce que, pour l'àY^v ÎTTTttxoç , les concurrents ne descendent pas eux-mêmes dans l'arène ; ce n'est pas celui qui a conduit le cheval ou le char qui est proclamé vainqueur, c'est le maître du cheval ou du char : il en est ainsi de tous les jeux qui sont placés, dans nos catalogues, sous les rubriques Ix Travxwv et U twv -jroXtTwv. Pour les jeux U Twv cpuXapxwv, Ix.Tôov i7:7C£tov, il en est tout autrement : les phylarques, les cavaliers doivent véritablement courir eux-mêmes ; ils ne peuvent pas confier leur monture à un écuyer ; c'est en qualité de cavaliers, c'est en qualité de phylarques qu'il concourent ; ils doivent donc concourir eux-mêmes, et ils le font avec leur monture réglementaire, avec le cheval qui a été examiné et accepté par le Conseil. C'est là la raison pour laquelle ils ne font pas de courses de chars ; ils ne font que des courses au cheval monté et, souvent, avec le cheval de guerre, ÏTZTzot; TcoXefxtor'niç. Ils peuvent, d'ailleurs, s'ils sont riches, s'ils ont de beaux chevaux et de beaux attelages, faire courir, prendre part aux concours exTràv- Ttov, èxTwv TzokizMv; c'est ainsi que fait Dionysios, fils d'Agathocle : il est vainqueur au diaulos des cavaliers (1), et à l'acampios Ix iravTtov ; dans cette dernière course , il a pu confier le cheval à un écuyer, peut-être a-t-il couru lui-même, mais dans la première il a certainement couru lui-même. Xénophon et Démosthène en parlant de la cavalerie n'avaient pas à parler des courses ex ttocv- Ttov, Ix Twv TroXtTwv ; ces courses ne concernent pas la cavalerie. Il en est tout autrement des courses Ix tSv çpuXapx,o)v et ex tcov ÎTTTréwv ; celles-ci sont réservées exclusivement aux cavaliers ; ils doivent paraître dans l'arène eux et leur monture; ces courses ne sont plus seulement des jeux, elles sont de véritables exercices ; c'est bien là l'institution que réclame Xénophon dans son premier livre suvVHipparque, et Démosthène, qui défend l'opinion contraire, qui croit que la cavalerie parade trop dans les rues et sur les places et ne paraît pas assez sur les champs de bataille, Démosthène n'aurait certes pas manqué de mentionner ces courses à côté de ces processions, de ces revues, qui sont devenues de son temps la seule occupation de la cavalerie.
Nous n'avons pas craint de rendre cette discussion un peu longue et d'accumuler les preuves, parce que la question est très importante pour notre sujet et qu'elle présente de sérieuses difïi-
(1) C. I.A., II, 446, col. II, 87 et 94.
cultes. Nous avons, d'une part, Je témoignage de Xénophon, attestant dans V Hier on qu'il n'y a alors dans les pays grecs ni concours d'sùoTrXia et d'eùxa^ia, ni concours pour les exercices de la cavalerie ; dans VEipparchicos, qu'il n'y a pas de prix pour les manœuvres que la cavalerie exécute en public; ce dernier témoignage est confirmé par deux passages de Dômosthène. VHiéron (1) paraît avoir été écrit entre 404 et 40 1 ; V Hipparcfiicos a dû être écrit (2)
(1) Sur cette date, voir Letronne. Œuvres choisies, I, p. 213. H. A. Helden (édition de VHiéron, Londres, 1883, préface) accepte cette date; R. Shindler (éd. de VHiéron, Londres, 1884), propose 399-394.
(2) D'après certains critiques, Xénophon aurait écrit les deux traités concernant la cavalerie, r'iTrirapxtxoç et le rTepl Itttcix^ ç, à son retour d'Asie, après l'expédition des Dix-Mille (Letronne, op. laud., I, p. 223); cette explication trancherait ici la question ; l'Hipparchicos serait certainement plus ancien que l'inscription C. 1. A., II, 965. Nous n'acceptons pas cette explication; les deux traités ne peuvent avoir été composés que beaucoup plus tard; ils paraissent avoir été écrits à peu près à la même époque ; VHipparchicos a été écrit le premier , Xénophon le dit lui-même {De re eq., Xll , 14 : « a ôè liruàpxw upoai^xet elôévai Te xat TcpàxTeiv év iTÉpo) Xoyw SeS-^Xioxat ») ; les expressions dont il se sert semblent indiquer que lorsqu'il a composé le second écrit, il n'y avait pas bien longtemps que le premier avait été terminé, que ces deux ouvrages, dans la pensée de l'auteur, se complètent l'un l'autre, qu'ils ont été conçus et composés ensemble. En tête du traité sur VEquilation , Xénophon déclare qu'il a une longue expérience de l'équitatiôii. D'ailleurs, quand il a écrit les deux traités, il était en paix avec Athènes , ils n'ont donc pu être composés qu'avant son exil ou après; la date de son exil est fixée par Letronne en 394 {op. laud., p. 226), par d'autres écrivains en 399 (E. Curtius, Hist. Gr., V, 143); il est indifférent, pour notre discussion , qu'on adopte l'une ou l'autre de ces deux dates ; l'Hipparchicos ne peut pas avoir été écrit avant l'exil de Xénophon, car, au chap. VII , il est question d'éventualité de guerre avec Thèbes ; or, depuis 404 jusqu'à la bataille de Leuctres en 371, Thèbes et Athènes ont oublié leurs haines réciproques et sont , autant qu'elles le peuvent , alliées. On dira que Xénophon, ennemi acharné des Thébains , a pu croire à une guerre en 399 ou 394. Xénophon, en 399, avait-il pour les Thébains cette haine qu'il manifestera plus tard? Dans l'expédition des Dix-Mille, il est l'ami du Thébain Proxène, un des chefs de l'armée, caractère des plus nobles, des plus élevés, qui n'était pas à sa place dans cette armée de mercenaires-, peut-être est-ce seulement auprès d'Agésilas que Xénophon a commencé à bien haïr les Thébains. Quoi qu'il en soit d'ailleurs sur ce point, voici, pour la question qui nous occupe, un passage qui nous semble décisif (VII, 4) : en cas de guerre avec Thèbes, on peut ou bien résister sur terre ou bien recourir à la tactique que les Athéniens pratiquèrent quand les Lacédémoniens avec tous les Grecs envahissaient l'Attique, se borner à défendre les remparts et porter tous les efforts sur la flotte. Or, jusqu'en 393^ Athènes n'a ni flotte ni muraille; ses remparts ont été abattus par Lysandre» ils ne seront reconstruits que par Conon ; il ne peut donc être question, avant 393, de reprendre la tactique de Périclès. L'Hipparchicos est donc postérieur & 393 , il n'a donc pu être écrit avant l'exil de Xénophon , mais seulement après son rappel, c'est-à-dire après 364. En ce moment, en effet, Athènes, jalouse-
entre 365 et 361 : la première Philippique est de 351 , le discour, contre Midias est de 349. Mais d'autre part, nous avons trouvés dans les catalogues des Théséia, des prix, des vtxriTvipta d'eùavSpia et d'eûoTrXia pour les fantassins, les cavaliers et les étrangers; nous avons étudié ce genre particulier de concours ; nous avons vu que l'exemple le plus ancien que nous connaissions était un concours d'eùavSpta appartenant exclusivement à la fête des Panathénées ; que ce concours, dont l'existence est attestée par le témoignage des auteurs et des grammairiens, se trouvait mentionné sur un texte épigraphique de la première partie du quatrième siècle, le catalogue panathénaïque C. I. A., II, 965. Il nous a paru que ces concours, comme d'ailleurs toutes les branches de l'agonistique , avaient suivi un développement régulier ; dans la première partie du quatrième siècle, il n'y a eu peut-être que le concours d'euavSpta des Panathénées ; vers 340 ou 336, on constate l'existence d'une liturgie en vue d'un concours d'eÛTa^ia; enfin, au deuxième siècle, nous trouvons les deux concours d'euavôpia et d'sùoTrXia des Théséia. Ces concours , au moins pour l'époque à laquelle appartiennent toutes ces inscriptions,, ont un caractère militaire , puisque , comme le montrent les catalogues des Théséia, il y a des prix pour les fantassins et pour les cavaliers (1).
Comment concilier l'existence de ces concours avec le témoignage de Xénophon et de Démosthène ? En réalité , l'orateur est ici hors de cause ; ce qu'il dit sur le rôle de l'armée , de la cavalerie , ne vise pas des concours tels que ceux d'eùavâpia et d'euoTrXia. Pour Xénophon, on pourrait admettre qu'à l'époque où il a écrit VHipiparchicos, il n'y avait qu'un seul de ces concours, celui d'sùavSpia aux Panathénées et qu'il a pu, en demandant des prix pour des exercices de cavalerie, négliger de le mentionner ; maié comment expliquer que ce soit précisément à propos de l'exercice du javelot que Xénophon demande des prix pour la cavalerie, lorsque, sur l'inscription 965 , nous trouvons un cou-
des succès d'Epaminondas et effrayée de la prépondérance conquise tout d'un coup par les Thébains , s'est rapprochée de Sparte et est redevenue l'ennemie de Thèbes ; c'est ce changement de politique qui amène le rappel de Xénophon sur la proposition d'Eubule ; bientôt les deux fils de Xénophon serviront comme cavaliers dans l'armée qu'Athènes envoie au secours de Sparte et l'un deux , Gryllos, sera tué à Mantinée. On ne peut guère supposer que Xénophon ait pu songer à écrire ces deux écrits sur la cavalerie après la mort de Gryllos ; il faut donc très probablement en placer la composition entre 365 et 361. [\) Sur toute cette question , v. p. 191 et suiv.
cours àcp' ïizTioxj àxovTiJ;ovTi pour lequel il y a deux prix (1), le premier de cinq amphores , le second d'une amphore?
Rien de plus explicite que les passages de VHipparckicos : pour un homme à cheval qui n'a pas d'étriers sur lesquels il puisse appuyer et roidir son corps , le jet du javelot, comme nous aurons occasion de le montrer (2), offrait des difficultés sérieuses. Xénophon, qui connaît quels avantages cette manœuvre peut assurer à la cavalerie, insiste pour que les officiers l'apprennent à leurs hommes ; il. recommande à l'hipparque d'obliger les phylarques à conduire eux-mêmes au tir les hommes qui voudront apprendre à tirer; il pense que, comme les exercices sont publics, les phylarques auront à cœur de conduire avec eux le plus d'hommes possible (3) ; il veut que l'hipparque paie de sa personne , qu'il s'exerce à cette manœuvre, et qu'après être devenu habile , il donne lui-même l'exemple aux cavaliers. C'est après ces recommandations qu'il ajoute les paroles que nous avons déjà citées : « Si l'on pouvait aussi proposer aux tribus des prix pour toutes » les manœuvres que la cavalerie a l'habitude d'exécuter devant » le public, je crois que cela exciterait vivement l'émulation » de tous les Athéniens. Témoin ce qu'on fait pour les chœurs où » pour de faibles prix, on supporte tant de fatigues et l'on fait » tant de dépenses (4). »
Gomment se fait -il que Xénophon ne parle pas du concours àcp' tiz-Kou àxovTt^ovTt des Panathénées? Dira-t-on que Xénophon réclame un prix collectif, un prix pour la tribu, tandis que le prix du javelot au Panathénées était un prix individuel? ou bien veut-il que le concours àcp' itittou àxovTiCovxi, qui était ouvert à tous les citoyens, soit réservé aux seuls cavaliers ? Dans les deux cas , il aurait demandé non la création mais la transformation du prix.
Il nous semble qu'il n'y a que deux solutions possibles : ou bien ces concours d'sùavSpia et de àcp' feirou àxovxi^wv existaient quand Xénophon a composé VHipparcliicos , et il a négligé de les mentionner peut-être parce qu'il n'avaient pas alors le caractère militaire qu'ils eurent plus tard ; ou bien l'inscription 965 est postérieure h la date de la composition de VHipparchicos (5) ; ces
(1) Frag. b, col. II, 1. 19 et suiv.
(2) Voir plus loin, liv. III, chap. ix.
(3) Hipparch., I, 21.
(4) Ibid., I, 26.
(5) L'inscription indique, dans l'àytov èx Ttdcvxtov, la course ÇeOyet TrwXixw
concours n'ont été institués qu'après la publication de cet ouvrage et probablement d'après les conseils donnés par l'écrivain. C'est cette dernière explication qui nous paraît la plus probable.
Parmi les prix collectifs qui peuvent être décernés aux cavaliers, il y en a un dont l'existence nous est attestée pour l'année 296, c'est celui d'anthippasia ; il est certain que cet exercice ne faisait pas l'objet d'un concours du temps de Xénophon ; cet écrivain décrit cette manœuvre et c'est à ce propos qu'il demande qu'on institue des prix pour les tribus (1). D'ailleurs, nous avons la liste des viJcyjTTipta des Panathénées dans le catalogue 965, au quatrième siècle; dans cette liste ne figure pas l'anthippasia; il n'est guère probable que ce concours fût fait avant L'àywv k^txoç, il faut donc admettre qu'un prix ne fut institué pour cet exercice qu'après l'époque à laquelle appartient le catalogue.
Quoi qu'il en soit de ces concours d'suavSpta, d'EÔoTcXia et de àtp' Ïtztzoxj àxovTtÇwv, il y a un point, au moins, qui, dans cette discussion , nous semble au-dessus de toute contestation, c'est qu'à l'époque de Xénophon et de Démosthène, la cavalerie ne prenait pas encore part à ràywv itittixoç , c'est qu'il n'y avait pas encore de courses h twv cpuXap/wv, Ix tô5v iTTTTsojv; il nous semble que làdessus le doute n'est pas possible, et que les témoignages de Xénophon et de Démosthène ont toujours la portée que nous leur avons attribuée.
Les faits que avons trouvés dans les catalogues des Panathénées se trouvent donc confirmés , autant qu'ils peuvent l'être , par les témoignages des auteurs; les cavaliers, pendant la grande époque d'Athènes, ne prenaient aucune part aux concours; nous ne pouvions demander rien de plus aux écrivains du cinquième et du quatrième siècle en faveur du système que nous avons proposé.
C'est seulement pour les Théséia et les Panathénées que nous possédons des catalogues agonistiques sur lesquels les cavaliers se trouvent mentionnés comme ayant pris part aux concours ; il est cependant infiniment probable que ce n'est pas seulement à ces deux fêtes qu'il y a eu des concours pour la cavalerie ; nous avons vu , à propos de l'anthippasia , qu'un exercice de ce genre
cette course n'a été ajoutée aux jeux d'Olympie qu'en 384. Dans Athènes a-t-on imité l'exemple d'Olympie, comme on le fit à Delphes, oîi cette course fut introduite en 378 ?
(1) Voir p. 196.
était fait par les cavaliers et était l'objet d'un concours collectif non seulement aux grandes Panathénées, mais aussi aux Olympiéia.
Les cavaliers ont-ils aussi pris part à l'hippodromie des Eleusinies? Une inscription l'écemment découverte (i), nous a appris que dans la seconde partie du quatrième siècle , cette hippodromie fut ajoutée (2) à la fête qui comprenait déjà un àywv yujxvtxoç et un aywv fjLouatxoç. Les jeux gymniques des Eleusinies étaient considérés comme les plus anciens de la Grèce (3) ; l'àytîiiv (jiouartxoç comprenait des concours de tragédies (4). Gomme aux Panathénées on donnait aux vainqueurs de l'imile provenant des oliviers sacrés, aux Eleusinies, lesprix consistaient en une certaine quantité de l'orge produite par la plaine sacrée de Raria (5). Le domaine de Raria appartenait naturellement au temple qui le donnait à ferme ; le locataire, indiqué par l'inscription, est le célèbre orateur Hypéride qui avait des propriétés à Eleusis (6).
Un renseignement isolé (7) indique des jeux équestres pour la fête des Apaturies ; le fait n'est pas certain (8).
Nous résumons tout ce que nous savons de positif relativement à cette question des jeux équestres et de la part qu'y prennent les cavaliers.
En 680 , la course des quadriges est courue pour la première fois à Olympie ; en 648, la course au cheval monté ;
L'hippodromie des Panathénées est d'une époque très reculée ; jusqu'à Pisistrate, elle a formé les seuls jeux de la fête;
Selon institue des récompenses pour les Athéniens vainqueurs à Olympie et à Némée ; un texte épigraphique du cinquième siècle {C. /. A., I, 8) montre qu'il y avait aussi des récompenses
(1) P. Foucart, Notes sur les comptes d'Eleusis sous l'archontat de Képhisophon^ 01. 112, 4 (329/8) dans le Bull, de corr. hellén., VIII (1884), p. 194.
(2) L. 48 : (( Elç f^^v iTiTcoSpofxiav ti^v TrpoaTeOstaav xatà (l'^çiafxa 50Xa jxéôifjivoi
Haa. »
(3) Scol. d'Aristide, Panath., p. 189, 4 (Dindorf, UI, p. 223) se trouve dans Heitz, Frag. Aristol., p. 311 , col. 2 ; marbre de Paros, 1. 30-31. Ces jeux sont mentionnés dans C. i. .4., II, 465, 18; 467, 49, 100, etc.
(4) Bull, de corr. helL, III (1879), p. 121.
(5) P. Foucart, op. laud., 199.
(6) Plut., Vit. X or., 18.
(7) Scol. d'Aristoph. , Paix, 901 : « T^ 5è rpinj] xwv 'ÀTratoupîtov l7r7roSpo|x;ût fiytTo. » Peut-être Aristophane, dans les vers qu'explique le scoliaste, a-t-il e^ vue les Panathénées, v. p. 240, n. 4.
(8) A. Mommsen, Heort., p. 310.
pour les vainqueurs des jeux Pythiques et Isthmiques; peut-être les vainqueurs des jeux équestres d'Olympie recevaient-ils une récompense particulière ;
En 426 a lieu la purification de Délos; « on y rétablit les anciens jeux mentionnés par Homère, et on y ajouta, à titre d'innovation, des courses en l'honneur du dieu » (1);
Du temps de Xénophon , les cavaliers font des exercices qui sont offerts en spectacle au public, mais il n'y a pas de prix pour ces exercices ; cependant, dans la première partie du quatrième siècle, peu après l'époque où Xénophon a écrit son traité sur YHipparque, nous constatons (C. 7. i. , II, 965) l'existence des deux concours euavSpia et àcp' t-KizoM àxovTi^ovTt aux Panathénées ; à cette époque aussi, les jeux des Panathénées comprennent la course TrwXtxw ^euysi qui a été courue pour la première fois à Olympie en 384 , à Delphes en 378 ;
A l'époque où Platon place le dialogue qui a pour sujet la République , les courses aux flambeaux faites par des gens à cheval sont considérées comme une chose toute nouvelle ;
Environ vers la 110^ 01. (340), nous constatons l'existence d'un concours suxaiiaç (C. /. A., II, 172);
En 329/8, on ajoute un àywv Xh'kiy.ôc, aux jeux des Eleusinies ;
En 296, nous voyons les cavaliers faire une anthippasia aux grandes Panathénées et aux Olympiéia; c'est la première fois que nous trouvons une mention certaine d'un concours fait par les cavaliers ; ce concours appartient à la catégorie de ceux que nous avons appelés collectifs ; il ne fait point partie de l'àywv îtcttixoç.
Voilà à peu près tous les faits que nous connaissons sur le sujet jusqu'au commencement du deuxième siècle, c'est-à-dire jusqu'à l'époque à laquelle se rapportent nos catalogues des Panathénées et des Théséia. Ces faits sont peu nombreux : ils suffisent cependant, je crois, pour montrer qu'au cinquième et au quatrième siècle le programme des jeux équestres ne devait comprendre qu'un nombre assez restreint de concours ; les lampadodromies à cheval sont de l'époque de Platon ; c'est seulement en 329 qu'on ajoute un àywv îtittixo; aux jeux des Eleusinies; enfin nous voyons que le catalogue panathénaïque 965 n'indique probablement que neuf concours, au plus onze; c'est ce dernier chiffre que nous trouvons aussi sur le catalogue 966 I , au commencement du deuxième siècle.
(l) Curtiua, Hisl. Gr., HI, 140; Thuc, III, 104, 7 : a 01 'AOnvatot roTe tôv àytôva è7Co(Y)(Tav, xai l7nroôpo|i.ia;, ô Tcpoxepov oOvt ^v. »
Nous avons déjà eu roccasioii d'indiquer les raisons de ce lent développement des jeux équestres : il fallait être très riche pour entretenir des chevaux en vue des concours; c'était un luxe qui n'était à la portée que d'un très petit nombre de personnes; on ne pouvait donc pas multiplier ces concours. Jusqu'en 408 , il n'y a eu que deux concours équestres à Olympie : la course des quadriges et la course au cheval monté ; probablement aussi aux Panathénées n'y a-t-il eu longtemps que ces deux courses auxquelles il faut ajouter les concours particuliers des chars TroXsfxtffTTipta et Tcofji.- TTixa. Ces concours avaient un éclat extraordinaire ; l'aywv Îtittixoç , avec un nombre si restreint d'exercices , était la partie la plus brillante de la fête ; à renouveler trop souvent ces concours , à les multiplier trop de fois , on courait le risque d'en diminuer l'éclat , peut-être aussi s'exposait-on à ne pas trouver toujours des concurrents disposés à faire les dépenses extraordinaires que ces jeux imposaient. Nous ne remarquons pas d'ailleurs qu'au cinquième et au quatrième siècle on se fasse gloire de victoires remportées aux jeux équestres des Panathénées. C'est surtout à Olympie que veulent être couronnés des hommes qui, comme Alcibiade , cherchent à éblouir leurs contemporains. Dans ces longues énumérations de liturgies, de dépenses faites soit pour la marine , soit pour les concours dans Athènes et à l'étranger, on ne rappelle que des victoires à Olympie, à Delphes, à l'Isthme, à Némée (1). Il semble que c'est seulement après la grande époque d'Athènes que les jeux équestres des Panathénées sont enfin arrivés à ce haut rang, à cette renommée que les Athéniens ont tant ambitionnés pour eux.
D'après nos catalogues, c'est avec le deuxième siècle qu'une ère nouvelle commence pour VoL^èiv ittitixoç; les jeux équestres des Panathénées qui ne comprenaient que onze concours, au commencement de ce siècle, en comprennent bientôt vingt-quatre et vingt-cinq ; une catégorie nouvelle de jeux est ajoutée à l'dywv ÎTcmxoç; il ne prenait jusque-là qu'une journée; il peut, à présent, en prendre deux.
C'est pendant cette période de développement des jeux équestres, dans la première partie du deuxième siècle, que nous trouvons indiquée, pour la première fois, la participation des cavaliers à l'àYtiv t-TTuixoç. Auparavant, les jeux ont pu comprendre des concours iTTUO) TroX£{Ji.t(7T7i, tuTTW Xa[xn:p({) , àcp' iTTTrou àxovTiJ;ovTt qui sont plus
particulièrement destinés aux cavaliers; mais ces concours ne (l) Par exemple, Lysias, XIX, 63 ; Platon, Lys., 205 c.
leur sont pas nominativement attribués ; les cavaliers ne concourent alors que comme citoyens athéniens ; au contraire, à partir de l'année à laquelle se rapporte le catalogue 968 , il y a , dans les jeux, deux groupes de trois courses attribués, le premier aux phylarques, le second aux cavaliers.
Peu d'années après, nous voyons, dans le catalogue 446 des Thésoia (1), les cavaliers faire, pour la première fois, une lampadodromie; mais déjà ce catalogue indique qu'une transformation de la cavalerie est commencée; les phylarques sont, dans certaines circonstances, remplacés par les tarentinarques et, sur l'inscription qui est immédiatement postérieure au numéro 446, les cavaliers, les îtitteTç, sont remplacés par les Tarentins. Nous savons assez peu ce qu'étaient les Tarentins (2) ; ont-ils remplacé complètement les cavaliers ? N'ont-ils formé qu'un corps particulier de la cavalerie athénienne ? Ceci est plus probable ; mais , même en supposant qu'il en ait été ainsi , il a pu se faire que ce corps particulier de la cavalerie ait été seul chargé désormais des concours ; dans ce cas , la période d'activité de la cavalerie dans les jeux de ràywv îtittixoç serait assez restreinte , elle commencerait entre 191 et 168-164 pour finir un peu après 150. Mais à côté des concours individuels de l'àytbv ÎTnrtxoç , il y avait les concours collectifs ; parmi ces concours , il y en a qui sont réservés probablement à la cavalerie, dès le quatrième siècle, quelque temps après la publication de YHipparchicos de Xénophon.
Il y a donc , pour ce qui regarde la cavalerie , une différence essentielle à établir entre les prix collectifs et les prix individuels; pour les premiers , la participation de la cavalerie est probable pour la seconde moitié du quatrième siècle , elle est certaine dès les premières années du troisième; pour les seconds, cette participation a dû commencer seulement entre 191 et 168-164 pour cesser peut-être peu après 150; il est vrai qu'après 150 c'est un corps particulier de cavalerie , les Tarentins , qui est chargé de prendre part aux concours.
(t) Et très probablement aussi sur le catalogue patiathénaïque 969, L (2) ^oir liv. III, ch. XL