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CHAPITRE IX

FAMILLES ATHÉNIENNES MENTIONNÉES SUR LES CATALOGUES DES THÉSÉIA ET DES PANATHÉNÉES.

Les catalogues des Théséia et des Panathénées appartiennent à une époque où Athènes a cessé de jouer un rôle politique ; nous ne pouvons donc pas nous attendre à ces bonnes fortunes qu'offrent certains catalogues de la marine, rencontrer les noms d'un Ghabrias , d'un Gonon , d'un Timothée , d'un Eubule , d'un Démade, d'un Hypéride, d'un Démosthène, d'un Midias (1), ou de tout autre personnage ayant laissé dans l'histoire un nom connu de tous ; à part de rares exceptions, les noms que nous trouvons sur nos catalogues agonistiques restent toujours des noms d'inconnus. Ils ne sont pas cependant inutiles ; on peut, sur ces longues listes de noms propres, suivre la carrière agonistique de quelques-uns des vainqueurs ; on peut aussi reconstituer quelques-unes des familles athéniennes de cette époque ; il y a donc là, pour la connaissance de l'état social d'Athènes au deuxième siècle, un renseignement qui n'est pas sans importance. D'ailleurs, si la plupart de ces vainqueurs , dont nos catalogues nous apprennent les victoires, sont pour nous des inconnus , il y a, avons-nous dit, quelques exceptions; parmi ces vainqueurs, quelques-uns sont des personnages dont l'histoire a recueilli le nom ; il n'est dont pas inutile d'interroger ces longues listes de nos catalogues ; elles peuvent nous faire connaître des faits dignes d'être relevés.

Disons-le tout d'abord, nous faisons ici un essai (2) qui ne peut

(1) C. I. A., II, 794. Voir Boeckh, JJrkmden, ch. XV, Fersonen welche in diesen TJrkunden vorkommen, p. 230-255.

. (2) Pour faire autre chose que des essais trop imparfaits , il faut attendre évidemment la publication des indices du tome II du Corpus Inscriptionum Âttiearum.

rester qu'une ébauche ; nous ne pouvons qu'effleurer ce côté de notre sujet ; nos combinaisons ne comprennent guère, en dehors des catalogues des Théséia et des Panathénées , que les inscriptions (1) qui sont relatives à des contributions volontaires acquittées par des Athéniens pour tel service outel travail public ; souvent ces Athéniens ont fait contribuer avec eux leurs femmes , leurs enfants, leurs frères ; tous ces noms sont inscrits avec l'indication de la parenté et du dème ; ce sont là pour nous des renseignements précieux.

Famille Nicon-Nicogène.

Dème des Philaïdai, tribu Aigéis.

Nicogène, fils de Nicon, est agonothète des Théséia , sous l'archonte Aristolas (C. I. i., II, 444, 1. 2) ; il a deux fils :

Lyandre, vainqueur au concours ^tittco XafxTrpw (Ibid. , col. II , 1.86);

Nicon, vainqueur au pugilat des enfants Tîiç Trpwtyiç :?iXixiaç (Ibid.^ col. II, 52).

Nicogène est aussi lampadarque (2) aux Théséia (Ibid. , 1 , 63) , cette même année ; sous l'archonte Anthestérios , il est hipparque {C. L A. , 445 , col. I, 1. 15). Les deux archontats d'Aristolas et d'Anthestérios se placent très près de l'an 160; à ce moment, Nicogène a un fils aîné, Lyandre , dont l'âge n'est pas connu et un fils cadet qui a douze ou treize ans.

Parmi les citoyens qui ont souscrit pour la réparation du théâtre, un peu après l'an 180, on trouve (3) :

Nixoyevy]; OtXaiSv); ôitèp lauxou

xal Twv uwv AuàvSpou xal Ntxoyevou.

Nous pensons que ce Nicogène , qui souscrit pour lui et pour ses deux fils Lyandros et Nicogène , est le même personnage qui , vers 160, a été agonothète et hipparque. Au moment de la sous-

(1) CI. A., II, 980 et suiv.

(2) On ne peut supposer que le Nicogène, fils de Nicon, qui est lampadarque soit un petit-fils de l'agonothète (comme Cairios, fils de Télon, concourt avec les enfants, C. LA., II, 444, col. I. 83, col. II, 48 ; il est aussi lampadarque, ibid., I, 68) ; l'hipparque a déjà un fils du nom de Nicon, qui a douze ou treize ans sous l'archonte Aristolas ; il n'a pu avoir un autre fils du môme nom , lequel serait père du lampadarque ; c'est donc bien l'agonothète qui est ici un des lampadarques du concours.

(3) C, l. A., II, 984, 1. 4 et suiv.

cription pour le théâtre, vers 175 peut-être, il a deux ûls encore très jeunes, Lyandre et Nicogène. Ce dernier, dans l'intervalle qui s'écoule entre 175 et 160, est mort ou bien est sorti de la famille par voie d'adoption , et, dans cet intervalle aussi , un nouveau fils est né au futur hipparque : c'est le fils auquel il a donné le nom de Nicon. En dehors de cette explication, une seule supposition est possible : c'est que l'hipparque est l'arrièrepetit-flls du Nicogène qui a souscrit pour le théâtre , ce qui est invraisemblable.

Famille Habron-Callias.

Dème de Bâté , tribu Aigéis.

Cette famille nous est connue : plusieurs de ses membres ont joué un rôle historique ; elle eut aussi l'honneur de donner une épouse à l'orateur Lycurgue : « Il eut trois enfants de Gallisto , » fille d'Habron et sœur de Gallias , fils d'Habron du dème de » Bâté, lequel fut trésorier de la guerre (1) sous l'archontat de » Ghérondas. » C'est sous cet archontat que fut livrée la bataille de Chéronée (2 août 338). Les trois fils de Lycurgue furent Habron (2), Lycurgue et Lycophron. Les deux premiers moururent sans enfants; Lycophron laissa une fille, Callisto , dont le biographe de Torateur suit la postérité pendant plusieurs générations. Nous avons, dans nos catalogues, la descendance du beaufrère de Lycurgue.

Vers 180, un Habron , du dème de Bâté, a, de sa femme Aristoboulé , deux fils : Gallias et Ophélas ; il prend part , avec sa femme et ses deux fils , à la contribution (3) qui eut lieu sous l'archonte Hermogène, C. L A., II, 983.

Ophélas est hipparque sous l'archonte Anthestérios (445, 1, 17). Il a deux fils , l'un est nommé Dracon , le nom de l'autre n'a pu être restitué. Ophélas prend part, avec ses deux fils, à la contribu-

(1) [Plut.], Vit. X or. , 842, F : « "Ecrxe 8è y Traîôaç èx KaXkiaxovz xijç "Aêpwvo; |xèv ôuyarpoç, KaXXtou 6è xoO "Aêpwvoç BaTïiOev àôeXç^ç xat Tafxteuoravro; crrpa- TiwTixwv èirl Xaipwvôou dcpxovxoç. » Cf. E. Curtius, Hist. Gr., V, p. 385 ; cf. aussi Le' bas, Voy. arch., Attique, 31 a; Bull, de corr. hellén., III (1879), ^. 491.

(2) Cet Habron fut ô I-kI x% 8iotx>i<r£i (C. LA., II, 167), puis taiiiaç twv arpa- Ti(0Tixc6v (C. 7. A., II, 737; texte plus complet aujourd'hui, cf. Dittenb., SylL, 130, 31); il est triérarque (C. L A., II, 809, col.'c, 4 et 811, col. a, 161).

(3) Cl. A., II, 983, col. II , 1. 96 : « "Aêpwv Bax^ôev | xaî ûnèp xrjç Yuvaixô; | 'Âpto-ToêouXTiç I xai uuèp tûv Oôiv KaXXtou | xat 'OçéXou. »

tion (1) relatée sur l'inscription C. 1. A., II, 984. Quand Ophélas est hipparque, son fils Dracon obtient le prix au concours ?7r7rw loi^x-Kfi (445, II, 40).

Gallias, l'autre fils d'Habron, a eu trois fils : Habron (2), vainqueur au pancration des enfants Tîi; Ssurspaç :^Xtxiaç (444 , II , 72) , et, peu d'années plus tard , au pugilat des enfants Ix ttocvtojv (445 , II, 11); — Euctémon , vainqueur au pugilat des enfants Tf\<; Seurspaç viÀtxia; (445, II, 7) ; — Thrasippos, vainqueur à un concours d'hoplomachie des enfants vr\<; 7rpcoT7]ç :?iXixiaç (446, II, 69).

On peut donc donner le tableau généalogique de cette famille (3) :

Habron

Callisto , Callias ,

épouse de l'orateur Lycurgue, trésorier de la guerrre en 338.

fils de Lycophron. I

Habron, Lycurgue, Lycophron. Habron, vers 180,

I épouse Aristoboulé.

Callisto. I

Lycophron. Callias. Ophélas.

Habron, Euctéaion, Thrasippe. Dracon, — Famille Echédémos-Mnésithée.

Dème Kv»6a6r)vaiov , tribu IlavStovtç.

Une inscription récemment publiée donne les noms des dix épimélètes de la procession des Dionysies pour l'année 281 avant notre ère, comme cela semble bien certain. Les deux épimélètes qui sont mentionnés les premiers sont Isandros et Mnésithée, fils tous deux d'Echédémos et appartenant tous deux au dème Kydathénaion (4).

(1) c. l. A., 1[, 984, col. II, 1. 42 : « 'OcpeXaç Bax^Oev ÛTcèp éauxou [ xaî tûv Ciûv ApàxovTOç xaî | . . .

(2) Il est proxène à Delphes, Dittenh.; Syll, 198, 1. 106.

(3) M. U. Kohler a donné la généalogie de la famille Habron-Callias dans le Corpus, C. I. A., II, 445, p. 223. Nous avons ajouté Thrasippe parmi les fils de Callias. Voir comment M. Kohler explique qu'Habron , fils de Callias, vainqueur au pancration des enfants , est donné comme étant de la tribu Oinéis (444, II, 72).

(4) *AÔrivatov, VII, p. 480, n» 3, (Dittenb., Syll., 382), 1. 22 et suiv. : « 'Eîrai-

Ce Mnésithée est-il le père d'Echédémos dont nous trouvons le nom , environ dix ans après , dans un catalogue de souscripteurs (1)? Est-ce à lui aussi que les cavaliers élevèrent un monument dont l'inscription nous a été conservée (2) ?

01 ItztzbIç 'Ej(eSy)[jt.ov MvTiatÔeou KuSaÔrivatea àpexYÎç év£xa xal cptXoxijxiaç xr)? eiç lauTOuç Koà Tov 8^[jt.ov Tov 'Aôirivaiwv àveÔYixav.

Nous franchissons presque un siècle, et nous trouvons, sur la liste de souscription de l'archontat d'Hermogène, vers 180, qu'Echédémos de Kydathénaion a contribué pour sa femme Aristippe et pour ses fils Mnésithée et Arkétos (3). Ces deux derniers figurent sur un de nos catalogues agonistiques un peu postérieurs à l'an 191 : Mnésithée, fils d'Echédémos , est vainqueur au concours appelé ^vioyoç (966, II, 12) et à une course équestre de l'àxafXTTtoç (ihid.^ 18); — Arkétos est aussi vainqueur à une course équestre , mais le nom de ce concours n'a pu être restitué (ihid.^ 16). Très probablement, il faut considérer comme fils d'Arkétos cet Echédémos, qui (4) est vainqueur àla lampadodromiedes cavaliers, et qui, cette même année, remporte encore trois prix à ;des concours équestres (446, II, 81 et suiv.).| On peut tenter la restitution de Tarbre généalogique de la famille , mais ici il y a bien des incertitudes.

Echédémos, vers 281.

Isandros. Mnésithée.

Echédémos , G. 1. A,, 982; Philisior, I, 197.

Echédémos, vers 180, époux d'Aristippé G. I. A., II, 983.

Mnésithée. Arkétos.

Echédémos.

V£(7ai ôè xal toùç t^ç 7roti.7rr3ç èitijxeXyixà; laavôpov 'ExeST^fJiou KuôaÔYivaiea , Mvy)- <Tt0eov 'Exeôyjfxou KuSaOyivatéa. »

(1) C. I. A., II, 98^?, 1. 3 : « 'Exéôriixoç MvYi(ne£o[u KuSaôrivateuç]. •

(2) Philntor, I, 197.

(3) C. 1. A., II, 983, l. 3 et suiv. : « 'Exéôriixoç KuSaOrivaieùç | xat Oxèp xfjç y^vaixoç I 'Api<Txt7riTr)ç | xai Ouèp xôiv uc5v Mvy](n9éou | xal 'Apxéxou. »

(4) C. /. A., I, 446, I, 67; voir p. 222 du présent ouvrage.

Famille de Philocratès, Tribu Ptolémaïs.

Cette famille nous est connue par l'inscription de Peyssonel , C. I. A., II, 968. Dans l'année à laquelle se rapporte l'inscription, cette famille remporta les plus brillantes victoires :

Philocratès , fils de Polycleitos , est vainqueur à V-^vioioç iy^Sd- Çcov (1. 17), — au Çeuyet axafXTttov (1. 20), — au ÇsuYSt SiauXov (1. 22), — au oruvwpiSt SiauXov (1. 24), — à l'àxafxTrtov (1. 26). Toutes ces courses appartiennent aux concours de la deuxième catégorie (1) lesquels étaient réservés aux seuls citoyens d'Athènes. Nous avons vu pourquoi la rubrique Ix twv ttoXitcov n'est pas inscrite en tête de ces concours. Cette rubrique se trouve un peu plus bas pour les concours de l'Hippodrome : il y a là un concours Ix iravxwv, puis un concours Ix twv ttoXitcov. Dans ces courses Ix tôSv ttoXitcov de l'Hippodrome, Philocratès est vainqueur à l'apfxaTt TtokfjLiffTYipitp (1. 56), — au ^suyet SiauXov (1. 60), — au (TovwpiSt àxdcfATctov (1. 66). C'est donc huit victoires que Philocratès a remportées cette année aux jeux des Panathénées.

Hagnias, vainqueur au concours du Çeoyo; TcojjiTrtxbv £x tc5v ttoXitcxwv (1. 58) , est très probablement le frère de Philocratès. Il nous semble qu'on peut aussi regarder , comme membre de la même famille , Philocratès , fils de Polycratès vainqueur au concours (TuvwptSi uoXsfxiaTYipia Ix twv TroXtrtxcav (1. 62). Polycleitès et Policratès sont probablement fils d'un père qui, d'après les noms de ses petits-fils , s'appelait Philocratès. On aurait ainsi le tableau suivant :

Philocratès.

Polycleitès. Polycratès.

I I Philocratès.

Philocratès. Hagnias. (1. 62).

(vainqueur huit fois.) (1. 58).

(1. 16 et suiv. ; 1. 56 et suiv.) .

Le fait suivant mérite d'être relevé : c'est que les trois membres de cette famille, dont les noms sont sur le catalogue, n'ont remporté des prix qu'à des concours Ix tûv TtoXtxoiv. On peut en

(1) Voir eh. VIL

conclure qu'aucun des trois ne servait dans la cavalerie, au moins dans l'année du concours dont nous avons le catalogue. Si l'un d'eux avait été cavalier , il est très probable que son nom figurerait parmi les vainqueurs des concours Ix xcov ÎTtTtéwv.

Famille Dioclès-Charinos, Tribu Oinéis.

Dioclès , flls de Gharinos , est vainqueur à un concours équestre , peu après l'an 191 (966 , II , 23) ; il est probablement le père de Gharinos , fils de Dioclès, éphèbe sous l'archonte Anthestérios et vainqueur à un concours d'hoplomachie (445, II, 37). Quelques années après, sous l'archonte Phaidrias, ce même Gharinos est vainqueur au Siau>.ov à cheval ex tuocvtwv (446, II, 92).

Famille Mikion-Eurycleidès.

Dèrae de Képhisia, tribu Erecthéis.

Cette famille paraît avoir été assez importante. UnEurycleidès, flls de Mikion , est Ta(xiaç (yTpaxtwTtxwv dans la première partie du troisième siècle (1); vers la même époque, un Mikion fils d'Eurycleidès, prend part à une contribution volontaire (2). On trouve mentionnée, comme prêtresse d'Athêna Polias, Habryllis, fille de Mikion (3).

En 215, un Eurycleidès et un Mikion étaient à la tête du gouvernement dans Athènes. Ils se désintéressèrent , dit Polybe (4), des affaires de la Grèce et ne s'appliquèrent qu'à flatter les rois et surtout Ptolémée d'Egypte. Get Eurycleidès et ce Mikion sont très probablement le père et le flls. Mikion , qui a gouverné Athènes avec son ])ère, est-il le même que Mikion , du dème de Képhisia, qui a souscrit sous l'archonte Hermogène, vers 181 , pour lui , pour son flls Eurycleidès et pour son petit-flls Mikion (5) ? C'est aussi le même qui est deux fois vainqueur à une course de chars quelques années après 191 (966, I, 44, et II, 21).

(1) c. /. i., II, 334, 1.

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