‹ Les cavaliers athéniensChapitre 51 sur 86 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le recrutement de la cavalerie appartenait aux deux chefs qui commandaient ce corps , les hipparques. C'était là, comme le dit Xénophon , une des attributions les plus importantes de ces officiers. Dans son livre sur VHipparque, il appelle, dès. les premiers mots (1), l'attention sur ce point : « Avant tout, il te faut deman- » der aux dieux, par un sacrifice, de t'accorder les pensées, les » paroles, les actions propres à rendre ton commandement le plus » agréable aux dieux , le plus bienveillant , le plus glorieux , le » plus utile pour toi-même, pour tes amis, pour l'Etat. Les » dieux devenus favorables , tu t'occuperas de recruter des cava- » liers ; tu veilleras à ce que l'effectif fixé par la loi soit complet, » et, qu'une fois complet, il ne diminue pas, ce qui arrivera si » on ne recrute pas de nouveaux cavaliers ; car, nécessairement , » les uns devront se retirer arrivés à la vieillesse, les autres feront » défaut pour d'autres raisons. »

Ce qui semble ressortir de ce passage , c'est que les hipparques, qui ne sont nommés que pour un an, n'ont pas, chaque année, à reconstituer à nouveau le corps des cavaliers : compléter les effectifs , maintenir ces effectifs complets , voilà à quoi se réduit la tâche de l'hipparque. Le service dans la cavalerie aurait donc été continu ; quand un citoyen a été enrôlé dans la cavalerie par un hipparque , il y reste , même quand cet hipparque est sorti de charge ; il appartient à ce corps et il y fait , sauf des cas exceptionnels , tout son temps du service militaire. Et , en eff'et , nous avons déjà cité l'exemple d'Athéniens n'ayant jamais servi

(1) Hipparch., 1,1 et suiv. : « 0ec6v ô' KXewv ôvtwv àva6iêa(jTéov \ié^ <joi Innéaç, xat ÔTCtoç àva7cXyipà)Tat 6 xaxà tôv v6[jlov àpiôfxàç xai ôtcw; xb ôv iTnrtxàv fx^ [xeiûxai. El 6è (i,9i TupoaavagiQa-ovTai luTt^ç [xeioveç àeî saovxai • àvaYXY) yàp toùç (xèv yriçtcf. àTîaYopeuetv, toùç ôè xai aXXw; ixXeiuetv. »

dans le corps des hoplites et, par conséquent, ayant fait dans la cavalerie un service qui n'a pu être interrompu qu'en cas de liturgies, comme la triérarchie (1).

L'opinion contraire a cependant été soutenue par K.-F. Hermann. D'après ce savant, les cavaliers enrôlés par un hipparque ne sont engagés que pour l'année pendant laquelle cet hipparque est en charge ; une fois cette année terminée, les cavaliers sont libres ; le nouvel hipparque doit reconstituer à nouveau le corps des cavaliers ; il le fait , il est vrai , en grande partie avec les éléments déjà existants. Cette explication, Hermann l'avait très heureusement trouvée en voyant que le recrutement de la cavalerie et cette sorte d'examen appelé dokimasie , dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant , sont confiés aux hipparques et au Conseil, et que les hipparques et le Conseil ne sont élus que pour un an (2). Cette explication n'est nullement en contradiction avec les textes que nous avons cités plus haut; si, en effet, l'hipparque , à son entrée en charge, reconstitue la cavalerie avec les éléments déjà existants , s'il lui suffit de renouveler dans leurs fonctions la grande majorité des cavaliers, il n'a, en réalité, comme le dit Xénophon , qu'à s'occuper de combler les vides , qu'à compléter les effectifs laissés incomplets par l'hipparque sortant , chose qui a dû arriver assez souvent du temps de Xénophon ; de cette façon aussi , il a pu arriver que des citoyens n'aient jamais servi que dans la cavalerie.

Un texte que nous avons déjà cité de l'orateur Lysias (3) confirme l'explication préposée par Hermann : Alcibiade le jeune , qui a été enrôlé comme hoplite, a servi illégalement dans la cavalerie, pendant une campagne qui n'était dangereuse que pour les hoplites : « D'autres citoyens, » ajoute Lysias, « qui n'avaient » jamais servi comme hoplites , mais toujours comme cavaliers , » et qui avaient fait déjà beaucoup de mal à l'ennemi, n'osèrent » pas monter à cheval (servir comme cavaliers) par crainte du » peuple et de la loi. » Ainsi, ces Athéniens, quoique étant de très bons cavaliers , n'ont pas osé se mettre dans la cavalerie ; malgré leur expérience militaire , malgré la sécurité que la campagne qui s'ouvrait promettait cette fois à la cavalerie, ils

(1) Voir p. 306. n. 4.

(2) Dd eq. ait., p. 16 : « Quorum quum annuum imperium esset, équités quoque quotannis ab integro legi consentaneum erat, neque perpetuum locum equestrem esse potuisse apparet. »

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