XIV
sont restés au poste le plus dangereux , dans les hoplites , par crainte de la loi ; il ne peut être ici question que de la loi sur la dokimasie des cavaliers ; si les Athéniens dont parle Lysias avaient subi la dokimasie, on était tenu , lors de la levée , de les inscrire sur le catalogue des cavaliers , car ni le stratège, ni Thipparque n'ont le droit de mettre sur le catalogue des hoplites un cavalier qui a subi la dokimasie (1). Si donc ceux-ci n'osent pas cette fois monter à cheval , c'est qu'ils n'ont pas , cette année , subi l'examen, c'est que l'hipparque , lorsqu'il a organisé son corps de cavaliers , en entrant en charge , ne les a pas enrôlés.
La loi sur le recrutement de la cavalerie est citée par Xénophon , qui en fait connaître deux dispositions , l'une concernant le chiffre de l'effectif, ô xaxà tov vo{xov àpi6[A(iç (2), l'autre établissant que les cavaliers doivent être pris parmi les citoyens les plus riches
et les plus robustes, touç SuvaTWxdcTOuç xai )(p7i[xa(Tt xai acojxaatv (3).
Cette loi est évidemment de l'époque où la cavalerie a été réorganisée ; ce qui le prouve d'une façon certaine , c'est la clause relative à l'effectif; Xénophon n'a en vue que l'effectif de mille cavaliers (4) ; nous n'avons donc pas là l'ancienne loi de Solon.
Peut-on suppose!* que les mots o\ SuvaxcoTaxot toTç ^pTifxacri , se trouvaient déjà dans la loi de Solon ? Il semble d'abord que non ; en effet, les SuvaxcoxaTot xoTç i^tiilolcji ne peuvent être que les citoyens de la première classe, les pentacosiomédimnes , tandis que les cavaliers ne sont que les citoyens de la deuxième classe. Il est certain cependant que ce sont les citoyens les plus riches qu'on trouve toujours enrôlés dans la cavalerie. Quand Gimon monte à l'Acropole pour déposer un frein de cheval aux pieds de la statue d'Athêna, il est, comme nous l'avons vu (5), un cavalier; Gimon, cependant , appartenait alors certainement à la classe des pentacosiomédimnes. Il en est de même pour Alcibiade, il sert comme hoplite à Potidée, mais à Délion il est dans les rangs de la cavalerie (6). Ces deux faits sont décisifs , le premier surtout , car il est antérieur chronologiquement à la réorganisation de la cavalerie du temps de Péri clés; il se rapporte donc au régime réglé par la loi de Solon. La jeunesse aristocratique dans Athènes a
(1) Voir p. 329, n. 4.
(2) Hipparch., I, 2.
(3) Ihid., I, 9 et suiv. ; voir ce texte p. 316, n° 8.
(4) Ibid., IX, 3 : « Tè tcôcv iTTTrixèv ... cx7v>ripw9ï5vai elç toùç x'^'o^? lunéaç. »
(5) Voir p. 123.
(6) Hertzberg, Alkibiades , p. 39 et 40. Plutarq. , Alcih. , 7. Platon, Banquet, 219 E-221 B.
toujours montré beaucoup de prédilection pour tout ce qui touche à la cavalerie et des exemples comme ceux que nous venons de citer se trouvent fréquemment : on voit très souvent des jeunes gens appartenant aux premières familles qui servent dans la cavalerie.
Nous touchons ici à un point délicat de notre sujet. Nous avons étudié, dans le premier livre de cet ouvrage (1), la division des classes instituée par Solon ; nous avons parlé de l'explication proposée par K.-F. Hermann pour rendre compte de la création d'une classe de cavaliers (2) ; les îtctcyîç de Solon ne sont , d'après Hermann , que les Eupatrides de Thésée. Une des raisons principales qu'invoquait Hermann , c'est précisément que l'on voit servir dans la cavalerie des gens qui , certainement , appartiennent à la première classe , qui sont des pentacosiomédimnes (3).
Cet argument de Hermann, nous ne pouvions l'examiner qu'en étudiant la question du recrutement de la cavalerie. Gomment se fait-il qu'en droit, xatà tov vo{jt,ov (4), les cavaliers doivent être pris parmi les citoyens les plus riches, qu'en fait, il en soit ainsi, que beaucoup de cavaliers appartiennent à la première classe, quand c'est à la deuxième classe que Solon a imposé la charge de fournir des cavaliers à l'Etat? Je crois qu'il n'y a qu'un moyen de résoudre la difficulté, c'est d'attribuer le sens suivant à la division des classes instituée par Solon :
Tous ceux qui ont une fortune minimum de 500 médimnes de revenu sont dans la première classe et peuvent être triérarques ; tous ceux qui ont une fortune minimum de 300 médimnes de revenu sont dans la deuxième classe et p,euvent être cavaliers ; mais ce ne sont pas seulement ces derniers qui peuvent être cavaliers ; au point de vue des prestations publiques, ce chiffre de 300 médimnes est un minimum ; ceux qui ont moins sont exemptés de la prestation , qui est la cavalerie , comme ceux qui ont moins de 500 médimnes sont exemptés de la prestation , qui est la triérarchie; quant à ceux qui possèdent ce minimum ils y sont soumis, quel que soit d'ailleurs le chiffre de leur fortune, qu'ils aient 300, 500 médimnes ou plus encore , c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la deuxième ou à la première classe , de la même façon qu'on
(1) Voir toute la partie II de ce livre.
(2) Voir p. 74.
(3) De eq. att.y p. 13 et suiv.
(4) Xén., Hipparch.f I, 9.
peut enrôler comme hoplites, non seulement les citoyens qui ont de 150 à 299 médimnes de revenu , c'est-à-dire les citoyens de la troisième classe, mais tous ceux qui ont une fortune quelle qu'elle soit, supérieure à 150 médimnes, c'est-à-dire tous les citoyens appartenant aux trois premières classes (1).
Nous croyons donc qu'une expression comme o\ SuvàcTtoTaroi xo^ç j^pvîfxaat a pu se trouver dans la loi de Solon sur la cavalerie. En tout cas, si cette expression n'appartient qu'à la loi de réorganisation de la cavalerie , cette rédaction nouvelle ne fit que consacrer un fait- qui était dans l'usage courant, ou plutôt elle exprima sous une autre forme ce qui était déjà une disposition de la loi de Solon; mais ce qui prouve que c'était bien là une disposition de cette ancienne loi , et que c'est dans ce sens qu'elle était interprétée , c'est la conduite de Giraon et de ses amis au moment de l'invasion de Xerxès.
Aussitôt après l'invasion et la défaite des barbares , la loi d'après laquelle les citoyens des premières classes pouvaient seuls arriver aux fonctions publiques fut abrogée par Aristide. La division des quatre classes, établie par Solon, avait un double objet : régler les droits et les charges des citoyens, établir, en prenant pour base la fortune, une proportion entre la part qu'ils avaient dans le gouvernement et la part qu'ils devaient prendre dans les charges. Du moment que tous les citoyens peuvent arriver aux fonctions publiques, les classes ne servent plus qu'à répartir les charges ou prestations ; appartenir à telle classe , cela ne signifie plus qu'avoir à supporter une part plus ou moins forte des prestations publiques. Une des conséquences de la réforme devait être l'abrogation de ^'article de la constitution de Solon en faveur de la propriété foncière ; il était naturel qu'on tînt compte désormais de la fortune complète des citoyens, par conséquent que la propriété mobilière fût comprise dans l'estimation du cens. On fut même obligé d'aller plus loin ; quand Athènes fut devenue la première puissance maritime de la Grèce, quand elle posséda des flottes de quatre cents vaisseaux , les citoyens de la première classe durent être soulagés des charges qui leur étaient imposées. Divers systèmes furent imaginés et mis tour à tour en pratique pour que tous les citoyens ayant quelque fortune pussent contribuer aux dépenses de la marine ; il en fut de même pour la
(l) Schômann dit très bien : « Le service dans la cavalerie n'était imposé qu'aux citoyens de la première et de la deuxième classe» {Griech. AU., p. 451). L'explication que nous proposons nous paraît rendre bien compte du système.
chorégie et les autres liturgies ; on ne voulut pas qu'elles fussent attribuées à telle classe plutôt qu'à telle autre. Une loi fut portée qui réglait la fortune qu'il fallait avoir pour être soumis aux liturgies, cette fortune était fixée à trois talents (1). Cette loi peut être rapprochée de la loi qui ordonne d'enrôler dans la cavalerie les citoyens les plus riches, toÎ)ç SuvaTwxdtTouç ^^pTijxaai ; elles sont toutes les deux inspirées par la même pensée : la division des classes ne sert plus de base pour la répartition des charges ; on indique en conséquence un minimum de fortune , et tous les citoyens qui ont atteint ce minimum sont soumis aux prestations. Mais pour la cavalerie, nous ne pouvons indiquer de chiffre comme pour les liturgies ; peut-être ce chiffre de trois talents était-il aussi le minimum exigé pour servir dans la cavalerie.
La division des classes de Selon ne fut pas abrogée ; la démocratie athénienne a toujours montré la plus grande répugnance à supprimer les anciennes institutions, même quand elles étaient, pour ainsi dire, hors d'usage; les quatre tribus ioniennes ont survécu après l'institution des dix tribus par Glisthène (2). Quant à la division des classes , nous avons des témoignages épigraphiques, pour ne citer que ceux-là , qui attestent qu'elle existait encore au quatrième siècle (3). Cette division avait perdu beaucoup de son importance ; elle ne servait plus depuis longtemps pour répartir les fonctions publiques d'après la fortune ; cependant on ne peut pas dire qu'elle n'ait pas servi , encore au quatrième siècle, pour la répartition des charges et des prestations publiques (4) ; et il est certain, comme nous le verrons, qu'elle servait encore pour le recrutement de l'armée.
Nous pouvons à présent nous rendre bien compte de l'erreur que K.-F. Hermann a commise en soutenant qu'il n'y avait aucun rapport entre la classe censitaire des ÎTtTryjç et le corps militaire des cavaliers. Le mot ÎTrurîç ? nom de la deuxième classe , signifie les nobles , les chevaliers : « Selon n'a pas touché aux » choses militaires , il n'a pu donner un nom militaire à aucune » des classes qu'il a instituées ; ce qui prouve d'ailleurs que la
(1) Démosth., XXVII, 64; Isée, III, 80; cf. Bœckh, Staats., [, 598, 749; Hermann, Staatsalt., § 161, 13; Thumser. op. laud.j p. 54.
(2) Gilbert, Handb., p. 200.
(3) Gilbert, Handb., p. 346 ; l'inscription C. I. A., I, 31 (de l'an 444) mentionne les zeugites; l'inscription C. I. A., II, 14 (de l'an 387) mentionne les pentacosiomédimnes.
(4) Isce, VII, 39 : « Kat [x^jv aùxàç 'ÀTToXXoSwpoç oOx w<77rep IIpovàTryiç àTreypct- ^axo (xèv TtfxrijjLa (x.ixp6v, (I)ç iTCTcàôa ôè TeXôv àp^eiv i[Uov Ta; àp^dç. »
» classe des luTtîiç était distincte du corps militaire , c'est qu'il y » avait un mot différent pour la classe et pour le corps; être de » la classe des iTtirri; se disait kTiaSa xtktiv , servir comme cavalier i> Î7ru£U£tv ou ÎTiTiea eTvat. Gomment expliquer, en effet, que des » citoyens aient pu être tantôt triérarques, tantôt cavaliers, ap- » partenir à la fois à la première classe, celle qui fournit les » triérarques, et à la seconde, si, dans cette seconde classe, » se recrute le corps des cavaliers (1)? »
Nous n'avons pas à revenir (2) sur les objections qne nous avons formulées contre l'explication d'après laquelle le mot lu- TTYiç serait synonyme ici de nobles , d'Eupatrides. De ce que la classe sociale et le corps militaire sont désignés par des expressions différentes (3), peut-on en conclure, comme le fait Hermann, qu'il n'y a aucune relation de l'une à l'autre? Assurément être de la classe des cavaliers et servir dans la cavalerie sont deux choses distinctes ; on pouvait être classé dans l'une sans être incorporé dans l'autre, comme on pouvait être de la première classe et n'être pas, à tel moment, triérarque. Puisque le nombre des cavaliers et des triérarques est limité, il faut faire un choix; il s'établit alors, pour recruter cavaliers et triérarques , un roulement parmi les citoyens des deux premières classes. Le corps militaire des cavaliers se rattache ainsi très étroitement à la classe sociale , il sort de cette classe, il est pris dans cette classe ; il n'y a pas, dans Athènes, une classe de chevaliers et, en dehors de cette classe , un corps militaire de cavaliers ; il y a une classe de cavaliers et c'est le cens de cette classe qui détermine quels citoyens peuvent servir dans la cavalerie; tous les citoyens de la deuxième classe ne servent pas dans la cavalerie , mais tous , à moins d'excuse valable, peuvent y être enrôlés. Socrate (4) dit que celui qui a appris à jouer de la cithare est un joueur de cithare lors même qu'il n'en joue pas ; que celui qui a appris la médecine est cependant médecin , lors même qu'il n'exerce pas la médecine ; de la même façon , par le seul fait qu'un Athénien appartenait à la classe des cavaliers , il appartenait au corps des cavaliers ; il suffisait pour cela que l'hipparquc le désignât.
(1) De eq. att., p. 9 et suiv.
(3) Le mot iTmà; est mentionné par Aristote, Polit., II, 9, 4 (1274' 21) ; Plutarq,, Solon, 18; Pollax, VIII, 130 et 131 ; HésychiusetHarpocration, cf. iTcità;; Etym. m., cf. U^Yt^tov; Harpocration renvoie à Isée, VII, 39. Cf. Sauppe, Philol, XV, p. 73 et suiv. -, Gilbert, Uandb., 348, n. 3.
(4) Xén., Mém., III, 1, 4,
Ainsi s'expliquent les faits, dans lesquels Hermann voyait des arguments décisifs. Il y a des citoyens qui sont tantôt triérarques et tantôt cavaliers ; les citoyens riches ne sont pas chaque année triérarques; les années où ils ne sont pas soumis à cette liturgie, ils tombent sous l'obligation du service militaire, comme tous les citoyens; ils peuvent alors être enrôlés soit comme hoplites, soit comme cavaliers. C'est ainsi que Midias (1), qui a été triérarque , a pu aussi être cavalier ; c'est ainsi qu'Alcibiade (2), qui appartenait à la première classe, a pu être tantôt hoplite, tantôt cavalier; les exemples de ce genre abondent (3).
La division des classes a servi longtemps pour le recrutement de l'armée. Au cinquième siècle, au quatrième, c'est toujours dans les trois premières classes seules que doivent être pris les hoplites ; les thètes régulièrement ne servent que sur la flotte comme matelots ; c'est par exception qu'on les emploie comme hoplites (4), comme c'est par exception aussi que les citoyens des trois premières classes servent sur la flotte. Lorsqu'au moment de la révolte de Lesbos les Athéniens furent menacés d'une invasion des Lacédémoniens, ils ne voulurent pas rappeler la flotte qui était devant cette île; ils armèrent une nouvelle flotte de cent vaisseaux « qu'ils montèrent eux-mêmes, avec les métèques; les ca- » valiers et les pentacosiomédimnes furent seuls exemptés (5). » Dans ce texte, il est bien certain que le mot ÎTntîîç désigne les citoyens de la deuxième classe , comme le mot 7revTaxocno|xeSt(ji,vot désigne ceux de la première; comment interpréter ce texte si l'on accepte l'explication de Hermann ? Après les désastres de l'expédition de Sicile , on fut obligé aussi de prendre les épibates ou soldats de marine parmi tous les hommes inscrits sur les catalogues, c'est-à-dire parmi les citoyens des trois premières classes (6). Quant à cette flotte de cent dix vaisseaux qu'on arma
(1) Démosth., c. Mid., 162 et suiv.
(2) Voir plus haut, p. 3.10.
(3) Isée (V, 42), mentionne dans la même famille un stratège, un triérarque, un phylarque. Il dit encore (VI , 5) : « èxtvSOveue xat iTrueùç (jtpaTeuoixevoç xai TptYJpapxo; TToUàxiç èxTrXéwv. » Exemples de cavaliers passant dans les hoplites et réciproquement, cf. Lysias, XIV, 10; XVI, 13.
(4) Bœckh, Staats., I, 361, 650 ; Schomann, Gr. Alt., I , 350, 448 ; Gilbert, Handh., 305 ; K.-F. Hermann, Staatsalt., § 108, 15 ; E. Curtius, Hist. Gr., III, 89.
(5) Thuc, ni; 16, l : 'ETcXiQpwcjav vaOç éxa-rèv effêàvie; aOxoC xe TrXTJv ÎTritétov xai 7C£VTaxo(jtoiJL£Ô([Jiva)v xai ol (xéroixot.
(6) Thuc, VIII, 24, 2 : ET^ov ô'èTCiêaTaç tcov ôtcXitûv èx xaxaXoYOU àvayxacr- Touç. De même, VI, 43, 2. Pour ce qui concerne la question du catalogue, vois: le ch. V.
dans trente jours pour aller porter secours à Gonon bloqué dans Mytilène par Gallicratidas, on en forma les équipages en prenant indistinctement les hommes libres et les esclaves qui étaient en âge de servir ; on prit même cette fois beaucoup de cavaliers (1).
A côté de ces faits , l'épigramme d'Anthémion s'explique tout naturellement. Ce personnage appartenait à la quatrième classe ; il s'enrichit et passe alors de la quatrième dans la deuxième classe; de thète il devient cavalier. Dans sa joie, il consacre sur l'Acropole un monument représentant un cheval à côté de son cavalier (2).
Le système de Hermann fut adopté par un certain nombre de savants (3); cependant déjà, Westermann (4) avait signalé, avec beaucoup de bon sens , une partie des vices du système ; à l'hypothèse aventureuse de Hermann, il opposait cette explication de Bœckh, véritable intuition d'un homme de génie, qu'Hermann se plaisait à réfuter (5) : « la masse des citoyens obligés au ser- » vice comme hoplites était les zeugites ; au-dessus d'eux étaient » les chevaliers, ils servaient dans la cavalerie ; quant aux pen- » tacosiomédimnes, ils devaient fournir des triérarques (6). »
Ainsi tous les citoyens riches peuvent être enrôlés dans la cavalerie (7) ; Xénophon recommande même à l'hipparque d'enrôler d'abord les plus riches, afin que les autres n'aient pas d'excuse à alléguer (8). L'hipparque choisissait (9) donc ses hommes parmi
(1) Xén., HelL, I, 6, 24 : 'E^riflGOLvzo poriôeiv vauaîv éxarèv %cd ôexa, è<Têtêà!^ovT£ç Toùç £V T^ •;?iXixiqc ôvxaç éÎTcavTaç xai ôoOXouç xai èXeuôepouç v.où uXYipwaavxeç xàç ôexa xai ÉxaTov ev xptàxovTa T^(xépaiç àu^pav, etcreêviaav 6è xal x&v ÎTCTréwv ttoXXoî. »
(2) Poil., VIII, 131 : 'AvOejxCwv ôè ô Ai<piXou xaXXwTtt'CeTai 6i' eTttypàjxfxaTOç ôrt àuè Toù 6y)TixoO xéXouç elç tt^v ÎTruàSa (xeréaTio , xai eUtov èativ èv àxpoTCoXei Ï%izoq àvôpi TcapeCTTYixwç • xat to £7rtYpa[ji,(xa,
At(piXou 'Av0s[JLiiov Tovô' ÏTTTTOv ôeoîç àvé8Y]xe ,
6ï]Tixo\J àvTc TÉXouç iTTudcô' à(ji,ei4'à(Ji.evoç.
(3) Frohberger (éd. de Lysias, II, p. 4, n. 26) ; Th. Kock (3° éd. des 'iTrir^ç d'Aristophane, § 24); surtout Bake {Mném., VIII, p. 224).
(4) Encyclopédie de Pauly, tome III, p. 1346 et suiv.
(5) De eq. a«., p. 13.
(6) 5«aa«s., I, p. 650.
(7) Xén., Hipparch., 1, 9 et 11; Ilepl Itcttix^ç, II, 1 ; Dinarque, c. Philoclès, 12; PoIIux, VI. 197, et VIII, 131.
(8) Xén. , Hipparch. , I, 9 : « Toùç pièv toivuv tTTTtéaç ôtjXov Ôti xaSiffràvai 6eï xaxà TÔv v6(i,ov toùç Suva-cwTàxouç xat xçiiixadi xat CTfofxaatv ^ elffàYovTa elç Sixaa- TT^ptov ^, ueiôovTa. 'Eyo) 6è olfxai elç (xàv tô StxaoxT^piov toutou; elaaxxeov elvat ouç {Ji^i eladcYtov cxv xtç ôtà xépSoç ôoxoiïi touto uoieïv - xat yàp Totç ^ttov ôuvaixévoiç eù- Çùç àv eXy\ àuoCTTpoçin, si [lii toùç ôuvaTWTàxouç TrptoTouç àvayxà^otç. «
(9) Lysias, XVI, 13 : « Tira 'Op6o6oùXou xaxeiXeytJ^^yoç iTrueueiv. »
ceux qui lui paraissaient réunir les conditions exigées par la loi. S'ils refusaient , il les citait devant les tribunaux (1) ; Hermann (2) suppose que c'était là le cas le plus fréquent, parce que Xénophon le mentionne en première ligne; mais, en disant qu'on doit d'abord enrôler les plus riches, pour enlever toute excuse aux autres, Xénophon laisse entendre que ces plus riches peuvent ne pas résister à l'hipparque et « on ne voit pas pourquoi une décision juridique pourrait être provoquée quand elle n'était pas nécessaire (3). » C'est surtout par la persuasion que Xénophon recommande d'agir auprès des jeunes gens ; l'hipparque leur montrera tout ce qu'il y a de brillant dans la cavalerie; il leur en inspirera la passion ; généralement, ces démarches de l'hipparque étaient suffisantes : les jeunes gens riches dans Athènes ont eu toujours la passion de la cavalerie. Il était plus difficile de vaincre la résistance des pères de famille ou des tuteurs. Cette passion des jeunes Athéniens pour les chevaux est un des thèmes favoris de l'ancienne comédie ; bien des pères , dans Athènes , ont dû pousser les plaintes qu'Aristophane , dans les Nuées^ fait débiter à Strepsiade ; la passion des chevaux , cette maladie terrible à nourrir (4), a amené souvent des désastres pareils à celui qui accable ce pauvre Strepsiade. On comprend donc que les pères et les tuteurs aient souvent résisté , qu'ils aient montré une vive répugnance à voir leurs fils ou leurs pupilles enrôlés dans un service. qui ne pouvait que favoriser des penchants si dangereux. Xénophon conseille à l'hipparque d'essayer de les persuader en leur disant que leurs enfants, s'ils ne sont pas enrôlés par lui, le seront par d'autres, à cause de leurs richesses ; que lui du moins les détournera de ces folles et ruineuses dépenses auxquelles la passion des chevaux entraîne les jeunes gens ; enfin qu'il en fera bientôt de bons et d'habiles cavaliers (5). Ici encore la comédie
(1) Xén., Hipparch., loc. ciL
(2) De eq. att., p. 22 et suiv.
(3) Je résume la réfutation qu'Hermann Sauppe a faite de l'explication de Hermann, cf. Philologus, XV (1860), p. 71.
(4) Nuées, 243 :
Nous reviendrons sur cette scène dans le livre IV, ch. III.
(5) Hipparch., I, Il : « "Eti Se xal outioç àv [xot Soxeï tiç véouç [xèv xà Iv luwix^ XajJLTTpà Xéywv eîç £7ti8u[jLiav xaôicrTàvai toO Itctceueiv , toù; 5è xypiouç aÛTÛv ^ttov àvTtxetvovTaç ix^iv, ràôe 6i6àaxwv wç àvaYxaa6i^aovTai (xèv iTiTtOTpoipEÏv , >^v jai^ uirà (joO, ÛTr'dcXXou , 6ià rà xp^axa • i^v ôè è%l aoO àvaêioaiv, tbç àTroo-xpé^'eiç jxèv toù; naïSaç aÙTûv tûv uoXuxeXôiv xe xal {xavixôiv iTTTrœviôv , è7rt{jLeXY)aet 6è tbç &v Taxî»
peut nous servir à commenter Xénophon; Aristophane (1) nous montre des pères de famille bavardant dans les boutiques des barbiers et se plaignant de l'hipparque Dieitréphès qui a donné, disent-ils, des ailes à leurs fils, qui en a fait des cavaliers.
On le voit, c'est surtout sur les jeunes gens que compte Xénophon pour recruter la cavalerie. En effet, le cavalier est le plus souvent représenté comme un jeune homme : Gléon, dans la comédie d'Aristophane (2), se plaint au peuple d'être attaqué par un charcutier et par des jeunes gens, c'est ainsi qu'il désigne les cavaliers ; Thucydide les désigne aussi sous ce nom (3) ; Tsocrate, traçant le tableau d'une éducation idéale que doit surveiller' l'Aréopage, dit qu'il y a trois obligations qu'on doit imposer aux jeunes gens riches : apprendre l'équitation, la gymnastique, la science (4) ; ce qui convient à l'homme libre, dit Platon (5), c'est la gymnastique et l'équitation ; le jeune Dexilée , cavalier qui fut tué dans la guerre de Gorinthe, n'avait que vingt ans (6) ; Alcibiade n'en avait que vingt-quatre lorsqu'il servait comme cavalier à la bataille de Délion (7).
Le sentiment public était ici d'accord avec la loi : il imposait au riche jeune et valide le devoir d'entretenir un cheval et de servir dans la cavalerie ; s'il ne le faisait pas , on lui faisait un reproche de sa mollesse , de son peu de zèle pour le service public : a c'est assurément un bon éleveur de chevaux , » dit ironiquement l'adversaire de Phénippe (8) ; « c'est un homme qui
lizTziY.ùX ■^iyvoi'jxo. » Je n'accepte pas la correction de F. Kûhl { Bemerkungen , p. 401), supprimer aùrûv après iiaïôaç.
(1) Oiseaux, 1442 :
Aeivwç yé (jLou t6 jji,£ipàxiov AtetTpéipYii; XéYwv àveuTéptoxev (Ïxtô' ÎTTTïYiXaxeïv.
(2) Eq., 731 :
Aià orè TUTCTOfxat ÛTtà TOUTOU i xat TÔv veavtffxtûv.
(4) Aréopag. (VII), 45. D'après Isocrate , les jeunes gens pauvres doivent se livrer à l'agriculture et au commerce. Cf. [Aristote],B/i^<or. à Alexandre^ XXIX, 5 (1437).
(5) Lâchés, 182; cf. aussi Plut., Themist., 5, voir p. 171.
(6) Kumanudis, 'Euiy. èTciTuixê., n° 540 ; voir plus loin , chap. X.
(7) Voir p. 310, n. 6.
(8) [Dém.] , c Phénippe , 24 : « *l7t7roTp69o<; àyaOoç è^Tt xal çdoTtfxoç &xe véoc xal 7rXou(7ioç xal lo-^upôi; ûv. Ti toutou (xéya (7Yi[xetov; à7roS6{ji,£voç tôv ito- Xe(i.iaTTQpiov l'uTTov xaTaêlêyixev àirà tûv Ïtctcwv, xat àvT* èxeivou <ixfl\>'Oi. auTôi T7i>txoÙTo; (ôv èwviriTat, tva \Ki] tzsX,içi TropeuiQTai • ToaauTYiç outo; rpu^^ç èffTi (/.eaTo;. »
» aime l'honneur, lui qui est jeune^ riche et robuste. En est-il une » meilleure preuve? Il a vendu son cheval de guerre, il est sorti » du corps des cavaliers, puis il a acheté une voiture, pour ne » pas aller à pied, à son âge, tant il est plein de mollesse. » Il y avait cependant des hommes âgés dans le corps des cavaliers; et, ce qu'il y a de surprenant, cela n'arrivait pas seulement parce que les hommes avaient vieilli dans le service (1), mais aussi parce qu'on enrôlait parfois des hommes d'un âge avancé (2); il fallait leur apprendre la mise en selle, ce qui n'était pas facile, comme nous le verrons plus loin.
On peut être riche , avoir le cens nécessaire pour être de la classe des pentacosiomédimnes ou de la classe des cavaliers , et cependant être dans l'impossibilité de servir dans la cavalerie ; dans ce cas , celui qui ne peut acquitter cette liturgie sur sa personne, ffco{jt.aTi , l'acquitte sur sa fortune, xp7][xa(7t.
C'était l'usage pour les riches dont le corps était invalide, ou bien de donner de l'argent , ou bien d'armer eux-mêmes à leurs frais des citoyens pauvres qui leur servaient, on peut dire, de remplaçants ; ces remplaçants on les prenait le plus souvent dans son dème (3). Il y avait là, pour les citoyens riches hors d'état de faire leur service militaire, une obligation d'autant plus forte que même les riches qui étaient valides, même ceux qui allaient combattre se faisaient un devoir d'aider les citoyens pauvres de leur dème à compléter leur équipement , à acheter les subsistances , à se procurer enfin tout ce qui était nécessaire en campagne (4).
Un tel usage était aussi pratiqué pour la cavalerie; c'est ce qu'on peut conclure d'un passage de Xénophon (5) relatif à une reconstitution de la cavalerie athénienne, dont l'effectif se trouve très réduit. Xénophon veut la compléter à l'effectif normal de mille cavaliers, et, pour cela, il propose de lever deux cents cavaliers mercenaires ; la dépense pour l'achat des deux cents chevaux devra être supportée en partie par ces irXoucrioi hors d'état
(1) Xén., HipparcL, I, 2.
(2) Ihid., I, 17; IT, 3 ; voir, sur la mise en selle, le chap. X.
(3) Lysias, XXXI, 15 : a TTroXeiueTai xotvuv aOrt^ Xéyeiv tb; xtp [xèv (Ttû|xaTi 6i* àffôeveiàv xiva Y£vo(JLévYiv àSuvaxoç xareaTY) po7i6^crat eiç tov Ileipaiâ , àu6 ôè tûv (»7capx6vTtov èTcaYY£t>à(jLevoç aOxo; ^ XP^^J"-*^"^' eîo"eveYX£Ïv elc xà uX^ôo; xb Ofjiéxepov 9i ôuXicrai xivàç xûv éauxoO ôyi[ji,oxâ)v , coaTcep xal àXXoi ttoXXoI xûv ttoXixwv aùxoi où 6uvà(ji,evoi Xeixoupyeîv xoïç (7W[xa<Tiv. »
(4) Lysias, XVI, 14 ; cf aussi XII, 20.
(5) Hipparch., IX, 5.
320 LES CAVALIERS ATHÉiNIENS.
de servir eux-mêmes : « Eîç Se Tt(j(,y)v twv tiTTrcov vo(jt.iÇw àv aûtoï; j^pv^- [jt-axa uTiap^at xal Tcapot tô5v ccpoSpa à7t£)(0(ji,lviov (A'^ Ititcsueiv, éixt xal oTç xa- 6icrTy)(Ti To ÎTTTnxov eôsXouo-i TsXetv àpyyptov wç (x-iri ÎTîTreustv , 7:apà TrXouaiwv yg, àSuvôcTcov Se xoTç (7(0|i.aai , oio{jt.at Se xal Trap' SpcpavôSv xûv Suvaxouç oixou; ej(ovxa)v. »
Ce texte de Xénophon a donné lieu à de nombreuses discussions; Bœckh, K.-F. Hermann, J. Bake, Sauppe, Fr. Rtihl s'en sont tour à tour occupés (1). L'explication de Bœckh, qui voyait, dans les mots rapprochés par erreur xo ÎTTTttxov xeXcTv, une sorte d'exonération du service militaire, a été réfutée par Bake; mais d'autre part, c'est à tort que Bake suspectait (2) l'expression xeXe"tv àpyupiov; Sauppe a fourni des exemples (3) qui justifient l'emploi de cette expression. On ne peut contester que le passage Hxi xa( — (xvi Î7r7:£U£tv ne soit corrompu ; une altération semble certaine au moins pour le mot xaôtaxyiat ; Budée avait conjecturé oTç xaôiixst, Hermann xolç xaÔKjxaat, ceux qui forment le corps des cavaliers, les hipparques. On peut interpréter ce texte de deux façons; on supprime, avec P.-L. Courier et Bake, la phrase altérée 6xi xal — fx^ ÎTCTreueiv et on n'admet que deux catégories de contribuables pour la cavalerie : les riches qui sont invalides et les orphelins mineurs qui sont riches; ou bien, avec Sauppe, on accepte la correction de Hermann, on la complète en changeant éixi en éixe et on admet trois catégories de contribuables : 1° les riches qui sont valides , mais qui éprouvent de la répugnance à servir dans la cavalerie; 2° les riches qui sont invalides; 3" les orphelins mineurs qui sont riches.
Les raisons, que Bake a fait valoir en faveur de son opinion sont assurément sérieuses ; le passage qu'il supprime est évidemment altéré ; cette suppression a l'avantage de faire disparaître aussitôt une assez grosse difficulté. Admettre que les citoyens riches ont pu se soustraire au service militaire en donnant de l'argent , c'est-à-dire admettre que l'exonération du service militaire a existé dans Athènes, c'est certainement commettre une erreur ; c'est seulement pour les riches dont le corps est invalide qu'il
(1) Bœckh, Staats., I, 658, note a ; K.-F. Hermann, De eq. att., p. 25 et suiv.; Bake , Mnemosyne , VIII (1859) , p. 225 et suiv. ; Hermann Sauppe, Philologus, XV (1860), p. 74 et suiv. ; Fr. Rùhl, Zeitschr. fur die œsterr. Gymnasialw., XXXI (1880), p. 410; Lejeune-Dirichlet, De eq. att., p. 3 et suiv. Voir, en outre, sur ce passage la note de la grande édition L. Dindorf, Xenophontis opuscula politica.
(2) « Quis umquam dixit àpyuptov xeXeïv ? » Bake, op. laud., p. 227.
(3) Deux exemples dans Platon, Protagoras, 311 , B et C.
existe quelque chose d'analogue à des remplacements ; comme le dit Bake (1), on ne peut prouver par un seul exemple qu'on ait pu , par de l'argent, s'exempter du service militaire ; l'argumentation du savant hollandais subsiste encore après les critiques de Sauppe.
Mais , s'il ne peut être question ici d'une mesure autorisée par la loi , rien n'empêche d'y voir une pratique extralégale. Les irrégularités sont de tous les temps et de tous les régimes ; nous savons, par de nombreux témoignages, qu'elles se produisaient fréquemment dans Athènes pour tout ce qui concerne le service militaire. Le catalogue des levées était composé d'une façon arbitraire (2) , les citoyens des dèmes ruraux y étaient inscrits plus souvent que les habitants de la ville (3) ; Lysias (4) nous montre les stratèges fermant les yeux sur la conduite d'Alcibiade le jeune , qui abandonne le poste où il a été ]3lacé par la loi ; rien de plus curieux que les ruses imaginées par Midias pour se dérober au service (5). Enfin , ces mots de Xénophon sont significatifs quand il recommande à l'hipparque d'enrôler d'abord les plus riches pour qu'on ne puisse pas l'accuser de les avoir négligés dans un but intéressé , Bik xep- So; (6).
Dans la cavalerie, de telles irrégularités devaient être d'autant plus fréquentes que , si ce service offrait des avantages en temps de guerre , si alors il était le plus souvent moins dangereux que le service dans la grosse infanterie , en temps de paix au contraire, il offrait, bien des ennuis. Quand la guerre était terminée , que la paix était conclue , l'armée était licenciée , et l'hoplite se trouvait, momentanément du moins, libéré du service. Il n'en était pas ainsi pour le cavalier; son service continuait, jnême en temps de paix; nous verrons combien était imparfaite l'école d'équitation de cette époque ; l'instruction du cavalier était chose longue et difûcile ; des exercices répétés
(1) Bake, op. laud., p. 226 : « Redimendae militiae, aut cuiuscumque demum muneris aut oneris , exemplum et auctoritatem in tôt veteris historiae Atheniensium raonumentis neque ipse repperi , neque facile quemquam allaturum esse puto : multo etiam minus reperietur hoc , ut eiusmodi pecunia , quod tamen necesse esset propter verbum teXeiv, in aerarium fuerit illata. »
(2) Aiistoph., Eg., 1369.
(3) Aristoph., Pax, 1179.
(4) Lysias, XIV. 21.
(5) Dém., c. Midias, 161 et suiv.
(6) Hipparch., 1 , 10.
étaient nécessaires ; il fallait très souvent , à l'appel de l'hipparque ou du phylarque , se réunir et aller manœuvrer (1). Tous ces ennuis, on les sentait peu quand on était jeune; le désir de briller , de faire parade de son luxe les faisait vite oublier; mais l'âge venait, on n'était plus sensible qu'aux incommodités , aux fatigues du service ; parfois même on n'attendait pas que l'âge fût venu pour faire comme le jeune Phénippe, vendre son cheval et sortir de la cavalerie (2). Tous ces faits , sur lesquels nous reviendrons et que nous examinerons plus longuement (3), nous montrent que les irrégularités n'étaient pas chose rare dans Athènes et qu'il était possible à des citoyens riches et influents de se soustraire à un service que la loi leur imposait.
Nous croyons donc, avec Sauppe, que, dans le passage de VHipparchicos^ Xénophon indique trois catégories d'individus qui devront contribuer de leur argent à monter les cavaliers mercenaires et qu'il met en première ligne les citoyens riches qui sont valides , qui pourraient par conséquent être incorporés dans la cavalerie , mais qui désirent se soustraire à un service pour lequel ils éprouvent de la répugnance ; ils peuvent parvenir à s'y soustraire , seulement c'est par une mesure extralégale , c'est par une sorte de compromis, d'arrangement entre eux et l'hipparque. Nous verrons (4) que cet officier a en réalité pleins pouvoirs pour former sa cavalerie ; il recrute ses cavaliers comme le chorège fait des choreutes. Il prend d'abord les plus riches parce que la loi le lui ordonne et qu'il a intérêt à avoir des cavaliers richement équipés ; mais souvent il peut se heurter à un mauvais vouloir bien déterminé. Dans Ja démocratie athénienne, il n'était bon pour personne de se faire des ennemis parmi les riches et les puissants ; en pareille circonstance, c'était généralement l'hipparque qui cédait, qui, pour ménager un citoyen influent, ne lOi portait pas sur le catalogue de la cavalerie , ce qui était un sujet de plaintes pour les autres (5). Xénophon pense qu'on peut tirer parti même de ce mauvais vouloir ; on pourra épargner au récalcitrant un service qui lui répugne; mais il contribuera de son argent au bon entretien de la cavalerie ; il contribuera même plus que les autres, puisqu'on lui fait un passe-droit. Le rapproche-
(1) Voir chap. X.
(2) [Dém.], c. Phén., 24.
(3) Cf. le chap. X.
(4) Voir p. 329, n. 7.
(5) Xén., Hipp., I, 10 : « Kat yàp toT; ^ttov 8uva}ji,évoiç eù6ùç àv 6'(tj àTcocTTpoçi^j El (JLT^ Toù; SuvaxwxàTou; itpwTOu; àva^xàÇotç. »
ment établi par Sauppe entre ce passage de VHipparcJiicos et celui des Helléniques (1) où Xénophon raconte de quelle façon Agésilas a monté en Asie un corps de cavalerie, nous paraît très juste ; Xénophon est un cavalier trop expérimenté , il a trop la passion des choses de la cavalerie pour ne pas estimer, lui aussi , qu'il y a tout avantage , comme dit Homère (2), à remplacer un mauvais cavalier par un bon cheval.
Même avec cette explication, il nous est impossible d'accepter la restitution de ce passage telle que la donne Sauppe : 8ze xal To*t; xaôiffxafft To ittttixov xtX. La tournure oxs... lôeXouac ne convient pas ici ; de plus la correction de Hermann , xolç xaôtaxaat pour o!ç xa6i(7X7)at, ne s'explique guère ; la mention des hipparques n'est ici nullement nécessaire.
Nous croyons qu'il y a dans ce passage une double altération. Presque tous les critiques en admettent au moins une, qui porte sur les mots oTç xaôiaxviat xo tTTirixov : Bake a montré (3) ce qu'une telle expression avait d'insolite ; on dit xaGtaxavat xtvà iTUTiea , xaGtaxavat xtv3t eîç xb iTTTctxov et non xaôtaxàvai xivl xo ÎTTTitxov. Nous voyons dans ce membre de phrase une glose qui a été introduite dans le texte après qu'une première altération a jeté de l'obscurité sur ce passage ; cette première altération se trouve pour nous dans le mot éixt, à la place duquel nous croyons qu'il y avait sXci ; la confusion entre deux abréviations comme celles de ^xt et de ehi s'explique tout naturellement. Nous restituons donc ainsi tout le passage ; « Eîç Bk xi\L^\) xwv nrTTtov vojxtÇo) àv auxoïç )(^p7i[jiaxa UTrap^at xal irapot xwv (TfpdSpa aTTS/^OfjLEVWv [at] Î7ï7t£uetv, sifft xal ot eôeXouffi xeXéïv àpyuptov wç (xyj ÎTCjreuetv, xal (4) uapà TrXouaitov [xev ys (5), àSuvàxcav Se Toiq artofxaatv, oio\loli Se xal Trap' ôpcpavwv xûv Suvaxouç oixouç £j(^ovx(OV. » « Pour l'achat des
» chevaux , je pense que ces cavaliers pourront obtenir de l'ary> gent, et de la part des citoyens qui montrent la plus grande ré- » pugnance pour la cavalerie, il y en a en effet qui sont prêts à » donner de l'argent pour ne pas servir dans la cavalerie , etc. » Pour ce qui concerne la mention des orphelins dans ce texte , nous admettons l'explication de Sauppe ; Lysias (6) dit que les
(1) III, 4, 15 ; cf. Agésilas, I, '-23 ; voir aussi Tite-Live, XXIX , 1.
(2) II, XXIII, 295; Plut., Agésilas, 8; Lect. des poètes, II.
(3) Op. laud., p. 227. — II y a d'ailleurs divergence sur ce mot dans les manuscrits, le ms. V donne xaôiffTYiç.
(4) Ce mot , retranché naturellement par Bake , manque dans le ms. L ; il est donné au contraire par V.
(5) Fr. Rûhl, op. laud., p. 411.
(6) XXXII, 24 : « Ouç ii itoXiç où ^tovov Traîôa; ôvxa; àxeXeïç èTCOiridev, àXXà xaî,
orphelins sont exempts de toutes les liturgies non seulement pendant leur minorité, mais encore pendant l'année qui suit la déclaration de leur majorité ; on ne peut donc pas légalement les obliger à donner de l'argent pour la cavalerie ; Xénophon, dit Sauppe (1), compte sur la (piXoTi[jt,ia des orphelins riches. Nous voyons, ^n effet, par de nombreux exemples, qu'on mettait son honneur à ne pas profiter des immunités accordées par la loi ; c'est ainsi que Démosthène (2) parle d'un citoyen riche qui ne s'est pas contenté, comme la loi le lui ordonnait, d'équiper à ses frais une galère, XetToupYe^v )(p->][i.a(ri , mais qui, malgré de nombreuses infirmités, a encore voulu la commander et prendre sa part des périls publics , XeiToupYsiiv ŒtofAaTi. Nous verrons qu'à Gorinthe et à Rome ce sont les veuves et les orphelins riches qui sont chargés de faire les frais pour l'entretien de la cavalerie (3).
Ainsi, pour résumer tout ce qui a trait à l'enrôlement de la cavalerie, ce sont les hipparques qui, avec l'aide des phylarques, choisissent les citoyens qui leur semblent propres au service. Chaque année, les deux hipparques qui entrent en charge constituent à nouveau le corps des cavaliers, mais ils le font avec les éléments déjà existants ; c'est ainsi que des Athéniens ont pu rester très longtemps dans la cavalerie, faire même dans cette arme tout leur service militaire. La loi sur le recrutement, citée par Xénophon, n'est pas l'ancienne loi de Selon ; elle a été rédigée lorsque la cavalerie a été réorganisée , au milieu du cinquième siècle. Cette loi fixait l'effectif de la cavalerie à mille hommes ; elle ordonnait de les prendre parmi les citoyens les plus riches et les plus robustes ; cette loi ne faisait que généraliser , qu'étendre une pratique déjà en usage; d'après la loi de Selon, les cavaliers pouvaient être pris non seulement dans la deuxième mais même dans la première classe , comme les hoplites étaient pris non seulement dans la troisième mais dans la deuxième et dans la première classe ; la loi nouvelle ordonna seulement de prendre les cavaliers parmi les riches ; peut-être même fixait-elle un minimum de fortune ; en tout cas, la deuxième classe, avec un cens, un Ti(xyi(xa déterminé, subsista longtemps encore sous
èTceiSàv 5oxi{jLaa6(3(nv, èviauxàv àçyjxev étTcao-tov twv XetToupYitSv. » Cf. Thumser , op. laud., p. 24, note 2 et p. 118; Bœckh, Staats., I, 595 et 621.
(1) Op, laud., p. 76.
(2) C. Midias, 165 : « Où (xi^v NcxTÎpaToç y' outwç ô tou Nixiou, ô àyaTcriTè; , ô (XTcaiç, ô TcavTaTcacriv à<i6 e vi^ç Ttji (jwjxaTi. »
(3) Voir p. 344.
le nom de -^ ÎTruaç. On voit ainsi le rapport qui unit la classe sociale et le corps militaire des cavaliers ; la classe sociale est instituée pour déterminer parmi les citoyens athéniens ceux qui pouvaient être appelés à servir dans la cavalerie ; elle indiquait la fortune minimum que devait posséder un citoyen pour être cavalier ; tous ceux qui avaient ce minimum, qu'ils fussent de la deuxième ou de la première classe, pouvaient être enrôlés.
L'on peut être riche, avoir le cens exigé et cependant être dans l'impossibilité de servir ; le citoyen riche qui n'est pas valide est tenu, puisqu'il ne peut pas contribuer de sa personne, de contribuer de ses biens, XyjxoupYe^ XPV^'^' 5 il arme, il monte à ses frais des citoyens pauvres qui combattront à sa place ; enfin on peut encore avoir recours à lui pour les diverses dépenses qu'exige le service de la cavalerie.