CHAPITRE IV
LA xaTaffTaat;.
Parmi les questions relatives à la cavalerie athénienne , une des plus obscures est certainement celle de la xaxaaraatç (1) ; nous ne la connaissons que par un texte assez court et par l'explication qu'Harpocration a donnée de ce texte. Mantithée a été désigné par le sort pour entrer au Conseil ; quand il subit la dokimasie, on lui reproche d'avoir servi dans la cavalerie sous les Trente , accusation très grave dans un procès de ce genre , où l'on examinait soigneusement si, dans sa vie passée, le personnage qui subissait la dokimasie avait été favorable au peuple. Lysias (2) a écrit la défense de Mantithée : « Quand vous » êtes rentrés dans Athènes » (après l'expulsion des Trente), dit l'orateur , « vous avez porté un décret ordonnant aux phylar-
(1) Voir, sur cette question, Bœckh, Staats., I, 354; K.-F. Hermann, De eq. att., p. 31 ; Lehrhuch, I, g 152, 23; Scheibe , Die oligarch. Umwàlzung^ p. 144 ; Bake, Mnémosyne , VIII, p. 217; Herm. Sauppe, Philologus, XV (1859), p. 69 ; Lejeune-Dirichlet, De eq. att., 14 et suiv.; G. Gilbert, Beitràge zur innern Gesch. der Ath., p. 141; Eandb., p. 307; Ein. Curtius , Hist. Gr., IV, 139. G. Schomann {Griech. Alt.,l,p. 467) est très réservé. Le sens dumotxaTàaTaaiçest très bien défini par Hermann, De eq. att., p. 33, n" 99 : « KaOïaràvai enim verbum solemne est de ipso equitum delectu, sicut et demagistratibus, liturgis aliisque ejus generis hominibus, qui ad aliquod munus non tam nascuntur quam instituuntur : quod si xaTàaxao-iç ab ipsa instituendi actione per raetonymiam ad aliam rem transfertur, certe nihil aliud significare poterit, nisi quod cum institutionis et tempore et ratione arctissime conjunctura est. » On me permettra de rapprocher l'expression qu'emploie Molière, dans l'Avare (acte III, se. ii, au début) : « Je vous établis dans la charge de rincer les verres. »
(2) Lysias , XVI , 6 : « 'Etcsiô:^ yàç xaTT^XOexe , è^'viçtffadôe toùç tpuXàpxouç àTceveY^£iv Toùç iTcireuaavTaç , ïva xàç xaxaffTàaetç àvaupàÇriTS uap' aÙTwv. 'Ejjiè xoCvuv oOôei; àv aTtoSeCÇeiev oùxe àTievexOévra uuô tûv çuXàp^tov oÙTt uapaSoOévta toÏç ctuv- Sixoiç oûxe xaTà(TTa(7iv xaxaêaXovTa. » La correction xaxaêaXovxa au lieu de 7capaXaêovTtt est de Bake {op. laud. , p. 223) ; elle a été acceptée par Sauppe et FrÔhberger.
» ques de mander auprès d'eux ceux qui avaient été cavaliers, » afin que vous leur fissiez rendre les xaraffracisiç. Eh bien, moi, » personne ne pourra prouver ni que j'ai été mandé par lesphy- » larques, ni que j'ai été livré aux auvStxot, ni que j'ai restitué la » xaTocffracrtç. » Ainsi les phylarques sont chargés, par un décret du peuple (1) , de dresser la liste de ceux qui ont été cavaliers soas l'oligarchie ; cette liste sera remise aux auvSixot, qui réclameront à ces cavaliers les xara^Tocastç. Les cruvStxot sont des magistrats extraordinaires institués , après le rétablissement de la démocratie , pour défendre les intérêts du Trésor et faire rentrer les sommes qui pouvaient être dues à l'Etat ; l'institution de cette magistrature extraordinaire avait été jugée nécessaire, après la période de troubles si graves qu'on venait de traverser (2).
Sur ce passage de Lysias , il y a une note d'Harpocration (3). Cette note comprend deux parties : le grammairien cite d'abord le passage de Lysias et c'est d'après ce passage même qu'il explique ce que c'est que la xaTaaxaatç ; il s'exprime du ton d'un homme qui n'est pas bien sûr de la justesse de l'explication qu'il propose ; il paraît, dit-il, que c'était de l'argent que les cavaliers recevaient du trésor public quand ils entraient au service et pour cette entrée au service. Il rapproche du passage de Lysias deux vers d'Eupolis où il est question de la xaTdcdxacnç. Mais, après ces deux auteurs , qui ne lui ont appris rien de bien net , il en mentionne un troisième , le comique Platon ; le passage de Platon , dit le grammairien , est beaucoup plus clair , malheureusement Harpocration n'a pas transcrit ce passage ; il ajoute , il est vrai , ceci : les cavaliers, en sortant du service, restituaient cet argent, qui était alors remis à ceux qui les remplaçaient.
La citation qu'Harpocration emprunte à Eu polis est tirée de
(1) Bake, op.laud., p. 222.
(2) Sur les (xuvStxoi , cf. Harpocration à ce mot (notice reproduite par Suidas et VEtym. M.); Bœckh, Staats., I, 213; Rud. Schoell, Quaestiones fiscales juris attici ex Lysiae orationihus illustratae, Berlin, 1873, p. 5 et suiv. .
(3) « KaTàaTaaiç • Auaiaç « ^'YlÇtcraaôai ôè xoùç çuXàp/ouç c(.TZB^zyy.eXv xoùç iTTueùffav^ Taç îva xàç xaracrTào-eiç àvaTcpà^YiTS Trap' aÙTwv. » "Eoixev àpyupiov eTvai ÔTiep ol xa- TaffxaôévTe; lUTcetç èXàfjLêavov èx xoO ôri[xo(7iou inl x^ xaxaaxàaet, oiciTcep aOxôç ô p-fix(op èv xotç é^yj; 07roayi[xaiv£t. Ilapeix^aivei xoOxo xat EuttoXiç ^iXoiç *
Oûx è(70)cpp6v7]<7aç , w upeaêOxa, xrjv xaxàcrxaatv xyjvSe Xa[xêàvwv dcipvto uplv xal (taôeiv xt^v iTtirtxTQV. ëxi Sa aacpéffxepov Xéyexat èv xœ Çupçaxi IlXàxœvoç. 'ÀTceôiôoxo 8è xô àpyupiov utcô xtSv l7t7t£U<7àvxcov , ôxs àvx'aùxwv ëxepoi xaOïaxavxo * aTt'^xouv ôè aùxè ol çuXap- Xot. » Cf. Kock, Attic. corn., frag., Eupolis, 268.
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la comédie des OiXot ; c'est là un détail important; d'après U. de Wilamowitz-Môllendorfr(l), cette comédie devrait être placée après les Cavaliers et avant les Guêpes d'Aristophane , c'est-à-dire aux Dionysies de l'an 424 ou aux Lônéennes de l'an 423. D'ailleurs tous les faits , que nous connaissons tendent à prouver qu'Eupolis (2) ne vivait plus vers l'an 412. Par là se trouve réfutée l'explication de Bake, supposant que la xaTàorxaat; était un secours qui avait été accordé exceptionnellement aux cavaliers par les Trente. La guerre, dit Bake (3)^ avait causé bien des désastres privés, ruiné bien des familles; un très grand nombre de citoyens avaient été exilés. Obligés de recevoir dans la cavalerie des gens hors d'état de faire face aux dépenses qui leur étaient imposées, les Trente leur votèrent une somme d'argent pour leur permettre de se monter et de s'équiper. C'est cet argent qui fut réclamé aux cavaliers après le rétablissement de la démocratie; on comprend que le peux)le se soit cru le droit d'exiger la restitution d'une somme illégalement accordée. Si la xaTàcxaatç avait été un secours accordé régulièrement tous les ans aux cavaliers, si elle avait été une institution légale , la réclamer exceptionnellement aux cavaliers qui avaient servi l'oligarchie eût été une violation flagrante de la loi d'amnistie votée en 403.
Par le fait que la xaxaaxafftç est mentionnée par Eupolis, cette explication n'est plus acceptable : la xaxocaxaat; existait déjà avant les Trente et tout indique qu'elle était véritablement une institution régulière.
Bœckh, dans la première édition de son livre sur VEconomie politique des Athéniens (4), avait sur ce point accepté l'opinion de Larcher (5), et confondu la xocxaaxaatç avec la solde ordinaire de la cavalerie, avec le aïxoç ou le (xiaôoç ; il avait cru même trouver une mention de ce fait dans un texte épigraphique (6); mais K.-F. Hermann (7) a démontré que ce texte ne se rapportait nullement à la question et qu'il fallait se rallier à l'opinion déjà exprimée par Reiske (8) , définissant le xaTotaxactç ainsi : manupretium, quod militi recens allecto daretur ad comparanda nonnulla expeditioni
(1) Ohservationes criticaein comoediam graecam selectae, Berlin, 1870, p. 50.
(2) Meineke, Hist. crit. comic. graec, p. 106.
(3) Op. laud., p. 220.
(4) Page 269 et saiv. Cf. C. 1. G., 896.
(5) Acad. des inscr., XLVIII, p. 92.