‹ Les cavaliers athéniensChapitre 55 sur 86 · C. /. G., I. 80=C. LA · texte numérisé non relu

C. /. G., I. 80=C. LA

(7) De eq. att., p. 31.

(8) Orat. graec, t. VI, p. 831.

necessaria. Bœckh, en effet, dans la seconde édition de son livre (1), a accepté les conclusions de Hermann.

L'opinion généralement admise aujourd'hui sur toute cette question (2) est que la xaTdcaxacTtç consiste en une somme d'argent que le cavalier recevait du trésor public après qu'il avait subi la dokimasie devant le Conseil ; cet argent était destiné à lui permettre de se monter et de s'équiper ; la restitution de cet argent, imposée aux cavaliers qui avaient servi les oligarques, est un fait exceptionnel , une mesure arbitraire inspirée au peuple par le ressentiment qu'il éprouvait contre ces cavaliers compromis dans les actes les plus condamnables des tyrans. On rapproche de cette mesure l'envoi de trois cents de ces cavaliers en Asie, dans l'armée Spartiate commandée par Thibron ; Xénophon dit que le peuple fut heureux de se débarrasser d'eux de cette façon et qu'il souhaitait qu'on ne les revît plus (3).

Cette manière d'expliquer la xaxàcxaatç repose uniquement sur cette interprétation que l'on donne au passage du discours pour Mantithée : la restitution, imposée aux cavaliers oligarques, est présentée par Lysias comme un fait véritablement exceptionnel et extraordinaire. Il nous est impossible de trouver ce sens dans les paroles de Lysias ; il n'y a, dans ce passage, rien qui dise que cette restitution fût une chose extraordinaire. L'argument le plus sérieux invoqué en faveur de l'opinion que nous combattons consiste à dire que, si la restitution de la xaxaaxaatç avait été une mesure régulière, un décret particulier du peuple n'était pas nécessaire ; les (7uvStx?)t avaient mission de réclamer tout ce qui appartenait régulièrement à l'Etat; ils auraient, par conséquent, pu agir d'eux-mêmes sans le décret du peuple. Mais le décret du peuple n'a pas pour objet directement la restitution de la xaxaaxaaiç ; il dit seulement que les phylarques devront mander auprès d'eux ceux qui ont été cavaliers sous les Trente. On avait bien le catalogue qui avait été alors dressé pour la cavalerie^ mais on disait que ce catalogue n'était pas exact (4) ; il répugnait d'ailleurs aux Athéniens de prendre même les registres publics pour base d'une action judiciaire (5). Un décret charge donc les phylarques

(1) Page 353, n. h.

(2) Cf. les ouvrages cités (p. 335, n° l) de Bœckh, Sauppe, Lejeune-Dirichlet , Curtius, Gilbert (celui-ci est moins affirmatif dans le Manuel).

(3) Xén., UelL, III, l, 4. .

(4) Voir plus loin, chap. VI.

(5) Voir là-dessus ce que dit très justement M. B. HaussouUier, La vie muni-

LA xaTao-Taaiç. 339

de faire, une enquête et de dresser la liste des anciens cavaliers ; le décret ne dit pas autre chose; les phylarques, leur liste dressée, la remettront aux (juvStxot qui, eux, agiront d'office. En réalité, une partie des raisons de Bake ont une grande valeur. Si la xaTaaxaat; était donnée véritablement aux cavaliers, la réclamer était une chose illégale ; c'était une violation évidente de la loi d'amnistie. Les cas où cette loi a été violée sont en somme peu nombreux. Assurément le peuple garda longtemps rancune aux cavaliers pour leur conduite sous les Trente, et le procès que soutenait Mantithée en est la preuve; mais il ne faudrait pas exagérer les faits. Mantithée dit fièrement que s'il avait été cavalier sous les Trente, il ne le cacherait pas, il demanderait toujours à être jugé d'après ses actes, et il ajoute que, depuis le rétablissement de la démocratie, beaucoup des anciens cavaliers des Trente ont été désignés par le sort pour être membres du Conseil, que beaucoup même ont été élus par le peuple stratèges et hipparques (1). On peut penser que, si la restitution de la xaxaaraatç avait été une mesure exceptionnelle, en présence de cette violation de la loi qui aurait frappé ainsi tout un corps de l'Etat, un ennemi de la démocratie tel que Xénophon n'aurait pas écrit que les Athéniens sont restés fidèles au serment qu'ils ont juré de respecter la loi d'amnistie (2). Dire avec Sauppe (3) que les auvStxot réclamaient un bien de l'Etat , Tt TY)ç TToXstoç, quo l'amuistle ne s'étendait pas à ceux qui possédaient quelqu'un de ces biens, cela est évidemment très juste, mais ne peut être appliqué aux cavaliers ; du moment que l'Etat a donné de l'argent pour faire un service et que ce service a été fait, il n'a plus le droit de réclamer cet argent.

Ce qui a contribué a obscurcir la question, c'est que si, depuis K.-F. Hermann , on a distingué la xaTaaTacriç de la solde , dans les calculs que l'on a faits, on a continué à confondre Tune avec l'autre. Nous examinerons en détail ces calculs dans le chapitre suivant ; résumons simplement ici la discussion qu'ils soulèvent (4) : Xénophon, dans VHipparchicos, dit que la République dépense par an 40 talents pour la cavalerie ; une inscription de l'an 410/9 indique que l'indemnité accordée aux cavaliers

cipaleen ÂUique, p. 20 et suiv. Voir aussi ce que nous disons (ch. YI) sur les catalogues de la cavalerie.

(1) Lysias, XVI, 8.

(2) Xén., Hell. , II , 4, 43 : « Kat ô[x6<ravTeç ôpxouç 9^ [xriv jx^j (jLvviaixaxT^aeiv, Ir. xai vOv ô[KO\i xs TToXneuovTai xal toîç ôpxotç âjjLfxévei à ôrjfxoç. »

(3) Op. laud.f p. 73.

(4) Voir surtout p. 348 et suiv.

pour l'entretien de leurs chevaux, o-^toç tWocç, a coûté à l'Etat environ 16 talents pour quatre prytanies, et, comme l'année athénienne comprend dix prytanies, on trouve ainsi, pour les dépenses du (tTtoç iTTTTotç, dans l'année 410/9, une somme voisine de 40 talents. Il résulterait de tous ces calculs que les 40 talents dépensés par l'Etat pour la cavalerie seraient presque tous affectés au aTxoç I'tc- TTotç, il ne resterait que très peu de choses pour la xaTaaxaatç ; aussi Bœckh , l'auteur de tous ces calculs , était-il forcé d'admettre qu'en effet elle consistait en une somme d'argent peu importante (1). M. G. Gilbert la fixait à trente drachmes (2) ; il prétendait retrouver la xatàffradiç dans ces cinq talents que les cavaliers, d'après Aristophane (3), ont fait rendre à Cléon ; cinq talents divisés entre mille cavaliers donnent bien trente drachmes pour chacun. M. Gilbert ne disait pas que Cléon eût voulu, lui aussi , faire restituer la xaxàffTactç aux cavaliers, mais qu'elle n'était pas encore payée et que le démagogue, en qualité de membre du Conseil, proposait qu'elle leur fût cette fois retenue. Nous reviendrons (4) sur cette explication , qui ne paraît guère acceptable et qui a été abandonnée d'ailleurs par l'auteur lui-même (5).

Quelle interprétation faut-il donner au passage du discours pour Mantithée ? Que faut-il entendre par cette xaTocdTaat; qui fut réclamée aux cavaliers qui avaient servi sous les Trente ?

Il nous semble qu'ici le rapprochement entre Athènes et Rome peut nous être utile. A Rome (6), le cavalier reçoit de l'Etat le cheval ou plutôt l'argent pour l'acheter, aes équestre ; il reçoit aussi l'argent pour l'entretenir, aes hordearium ; Vaes équestre consistait en une somme de 10,000 as (1,000 fr.) versée une seule fois{l); Vaes hordearium était une indemnité annuelle qui s'élevait à 2,000 as (200 fr.) L'analogie avec Athènes est évidente : Vaes hordearium n'est autre chose que le aixo<i l^oiç ; Vaes équestre est

(1) Slaats.f I, p. 355 : « Ein Zuschuss zur Ausrûstung, der jedoch vermuthlich nicht sehr bedeutend war. »

(2) Beitràge, p. 141 et suiv.

(3) Acharn,, 6.

(4) Voir livre IV, chap. II, 3, Rôle politique des cavaliers. 3, Les cavaliers et Cléon.

(5) Au moins M. Gilbert ne mentionne-t-il pas cette explication dans le Handhuch , p. 307 et suiv.

(6) Pour tout ce qui concerne les cavaliers romains, il me suffira de renvoyer à M. Belot, Les chevaliers romains, I , p. 140 ; à Lange, Rom. Alt. , I, 548 et surtout à l'article de M. J.-B. Mispoulet, Des équités equo privato dans la Rev, de Philol., VIII (1884), p. 177-186.

(7) Le censeur donne tous les cinq ans Vaes équestre au cavalier (Lange, loc. cit.)

LA xaxàdTaatç. 341

la xaTctffTaatç. Parmi tous les auteurs dont les œuvres nous sont parvenues, le mot xaradTadiç ne se trouve aujourd'hui, avec cette signification particulière, que dans Lysias, mais la chose elle-même est mentionnée en d'autres endroits : c'est de la xaxaffxaffiç que parle Xénophon quand il dit que les phylarques peuvent faire donner aux cavaliers ce que la loi leur accorde et les obliger alors à s'équiper conformément à la loi (1); le passage, que nous avons expliqué de VHipparchicos (2) et dans lequel Xénophon examine comment on pourra subvenir aux dépenses que coûtera l'achat des chevaux à fournir aux mercenaires, contient encore une allusion à la xaraffractç.

Nous trouvons dans Tite-Live un fait qui peut être rapproché de celui que rappelle Mantithée dans le discours que Lysias a écrit pour lui. Les censeurs de l'an 542, voulant punir les chevaliers romains à cause de leur conduite réprôhensible en temps de guerre, les condamnèrent à servir dix ans avec leurs propres chevaux : « illis omnibus, et multi erant, adempti equi, qui cannensium legionum équités in Sicilia erant. Addiderunt... ne praeterita stipendia procédèrent iis, quae equo publico emeruerant, sed dena stipendia equis privatis facerent (3). » La punition infligée par les censeurs aux chevaliers a consisté à leur retirer le cheval public, c'est-à-dire l'indemnité qu'ils recevaient pour l'achat et l'entretien de ce cheval. « En d'autres termes, ils furent chassés des dix-huit centuries, et, en même temps, ils supportèrent une sorte de peine pécuniaire consistant dans les frais d'achat et de nourriture du cheval (4). »

Que s'est-il passé dans Athènes ? Les cavaliers enrôlés par les Trente touchent la xaxaffxaatç, se montent et s'équipent. Ces cavaliers sont les partisans les plus dévoués de l'oligarchie ; c'est à

(1) Nous corrigeons le texte de ce passage, Hipparch., I, 23 : « Auvatoi S'elal (id est ol çuXapxot) xai xà èv Tîjj v6{jl({) ôuXidai xai dcveu toù aOxol Sauavàv, xtj) (JLt(j6i^ èuavayxàiiovTeç xarà tov v6[jlov Ô7cXiÇsa6at. » Le passage est évidemment corrompu : Brodaeus proposait d'écrire Ôuvaxoi S'eicrl xaxà Ta èv xq) vcp-tp xtX. Nous avouons ne pas comprendre ce que signifient les mots xai xà èv xtô vofxo) (ou xaxà xà èv xq) vofxw avec Brodaeus) ôuXtcrai à côté des mots ÈTiravaYxàîJovxeç xaxà xov v6[jiov ôuXtî^eaôat. Nous croyons qu'il faut garder la leçon des manuscrits xat xà èv x(p vo^lo) et changer seulement ÔTzliacci par izopiaa.i. Nous verrons (v. les chap. VIII et X) que les officiers de la cavalerie sont obligés d'intervenir assez souvent pour faire payer à leurs hommes la solde qui leur est due. Sur l'expression xà èv xto v6[X(î> cf. Classen, Thucydide, V, 49, I.

(2) IX, 5 ; voir la discussion sur ce passage, p, 319 et suiv.

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