L EFFECTIF DU CORPS DES CAVALIERS
Nous avons vu (1) que l'effectif de la cavalerie athénienne fixé à quatre-vingt-seize hommes par Solon , porté à cent par suite des réformes de Glisthène, se trouvait élevé à mille avant le commencement de la guerre du Péloponnèse ; nous avons discuté la valeur des témoignages d'Andocide , d'Eschine et du scoliaste d'Aristophane sur le développement de la puissance militaire d'Athènes ; il nous a paru que ces témoignages ne méritaient pas notre confiance.
Le commencement de la guerre du Péloponnèse marque le moment du plus grand développement (2) de la puissance militaire d'Athènes. Les hommes d'Etat qui dirigent alors les affaires ont prévu la guerre et l'ont préparée ; le grand système de fortifications qui enveloppe à la fois Athènes et le Pirée est terminé ; une réserve métallique des plus considérables a été réunie et se trouve enfermée dans l'Acropole ; l'armée comprend : 13,000 hoplites pour le service actif en campagne; 16,000 hoplites pour le service des places fortes ; 1 ,200 cavaliers avec les archers à cheval ; 1,600 archers à pied ; enfin une flotte de 300 galères en état de tenir la mer; il y avait là, pour l'époque, un ensemble de forces véritablement formidable.
Ce tableau des forces que possédait Athènes au moment de la guerre, nous l'avons emprunté à Thucydide (3). Il y a dans cette énumération une difficulté concernant le chiffre de la cavalerie ; comment faut-il entendre cette phrase: « Périclès révéla qu'on avait
(1) Voir p. 1^4 et suiv.
(2) Sous l'administration de l'orateur Lycurgue , Athènes a reconstitué puissance militaire, mais d'une façon moins forte, moins homogène.
1,200 cavaliers avec des archers à cheval (1)? » L'effectif de la cavalerie était fixé par la loi, ô xaxà tov voikq^ àptô[j-oç , dit Xénophon dans le traité sur l'Hipparque (2); et, le même auteur, quelques chapitres plus loin , indique que cet effectif est de 1,000 cavaliers (3) ; c'est l'indication que donnent aussi Démosthëne (4), Philochoros (5). Enfin, pour l'époque de Périclès, nous avons le témoignage d'Aristophane ; dans la pièce des Cavaliers , au moment de se résoudre à attaquer Gléon, le charcutier hésite ; il demande quel secours il peut avoir contre un homme qui est redouté à la fois (6) des riches et des pauvres : « il y a , pour te secourir, lui répond-on, mille braves cavaliers. y> D'autre part, Andocide (7), Eschine (8) et le scoliaste d'Aristophane (9) reproduisent le chiffre de 1 ,200 cavaliers donné par Thucydide. Bœckh (10) pense qu'il n'y a pas là une contradiction et que ce chiffre de 1 ,200 cavaliers se compose, comme le dit explicitement Thucydide, de cavaliers citoyens et de cavaliers mercenaires : il y a 1,000 cavaliers athéniens et 200 ÎTrTcoTo^oTat ou archers à cheval ; comme à côté du corps des hoplites on avait mis un corps de 1,600 archers à ijied, ainsi, au corps du corps des cavaliers, on avait adjoint un escadron de 200 archers à cheval.
L'explication de Bœckh a été généralement acceptée (11) ; nous croyons qu'elle est exacte. Il y avait donc à Athènes une cavalerie de 1,000 hommes à côté d'une infanterie de 13,000 hoplites; Bœckh avait déjà remarqué (12) que le rapport des cavaliers
(t) Ihid.f II, 13, 8 : « ^luTtéaç ô' àTtéçaive Staxoaîou; xal ^CkioMi Ji\jy îtcttoto^o- Taiç. »
(3) IX, 3 : <( <E>yi[xt 8' è-^èa orùv Totç Oeoîç xai t6 uàv Ittuivcôv w6' àv tcoXO ôôcttov èx7t>.Yipw6fîvai eiç toùç x'^'o^Ç luitéaç. »
(4)nepiT(î)V(7U(x[ji,opiâ)v, 13 : « *Opà)v ù(xïv x'^'o^Ç V'^'^ tTCTréaç. »
(5) Hésychius, v. iTrTrrjç (Philoch. , fr. 100 de Millier) : « *tX6xopoç ôè èv xe- TocpTO) etprixe, uore xaxeorxàOYiaav yj.'kioi. Aiaçopà yàp ■^v iTTTréœv Tzlii^r^ xa-rà xpovov 'Aôrjvaioiç. »
(6). V. 225 : « 'ÂXX' eîacv Itcttî}; àvSpeç àyaôot xi\ioi. »
(7) De myst., 7 : « xiXiouç xal Siaxoaiouç Imzéat; xai ToÇoxaç ToaouTOu; éxépouç xaTeaT1^cra[JL^v. »
(8) De falsa leg., 174 : « xtXioyç ôè xai ôtaxoaiouç ÎTCTcéaç xateaTiQcrajjLEv xat to$6taç toaouTouç iTSpou;. »
(9) Eq., 627 : « ... outoi ôè [xexà raOta tv^; ttoXew; uXviôuvôefariç lyévûvTO ôtaxoffioi Tcpoç TOtç y^Ckioiç. »
(10) Staats., I, 368.
(11) Schômann, Gr. Alt., I, 373 et 451 ; Hermann, De eq. ait., p. 35 et suiv. , Gilbert, Handb., p. 305.
(12) Staats., 1, 367. Voici quelques exemples où se trouve en général ce rap-
l'effectif du corps des cavaliers. 3()9
aux hoplites, dans les armées grecques du cinquième siècle, était ordinairement de 1 à 10 ; à Athènes, ce rapport se trouverait donc un peu inférieur : il serait de 1 à 13; le chiffre 1,200 conviendrait donc mieux pour avoir la proportion ordinaire ; enfin, si la trittys est une division administrative qui s'applique à l'armée, ce chiffre permettrait une meilleure division de la cavalerie : 1,200 cavaliers donneraient 120 hommes par tribu et 40 hommes par trittys. Nous avons cru devoir relever ces faits, quoique nous acceptions l'explication de Bœckh. Un passage de Thucydide peut encore être invoqué en faveur de cette explication : les Athéniens (I) perdirent par la peste 4,400 hoplites, c'est-à-dire un peu plus que le tiers de l'effectif de 13,000 hommes ; pour les cavaliers, le nombre des morts s'éleva à 300 , c'est à peu près le tiers, si l'on accepte pour l'effectif le chiffre de 1,000; ce ne serait que le quart, s'il y avait eu 1,200 cavaliers.
La guerre du Péloponnèse porta un coup terrible à la puissance d'Athènes ; les classes aisées furent le plus rudement éprouvées, car elles recrutaient en grande partie l'armée (2). Les défaites de Délion, d'Amphipolis, la ruine de l'armée de Sicile firent de grands vides dans les rangs des hoplites : la cavalerie n'a pas moins souffert ; c'est sur elle que retombait le plus lourd service, quand les Lacédémoniens envahissaient l'Attique; il y eut cinq invasions pendant la guerre d'Archidamos (3). Dans la guerre de Décélie, les Lacédémoniens se sont établis dans l'Attique même; l'invasion est permanente. Thucydide dit qu'il en résulta pour la cavalerie
port : les Béotiens fournissent aux Spartiates un contingent de 5,000 hoplites, 5,000 ^ikoi, 500 cavaliers, 500 àfxiTTTroi (Thuc, V, 57, 2) ; expédition des Athéniens contre les Chalcidiens, 2,000 hoplites, 200 cavaliers (Thuc, 2, 79, l) ; mêmes chiffres pour l'expédition de Nicias contre Corinthe {ibid., IV, 21, 1); expédition contre Mégare, 4,000 hoplites, 600 cavaliers (IV, 68, 4). La proportion des cavaliers est encore plus forte pour le contingent envoyé au secours d'Argos, qui a des hoplites et peu de cavaliers : les Athéniens ont, à la bataille de Némée, 1,000 hoplites, 300 cavaliers (V, 59, 3) ; de même, en Thrace, Oléon avait 1,200 hoplites, 300 cavaliers (V, 2, l) ; pour le siège de Potidée, Hagnon avait 4,000 hoplites, 300 cavaliers (VI, 31,2); Alcibiade enrôle dans Athènes 1,500 hoplites et 150 cavaliers (Xén., HelL, I, 4, 20). Le décret d'Aristide, après Platées, fixait à 10,000 hoplites et 1,000 cavaliers l'armée que les Grecs devaient réunir contre les barbares (Plut., Arist.,1[). Ces chillVes, 10,000 hoplites, 1,000 cavaliers, sont aussi indiqués par Démosthène, De falsa kg., 230 et 266; par Eschine, c. Ctés., 97, etc.