CHAPITRE IX
l'école d'ÉQUITATION dans l'antiquité. — INSTRUCTION DU CAVA- LIER ; l'armement.
La formation d'une cavalerie présentait pour la plupart des peuples grecs des difficultés sérieuses ; on ne fait pas facilement d'un peuple de fantassins un peuple de cavaliers. A voir la répugnance que le soldat grec a très longtemps éprouvée à combattre à cheval , on peut croire que l'usage du cheval monté ne s'est introduit qu'assez tard en Grèce. On n'en trouve qu'un seul exemple dans Homère; c'est lorsque Ulysse et Diomède, après avoir parcouru le camp des Troyenâ, reviennent précipitamment auprès des Grecs (1); dans deux autres passages, le xeXviç , ou cheval monté, sert de comparaison , et le scoliaste observe que le poète ne présente jamais les héros à cheval, si ce n'est en cas d'absolue nécessité , comme dans l'exemple que nous venons de citer de la Dolonie (2).
La course à cheval monté, xsXyiti, est inscrite sur le programme des jeux d'Olympie en 648 , sur le programme des jeux de Delphes en 586; cette manière de se servir du cheval était donc déjà plus pratiquée au septième siècle; mais, d'Homère à Xénophon, l'école d'équitation avait-elle réellement fait des progrès ? On en doute en lisant les deux ouvrages que Xénophon a écrits sur la cavalerie ; on est étonné de voir Xénophon insister longuement sur des points qui sont pour nous des plus simples. La mise en selle nous paraît aujourd'hui la partie la plus élémentaire de l'art de l'équitation; elle présentait pour les anciens des difficultés sérieuses. Les anciens ne connaissaient pas l'usage de l'étrier ; le
(1) Jamais, même dans les concours, II. ^ X, 513. Voici la scolie : « Kélrim [xèv 0Ù6' £v Toïç àyâiCTiv elaây&i xpw(xévou; • vOv ôè 5ià tï^v xptiav. »
(2) IL, XV, 679. Od., V, 370.
corps des cavaliers était recruté généralement parmi les jeunes gens, mais il arrivait aussi qu'on enrôlait des gens âgés, qui même n'avaient jamais été exercés à monter à cheval; pour ceux-là, Xénophon ne connaît d'autre moyen de mise en selle que la mode perse, c'est-à-dire en se faisant enlever par un écuyer (1) ; ce procédé paraît avoir été assez usité , on prévoit quels dangers il présentait en cas de surprise. Les jeunes gens seuls pourront être exercés à s'enlever eux-mêmes; l'hipparque aura soin de leur donner un maître habile (2). On avait imaginé divers procédés pour aider le cavalier ; le javelot avait une petite boucle, une petite saillie sur laquelle on portait le pied pour s'enlever; ce procédé est indiqué par Xénophon (3), et, sur la coupe d'Orviéto, un des personnages tient une lance sur laquelle cette boucle semble indiquée (4) ; un autre procédé dont parle aussi Xénophon consistait à dresser le cheval à écarter les jambes, celles de devant en avant, celles de derrière en arrière, de façon à abaisser sa croupe, afin que le cavalier pût y monter facilement (5). On le voit, la mise en selle était donc chose assez difficile surtout là où l'équitation n'était pas un usage national.
Nous avons déjà parlé des vers dans lesquels le poète comique Mnésimaque (6) représente les phylarques sur l'Agora , près des Hermès, surveillant l'instruction des jeunes cavaliers ; c'est de la mise en selle qu'il est question ; les cavaliers apprennent à monter
(1) nept ÎTCutxyjç, VI, 12. Hipparch. , l, 17. Anab , IV, 4, 4. C'est d'après la mode perse que Mardochée est mis en selle par Aman [Esther, VI, 9 : w Kal àvaêiêaaàxw aOxàv èul ràv tuTrov. » — Ihid., Il : « Kal àve6i6a<Tev aùtàv èttI xàv tîrTtov). »
(2) Hipparch. , I, 17.
(3) Ilepl iTTTrtxyjç, VII, l : « à-nb ôoparoç àvamriôqc. Cf. la note de l'édition L. Dindorf. Oxford, 1866. P.-L. Courier explique cela d'une autre manière, p. 64, n. l.
(4) Le personnage qui tient cette sorte de pique est le troisième après le personnage qui est assis ; il vient après un personnage dont la tête manque et après un cavalier tenant deux javelots.
(5) IIspl ÎTririx^ç, VI, 16 : « 'ETretSàv ye [xt^v à iTTTtoxofxoç tov Ïttttov Trapaôtô Ttp àvaêàTT[i, TÔ p,èv iTziGxaaQoLi uTroêiéàCsaôai tôv tuTcov, &(xxe. eÙTrexès elvai àva- 6ï5vat, où tAeixçojjLeOa. » Pollux (I, 213) explique très bien ce mouvement : « iaxi 6è TOUTO StKTxàvxa xà crxeXYi èyxaôt'setv xe xai xaustvoOv éauxàv wcrxe sÙTrexâiç àvaêatvetv xàv luTTÉa. » Voir la note de l'édition L. Dindorf, au passage cité du Ilept luTT. On a cru retrouver cette posture du cheval dans quelques-unes des figures de la frise de la cella du Parthénon et sur des vases peints, C. Robert, Annali deW Inst., 1874, p.243etsuiv., planche T ; Archàol. Zeit. , 1878, pi. 22. Cf. l'article de H. Brunn, {)7roêiêàJ;e(i6ai dans l'Archàol. Zeit., 1881 , p. 18 et suiv.
(6) Sur Mnésimaque, voir Meineke, Hist. criL comic. graec^ p. 423.
à cheval et à en descendre (1); nous trouvons, cette fois, à côté des phylarques , ce maître habile , cet instructeur que Xénophon leur conseille de donner aux nouvelles recrues (2).
Non seulement les anciens ne connaissaient pas l'usage de rétrier, ils ignoraient aussi l'usage de ferrer les chevaux (3). C'est une des grandes préoccupations de Xénophon que de chercher comment on pourra fortifier les pieds des chevaux ; il a làdessus des idées personnelles ; il connaît des procédés nouveaux qu'il a éprouvés et dont il atteste les bons effets (4). Ces procédés consistaient surtout à habituer le cheval à marcher et à piétiner sur un terrain couvert de cailloux. Ce procédé fut mis en pratique par Paul- Louis Courier, quand il était en garnison à Naples : il donna de bons résultats sur un cheval jeune et qui n'avait pas
(1) Athénée, IX, 67, p. 402 F :
« Sretx' elç àyopàv
TTpèç Toùc *Ep[xâç,
o5 TrpoaçoiTwcr' ol çyXapxot,
ToOc Te (JiaôriTài; toùç wpaiou; ,
oOç àvaêatveiv èni toùç Ïtcttouç
(xeXerqc 4>ei6(ov xat xataêaiveiv. »
Meineke {Comic. att., frag. III, p. 568) rapproche, à propos des Hermès, le passage de VHipparchicos (III, 2), et rappelle l'anecdote de Dérnétrius etd'Anaxagora (v. p. 150 et 389 du présent ouvrage). D'après Meineke, Phidon serait un phylarque, et l'exercice qu'il montrerait aux jeunes gens serait le jeu de l'apobate. Nous ne pensons pas que les phylarques aient jamais appris ce jeu aux cavaliers ; de plus, il y aurait, dans le texte, àvaêatveiv èul xô ôcp[xa et non eut toCjç ÏTCTtouç ; nous ne savons rien de ce Phidon ; Mnésimaque le distingue des phylarques. Nous proposons de voir en lui cet instructeur dont parle Xénophon.
(2) Les termes de Xénophon sont à peu près ceux de Mnésimaque [Hipparch., 1, 17) : t Tô (Aèv Toivuv toO; véou; aÙTwv àvaTiYiôav èitî toùç Ïtttcôuç Ttelôoi- (lev ôv aÙToOç (xavôàveiv • xàv ôiSàÇovra 5è irapa^x^v èiraivou Sixaiwç àv TUYx<^votç. »
(3) Cette question du ferrage des chevaux est assez obscure ; la première mention qui soit faite de ce procédé se trouve dans l'Anonyme de Byzance, du temps de Justinien. On a trouvé un fer à cheval dans le tombeau de Chilpéric, mort en 460; le tombeau fut découvert en 1654. On avait cru voir, sur une monnaie de Tarente , un personnage plaçant un fer au pied d'un cheval ; M. A. Corson a montré qu'il fallait voir là un serviteur ôtant des sabots du cheval de petits cailloux ou corps étrangers qui le gênaient : The numismatic Chronicle, N. S., t. XX, n° 77. Voir, dans le Bulletin monumental, N. série, t. IX (t. XLVII de la collection), 1881, p. 769 et suiv., un article de Léon Palustre , Sur la ferrure des chevaux : l'auteur s'appuie surtout sur le bas-relief d'Emmaûs, signalé par M. Clermont-Ganneau, et qui porte deux pieds de cheval, dont l'un est représenté avec le fer. J. Quicherat a traité La question du ferrage des chevaux en Gaule, voir Mélanges, tome I.
(4) Hipparch., I, 16 ; surtout Be re eq., tout le chap. IV.
encore été ferré ; les résultats furent moins bons pour des chevaux plus âgés (1). Xénophon (2) dit qu'il est très important qu'à l'écurie le cheval ait toujours le pied à sec. Assurément, avec de tels soins, on peut arriver à rendre la corne du cheval dure et résistante. Mais le passage de Xénophon montre aussi que, bien souvent , du moins en Attique, on ne prenait pas tant de précautions. Dès que le service devient un peu long et un peu pénible , on voit la cavalerie épuisée et ruinée ; c'est ce qui arriva , par exemple, dans la seconde partie de la guerre du Péloponnèse, lorsque les Lacédémoniens eurent fortifié Décélie, à quelques lieues d'Athènes : les cavaliers furent toujours en alerte pour surveiller l'ennemi , pour arrêter ses excursions ; aussi , bientôt les chevaux furent-ils estropiés ou épuisés (3).
Il y avait là, pour la cavalerie , des conditions d'infériorité assez graves. Cette infériorité était moins marquée assurément chez les peuples qui sont naturellement cavaliers, chez lesquels l'exercice du cheval est un usage national , par exemple en Béotie , en Thessalie , et surtout dans les pays de l'Asie. Pour tout ce qui concerne l'art de l'équitation , les peuples de l'Europe restèrent longtemps inférieurs à ceux de l'Asie. Xerxès , à qui on avait signalé les chevaux thessaliens comme les meilleurs de la Grèce , voulut les faire lutter contre les fameux chevaux perses nommés niséens : les chevaux thessaliens furent jugés de beaucoup inférieurs (4). Cependant , même les cavaliers perses n'ont jamais osé aborder les hoplites grecs par des charges à fond ; il en a été de même des cavaliers de la Thessalie (5) et de toutes les autres nations grecques (6). La cavalerie, pendant toute cette période , ne charge jamais l'infanterie ; ce qu'elle peut faire, c'est d'inquiéter sa marche , profiter des désordres qui peuvent survenir, attaquer les soldats isolés ; mais , contre l'infanterie en ligne, elle n'a d'action offensive que par ses javelots; le cavalier s'avance assez près de la ligne des hoplites pour que le javelot puisse porter; il lance ses traits et tourne bride si les hoplites chargent. C'était la tactique de la cavalerie perse ; à Platée , elle avait criblé de ses traits les hoplites grecs, incapables de riposter; c'est à partir de
(1) Cf. note 2 de la p. 53.
(2) De re eq., IV, 3. De même Courier, loc. cit.
(3) Thuc, VII, 27.
(4) Hérod., VII, 196.
(5)Xén., Hell, IV, 3, 5.
(6) La cavalerie attaque les ^ikoi, Thuc, VI, 64, 2.
ce moment que l'utilité de la cavalerie fut aperçue par les Grecs (1).
Xénophon attache la plus grande importance à ce que les cavaliers sachent lancer le javelot (2). Il veut quel'hipparque ordonne aux phylarques de conduire eux-mêmes les cavaliers au tir ; il pense que les phylarques se piqueront d'honneur et voudront ameneraveceuxle plus grandnombred'hommespossible(3); il veut aussi que l'hipparque paie de sa personne , qu'il sache, lui aussi, bien lancer le javelot ; quand il ordonnera à ses hommes de faire cet exercice , ceux-ci l'écouteront plus volontiers s'ils le voient , lui qui est le chef, donner l'exemple (4). La cuirasse du cavalier était plus lourde que celle de l'hoplite (5) ; elle devait beaucoup gêner dans la manœuvre du javelot ; la main droite doit se lever; les pièces qui couvraient le haut du bras droit, quand la cuirasse était bien faite , étaient très mobiles (6) ; mais quelque mobilité qu'on pût leur donner, elles devaient aussi beaucoup gêner le mouvement. Voici comment Xénophon décrit la manœuvre et la meilleure manière de l'exécuter : « Indiquons, » dit Xénophon , « la manière de lancer le javelot avec le plus de force : portez la » partie gauche du corps en avant . retirez la droite , dressez-vous » sur les cuisses; jetez le javelot la pointe un peu en l'air ; alors il » partira avec la plus grande vitesse, portera très loin et frappera » très juste, si la lance n'a pas dévié de l'objet visé, une fois » partie (7). -n Simon , le précurseur de Xénophon dans l'art d'écrire sur l'équitation , avait, lui aussi, décrit cette manœuvre avec détail; il recommande surtout au cavalier « d'avoir » les jambes souples, dans la position de quelqu'un qui est de- » bout , car on a bien plus de force quand on est debout que » lorsqu'on est assis (8). »
I^a difficulté de la manœuvre venait, on le voit par ce que di-
(1) Sur tout ceci, voir liv. IV, chap. i.
(2) De re eq., XII, 13 ; VII, 5 ; Uipparch., I, 6, 21, 25 ; Mém., III, 3, 7.
(3) Hipparch., I, 21 et 25.
(4) Ihid., I, 25 ; VI, 5.
(5) Voir p. 407.
(6) De re eq., XII, 6.
(7) Ibid., XII, 13 : « rpà^'OfJLSV ôè Iv Ppaxei xaî wç àv Ttç xpàtiara àxovxi^ot. "Hv yàp upoêa»6[Ji£voç (xèv xà àpt^Tepà, èTcavàytov ôè rà ôeçià, £|avicTà(i.evoç ô' èx Ttov [XT^pôiv, [jLixpàv £7roîvaxu7rTou(iav tyJv lo^yriv àç^, outw (xçoôpoTa- Tov te xal [xaxpoTaTTov oïaexai to àxovxiov, eùaToxfOTaxov [xevroi, èàv xaxà tov <jxo- Ttôv àçiefxévY) àec ôpiy y] "ko^yri. »
(8) Pollux, I, 215 : « ... 'AXX' alwpetv uypo^? "^o^? iroôaç, xal irapairXiQariov elvai éatyixoTi • xai yàp i?i loyyç irXeov èizi xcov éaxYixoxwv ^ éul xwv èYxa6eÇo|i.évo)v. »
sent Simon et Xénophon , de l'absence des étriers. « Ce n'était » pas un minime surcroît de fatigue pour les cavaliers que de se V tenir à cheval sans selle ni étriers , avec une simple couverture » fortement sanglée. Dans le combat , l'absence d'étriers devait » être pour le cavalier une difficulté que nous avons peine à nous » représenter; obligé d'être toujours assis, sans jamais pouvoir » se dresser sur les étriers pour lancer ou abattre le coup, le cava- » lier n'avait, pour ainsi dire, à sa disposition que la force de la » moitié supérieure de son corps, et il fallait compter d'autant » plus sur la violence du choc brisant en masse compacte. Il » semble que l'instruction du cavalier devait avoir surtout pour » but de l'habituer à se mouvoir librement sur son cheval , sou- » plesse dont il est peut-être encore possible de reconnaître quel- » ques traces dans les statues de ce temps (1). »
Dans de telles conditions , l'exercice du javelot à cheval présentait des difficultés telles qne Xénophon n'espère pas que tous les cavaliers paissent s'y livrer ; ce qu'il demande c'est que l'hipparque y exerce le plus grand nombre possible de cavaliers (2) ; cette manœuvre n'était donc pas obligatoire pour tout le monde.
En recommandant à ses compatriotes l'exercice du javelot à cheval , ni Xénophon ni même Simon ne proposaient des nouveautés (3). L'exercice du javelot était depuis longtemps pratiqué par les Athéniens ; nous savons que le fils de Thémistocle y excellait (4), et c'est son père, dit Platon (5), qui s'était chargé
(1) J.-H. Droysen, Hist. de l'Hell., I, p. 176. Droysen, dans ce dernier passage, pense à la statue de bronze d'Herculanum {Mus. Borb., III, pi. 43), qui représente un cavalier combattant, lequel doit être sinon Alexandre, au moins un des vingt-cinq hétœres tombés à la bataille du Granique.
(2) Mémor., III, 3, 7 : «f Tou pàXXeiv wç TcXeîcrTou; àuè twv Îtittccûv è7ri{i.lXetàv Tiva izoï-fia^. Hipparch.f I, 6 : « Aeî au crxoTreïv Sirtoç àjcovxioOcri xe wç uXeiaroi àrcb TÛv ïirirœv. »
Sur l'exercice au javelot, àxovTtov ou àxovTi(T[x6<;, voir Krause, Die Gymn. und Âgon., I, p. 465 ; Alb. Damont, Essai sur l'Ephébie, I, p. 189, et surtout Kôchly {Discussion de la vingt-sixième réunion des philologues allemands à Wûrzbourg). Ce savant a expliqué quelle était la véritable manière de lancer le javelot ; une courroie enroulée à l'extrémité inférieure, et qui se déroulait au moment où le trait était lancé, lui imprimait un mouvement de rotation analogue à celui qu'impriment au projectile les armes rayées. Cf. Guhl et Kôner, la Vie antique, I , Grèce, p. 343.
(3) Rûstovv^ et Kochly {Gesch. des Griech. Kriegsw., p. 137, note 83) se demandent si, en effet, Xénophon ne propose pas là des nouveautés.
(4) De re eq., XII, 12. Cf. C. 1. À., Il, 735, 1. 37 : « [xàxaipa Îtittik^ èXeçavTtvyj. »
(5) Platon , Menon , 93 rf : « Oùx àxiQxoaç ôxi 0£(xicttoxX^ç KXeoçavxov tàv ulôv luTcéa {xèv s8i8à^aTO àyaôov ; £7r£(X£tve yo^v iizl tûv tuTTcov ôp6èç Icrxyjxà)? xal ;!jx6v- Ti?;£v àuà Twv ÏTCTTwv ôpÔoç. » Cf. Plut., Thcmist., 32.
de faire son éducation comme cavalier. Nous avons trouvé sur les inscriptions la mention d'un prix aux jeux des Panathénées et des Théséia pour les vainqueurs aux concours du jet du javelot à cheval, àtp'iTnTou àxovTiJ;ovTt (1). Nous avons examiné les diverses questions qui se rattachent à ce concours.
Ainsi une école d'équitation encore novice; par l'absence d'étriers la mise en selle étant chose très difficile, l'assiette du cavalier moins sûre , son action moins énergique , bornée exclusivement au tir du javelot ; par l'ignorance du ferrage , le cheval vite fatigué et usé : toutes ces raisons expliquent la répugnance invincible que la majorité des peuples grecs ont éprouvée pour la cavalerie. A part quelques pays comme la Béotie, la Thessalie, où l'exercice du cheval était un usage national , auquel ou était formé dès l'âge le plus tendre, partout ailleurs la formation d'un bon corps de cavaliers rencontra des obstacles insurmontables. On peut dire que jamais la Grèce propre n'aurait accompli cette révolution de l'art militaire qui consista à donner à la cavalerie un rôle décisif dans l'action ; c'est aux peuples du nord de la Grèce, les Macédoniens , les Thessaliens que cette œuvre était réservée (2).
Dans Athènes en se préoccupait de faire commencer de bonne heure l'éducation des cavaliers ; nous voyons, par les inscriptions (3), que l'équitation faisait partie de l'éducation que l'Etat donnait aux éphèbes; mais cette instruction donnée dans l'éphébie, pour combien de futurs cavaliers était-elle suffisante? Il fallait donc dresser les hommes quand ils arrivaient au corps ; il fallait au moins , s'ils savaient se tenir à cheval , leur apprendre à manœuvrer. Pour cela il était nécessaire de les convoquer très souvent ; Xénophon prévoit cependant qu'il ne faut pas trop les fatiguer, il ne faut pas les faire sortir trop souvent en temps de paix ; il veut qu'ils se forment eux-mêmes ; l'hipparque les convoquera, leur donnera les conseils nécessaires , leur dira qu'il est bon de manœuvrer sur toutes sortes de terrains; c'est ensuite aux cavaliers de mettre ces conseils à exécution (4). De ce que les cavaliers sont convoqués plus souvent que les
(1) Voir nos concordances des Théséia (p. 215) et des Panathénées (p. 234).
(2) Voir cette question, liv. IV, ch. i.
(3) C. I. A., II, 478, fr. a, 1. 20 : « x^ç xe èv ôtcXoiç %cd îtcttixt]? à<nci^are(oc itohi-
çpovTt'aTwç, » fr. c, 1. 8 : « ev ÔTtXoiç y^\i.va.<7ia.v xal ttqv Trept xà ÎTCTTixà çiXoTCOvfav. » C. I. A., II, 479, I. 29 : « Tïjç èv xoïç iTtutxoîç [Yupaaiaç]. » C. I. A., II, 482, 1. 21 : a 'Ext ôè xaî x^ç èv xoî; ôtïXoiç èfJLTteipiaç xai xïj; xcùv Ïtctîwv Y^ji-vadia;. »
(4) Uipparch., I, 18.
hoplites , peut-on dire , comme on le fait généralement , que la cavalerie était la seule partie permanente de l'armée athénienne? En quoi le cavalier diffère-t-il de l'hoplite? Ils vivent tous les deux dans leur maison , ils sont toujours citoyens, ils ne deviennent soldats que lorsqu'ils sont convoqués; les cavaliers sont convoqués plus souvent parce que le service l'exige , que l'instruction est difficile; mais en quoi leur situation est-elle d'ailleurs changée? En quoi peut-on pour cela considérer la cavalerie comme une troupe permanente? Qu'un danger subit survienne, on convoque à la fois et de la même façon les hoplites et les cavaliers. C'est le Conseil qui donne l'ordre de convocation aux stratèges, ceux-ci l'exécutent; le rappel se fait au son delà trompette. C'est ainsi que l'on a procédé dans le moment de grande panique amenée par la mutilation des Hermès (1). De ce que les cavaliers touchent une solde en tempe de paix , peut-on leur attribuer le caractère de troupe permanente ? Mais cette solde ne leur est donnée que pour l'entretien de leurs chevaux , <jtxoç ^Truotç ; c'est une indemnité de nourriture que l'Etat accorde au cavalier pour sa monture (2). Les cavaliers ne sont donc pas un corps permanent ; ils sont seulement convoqués plus souvent que les autres. Une des conséquences de ces fréquentes convocations c'est que les jeunes gens qui composent le corps des cavaliers se voient régulièrement , il s'établit entre eux des rapports plus fréquents , ce qui crée parmi eux, nous le verrons plus loin (3), un véritable esprit de corps. On comprend d'ailleurs que ces convocations fréquentes imposées aux cavaliers étaient encore une des raisons qui obligeaient de n'enrôler dans ce corps que des citoyens aisés, ayant la libre disposition de leur temps.
Nous n'avons pas ici à décrire les exercices techniques de la cavalerie ; nous n'écrivons pas un livre de tactique militaire ni un traité d'équitation ; nous renvoyons au livre de W. Rtistow et H. Kôchly sur V Histoire de l'art de la guerre chez les Grecs (4) ; quelle était en général la profondeur des lignes, l'étendue du front,
(1) Andoc, De Myst., 45.
(2) Voir le chap. sur la solde, liv. III, ch. V.
(3) Liv. IV, ch. IV.
(4) Gesch. des Griech. Kriegsw., 134-142. Voir aussi les préfaces de l'édition de ÏAnahase de Xénophon par Ferd, Wollbrecht (Teubner) et Rehdantz-Garnath (Weidmann); enfin dans la Vie antique de Guhl et K^iner, I, La Grèce, le chap. XVI, Les armes de guerre, p. 328. Pour le combat corps à corps, cf. Pollux, I, 212; Xén., De re eq., VIII. 10; Hipp., I,-20; III, 6.
comment se faisaient les concentrations , l'attaque en droite ligne , etc. ; tous les détails de ce genre sont expliqués dans cet ouvrage.
Pour l'armement du cavalier, notre source principale est Xénophon ; mais son témoignage ne doit être accepté qu'avec précaution (1). Xénophon propose des innovations, des réformes; il prend pour modèle la cavalerie perse ; une partie de ces nouveautés était déjà connue en Grèce.
Observons d'abord qu'il ne peut être question d'un uniforme. Le cavalier, dit Xénophon (2), doit avoir une cuirasse bien faite pour le corps : justement appliquée, c'est sur tout le corps qu'elle porte ; trop large, les épaules seules en sont accablées ; trop étroite, c'est une prison et non pas une armure. Gomme le cou est une des parties du corps où les blessures peuvent être mortelles, nous disons qu'il faut disposer la cuirasse de façon qu'elle serve ellemême à protéger le cou (3) ; cette défense servira d'ornement, et, en même temps, si elle est bien faite, elle pourra couvrir jusqu'au nez le bas de la figure du cavalier. Xénophon regarde comme le casque, xpavoç, le mieux fait celui qu'on fabrique en Béotie (4) , il couvre toutes les parties qui sont au-dessus de la cuirasse et ne gêne point la vue. Que la cuirasse soit faite de manière à n'empêcher le cavalier ni de s'asseoir ni de se baisser; pour cela, il faut que le ventre et les parties environnantes soient couvertes de ces pièces mobiles que nous nommons des écailles et que les anciens appelaient d'un mot non moins juste, des ailes, TTrepuye? (5). Les blessures à la main gauche mettent le cavalier hors de combat : c'est avec cette main qu'il tient la bride, qu'il dirige, qu'il maîtrise le cheval; on avait inventé, pour la défendre, une arme particulière appelée main, qui couvrait l'épaule, le bras, le coude et le poignet qui tient la bride ; elle s'étendait et se pliait à volonté ; elle couvrait , en outre , le défaut de la cuirasse sous l'aisselle. Peut-être faut-il reconnaître cette arme, ou au moins la partie inférieure, celle qui couvrait la main et tenait la bride, dans cet objet désigné sur les inventaires du Parthénon par le mot Ix^'vta (6). Gomme la main droite doit se lever pour frapper,
(1) Rustow et Kôchly, op, laud., p. 135, n. 75.
(2) De re eq., tout le chap. XII. Cf. Pollux, I, 133 et suiv.
(3) Schneider dit qu'il n'a trouvé nulle part le nom qu'on donnait à cette partie de la cuirasse.
(4) Elien, Hist. var., III, 24 ; Poil., 1, 149.
(5) Poil., I, 134.
(6) C. I. A. ,11, 652, frag. h, 1. 24 : « ÎTTTiiKèç TtsxpuipaXoç, èx^ivia, Sevôtiixo; Kapx(vou
pour lancer le javelot , il faut que les parties qui défendent le bras droit ne gônent pas les mouvements ; ici encore on trouve employées ces irTépuysç , écailles ou charnières mobiles. Toutes ces pièces constituaient une armure qui était sensiblement plus lourde que la cuirasse de l'hoplite (1) ; le cavalier étant dans l'impossibilité de tenir un bouclier, on avait dû chercher dans la cuirasse des arrangements pour suppléer à cette lacune de sa défense.
ce Comme le cavalier court le plus grand péril s'il arrive quel- » que chose à son cheval, il faut aussi armer le cheval d'un » chanfrein , TrpojxeTWTciStov , d'un poitrail , TtpoaxepviStov , et d'un » garde-flancs, 7capa(XY]piSiov : cette dernière pièce pourra couvrir » en même temps les cuisses du cavalier. Mais ce qu'il faut dé- » fendre surtout , c'est le ventre du cheval ; les blessures y sont » mortelles, et c'est la partie la plus tendre : la housse , to IcpiirTrcov (2), » peut être employée à cette fin ; il faut l'attacher de manière que » le cavalier y soit bien assis et que la selle, to stto/ov (3), ne blesse » point le cheval. Quant aux autres parties du cheval et du cava- » lier, elles seront armées comme il suit : les jambes et les pieds » se prolongeant naturellement au delà des garde-flancs , on les » garnira des bottes du cuir dont on fait les sandales ; les jam- » bes seront ainsi défendues et les pieds chaussés. Telle est l'ar- » mure qu'il faut avoir afin de n'être point blessé , sauf l'assis- » tance des dieux. »
Les armes off'ensives du cavalier étaient l'épée et la lance. Xénophon voudrait qu'au lieu d'épée , iicpoç , le cavalier fût armé du sabre, [Adtj^atpa, parce que, dit-il, un coup de taille, porté de la hauteur du cavalier, vaut mieux qu'an coup d'estoc (4). Au lieu de la longue lance faite avec une sorte de roseau, xa(jLa| (5), et semblable à la lance de l'hoplite, il voudrait que le cavalier eût toujours deux javelots de cornouillier, xpaveïva 8uo iraXxà ; la longue lance est cassante et incommode, les javelots sont plus forts et
àvéÔYixev. » De même, C. 1. A., II, 661, 61 et 709, 1. Sur le xexpuçaXoç, cf. Xén., De re eq., VI, 8, et la note de Schneider, ainsi que Bœckh, Staats., II, p. 262.
(1) Sur le 0wpa$ Ittuixoç, Xén., Ânah., III, 4. 48.
(2) To èçiTTirtov ; c'est la simple couverture fortement sanglée dont parle Droysen, v. p. 403.
(3) Ce n'était proprement pas une selle. Voir la note de Schneider, dans l'édition de l'Hipparchicos de L. Dindorf.
(4) Dere eq., XII, II.
(5) Voir la note de Schneider sur le xà(xa^, de materia duhitatur. Sur la coupe d'Orviéto, les cavaliers sont représentés ayant en main deux javelots assez longs.
plus maniables : un homme qui sait manier ces deux javelots peut en lancer un et garder l'autre pour s'en servir comme d'une lance. Ici, évidemment, c'est la cavalerie perse que Xénophon a sous les yeux : il avait vu en Asie les cavaliers perses armés de ces javelots faire éprouver un échec aux cavaliers d'Agésilas (1).
Ces réformes furent en partie appliquées ; peut-être n'étaientelles pas personnelles à Xénophon. Nous trouvons une [xa^aipa ÎTiTTixTi mentionnée sur un texte de la fln du quatrième siècle (2) ; la cavalerie lacédémonienne avait la longue pique (sarisse) ou le javelot, et l'épée (3). Quant aux deux javelots, les monuments figurés peuvent nous fournir peut-être la preuve que cette réforme de l'armement fut aussi exécutée après Xénophon (4).
Ce qui, dans l'armement, distinguait surtout le cavalier de l'hoplite , c'est que le premier n'avait pas de bouclier. L'hipparmoste lacédémonien Pasimachos, avec ses cavaliers, accompagne un corps d'hoplites sicyoniens ; ceux-ci sont attaqués par des Argiens et mis en fuite : l'hipparmoste veut leur porter secours; il ne songe pas à charger l'ennemi avec ses chevaux : il fait mettre pied à terre à ses cavaliers , les arme des boucliers de ceux qui étaient :morts et charge alors comme hoplite (5). Xénophon, pour désigner la cavalerie et l'infanterie, emploie la première fois le mot o\ iWot, la seconde fois le mot al àdmSeç (6). Quand Thrasybule assiège Athènes , que déjà la partie est perdue pour les Trente ; quand les hoplites, découragés, se retirent peu à peu
(1) Hellén., III, 4, 14.
(2) C. 1. A., II, 735, 1. 37 : « Màxaipa îtctcix:^ èXeçavrCvr). » La jxàxatpa est Tarme des peuples de l'Asie (Esch. , Pers., 56; Xén., Cyr., VI, 2, 10). Les Thraces sont aussi désignés sous le nom de Maxaipoçopoi (Thuc. , II, 96, 2; VII, 27, l).
(3) J.-G. Droysen, L' Hellén., I, p. 170; Grote, Hist. Gr., XVIII, 73 et suiv.
(4) Dans la Cyropédie, 1 , 2, 9, Xénophon donne deux javelots aux Perses. Il me semble que sur les vases les plus anciens les cavaliers sont représentés avec un seul javelot, tandis qu'ils en ont deux sur les vases plus récents. Voici quelques indications prises au musée du Louvre : Cavaliers avec un seul javelot , collection Campana, 39 , vase corinthien à peintures violettes et noires , deux cavaliers; ibidem, 562, est de la fabrique de Nicosthène; ihid., 35, 39, 53, 54, 59, 637, 745, MN 113, un cavalier ; MN 3508, quatre cavaliers, tous un seul javelot ; — cavaliers avec deux javelots , Campana, 229 ; salle des vases rouges , 742; N 3433, éphèbe à cheval, chapeau thessalien, EOçpovioç èyçix^tv ; coupe d'Orvieto représentant la dokimasie des cavaliers. — Si notre observation est juste, le passage de ÏHipparchicos fournirait un indice chronologique pour certains
(5) Xén., Hellén., IV, 4, 10.
(6) ma., II, 3, 48; de même Plut., Aristide, 21.
de la lutte, les cavaliers qui , eux, restent fidèles jusqu'au bout au gouvernement oligarchique, se chargent de faire le service comme hoplites et comme cavaliers : pendant la nuit, ils servent comme hoplites, ils ont le bouclier; quand le jour arrive, ils quittent le bouclier et montent à cheval (1). Un curieux incident, arrivé à Xénophon dans la retraite des Dix-Mille, nous éclaire sur la différence de l'équipement entre l'hoplite et le cavalier (2). C'était au moment d'une marche forcée : Xénophon pressait les soldats ; l'un d'eux, un certain Sotéridas de Sicyone , avec cette familiarité ordinaire au soldat grec envers les chefs qu'il a créés par son suffrage et dont il ne reconnaît la supériorité que pour les choses du service , lui crie : « La partie n'est pas égale , Xénophon : tu te fais » porter sur un cheval, et moi je peine rudement à porter mon » bouclier. » Xénophon l'entend, saute de cheval, pousse le soldat » hors du rang , lui prend son bouclier et s'avance de toute sa » vitesse. Il se trouvait avoir une cuirasse de cavalier, aussi » était-il écrasé. Cependant, il fait avancer la tête de la colonne » et entraîne la queue qui marchait lentement. Les autres soldats » frappent Sotéridas, lui jettent des pierres, l'injurient, jusqu'à » ce qu'ils l'aient contraint à reprendre son bouclier et à mar- » cher. »
Dans les marches , les cavaliers descendaient tour à tour de cheval , pour ne pas être trop raides et pour ne pas fatiguer leur monture. Dans les marches de nuit, ou près de l'ennemi , cela n'arrivait pas pour toutes les tribus ensemble ; pendant que l'une allait à pied , l'autre était montée , pour être prête en cas de nécessité (3).
Chaque cavalier avait avec lui un écuyer, ÎTtTroxojjioç (4). C'est l'écuyer qui doit soigner le jeune cheval que l'on veut dresser. Xénophon consacre tout un chapitre du traité Sur C équitation (5) à montrer à l'écuyer comment il doit s'y prendre pour panser le cheval, pour le conduire, pour le brider; il doit aussi aider son maître à se mettre en selle ; c'est lui qui l'enlèvera , à la mode perse (6). Quand le cavalier revient de la promenade ou de l'exer-
(l)Xén., Hellén., II, 4, 24.
(2) md.,Anab.,lll, 4, 47.
(3) Ihid., Hipp., IV, 2.
(4) Ibid. , De re eq. , II, 3 ; ea particulier , sur la façon de conduire le cheval par la bride et sur la bride, voir la note de G. Kôrte, Dokimasie der att. Reiterer, p. 179, 14.
(5) Tout le chap. VI ; cf. Bœckh, Staats, I, 377.
(6) Voir p. 399, et la n. i.
cice , l'écuyer s'empare du cheval ; il le fait rouler dans la poussière pour essuyer la sueur, il le panse et l'amène à l'écurie (1). En campagne , les écuyers se levaient de bon matin pour panser les chevaux : ils le faisaient avec grand bruit, ce qui a permis plusieurs fois à l'ennemi d'arriver sur le camp sans être entendu et de le prendre à l'improviste (2). Les écuyers étaient montés comme leurs maîtres ; ils marchaient en dehors de la colonne. Xénophon propose de les accepter quelquefois dans la colonne, afin de la faire paraître plus forte (3). Peut-être est-ce auprès d'Agésilas que Xénophon a appris un tel stratagème (4).
Mentionnons ici un usage que nous trouvons pratiqué de bonne heure en Grèce. On imagina une combinaison pour faire soutenir la cavalerie par l'infanterie légère. Xénophon dit qu'il est du devoir de l'hipparque de montrer à la République combien une cavalerie qui n'a pas avec elle de fantassins est faible en comparaison de celle qui possède de ces fantassins appelés à'[xt7r7rot (5). On trouve chez les grammairiens différentes explications de ce mot , la plupart erronées (6) ; il faut s'en tenir, comme dit Courier, à ce que disent les historiens. L'a[ji.t7C7coç est un fantassin légèrement armé qui suit à pied le cavalier; quand l'occasion l'exige, il monte à ses côtés sur le cheval ; il prend part au combat de cavalerie , soit en se tenant à distance et en faisant simplement usage de ses traits, soit en s'engageant dans la mêlée, en frappant les chevaux et les cavaliers ennemis; il peut aussi prendre part à l'action de l'infanterie légère, soit contre les <J^tXoi, soit contre les hoplites de l'ennemi. Xénophon , dans un autre passage (7), indique comme une excellente ruse de cacher ces fantassins derrière les cavaliers ; arrivés près de l'ennemi, ces fantassins se découvrent tout à coup et marchent en bon ordre ; ils peuvent ainsi contribuer pour une grande part à la victoire. Les Béotiens pa-
(1) Xén., Econ.f XI, 18 : *0 itatç è^aXCaaç tov Ï7t7i:ov oïxaSs ànâyti. Aristoph., Nuées, 32 ; cf. Xén., De re eq., V, 3; Poil. 183 et 202; Théoph., Char., 21.
(2) Xén., Hell, II, 4, 6 ; voir liv. IV, ch. ii, 3.
(3) Xén., Hipp., V, 6.
(4) Un tel stratagème est attribué à Agésilas par Polyen, II, I, 17.
(5) Hipparch., V, 13 : « 'IitTrapxtîtàv 6è xai xo ôtSàaxetv tt^v ttoXiv w; àffOevè; xà TreÇwv lpT](jLov 'muixàv Ttpèç xo à^jLiTruou; Tzé^ovç Ixov. » C'est Courier qui a corrigé et expliqué ce passage. Voir sa note op. laud., p. 24.
(6) Comme, dit Courier, les grammairiens ont confondu Hamippi, Amphippi, Dimachae et Prodromi. Cf. Pollux, I, 131 ; Suidas, 'AXiêueç CeyYvîxat, et àfxiTtTroi; Eustathe, II, XV, 684; Od., V, p. 1539; Harpocration a entrevu la vérité, \oy.
£(iLl7C7lOC.
(7) Hipparch., VIII, 19.
raissent avoir pratiqué plus que les autres peuples l'usage de cette sorte de combattants ; Thucydide mentionne déjà des fyiizTzoï dans leur armée (1); à Mantinée, Epaminondas mêla des ^[unzTzoï dans les rangs de sa cavalerie , ce qui donna à celle-ci la supériorité sur la cavalerie ennemie qui était dépourvue de ce secours (2).
(1) V, 57, 2; Arnold et Krûger renvoient à César, De bel. Gai., I, 48.
(2) Xén„ Hell, YII, 5, 23.