CHAPITRE XI
La cavalerie athénienne conserva longtemps l'organisation qu'elle reçut lorsque l'effectif en fut porté à 1,000 hommes, au milieu du cinquième siècle; parfois cet effectif était au complet; d'autres fois, au contraire, dans les moments de détresse , les vides étaient considérables: à l'époque où Xénophon composa VHipparchicos, cet effectif ne comprenait pas encore de mercenaires, il en comprenait quand Démosthène prononça la première Philippique (1). Dans l'année 306/5, le nombre des tribus fut porté de dix à douze (2) ; il est probable qu'alors le nombre des phylarques fut augmenté dans la même proportion (3) ; nous ne savons pas si le corps des cavaliers fut porté alors à 1,200 hommes; cela n'est pas probable; les ressources d'Athènes à cette époque et surtout sa situation politique ne lui permettaient guère d'accroître sa puissance militaire. Cependant le contingent que les Athéniens envoyèrent aux Etoliens, en 278, pour repousser l'invasion gauloise, comprenait 500 cavaliers, et seulement 1,000 fantassins d'élite , iTTiXsxTot (4). Ces troupes assistèrent au combat des Thermopyles , où l'invasion des barbares fut arrêtée ; c'est la dernière bataille où nous trouvions mentionnée la présence de la cavalerie athénienne (5).
Cette campagne contre les Gaulois nous montre que déjà l'organisation militaire des Athéniens avait subi des modifications : ce ne sont plus les hoplites qui forment l'infanterie de ligne ,
(1) Sur toute cette question, voir le chap. VI.
(2) G. Gilbert, Uandb., p. 190.
(3) C'est l'opinion de Bœckh, Kl. Schr., VI, p. 395.
(4) CI. A., Il, 324; Paus., X, 21, 5.
(5) Ajoutons que l'action de la cavalerie fut nulle dans cette bataille à cause du terrain. Voir liv. IV, chap. i, à la fiti.
mais une troupe particulière appelée les sTriXexTot. La signification de ce mot est très claire : il désigne des soldats (T élite; Polybe dit que c'est par ce mot qu'il faut traduire ce que les Romains appelaient milites extraor dinar ii (1). Dans l'organisation militaire de la ligue achéenne , l'unité de l'armée était assurée par la permanence de ce corps d'élite ; à côté des mercenaires , et en cas de guerre , à côté des contingents fournis par chaque cité , les eTTiXsxTot restaient toujours sous la main des stratèges (2).
La cavalerie eut, à peu près à la même époque, un corps d'élite analogue aux ItciXsxtoi : ce sont les Tarentins. L'armée avec laquelle Antigone bat Eumène dans la Gabiène , en 317 , comprenait 28,000 fantassins, 10,400 cavaliers, et 65 éléphants (3) ; parmi ces cavaliers il y avait un corps de 2,300 Tarentins, venus , dit Diodore (4) , d'au delà des mers; un peloton de 100 de ces Tarentins formait la garde du fils d'Antigone , Démétrius (5). A partir de cette époque , on trouve assez souvent la mention de ces cavaliers d'élite (6) ; Polyen (7) raconte que lorsque le tyran Lacharès s'enfuit de l'Acropole d'Athènes, où l'assiégeait Démétrius, il fut vivement poursuivi par les cavaliers tarentins ; il se mit à laisser tomber des dariques sur le chemin, et les Tarentins descendaient de cheval pour les ramasser, ce qui ralentit leur poursuite et permit à Lacharès de s'échapper.
Pour ce qui concerne l'emploi des Tarentins dans la cavalerie athénienne, nous n'avons guère que trois textes, les inscriptions C. L A., II, 446, 447 et 448. Dans le premier (8) de ces textes, nous voyons que la tribu Aiantis a eu le prix pour le concours d'eûo- 7rX(a des cavaliers, étant tarentinarques Euthoinos et Polynice, tous les deux fils de Moschion et du dème de Marathon ; pour le prix d'eùav5p(a des cavaliers, c'est la tribu Léontis qui est victo-
(1) VI , 26 , 6 : <x Toùç èTttTYiSeiOTàTOUç upè; T^jv àXYi6ivi?lv xpe^av èx Tcàvxwv tûv irapayeYovÔTwv (TU{jL[jLàx(ov tTnretç xai uei^oùç èxXÉYOUO'i, toù; xaXoujxévou; 'ExTpaopfiivapiouç, ô (X66ep(JLTiveu6(ji,£vov èTriXéxTou; ôyjXoï »
(2) Polybe, XVI, 37, 2 ; Y, 95, 5; IV, 16, 6. Tite-Live (XXXII, 25) désigne les lirtXexToi par les mots delecti omnium civitatium. Cf. M. Dubois, Les ligues étolienne et achéenne, p. 155.
(3) Droysen, Hist. de l'Hellén., II, 262. Cf. Diod., XIX, 28.
(4) Diod,, XIX, 29, 2 : « *E^^çSè toùç àizà ôaXàTxriç ffuvava6eêY]x6Tac; Tapavxivouc Sid/iXiouç xal ôiaxoCTtouç, èuiXéxTOUç èv èvéôpaiç xai xaXû; fiiaxeifjiévou; raTç eùvotaiç Trpôç aÙTOv. »
(5) Diod., XIX, 29, 5.
(6) Diod., XIX, 39, 2 ; 82, 2. Polybe, IV, 77, 7 ; XI, 12, 6 ; 13, l ; XVI, 18, 7.
(7) Polyaeni Strategicon (éd. Wôinin), III, 7.
(8) Voir ce passage transcrit, p. 195, n. 1.
rieuse , étant hipparque Pheidyllos , fils d'Hiéron , du dème des Aithalidai. Dans les inscriptions 444 et 445, à propos des concours d'eùavSp^a et dUùoizlioi pour les cavaliers, c'est toujours le phylarque qui est nommé à côté du nom de la tribu victorieuse, comme pour les ETTiXsxToi , c'est le taxiarque (1). Nous trouvons de plus, sur les mêmes inscriptions, l'indication de trois concours pour les phylarques (2); ces trois concours, Ix twv (puXap^^wv, font partie de l'âywv ÎTTTTtxoç; sur l'inscription 446, au contraire, le nom des phylarques fait complètement défaut ; sur les inscriptions 447 et 448 , il n'est resté qu'un seul des endroits où il peut être question de la cavalerie , et sur chacun de ces deux textes , au lieu du nom des cavaliers , nous trouvons le nom des Tarentins (3); ils font la lampadodromie qui , sur l'inscription 446 , était attribuée aux cavaliers (4).
Nous trouvons donc ici l'indication d'une double réforme. La première fois, la réforme n'a porté que sur la constitution des cadres : les phylarques ont été remplacés par les tarentinarques ; la seconde fois, la réforme a atteint le corps lui-même, soit en entier, soit en partie.
L'expression xapavrcvap^ia se trouve dans les traités de tactique militaire et dans les lexicographes ; elle désigne un commandement, un grade dans le corps des cavaliers; la première division tactique est l'iXvi , qui comprend soixante-quatre cavaliers , et qui est commandée par TiXapyoç ; au-dessus est VimloL^iioL , qui comprend deux TXat , soit cent vingt-huit cavaliers ; la TapavTtvapj((a comprend deux iTctXapx^iai , soit deux cent cinquante-six cavaliers; rÎ7C7rapx.ia comprend deux TapavTtvapx tai , soit cinq cent douze cavaliers; re<pi7r7Tapx.ia comprend deux iTrirap/^iai , soit mille vingt-quatre cavaliers ; le xeXoç comprend deux icptuTrap/^iat, soit deux mille quarante-huit cavaliers; enfin l'eTr^TaYfxa comprend deux TeXv), soit quatre mille quatre-vingt-seize cavaliers.
Ces divisions sont indiquées par un écrivain de l'époque impériale , Arrien (5). Nous voyons que l'ÎTrirapx^a est à peu près de la même force qu'elle était dans Athènes, quand, pour mille cavaliers , il y avait deux hipparques. Il n'en a pas été de même
(1) Dans l'inscr. 445, I, 15, les deux hipparques sont nommés pour le prix eOoTiXCa des cavaliers, mais le phylarque l'est aussi.
(2) Voir notre concordance, p. 215, et notre discussion sur ces textes.