Cléon et les cavaliers
Une des conséquences du système d'après lequel était recrutée la cavalerie athénienne était de donner à tout ce corps le même esprit politique. Les cavaliers sont choisis parmi les plus riches citoyens ; ils appartiennent aux premières classes, ils sont, par conséquent, du parti de l'aristocratie ; et, comme il y a beaucoup de jeunes gens dans le corps, ils ne font pas mystère de leurs opinions, ils les affichent ouvertement : par leur costume, par leurs goûts, par leurs habitudes, ils affectent de montrer leur sympathie pour le système gouvernemental qui est considéré comme l'opposé de celui d'Athènes, pour l'aristocratie de Sparte.
C'est à Aristophane que nous devons les témoignages les plus anciens sur les tendances politiques du corps des cavaliers. La comédie des ^l7C7r9iç a été donnée aux Lénéennes de Tan 424; c'était la quatrième pièce composée par le poète, qui pouvait, en 424, avoir à peu près vingt-cinq ans. Elle est dirigée et contre la démocratie , et contre le démagogue qui dirige et , d'après le poète, personnifie cette démocratie, Cléon. L'attaque est des plus violentes ; jamais peut-être le caractère essentiellement aristocratique de la comédie ancienne ne s'est si franchement ;et si audacieusement affirmé. Toutes les rancunes, toutes les haihes, tout le mépris qu'un aristocrate de haute naissance, riche, bien élevé, ayant reçu cette éducation complète qui faisait le xaXoç xàyaôoç, pouvait nourrir au fond du cœur contre ce S9i[xoç ignorant, ridicule et scélérat qui le gouvernait, qui était le maître d'Athènes ; tous ces sentiments de l'aristocratie vaincue et dominée par le peuple sont exprimés par le poète avec la dernière amertume. Cléon le corroyeur est bien méprisable et bien vil , il ne Test pas encore assez ; il faut au peuple d'Athènes, pour
maître, quelqu'un de plus misérable et de plus bas : c'est le marchand de boudins. Tout le monde connaît la scène dans laquelle on offre au charcutier de devenir le maître d'Athènes et de son empire. Le pauvre diable refuse d'abord ; il hésite, il ne se croit pas digne d'un tel honneur. « Comment, » lui répond-on (1), « tu ne t'en juges pas digne ? Il me semble que tu te prends pour j> quelque chose de bon. Voyons, es-tu né de parents honorables? » — Ah ! non, par les dieux ! mais de parents scélérats. — Oh ! » le favori de la fortune ! Gomme tu as bien tout ce qu'il faut » pour arriver au pouvoir ! — Mais, mon bon, je n'ai reçu aucune » éducation ; je n'ai appris qu'à lire et encore mal , très mal. » — Voilà qui pourrait te nuire que tu saches lire, même très » mal. Conduire le peuple n'est pas le fait d'un homme bien » élevé et honnête, mais d'un ignorant et d'un scélérat. » Puis, pour achever de le décider, on lui dit que les oracles le désignent, que les dieux l'appellent et on lui lit un oracle burlesque, très finement, très habilement entortillé. Car il faut que la rage du poète s'en prenne à tout, aux hommes et aux dieux, du spectacle de la démocratie triomphante ; il faut que la divinité qui tolère de telles choses soit, elle aussi, bafouée et insultée. Aristophane, si aristocrate, si conservateur qu'il affecte de se montrer, n'en est pas moins un contemporain d'Alcibiade; il appartient à cette jeunesse qui a été formée par les sophistes (2). Le respect des dieux n'était guère parmi les vertus de cette génération ; c'était là encore une façon de se distinguer de ce peuple imbécile, si dévot, si superstitieux, qui n'osait rien faire sans consulter l'oracle ou le devin (3). Le marchand de boudins, — on le lui démontre clairement, — est désigné par l'oracle pour renverser Cléon et pour gouverner Athènes ; il est convaincu, il accepte : « Tu as tout ce qu'il » faut pour conduire le peuple : la voix d'un scélérat, une nais- » sance vile , des manières de la halle ; il ne te manque rien de » ce qu'il faut aujourd'hui pour exercer le pouvoir ; les oracles » t'appellent j ainsi que le dieu de Delphes. Allons, mets la cou- » ronne et fais une libation à la déesse Bêtise (4). »
(1) V. 183 et suiv.
(2) Voir , sur ce sujet , la thèse de M. Hild, Aristophanes impietatis reus et le compte rendu que j'en ai publié dans la Revue critique, n° du 10 juillet 1882. Je ne crois pas que la pièce des Cavaliers appartienne à une période de piété chez Aristophane; la prière à Athêna et à Poséidon, dans la parabase, n'est pas pour moi une preuve suffisante de la piété du poète à cette époque.
(3) Eq., 61, 961 et suiv., 1025 et suiv. ; ïhuc, II, 8, 2 ; 21, 3 ; VIII, 1, 1.
(4) V. 217 et suiv.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que cette attaque si violente contre Cléon et contre la démocratie est portée en plein théâtre au mois de janvier de l'an 424, c'est-à-dire au moment où Cléon est tout-puissant dans Athènes, quelques mois après son retour triomphal de Sphactcrie, quelques mois après qu'il a remporté le succès le plus décisif que les Athéniens aient encore obtenu dans cette guerre. On connaît cet épisode si curieux , raconté avec tant de malice par le grave Thucydide (1) : Cléon attaquant les stratèges, leur reprochant leur mollesse, leurs lenteurs, disant que, s'il était à leur place, il aurait bientôt fait prisonniers les Lacédémoniens enfermés dans l'île; Nicias, qui croit faire l'habile homme, prenant Cléon au mot, lui offrant des troupes, lui proposant de se démettre en sa faveur de son propre commandement; Cléon accepte d'abord, croyant que l'offre n'est pas sérieuse; bientôt détrompé, il recule, il refuse; Nicias le presse aux applaudissement du peuple qui, cette fois, s'amuse de son propre favori ; Cléon est obligé d'accepter et de partir. Les hommes de l'aristocratie trouvaient excellent le tour que Nicias avait joué au démagogue ; malheureusement, celui-ci tenait la parole qu'il avait jurée : dans moins de vingt jours, il revenait victorieux, et les Athéniens voyaient défiler, muets et enchaînés, ces fiers hoplites de Sparte qui faisaient trembler la Grèce. Les honneurs furent prodigués au vainqueur, on lui décerna la nourriture au prytanée, la proédrie (2) ; on consacra sur l'Acropole une statue à la Victoire (3). Jamais le démagogue n'avait été si puissant; c'est précisément ce moment qu'Aristophane choisit pour le traîner dans la boue, pour le couvrir d'insultes, lui et ce peuple dont il est l'idole. Qu'une telle pièce ait pu non pas seulement être représentée sur le théâtre public, mais être applaudie au point d'obtenir le premier prix , il y a assurément là un trait de tolérance tout à l'honneur du peuple athénien. On ne peut contester cependant que le poète n'ait fait preuve, en cette circonstance, d'un véritable courage ; plus tard il se fera gloire de l'audace qu'il a montrée en attaquant un ennemi si redoutable (4). Cléon inspirait une telle terreur qu'Aristophane ne trouva pas de
(1) Thuc, IV, 27 et suiv. ; voir l'explication que donne de cette scène Max Bûdinger (Kleon hei Thukydides dans les Sitzungsh. de l'Ac. de Vienne, t. 96, 1880, p. 367-412; le passage que nous indiquons est à la page 399).
(2) Aristoph., Eq., 280; 507, 702, 1404.
(3) Paus., IV, 36, 6.
(4) Parabases des Guêpes (v. 1029 et suiv.) et de la Paix (750 et suiv.).
costumier qui voulût lui faire un masque à la ressemblance de Cléon (1).
Aristophane sentait cependant combien ce qu'il faisait pouvait devenir dangereux. Il avait déjà eu une affaire avec le démagogue ; il l'avait attaqué dans la seconde de ses comédies, les Babyloniens (2), représentée aux Dionysies de l'an 426. Gléon, furieux de se voir joué devant le peuple et les alliés (3), avait intenté à Gallistrate , qui avait fait représenter la pièce , une Ypacpy) àSixiaç et à Aristophane lui-même une ypacp-^ ^sviaç (4) ; l'affaire avait été très sérieuse, et Aristophane, y faisant allusion plus tard, déclare qu'il a échappé à un grand danger (5). En attaquant donc Gléon une seconde fois, il juge prudent de ne pas s'engager sans précaution, il veut avoir des appuis. Pour cela, il choisit un moyen très simple : c'est avec les cavaliers qu'il compose le chœur de sa pièce ; les cavaliers soutiendront l'attaque du poète contre le démagogue. « Qui me défendra, » dit le marchand de boudins, à qui le cœur manque déjà à la pensée d'attaquer un ennemi aussi redoutable que Gléon. « N'aurai-je pas quelque allié (6)? Gar, » dit-il, « les riches craignent Gléon et le pauvre peuple a peur de lui. — Mais tu auras pour toi, » lui répond-on, a mille cavaliers, hommes braves, qui le détestent et qui viendront » à ton secours; tu auras pour toi tous ceux des citoyens qui sont » d'honnêtes gens ; parmi les spectateurs, tous ceux qui sont des » hommes d'esprit. »
Evidemment, si Aristophane prête ce rôle aux cavaliers, c'est que ce rôle leur convenait ; s'il les représente comme les ennemis de Gléon et de la démocratie, c'est qu'ils l'étaient en réalité ; s'il les prend pour alliés contre le démagogue, c'est qu'il sait que ces alliés ne marchanderont pas leur concours. Le fait seul qu'une telle pièce ait pu être mise sous le titre et, en quelque sorte par là, sous la sauvegarde des cavaliers , est une preuve certaine ^des sentiments politiques de ce corps , de sa haine ardente pour la démocratie.
L'entrée de Gléon et des cavaliers sur la scène est préparée de la manière la plus habile par le poète ; la pièce est déjà avancée,
(1) £gf.. 230et suiv.
(2) Cf. la parabase des Acharniens, v. 628 et suiv.
(3) Acharn., 502 et suiv.
(4) Cf. Hermann Schrader, Kleon und Âristophanes' Bahylonier , dans le Philologus, t. XXXV II (1877), p. 385 et suiv. Cf. G. Gilbert, Beitràge, p. 154.
(5) Acharn., 377-382.
(6) Eq., 222 et suiv.
il n'a été question que du démagogue, mais on ne l'a pas encore vu ; il n'a pas encore paru sur la scène ; on l'entend enfin gronder et menacer dans les coulisses, il crie : « A la trahison ! à mort les scélérats (1)! » Le marchand de boudins prend peur aux éclats bruyants de cette voix ; il fait mine de s'enfuir : « Pourquoi fuis-tu? » lui crie-t-on. « Ne resteras-tu pas? 0 brave charcu- » tier ! ne trahis pas la République ! » A ces mots, le mètre change, .l'ïambe fait place au trochée; le mètre du dialogue est remplacé par un mètre de marche, par une mesure précipitée. « Et vous, » cavaliers, approchez-vous, c'est le moment. 0 Simon, ô Panai- » tios (2), ne vous élancerez-vous pas à l'aile droite ? Nos hom- » mes sont prêts. Allons, défends-toi! retourne au combat; on » voit la poussière de leurs chevaux ; ils sont proches. Allons, » attaque-le, poursais-le, mets-le en déroute. » Et aussitôt les cavaliers se précipitent sur la scène en débitant des trochées qui sonnent comme une fanfare contre le démagogue; c'est une véritable charge de cavalerie que le poète a voulu représenter; le chœur des cavaliers fait son entrée en scène en chargeant le démagogue. Pendant toute la pièce, les cavaliers restent les fidèles amis du charcutier, ils le soutiennent, ils l'encouragent, ils l'applaudissent', ils rivalisent avec lui d'insultes et de gros mots contre Gléon.
L'attaque du charcutier contre Gléon paraissait à tous les spectateurs bien plus redoutable quand elle était appuyée par le chœur des cavaliers ; il y avait là un effet scénique habilement imaginé. Sans doute les cavaliers n'avaient pas alors une bien grande influence en politique ; c'est le parti démocratique qui est aux affaires; cependant, l'aristocratie a toujours été puissante dans Athènes; d'ailleurs dans une querelle personnelle comme celle qui divisait Gléon et Aristophane , l'intervention d'un corps composé de l'élite de la jeunesse pouvait être d'un grand secours pour le poète. Par une heureuse coïncidence, les cavaliers venaient de remporter alors un brillant succès ; dans l'expédition que Nicias , pour se relever de la victoire de Gléon à Sphactérie, dirigea contre Gorinthe, ils avaient rendu de grands services ; c'est à leur intervention qu'était due la défaite de l'armée corinthienne sur le champ de bataille de Solygéia (3) ; aussi Aristophane célè-
(1) Eq., 235 et suiv.
(2) Peut-être Aristophane veut-il ici représenter les deux hipparques ; ce sont les chefs des deux demi-chœurs. Cf. p. 393.
(3) Thuc, IV, 42 et suiv.; voir p. 451.
bre-t-il magnifiquement cet exploit dans la parabase de sa pièce (1).
Le poète pouvait d'autant plus compter sur l'appui des cavaliers qu'ils étaient eux-mêmes alors en lutte personnelle avec Gléon.
Cette querelle de Gléon avec les cavaliers est pour nous un point très obscur. Elle était déjà assez ancienne quand on jouait la pièce des 'iTiTrriç. Dans la comédie des Achar7iiens , représentée un an auparavant (Lénéennes, janvier 425), le poète nous montre le principal personnage du drame, Dicéopolis, au début de la pièce , faisant la balance des joies et des chagrins qu'il a éprouvés : « Que de maux m'ont rongé le cœur , et si peu , si peu de » plaisirs! mes peines, au contraire (2), ont été innombrables » comme les sables de la mer. Voyons , de quoi me suis-je réjoui » qui en ait valu la peine? Ah! je sais que mon cœur s'est épa- » noui quand Gléon a rendu gorge des cinq talents. Gomme cela » m'a réjoui ! aussi j'aime les cavaliers pour une telle action : elle » est digne de la Grèce (3). )) Le scoliaste donne sur ce passage deux explications , il dit d'abord que Gléon fut condamné à une amende de cinq talents pour avoir outragé les cavaliers , ensuite il ajoute : « Gléon avait reçu des habitants des Iles cinq talents » pour persuader aux Athéniens de leur alléger le tribut ; les » cavaliers, l'ayant su, s'opposèrent à cette proposition et accusè- » rent Gléon , comme le rapporte Tliéopompe (4). »
Tous les savants, jusqu'à ces dernières années, ont accepté
(1) V. 595. voir ch. III, 2.
(2) J'accepte la correction de Schneider Oàxepa | à ô'wôuvrîOriv.
(3) Acharn. , vers 1 et suiv.; nous ne citons que les vers qui concernent les cavaliers, v. 5 :
lytipS' èç' M ye xà xéap eùcppàvÔYiv IScov , Toïç TTÉVTe TaXàvTOiç oîç KXetov e^rîfxeaev Taû6' (î)ç èyavtoôriv, xal <pÙM toùç iuTzéaç 6ià toOto Toupyov * à^iov yàp *EXXàôt.
(4) Sch., l. c. : « 'EÇyi{ji,tw6yi yàp à KXewv uévre ToiXavra Sià xb OêpiÇeaôat xoù; Itz- Tcéaç. Ilapà tûv vviaiwTcov ëXaêe Trévre xàXavxa ô KXéœv tva Tzeia-^ xoùç 'A6y]vaiou(, xoucpiaai aùxoùç x^ç elaçwpaç • aia66[JLevoi Se ol luTceiç àvxéXeyov xat àin^XYiorav aùxov • jxé|xvrixai ©eouoixTcoç. » — D'après l'auteur du ^loç XI (de l'édition Didot), c'est Aristophane qui aurait été la cause de cette amende ; et , ce qui est encore plus fort, cette amende aurait été infligée à Cléon par les cavaliers : a'txioç aùx(^ Yéyove ^y]\iiot.ç, uevxe xaXàvxwv a ùtzo xcôv 'IiTTiéwv xaxeSixào-ÔY) (col. II , 1. 23). Cette grossière erreur, comme dit Hermann {De eq. AU., p. 4, n. 4), se trouve répétée par l'auteur de la deuxième TTcoOeatç des *l7r7rï)ç : « ô ôè x^P^? ^^ "^^"^ iTtTréwv èdxlv , oï xal il^ri\ii(ji(jav x6v KXécova Tvévxe xaXàvxoiç èiil ôwpoôoxity àXovxa (1. 22 et suiv.). Hermann fait observer que xaxaôixàiieiv , comme le latin condemnare, peut se dire aussi de l'accusateur ; il en est de même de 2;7i[xiouv (Mùl-
cette dernière explication du scoliaste et ont cru à ce vol commis parCléon. M. Mtlller-Strtibing, dans son grand ouvrage sur Aristophane et la critique historique (1), où l'on regrette de trouver, à côté de vues si originales , si nouvelles, une polémique trop passionnée, trop souvent injuste contre les personnes , a repris cette question et l'a soumise à un rigoureux examen ; cette discussion est assurément une des meilleures de son livre ; nous la résumons ici.
Aristophane, dit M. Mûller-Strûbing, en reprenant un mot de Grote, est un homme qui sait bien haïr (2) , il a attaqué Euripide pendant tout le temps de sa vie, il ne l'épargne pas après sa mort; sa conduite est encore plus violente envers le démagogue Hyperboles ; il l'a attaqué très souvent dans ses pièces ; dans les Tfiesmophoriazusae, il se moque delà mère de cet Hyperboles, à cause de son fils, au moment où elle porte le deuil de ce fils (3). Est- il admissible qu'Aristophane pouvant jeter à Gléon un tel reproche à la face, pouvant lui rappeler une condamnation pour corruption, uneYpa^T) SwpoSoxiaç, n'y ait pas fait allusion dans ses autres pièces, qu'il se soit abstenu d'une telle vengeance ? Il y a dans les Nuées un passage significatif ; les Nuées , qui forment le chœur , reprochent aux Athéniens, dans la parabase , d'avoir élu Cléon stratège (4) : « Quand vous l'avez élu, nous avons manifesté notre » mécontentement ; le tonnerre a éclaté, la lune a quitté la route » ordinaire , le soleil s'est voilé. Nous allons pourtant vous ensei- » gner un moyen pour que cette funeste résolution tourne à » bien : condamnez Gléon pour vol et pour corruption et passez- » lui le carcan autour du cou. » Gomment ! Aristophane ne rappelle pas alors la condamnation subie par Gléon ! Il ne fait pas honte aux Athéniens de leur faiblesse vraiment inexplicable!
Bien plus , si Gléon avait été véritablement condamné , n'aurait-il pas été déchu, ipso facto, de tous ses emplois ? Les savants ont traité cette question comme si le crime de SwpoSoxfa était une chose de peu d'importance. Plattner (5) , Meier et Schômann (6) ,
ler-Strûbing, op. laud., p. 121 note); cependant le scoliaste est bien capable, comme le dit Herraann, d'avoir commis une telle erreur.
{{) Aristophanes und die historische Kritik; la discussion que nous allons résumer comprend les pages 119-181.
(2) a Ein guter Hasser. »
(3) Thesmoph., v. 840.
(4) Voy. 581 et suiv.
(5) Process bei den AUikern^ II, p. 157.
(b) Der attische Process, éd. J.-H. Lipsius , p. 444 et suiv.
Bœckh (1) sont cependant d'accord sur la gravité des peines qui frappaient dans ce cas le coupable ; la peine pouvait être la mort ou une amende égale h dix fois la somme reçue et, ipso jure, l'atimie. En conséquence, non seulement Gléon aurait été déchu de ses charges, mais il n'aurait pu prendre aucune part aux affaires publiques; l'entrée de l'àyopà, les jours d'assemblée, lui aurait été interdite.
Dira-t-on que le peuple lui avait fait grâce? Une telle mesure était très difficile à obtenir ; il fallait, pour réhabiliter un atimos, un vote de six mille suffrages exprimés, c'est-à-dire un vote porté par la majorité du corps des citoyens (2); est-il vraisemblable que cela se soit fait pour Gléon ?
Quel rôle les divers savants ont-ils attribué aux cavaliers dans cette circonstance? D'après Bœckh (3), les cavaliers paraissent avoir été les accusateurs; Gléon fut condamné , mais il obtint un adoucissement- de la peine : il paya seulement la somme qu'il avait reçue ; Bœckh cependant a montré dans d'autres passages l'importance d'une telle condamnation (4); une condamnation telle que la suppose Bœckh n'aurait pas été une victoire pour les cavaliers; Dicéopolis ne s'en réjouirait pas tant; d'ailleurs, l'adoucissement de la condamnation serait-il allé jusqu'à laisser à Gléon son influence et sa situation politique ? On peut supposer quelque chose de plus déraisonnable encore : Wachsmuth dit (5) que l'amende à laquelle Gléon fut condamné, grâce aux cavaliers, lui fut infligée par le peuple, simplement pour plaisanter. W. Ribbeck croit que les cavaliers ont été accusateurs (6) ; F. Ranke en fait même des juges (7). K. F. Hermann (8) a parfaitement montré que les cavaliers n'ont pas pu, entant que corps, être accusateurs ou juges ; mais il a tort de croire qu'ils ont obtenu cette condamnation, et cela par leur influence sur le peuple. Si les cavaliers avaient eu cette influence, Gléon aurait été bientôt mis de côté, et Aristophane n'aurait pas eu besoin de l'attaquer et d'écrire contre lui une pièce comme les 'iTricriç ; les
(1) Staat., I, 490.
(2) Dém. c. Timocr., 45 et suiv.
(3) Staat. , 1 , 504 ; l'ëvôei^iç ou demande en réhabilitation devait être introduite par un autre que l'accusé.
(4) Staat., I, 490, 504, 515.
(5) Hell. AU., I, 613.
(6) Ed. des Acharniens, préface.
(7) Vita Aristophanis, p. 355.
(8) De eq, att., 43 et suiv.
cavaliers influents sur le peuple, c'est toute la politique intérieure d'Athènes qui eût été changée. Enfin comment expUquer, si Gléon avait subi une telle condamnation, qu'on ne trouve aucune trace de ce fait, aucune allusion , ni dans les fragments qui nous restent des autres comiques, ni dans les commentateurs, ni aussi chez les orateurs ?
Toute cette discussion de M. Millier- Strûbing est des plus probantes ; aujourd'hui il n'est plus possible de croire que Gléon a été condamné pour fait de corruption ou de concussion. M. Milller- Strûbing est moins heureux quand il essaie de donner une explication du fait auquel les vers des Acharniens font allusion. 11 suppose que Gléon avait été nommé, dans l'été de 426, à la grande charge financière de Tajxiaç tî]? xoiv9îç TrpoddSou. Il avait préparé de grands projets financiers ; il fallait faire face aux dépenses de la guerre; il fallait aussi élever la solde des juges à trois oboles, mesure devenue nécessaire par la prolongation de la guerre. On pouvait croire qu'il pourvoirait à toutes ces dépenses en élevant le tribut des alliés, en leur imposant des contributions extraordinaires ; il manifesta, au contraire, le désir de réduire ce tribut de cinq talents. G'est par des contributions extraordinaires imposées aux riches Athéniens ; c'est en rendant régulier cet impôt sur le revenu, sÎŒcpopa, levé seulement dans des circonstances extraordinaires (1), que Gléon avait donné à entendre qu'il équilibrerait son budget. Le peuple athénien, le S^oç luimême ne devait guère être favorable à cette réduction ; il se faisait peu à peu à cette idée qu'on devait traiter les alliés comme des vaincus qui devaient fournir l'argent nécessaire aux besoins et aux plaisirs du vainqueur. Le parti aristocratique était directement menacé par les projets de Gléon; il forma une coalition avec le parti ultradémocratique, et le démagogue vit sa proposition repoussée ; mais cela ne porta pas la moindre atteinte à sa situation politique ; il dut seulement rendre, ei£(xs"tv, c'est-à-dire inscrire de nouveau les cinq talents qu'il avait eff'acés de son budget.
Cette explication de M. Mûller-Strubing est inacceptable ; elle a été réfutée de la façon la plus péremptoire, d'abord par M. Otto Keck (2), puis par M. Gust. Gilbert (3). Ces deux savants ont
(!) Une elafopà avait été imposée en 428 (Thuc, III, 19), lors de la révolte de Mytilène ; c'est le premier exemple que nous connaissions d'une telle mesure.
(2) Quaestiones Aristophaneae historicae, Halle, 1876; voir le chap. III, De Cleonis muneribus publias, p. 25-63.
(3) Beitràgef p. 91 et suiv. et 133 et suiv. i )
donné deux raisons décisives contre l'opinion de M. Mûller- Strilbing : il n'est nullement prouvé que la charge de xa^jiiaç tyîç xotvYÎç TTpoaoSou ait existé avant Euclide(l); il entrait dans le programme du parti démocratique et surtout dans le programme de Cléon (2) de traiter durement les alliés.
M. G. Gilbert propose une autre explication ; le scoliaste rapporte un passage de Théopompe (3) dans lequel il est dit que Cléon, voulant se venger des injures qu'il avait reçues des cavaliers, s'appliqua à leur créer des ennuis et qu'entre autres il leur intenta une accusation de désertion. Quand et à quel propos une telle accusation fut-elle intentée? M. Gilbert, faisant l'histoire intérieure d'Athènes pendant la guerre du Péloponnèse, remarque, quand il arrive aux événements de l'année 428/7, dans laquelle eut lieu la quatrième invasion des Lacédémoniens en Attique, que Thucydide ne dit rien de la conduite des cavaliers. Ils avaient pourtant, pendant toutes ces invasions, un service très important ; ils étaient les seuls soldats d'Athènes qui pussent tenir la campagne tant que l'ennemi se trouvait dans le pays. Cette quatrième invasion fut, du reste, une des plus désastreuses (4)', bien plus désastreuse que la troisième, pour laquelle Thucydide mentionne l'action de la cavalerie (5). M. Gilbert suppose qu'alors il a pu se passer quelque fait qui a fourni à Cléon le motif d'une accusation de XetTroxa^iou contre les cavaliers. 11 croit d'ailleurs qu'il n'y a pas eu procès. Un procès monstre intenté à mille accusés, outre les difficultés de procédure qu'il présentait , aurait certainement laissé un souvenir ineffaçable. Cléon, qui était membre du Conseil, dut procéder par un probouleuma, puis il présenta son projet au peuple pour le transformer en décret. Cette accusation contre les cavaliers ne devait pas être rédigée dans des termes généraux ; elle devait porter sur des faits
(1) Ulr. Kohler, Urkunden und Untersuch. z. Gesch. des delisch. attisch. BundeSf p. 151.
(2) Cf. tout le discours de Cléon, lors de la révolte de Mytilène (Thuc, III, 37 et suiv.
(3) Eq. , V. 226 : « ©eoTToixuo; èv 8exàT({) «ï>iXtTC'jrixâ)v çtqctIv ôti ol ÎTcueïç è\i.iao\iw aÙTOv • TtpoTcrjXaxiaôelç yàp Citt' aÙTôiv xai TcapoÇuvOeiç eTrexeOyi 1% TroXiTsicf, xai ôte- TiXeeiev elç aùxoùç xaxà (XYJxavtojxevoç * xarriyopriae yàp aùxâiv tb; XeiTTOffTpaxouv- Twv. » Cléon s'occupe de politique avant 427 ; M. Gilbert explique les mots èTceTéÔY) T^ TToXiTEicf cu disaut que Théopompe veut ici indiquer sans doute le surcroit d'activité que Cléon déploya quand il fut nommé membre du Conseil.
(4) Thuc, III, 26.
(5) Id., ni, 1.
précis (1). Une allusion à cette affaire se trouverait dans l'épi thète appliquée à Gléon, celui qui trouble le corps des cavaliers (2). Le résultat fut favorable à ces derniers; dans une pièce destinée à les glorifier, parler de leur élever un trophée pour leur bravoure (3) serait une ironie amère s'ils avaient été condamnés pour désertion.
• Ceci posé, M. Gilbert se demande si l'on ne doit pas rattacher à cette accusation mentionnée par Théopomjje cet épisode bien connu du conflit entre Gléon et les cavaliers, c'est-à-dire l'affaire des cinq talents. Il examine et réfute les diverses explications qu'on a données de cette affaire ; il croit, avec M. Mûller-Strubing, que l'expression IIeueIv n'indique pas nécessairement ici que Gléon ait dû rejeter une chose qu'il avait avalée ; mais il repousse l'explication proposée ensuite par ce dernier savant, tendant à prouver que Gléon voulait réduire de cinq talents le tribut des alliés ; il croit, au contraire, que l'affaire des cinq talents et le procès de désertion ne sont qu'une même affaire et que Gléon, en môme temps qu'il portait contre les cavaliers une accusation de XstTcoTalioo, demandait que la xaxocaxaatç ou indemnité donnée aux cavaliers quand ils entraient au service, leur fût, cette fois, supprimée.
M. Gilbert ne réclame, pour cette explication, d'autre droit que celui d'être possible (4). Il est intéressant de relever que, dans son Manuel d' Antiquités grecques , il n'en a pas dit un mot. G'était cependant bien le cas d'en parler; car si elle était exacte, nous aurions un renseignement des plus précieux sur la question de la xaTdcaTaatç. Glnq talents à distribuer entre 1 ,000 cavaliers, cela donnerait 30 drachmes pour chacun. Ce serait un renseignement des plus précieux pour cette question si obscure de la xaxaaTaatç (5).
Tout récemment, un savant allemand, M. Julius Beloch (6) a eu, dans cette explication, plus de confiance que l'auteur luimême. Ayant à rechercher à quelle époque Gléon avait dû, pour la première fois, être membre du Gonseil (7), il a conclu, en opérant par élimination, qu'il n'y avait d'autre date possible que l'année 427/6. Ge résultat obtenu, il a vu une confirmation de
(1) Din. c. Dém., 96, sur les v6[xot ou ^Yi(fi(j\j.a,xa pour la cavalerie.
(2) Tapa^iuTToarpaTOv, V. 247.
(3) V. 267 et suiv.
(4) Op. laud.,Y>. 142.
(5) Voir notre discussion sur cette question, ch. 335.
(6) Die Attische Politik seit Perikles ; voir l'appendice 2 intitulé : Kleon's Buleia, p. 335-337.
(7) Aristoph., Eq., v. 774 et suiv.
4(30 LKS CAVALIERS ATHÉiNlExNS.
l'explication proposée par M. Gilbert dans ce fait que l'année 427/6 commence une période financière ; que c'était bien le moment pour proposer des réductions au budget.
La chose à laquelle M. Gilbert paraît surtout tenir est le rapprochement entre l'accusation de Gléon contre les cavaliers et l'affaire des cinq talents, entre le fragment de Théopompe et les vers des Acharniens. Rien ne prouve la justesse de ce rapprochement : l'accusation de désertion peut très bien ne pas se combiner avec la question des cinq talents. Les faits ont pu se passer tout autrement : les cavaliers sont les ennemis naturels du démagogue; ils ont été mêlés à une affaire désagréable pour lui ; il a dû rendre cinq talents ; Gléon a voulu se venger ; il a saisi une occasion et leur a intenté une affaire de désertion qui n'a pas eu de suite.
L'explication de M. Gilbert est une hypothèse très ingénieuse : on peut croire, avec ce savant, qu'il n'y a pas eu de procès, que l'affaire n'est pas venue devant les tribunaux : un tel procès nous serait certainement connu ; — que l'affaire à laquelle Dicéopolis fait allusion, au début de la pièce des Acharniens ^ a pu être assez éloignée et non toute récente, comme le dit M. Millier- Strubing (1) ; — que l'action intentée par Gléon visait la conduite militaire des cavaliers (2) ; — enfin que Gléon a intenté cette accusation quand il était membre du Gonseil. Mais, tout cela accordé, il n'en faut pas moins reconnaître que l'explication de M. Gilbert n'est autre chose, comme il le dit lui-même , qu'une de ces hypothèses qui ne sont que possibles ; il y a toujours place à côté pour des explications différentes.
Sur cette question, on ne pouvait guère considérer de certains que les points suivants :
Gléon a du rendre i\z^€iv, cinq talents ; cela n'implique nullement l'idée d'une condamnation ; la démonstration de M. MûUer- Strùbing reste entière sur ce point ;
Les cavaliers ont été mêlés à cette affaire, qui a été désagréable pour Gléon, car elle comble de joie ses ennemis ;
Gléon a intenté aux cavaliers une accusation de désertion. Quand cette accusation s'est-elle produite ? A-t-elle précédé , a-t-elle suivi l'affaire des cinq talents, se combine-t-elle avec elle? Nous n'en savons rien.
Voilà où en était la question il y a trois ans. En 1883 , il a paru une courte dissertation consacrée à des observations sur
(1) Op. laud; p. 126; cf. Acharn., note, v. 13; xïîTe;, v. 15.
(2) Eq., 266 et suiv.
l'histoire delà comédie ancienne (1); elle est l'oeLivre de M. H. Luobke, elle contient peut-être la solution du problème difficile qui nous occupe. Cette solution serait des plus simples; M. Luebke laisse de côté toutes lesexplicationsdes scoliastes, qui sur ce point n'en savent pas plus que nous ; pour expliquer Aristophane , il lui suffit d'Aristophane ; le meilleur moyen de comprendre un auteur , c'est encore de le lire ; si l'on a mal compris le passage d'Aristophane, c'est qu'on l'a mal lu, on l'a isolé des passages qui précèdent et qui suivent ; il faut donc le remettre cà sa place et lire en entier tout le morceau. Quel est le sens de tout ce discours de Dicéopolis? Ce personnage raconte les joies et les peines qu'il a éprouvées; les unes sont innombrables, les autres petites, très petites ; mais toutes ces joies, toutes ces peines ont pour objet le théâtre. Dicéopolis a éprouvé une douleur véritablement tragique un jourqu'on devait donner une pièce d'Eschyle et qu'on a donné, à la place, une pièce de Théognis, ce poète si froid qu'on l'avait appelé la Neige] il a été au contraire ravi un jour qu'il a entendu Dexithée chanter dans le mode béotien ; mais comme il a eu le cœur déchiré une autre fois, quand il a vu Chéris, le mauvais artiste, entrer en scène pour jouer sur le mode orthien ! M. Luebke conclut alors en disant que les vers dans lesquels il est question de Cléon et des cinq talents , contiennent une allusion à un fait relatif aussi au théâtre ; c'est seulement sur le théâtre que Cléon a rendu gorge des cinq talents ; c'est seulement dans une comédie que les cavaliers ont contribué à cette exécution du démagogue. Mettre sur la scène Cléon, rançonnant les alliés, leur prenant cinq talents, puis le montrer pressé par ses ennemis, surtout par les cavaliers, pris à la gorge, étranglé, et vomissant la somme extorquée, c'est là une invention qui est bien dans la nature des inventions de la comédie ancienne. Théopompe a raconté le fait comme une plaisanterie, peut-être même s'est il trompé lui-même eta-t-il pris au sérieux l'invention comique d'Aristophane ; les erreurs de ce genre ne sont pas rares chez les auteurs anciens. Ceci cependant est moins probable. En effet, le scoliaste, à propos d'un autre passage de la même pièce cite encore Théopompe (2) ; et, cette fois, il prend la peine d'indiquer à quel passage des écrits de l'historien il se réfère. D'après ce texte, Cléon n'aurait pas encore été complètement engagé dans la politique, quand il fut insulté et outragé par les cavaliers ; peut-être se trouva-t-il mêlé dans quelque affaire
(1) Ohservationes criticae in historiam veteris Graecorum comoediae.
(2) Voir p. 464, n. 3.
iC)8 LKS CAVALIERS ATHHNIEiNS.
avec les horamos du parti dômocratique ; les cavaliers, cette fraction militante de l'aristocratie, couvrirent aussitôt d'outrages ce nouveau venu ; Gléon, pour se venger, s'engagea complètement dans la lutte politique; il rendit aux cavaliers insultes pour insultes et finit par leur intenter un procès pour désertion , XsiTioTa^iou. Y a-t-il eu un fait de ce genre au début de la carrière politique de Gléon ? Nous n'avons sur ce fait que le témoignage de Théopompe, témoignage qui se trouve dans un fragment mutilé, peutêtre mal interprété et mal transcrit par le scoliaste. Le fait en lui-même ne serait pas impossible. Gléon, dès le début de sa carrière, appartient au parti démocratique radical; il est l'adversaire de Périclcs. Le parti auquel appartient le démagogue a fait souvent alliance avec l'aristocratie, pour combattre le chef de la démocratie modérée ; mais il est de la nature de telles coalitions d'être peu durables ; elles sont imposées par les circonstances , elles peuvent cesser avec ces circonstances. Quoique les deux partis extrêmes, les radicaux de droite et de gauche, soient en général unis pendant les dernières années de la vie de Périclès , il y a eu certainement des moments où cette alliance a été rompue et où les deux partis se sont trouvés l'un en face de l'autre tels qu'ils étaient véritablement , c'est-à-dire dans la position d'adversaires irréconciables. G'est dans un de ces moments qu'a pu se placer le premier différend entre Gléon et les cavaliers (1).