‹ Les cavaliers athéniensChapitre 78 sur 86 · L'Art · texte numérisé non relu

L'Art

En admettant que le ressentiment des Athéniens contre les cavaliers pour leur conduite sous les Trente ait été d'abord très vif, on voit cependant bientôt cette colère s'apaiser et ces tristes souvenirs s'effacer peu à peu ; la faveur dont cette élite de la jeunesse jouissait dans Athènes lui fut bientôt rendue ; la génération qui suivit celle de Lysias , si elle nourrit toujours d'ardents sentiments de colère contre les Trente , cesse d'associer le nom des cavaliers à celui des tyrans et de les comprendre dans la réprobation dont elle poursuivit toujours Gritias et ses complices. Dans les orateurs du quatrième siècle , nous ne trouvons aucune allusion malveillante contre les cavaliers. Un des discours les plus violents qu'ait composés Démosthène est dirigé contre un hipparque, contre ce Midias, qui l'a soufîleté en plein théâtre; dans ce discours , écrit pour tirer vengeance d'un tel affront, Démosthène n'évoque contre son adversaire, qui est un des deux commandants de la cavalerie , aucun des souvenirs de l'époque des Trente. Il y a, dans ce discours, de nombreuses et violentes attaques contre les riches; l'orateur essaie à plusieurs reprises de soulever le pauvre contre le riche ; il fait appel aux sentiments de haine et d'envie que l'homme de la foule, dans Athènes- surtout , nourrit contre le citoyen des classes privilégiées; il n'essaie jamais de faire rejaillir sur l'hipparque Midias quelque chose de cette réprobation qu'a soulevée la conduite de l'hipparque Lysimachos et celle des cavaliers qui ont servi sous ses ordres.

Les cavaliers étaient devenus, bientôt après les Trente, l'orgueil et la joie des Athéniens. On croit que l'un des premiers

devoirs de l'homme d'Etat est de relever la cavalerie, de la rendre nombreuse, paissante et brillante; un des reproches que les orateurs adressent souvent à leurs adversaires politiques qui ont administré les affaires publiques, c'est qu'ils n'ont rien fait pour la cavalerie. Quand , par quel décret a-t-il relevé notre cavalerie (1)? s'écrie Dinarque contre l'orateur Démosthène. Et celui-ci renvoie le même reproche à son adversaire Eschine (2). La gloire des Athéniens, dit encore le grand orateur, c'est d'avoir plus de galères et plus de cavaliers que les autres peuples (3). Nous avons vu l'auteur du petit opuscule sur les revenus, à l'époque où Eubule administrait Athènes (4) , rêver de voir Athènes enfin relevée de ses désastres, célébrer avec plus de pompe les fêtes sacrées, reconstruire ses murs et ses arsenaux, et rendre leur ancienne splendeur aux prêtres, au Conseil, aux magistrats et aux cavaliers (5). Bien des hommes d'Etat athéniens ont dû faire de tels rêves : < Si quelqu'un ici voulait s'occuper sérieusement de la cavalerie, » dit Socrate en pensant à l'amour de la gloire qui animait tous les Athéniens , « comme nous l'emporterions sur tous les autres peuples, par le bon ordre, la bonne tenue, l'habileté des hommes et la beauté des chevaux (6) ! »

La cavalerie occupe une place des plus importantes dans l'art et dans la littérature d'Athènes. Par ses qualités plastiques, elle frappait l'imagination des artistes et des poètes ; comme institution politique et militaire , elle s'imposait à l'attention des hommes d'Etat ; enfin par le rôle que les cavaliers jouent dans la vie mondaine de la grande ville , ils appartenaient aux peintres des mœurs, aux poètes comiques, aux moralistes et aux philosophes.

L'agonistique a été, dans le développement de l'art grec, un élément d'une importance capitale ; il y a une littérature agonistique dominée pour nous par le grand nom de Pindare. La statuaire grecque n'existe en grande partie que par l'agonistique ; les sculpteurs ont surtout à faire des statues des dieux ou des athlètes vainqueurs.

(1) Din. c. dém., 96.

(2) De fais, kg., 282; Pro Cor., 311.

(3) C. Timocr., 216.

(4) Sur la date à attribuer à ce petit ouvrage, cf. E. Curtius, Hisl. Gr., V; Adalbert Roquette {De lenophontis vita, 1884) croit que cet ouvrage est de Xénophon et qu'il a été composé en 355, cf. p. 91.

(5) [Xén.], Devectig.. VI, 1.

(6) Xén., Mémor., III, 3, 14.

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Le cheval , parce qu'il figure dans les concours, dans les joui publics, occupe, dans l'art antique, une place plus grande que dans l'art moderne. Nous n'avons pas l'intention d'entrer sur ce point dans de longs détails et, en particulier, pour ce qui concerne l'art, nous serons très href. Nous n'avons d'autre ambition que de montrer que la cavalerie avait offert une matière riche et féconde à l'imagination des artistes et des écrivains d'Athènes.

L'agonistique a exercé sur l'art grec une influence si importante, non pas seulement parce que, en répandant le goût de la gymnastique, elle a favorisé le développement de la beauté plastique de la race, parce qu'elle a pu offrir aux artistes des modèles accomplis, parce qu'elle les a habitués à la reproduction du nu et par conséquent à une étude directe de la nature ; une institution particulière aux grands jeux de la Grèce a eu ici un rôle décisif: nous voulons parler de l'usage qui se répandit de bonne heure d'honorer les vainqueurs des grands concours par des statues élevées auprès du temple du dieu sous la protection duquel était le concours. On a commencé naturellement par des statues à pied, par des représentations d'athlètes. Bientôt les artistes deviennent plus habiles, il sont tout à fait maîtres de leur outil ; aucune posture du corps humain ne les embarrasse. Ils devaient aussi s'occuper de la représentation des animaux ; car ils avaient à sculpter, à Delphes, à Olympie, des chevaux de « course, des attelages et » autres représen talions monumentales, par lesquelles les colonies » lointaines voulaient voir attester, aux fêtes de la métropole, » leur vaillance aussi bien que leur amour de l'art (1). «

Dès la fin du sixième siècle, les écoles d'Egine et d'Argos avaient acquis dans ce genre de travaux une renommée qui s'étendait dans tout le monde grec ; elles possédaient de « vastes ateliers pour les » monuments commémoratifs des victoires et lesgroupes de statues ; » on y exécuta des chevaux de course, avec une vérité étonnante. » L'école argienne atteignit son apogée avec Agéladas, comme » l'école éginétique avec Ouatas (2). » Déjà Glaucias d'Egine

(1) E. Curtius, Hist. Gr., II, p. 95.

(2) Ibid., p. 96. — Sur cette question , voir Ad. Schlieben , Die Pferde des AUerthums, le chapitre intitulé : Die Eigenschaften der Pferde und ihre Beurtheilung, p. 79-91 ; d'après l'auteur, les anciens auraient été très inférieurs aux modernes dans les reproductions artistiques du cheval, v. p. 82; — colonel Duhousset, Le cheval dans l'art, dans la Gazette des Beaux-Arts, t. XXVIII (1883), p. 407-423, grande admiration pour Phidias; — (i. Kôrte, Dokimasie der Attische Reiterei , dans l'Archdolog. Zeit., ann. XXXVIII (1881). p. 177-181; —

avait fait le mon amen t représentant un char pour célébrer la victoire de Gélon à Olympie (1). Onatas éleva à Olympie le monument destiné à rappeler les victoires, "à la course des chars, du frère de Gélon, Hiéron de Syracuse (2) ; il fut chargé par les habitants de Tarente d'exécuter le monument qu'ils consacrèrent à l'occasion de leur victoire sur les Peucétiens , peuplade indigène de l'Italie ; l'artiste dut figurer en airain des groupes nombreux, des guerriers combattant à pied et à cheval , ainsi que des demidieux, des héros qui avaient pris part au combat (3). x\géladas exécuta le monument consacré à Olympie par Gléosthènes d'Epidamne, vainqueur à la course des chars dans la 66e Olympiade (516); le monument comprenait la statue de Gléosthènes, celle du cocher, ainsi qu'une reproduction des quatre chevaux vainqueurs (4); d'après Pausanias (5), Gléosthènes aurait été, des Grecs qui ont élevé des chevaux pour les courses , le premier qui ait consacré sa statue à Olympie.

G'est très probablement à la grande famille Gimon-Miltiade, à cette famille célèbre dans toute la Grèce par ses victoires olympiques, qu'appartient l'honneur d'avoir élevé le premier monument de l'art attique qui ait représenté des chevaux. Gimon, le père du héros de Marathon , fut trois fois vainqueur à Olympie avec le même attelage (6) ; les quatre chevaux furent enterrés auprès du tombeau de la famille qu'ils avaient couverte de tant de gloire ; et un monument , donnant leur reproduction fidèle

Otto Jahn, Pausanis descriptio arcîs Athenarum, 2* éd. revue par Ad. Michaelis ; — Pour ce qui concerne les reproductions et les catalogues , il me suffira de citer : Schône, Griech. Reliefs, XV, 73 ; Gerhard, Antiq. Vasenb., passim-, Otto Jahn, Beschreibung der Vasensaml. K. Ludwigs, surtout le n° 93 ; de Vitte, Vases panathénaïques j dans les Annali deW Instituto, 1877, p. 358 et suiv. ; M. Collignon, Catal. des vases peints de la Société archéol. d'Athènes, n»» 167, 252, 273, 505, 561, 594, 680, 681. Je cite, sans le connaître, l'ouvrage de S. Rûhl, Ueber die Auffassung der Natur in der Pferdcbildung Antiker Plastik. — Cf. p. 408, n. 4.

(1) Paus., VI, 9, 4 ; inscr. trouvée à Olympie, /. G, A., 359; Loewy, Insc. gr. Bild., n« 28.

(2) Paus., VIII, 42, 8 et suiv. Sur Onatas, cf. J. Overbeck, Geschichtè der griech. Plastik, 3" éd. Leipzig, 1881, p. 113 et suiv.

(3) Paus.. X, 13, 10.

(4) Paus., VI, 10, 6. Sur Agéladas, cf. Overbeck, op. laud. , p. 106 et suiv.

(5) Paus., VI, 10, 8 : « Tc5v ôè tTtTtoxpoçYiaàvTwv ev "EUviori TCpôToç àç 'OXu{x- Ttiav elxôva àvéôrixev ô KXeoaôévYjç o^xoç. » 11 y a sur ce point des difficultés ; cf. Krause, Olympia, p. 309 ; Overbeck ne croit pas, avec Krause , qu'il y ait eu vers la même époque deux sculpteurs qui aient porté le nom d' Agéladas.

(6) Voir plus haut p. 178.

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leur fut élevé pour perpétuer le souvenir de leurs victoires (1).

Les monuments équestres paraissent avoir été assez nombreux sur l'Acropole. Le plus ancien était le quadrige en airain offert par les Athéniens à Athôna avec la dîme des rançons payées par les Hippobotes faits prisonniers, dans la première expédition des Athéniens en Eubée en 505. Ce monument a dû périr lors de la prise de l'Acropole par Xerxès ; mais il fut refait ou au moins le souvenir de cette première expédition fut rappelé sur un monument de l'époque de Périclès , qui reproduisait l'inscription qu'Hérodote (2) avait lue sur le quadrige; un fragment.de cette inscription a été retrouvé récemment (3). Un char était une offrande qui convenait très bien pour une victoire remportée sur les Erétriens et les Béotiens, peuples renommés par leur cavalerie.

A l'entrée de l'Acropole , sur la route des Propylées au Parthénon, se dressait une reproduction du cheval de Troie : c'était ce Souptoç iTïTzoç mentionné par Aristophane (4) comme étant d'une grandeur prodigieuse; il était en airain; nous possédons aujourd'hui l'inscription qu'il portait et nous savons qu'il avait été consacré par un certain Ghairédémos , fils d'Euangelos, et qu'il était l'œuvre du sculpteur Strongylion (5).

D'après l'auteur de la Vie des dix orateurs, il y aurait eu dans la Stpatpiaxpa OU cour pour le jeu de paume des Erréphores, entre l'Erechthéion et les Propylées, une statue à cheval d'Isocrate enfant (6) ; « cette statue n'était pas la seule.; ou, pour mieux dire, » d'autres vainqueurs avaient consacré des monuments de leur » victoire. C'est là qu'on a découvert de petits piédestaux carrés, » sur lesquels sont sculptés en reliefs des chars traînés par deux » chevaux. Ces biges, d'une forme à peine archaïque et d'un très » beau travail, rappellent les biges des monnaies siciliennes (7). » A côté de ces monuments, qui ne portent aucune inscription, il faut mentionner les consécrations des vainqueurs aux jeux Olym-

{[) JElien, Hist. Var., IX, 32.

(2) Hérod., V, 77.

(4) Aves, 1128 ; Paus., I, 23, 10 ; voir les autres textes dans Th. Kock, édit. des Aves d'Aristophane et dans E. Lœvvy, Insc. griech. Bild., n° 52.

(5) C. l. A., I, 406 : « Xatp£Ôri(xoç EùayYsXou èx KoCXriç àvéôrixev *

STpoyyuXttov èuoîriaev. »

(6) [Plut.], Vit. dec. Or., IV. 42 : «( AeyeTat Se xat xeXyixidai Iti Ttaïç wv • àvaxeïrai yàp èv àxpouoXei xaX>toO(; èv tv] crçaiptcrTpqc tôv 'Appri^optov xeXrjxii^wv ext Tiaïç wv, d)ç eÏTzàv xtve;. » Faut- il accepter un tel renseignement? Overbeck ne l'enregistre pas, Die Antiken Schriftquellen, p. 270.

(7) Beulé, L'Acropole d'Athènes, 11, p. 300.

piques , Pythiques , Panathônaïqiies , comme Hermocratès , fils d'Antiphore, Gallias , fils de Didumios , Diophanès , fils d'Empédion , Hégestratos , fils de Philon , etc. (1).

Si nous laissons l'Acropole , nous trouvons sur l'Agora , près de l'Eleusinion, un cheval en airain consacré par Simon ô k-jrtxoç, le premier des Athéniens qui ait écrit sur la cavalerie ; ce cheval était fœuvre deDémétrios, sculpteur athénien, à qui les critiques anciens reprochaient son goût pour ce que nous appellerions aujourd'hui le réalisme (2).

Nous possédons, sur le sujet qui nous occupe, plusieurs fragments de sculptures trouvés en Attique et dus au ciseau d'artistes athéniens. Citons d'abord le bas-relief archaïque de l'Acropole, représentant une femme qui se prépare à monter sur un char. On a voulu voir dans ce bas-relief un fragmentde métope duParthénon qui fut brûlé par Xerxès ; Overbeck (3) le croit plus récent que la stèle d'Aristion et le place vers la 70'' Olympiade (l'an 500). Ce monument représente -t-il Athena ou la Victoire sans ailes ? « Aucun attribut ne distingue cette déesse , vêtue d'une longue » tunique et d'un manteau, dont les plis sont traités avec l'art le » plus délicat. Les proportions sont fines et élancées; on voit » déjà poindre, dans le style de ce bas-relief, les qualités les plus « particulières du génie attique (4). d

Un bas-relief d'une époque plus récente (5) représente le jeu de l'apobate, tel que nous l'avons déjà décrit (6). Le même sujet avait été déjà représenté sur la frise de la cella au Parthénon, et l'analogie entre le bas-relief et la frise est telle, qu'on peut se demander si la frise n'a pas fourni au sculpteur du bas-relief un prototype qu'il a imité librement , suivant les habitudes de l'art industriel. M. M. Gollignon observe, en effet, que l'auteur du bas-relief avait à compter avec les exigences d'une commande;

(1) Voir plus haut, p. 179 et suiv.

(2) Xén. , De re eg. , I , l : « Suv£ypa<^£ (xèv ouv xai SCfxcov Tcepi tTtTrcxrjç ôç xal TÔv xaxà xà 'EXeuaivtov I'utiov xaXxoùv àveôrixe xat év xt^ pàôpo) xà éauxou ëpya è^exuTTwaev. » Cf., sur ce passage, la note de Schneider dans l'édition L. Dindorf ; nous avons parlé de Simon dans la préface de ce livre. Pline {Hist. nat., 34, 19, 15); Demetrius... fecit equitem Simonem qui primus de equitatu scripsit. Sur Démétrius, cf. Lucien, Philopseudes, 18, 19, 20; Quintil., Inst. Orat., XII, 10, 9; Overbeck, Gesch. der griech. Plast., I, p. 383; du même, Die Antiken Schriftquellen, p. 161; Helbig, Simon der Hippolog , Arch. Zeit., XIX, 1861, p. 180.

(3) Gesch. der gr. PI, I, p. 153.

(4) Max. CoUignon, Manuel d'archéol. grecque, p. 135 et suiv.

(5) Bull, de corr. hellénique, VII (1883), p. 458-462.

(6) Voir p. 209.

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aussi indique-t-il la scène avec la plus grande précision ; le sculpteur de la frise , au contraire , « usant de la liberté que lui per- » mettait une composition purement idéale , se borne à rappeler » le souvenir des jeux hippiques par une allusion qui sera com- » prise de tous. L'apobate du Parthénon semble monter dans le » char d'un mouvement aisé et libre, comme s'il s'apprêtait à re- » joindre le cortège ; celui du bas-relief est bien un des concur- » rents de la course hippique qui accomplit point par point, dans » l'Hippodrome, les exercices obligés. En dépit de ces variantes , » on restera frappé d'une ressemblance qui n'est sans doute pas « due à un simple hasard. »

On trouve fréquemment des cavaliers représentés sur les stèles funéraires. M. L. von Sybel, dans un court article du Bulletin de l'école allemande d'Athènes (1), a donné la liste des monuments archaïques de ce genre que nous possédons ; une reproduction de la plupart de ces monuments avait déjà été donnée par M. M. Milchhôferet Georg Lôschckedans le même recueil (2). Les plus importants de ces monuments sont la statuette trouvée à Vari, le bas-relief qui est dans la Pinacothèque et le piédestal peint de la stèle de Lyséas,dans le Théséion. Quel sens faut-il attribuer à ces cavaliers représentés sur les stèles funéraires? Nous sommes en présence de deux explications; d'après M. Arthur Milchhôfer (3), en représentant le mort comme cavalier, on a voulu indiquer qu'il était devenu un héros; d'après M. Lôschcke (4), au contraire , cette scène indique que le mort avait été vainqueur à des concours hippiques ou qu'il avait été cavalier pendant sa vie. En faveur de la première explication , on pourrait invoquer l'analogie; nous savons par exemple qu'en Thrace (5) , en Béotie (6) , il était d'usage de représenter sur les monuments funéraires le mort sous les traits d'un cavalier, dans l'intention d'in-

(1) Mittheil. des deutschen Inst. in Athen, V (1880) , p, 286 et suiv. : Âltattische Reiterstatuette.

(2) Mittheilungen, etc., IV (1879) , pi. ii-iv. Voir encore le vase de Marathon, Archàol. Zeit,, 1864, pi. 183.

(3) Mittheil., IV, p. 167.

(4) Ibid., p. 302.

(5) Alb. Dumont, Inscriptions et monuments figurés de la Thrace, dans les Archives des missions scient., t. III (1876), insc. 57 et IIO b; Bulletino délia commissione archdol. municip. di Roma^ avril-juin 1876.

(6) G. Kôrte , Die Antiken Sculpturen aus Boeotien dans les Mittheilungen , t. III (1878), p. 301-422; surtout les deux chapitres Grabsteine in Altarform mit Darstellung der heroisirten Todten zu Pferde , p. 300; et Votiv Reliefs an heroisirte Todte, p. 376.

diquer qu'il était, par sa mort, devenu un héros. Mais ici l'analogie pourrait nous tromper ; en effet, en faveur de l'explication de M. Lôschcke, il suffirait de citer la scène reproduite sur l'amphore du cap Golias , où nous voyons deux cavaliers assister aux funérailles d'un de leurs camarades (1) et surtout le bas-relief du monument de Dexilée (2).

Sur des monuments de l'Asie mineure, des représentations de ce genre n'ont pas un caractère funéraire : ce sont des ex-voto à une divinité particulière désignée sons le nom de ôeo; awÇwv (3).

L'étude et la reproduction des animaux , et en particulier du cheval , étaient une des traditions de l'école attique. Sans parler d'Hégésias et de ses celetizontes pueri (4) , nous voyons que Galamis etMyron, les deux sculpteurs, qui étaient célèbres dans toute l'antiquité pour leur habileté à reproduire, l'un le cheval, l'autre le bœuf, appartiennent ou se rattachent tous deux à l'école attique. On ne connaît pas la patrie de Galamis ; on sait seulement qu'il a été l'élève de l'Athénien Praxias, que son style était celui de l'école attique ; aussi la plupart des critiques le rattachent-ils à cette école (5). Quant à Myron , l'auteur de cette vache si renommée dans l'antiquité et de tant d'autres grandes œuvres, il était d'Eleuthère, un pays qui était situé sur la frontière attique de Béotie, et dont les habitants avaient droit d'isotélie en Attique (6). Strongylion , l'auteur du Soupto; itittoç , est aussi donné comme ayant excellé à reproduire le cheval et le bœuf (7) ; peutêtre doit-il aussi être rattaché à l'école attique (8).

Ainsi, le représentant le plus illustre de cette école, Phidias, restait-il fidèle à une des traditions de l'art national, lorsque, sur les sculptures du Parthénon, il multipliait avec tant de complaisance rimage du cheval. Nous avons déjà dit (9) qu'à voir seulement les sculptures du temple, si l'on ne savait pas qu'il est dédié à la déesse vierge, on pourrait être tenté de croire qu'il est la de-

(1) E. Pottier, Etude sur les lécythes blancs, p. 62.

(2) Voir plus haut, p. 415.

(3) Max. CoUignon, Ex-voto au dieu cavalier, Bullet. de corr. helL, t. IV (1880), p. 291-295.

(4) Pline, Hist. nat., 34, 78. Ce sculpteur est aussi désigné sous le nom d'Hégias. Overbeck, Gesch. d. Gr. PL, I, 117; Schriftq., p. 85et suiv. ; Loewy, 332.

(5) Overbeck, Gesch. d. Gr. Pl„ I, m -, Schriftq., p. 95.

(6) Overbeck, Gesch, d. Gr. PL, l, 207; Schriftq., p. 98.

(7) Paus., IX, 30, 1 : « SirpoYYuXiwvo; ...àvSpo; pou; xal i'uttouç àpiaxa slpyaa- (xévou. »

(8) Overbeck, Gesch. d. Gr. Plast., I, 377.

(9) Voir plus haut, pp.^130 et^l51.

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meure du rival d'Athôna, du dieu de la mer et des coursiers, Poséidon. Sur le fronton ouest, le dieu, avec ses chevaux, dispute la possession de l'Attique à Athôna. On sait quelles dégradations ont subies les métopes ; nous pouvons cependant encore voir que, sur la façade sud , le sujet représenté était le combat des Centaures et des Lapithes; sur la façade ouest était fig-uré le combat des Athéniens contre les Amazones ; partout domine l'image du cheval. Elle se i-etrouve môme sur le fronton est, réservé exclusivement à Athôna ; le sujet est la naissance de la déesse : le sculpteur s'est plu à placer à chaque coin du fronton des têtes de cheval qui montent d'un côté, qui descendent de l'autre, voulant indiquer ainsi le lever et le coucher du soleil. Enfin, sur la frise de la cella , ce n'est plus seulement le cheval, c'est la cavalerie athénienne qui est représentée, formant la partie la plus importante de la grande procession des Panathénées. Nous avons eu déjà l'occasion de parler de la frise delà cella(l). Il nous a semblé que si Phidias avait négligé de reproduire le corps des hoplites et fait si grande la part de la cavalerie, c'est parce que , à côté des raisons artistiques qui ont pu entraîner le sculpteur, il y avait aussi un intérêt de nouveauté, d'actualité à reproduire, sur les murs de la partie du temple où se trouvait la statue de la déesse, cette cavalerie réorganisée depuis peu de temps et constituée enfin d'une manière digne de la ville protégée par Athôna. « La caval- » cade est trop célèbre, le dessin et le moulage l'ont trop souvent » reproduite, pour que j'aie besoin de la décrire. Qui n'a vu cette » suite à jamais inimitable de beaux et gracieux jeunes gens, lé- » gèrement assis sur leurs coursiers thessaliens, les uns vêtus de « la tunique ou de la cuirasse , les autres nus ou laissant flotter » au vent la chlamyde derrière leurs épaules? Leurs têtes portent » quelquefois le casque, quelquefois ce. chapeau à larges bords que » les Athéniens avaient emprunté à l'Arcadie. Un grand nombre » ont autour des jambes les ornements que Xénophon recom- » mande aux cavaliers et qu'il appelle embates. L'artiste a adopté ce ï) détail pour rompre la monotonie des jambes toujours nues. Car » il est à remarquer qu'il a écarté complètement l'équipement du » cheval. C'est une conséquence du principe qui préside à toute « la sculpture grecque, trop amoureuse de la forme pour consen- » tir à la voiler et à la défigurer sous les détails... La troupe » s'avance au galop, par un mouvement plein d'ensemble, mais » d'une allure retenue et qui n'a rien d'impétueux. Les chevaux

(1) Voir plus haut, ibid.

» semblent galoper sur place, ou plutôt se cabrer gracieusement. » Si l'on veut une description exacte du cheval du Parthénon , » qu'on lise le onzième chapitre du traité d'équitation. Le type » idéal que cherche Xénophon , Phidias l'a constamment co- » pié (1). » La cavalerie athénienne, grâce à Phidias et à la frise de la cella , occupe une place d'honneur dans tout l'art antique. Quelle est l'institution politique de la Grèce ou de Rome qui nous est arrivée revêtue d'une telle beauté (2) ?

Pour la peinture, il nous suffira de rappeler le combat des Athéniens contre les Amazones (3), peinture qui se trouvait dans la Stoa-Poikilé , et qui était l'œuvre du grand peintre Polygnote et de son collaborateur Micon. Aristophane mentionne cette peinture dans sa comédie de Lysistrata (4) ; il dit que les Amazones étaient représentées à cheval et combattaient les Athéniens qui étaient à pied. Micon, peintre et statuaire d'Athènes, était, lui aussi, renommé par son habileté à peindre les chevaux, quoique Ton ait pu lui reprocher des erreurs anatomiques (5). Citons encore un peintre plusieurs fois bafoué par Aristophane à cause de sa pauvreté (6) , Pauson , qui peignait aussi les chevaux avec talent (7). Enfin terminons cette énumération en rappelant une œuvre consacrée à reproduire une des actions les plus glorieuses de la cavalerie athénienne , le combat qu'elle livra aux Thébains

(1) Beulé, L'Acropole d'Athènes, II, 159 et suiv.

(2) A l'époque macédonienne, les statues équestres sont particulièrement en faveur. On sait qu'Alexandre fit faire par Lysippe les statues de ses vingtcinq compagnons tués au Granique; les Athéniens élevèrent à Démétrius de Phalère, qui avait été hipparque et qui gouverna la ville pour Cassandre pendant dix ans, un nombre de statues égal au nombre des jours de l'année. La plupart de ces statues représentaient Démétrius soit sur le quadrige, soit sur la ^uvcopiç, soit à cheval (Diogène Laerce , V, 75). La statue équestre est considérée comme plus honorifique que la statue en pied; ainsi trouve-t-on spécifié par un décret de Delphes relatif à des statues à élever au roi Attale II et à ses frères qu'on honorera chacun d'eux d'une statue dorée équestre pour le roi, en pied pour ses frères {Bull, de corr. hellén. , V, 1881 , p. 375, 1. 13 de l'insc. Cf. aussi t. III, 1879, p. 426, 1. 8 de l'insc. ; voir aussi C. I. A., Il, 410, 464.

(3) Overbeck, Schriftq., p. 200.

(4) V. 678 et suiv. :

Tàç ô"A[xa!j6vaç crxoTcet &ç Mixwv ïyçxx^^ àç' Ttcucov (xa^of^évaç xoTç àvÔpàcrtv.

(5) Overbeck, Schriftq., p. 206 ; Arrien, Anal., VII, p. 470. Cf. C. l. A., 1. 418, 419; Lœwy, n°* 41 et 42; c'est Nicon qui avait fait à Olympie le monument de Caillas, fils de Didumios. Voir p. 179, n. 4.

(6) Acharn., 854, Thesmoph., 948, Plut., 602; Overbeck, Schriftq., p. 212.

(7) Lucien, Eloge de Dém., 24; Aelien, Hist. Var., XIV, 15.

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avant la bataille de Mantiiioe. L'exécution de ce tableau fut confiée au Corinthien Euphranor, peintre célèbre qui traita dignement le sujet : le tableau fut exposé au Céramique d'Athènes (1).

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