HISTORIQUE DES CAVERNES
Une des lésions les plus fréquentes que nous montre la tuberculose pulmonaire est la caverne.
Son existence avait été reconnue par les auteurs les plus anciens, puisque ARÉTÉE, de Cappadoce, au 1°" siècle de notre ère, signale déjà l’ulcération du poumon comme cause de la phtisie.
Quinze siècles plus tard, SyLvius fait la même remarque.
Mais il faut arriver au xvin° siècle pour trouver de nouvelles idées qui remplacent et complètent l’observation et la description faite par ARÉTÉE. A cette époque, de grands efforts de classification sont faits dans toutes les sciences et de nouveaux moyens d’investigation apparaissent. D’où cette fameuse division de la tuberculose en trois degrés, auxquels les médecins restèrent fidèles pendant trop longtemps.
Nous avions : le premier degré ou phtisie incipiens : apparition de la toux, de la fièvre et un malaise général ; le deuxième degré ou phtisie confirmata: toux plus fréquente, amaigrissement rapide, dyspnée, fièvre hectique; le troisième degré ou phtisie desesperata : expectoration abondante de pus et signe de cachexie confirmée, sueurs nocturnes, diarrhée, etc. aboutissant au marasme et à la mort.
THIRARD
LS à te
En même temps se développe la possibilité de faire des autopsies et les maîtres de cette nouvelle science décrivent, eux aussi, trois stades dans l’évolution anatomique des lésions : le stade d’accumulation des tubercules ; le stade de ramollissement ; le stade d’évacuation de la matière tuberculeuse aboutissant à la cavité.
De là découle, tout naturellement, la confusion de ces deux classifications, basées : l’une sur les signes fonctionnels et généraux, l’autre sur l’anatomo-pathologie ; et l’on en arrive à cette conception, qui, malgré les admirables travaux de LAENNEC, teinta l’opinion de beaucoup de médecins presque jusqu’à nos jours.
Toute excavation ou perte de substance dans le poumon correspondrait, d’après ces auteurs, à une tuberculose du troisième degré, c’est-à-dire coïncide avec des signes généraux et fonctionnels graves aboutissant au marasme et à la mort.
En 1803, LAENNEC, avec son Maître CoRVISART, apporte de nouvelles méthodes d’examen du malade par la percussion et l’auscultation. Il diagnostique la formation de cavités au lit du inalade et non sur la table d’autopsie. Il remarque que « assez souvent, au moment où les signes stéthoscopiques annoncent qu'une excavation tuberculeuse se vide complètement, le malade éprouve une amélioration notable, lexpectoration diminue, la fièvre tombe et, pour peu que ce mieux se prolonge, l’amaigrissement diminue même quelquefois ».
Eu (pe
Pour LaAENNEC, la caverne est donc une forme de guérison de la phtisie que décrivaient les anciens. Il alla même plus loin : il remarqua des altérations qu’il interpréta avec clairvoyance comme des processus de guérison des tubercules et des infiltrations tuberculeuses : La pneumonie ardoisée, les concrétions calcaires. Il rencontra ces séquelles à l’autopsie de sujets qui n’avaient présenté aucun symptôme de phtisie dans leur vie et qui étaient morts de tout autre chose. Il en tira cette conclusion que la phtisie -n’est pas incurable.
Après la mort de LAENNEC, en 1826, la plupart des médecins reviennent aux vieilles conceptions classiques. À part quelques-uns, comme Louis, médecin de la Charité, qui lui restent fidèle, il faudra attendre bien des années pour que les idées nouvelles qu’il a apportées soient admises par tous.
Jaccoun, en 1881, puis GRANCHER, en 1890, pensent: le premier, que la formation d’une caverne est favorable à la guérison, c’est « l’acte précurseur de la cicatrisation qui ne peut s'effectuer complètement sans l'élimination préalable des produits pathogènes ». Le second, que certains cavitaires présentent un bon état général, « la phtisie retarde souvent sur la tuberculose », et que tel, porteur de cavernes, paradoxe ambulant, conserve encore toute sa force et presque sa santé.
En 1895, Karl RoENTGEN découvre les rayons X. Leur application à l’étude de la tuberculose modifia profondément et rendit plus exacte nos connaissances des lésions du poumon.
La proportion des tuberculeux porteurs de cavernes est complètement bouleversée.
« Les travaux antérieurs à la radiologie admettaient qu’on décelait 11 à 15 % de cavitaires sur 100 tuberculeux. Il faut considérer actuellement que chez 72 % (BURNAND), 80 % (statistiques plus récentes) des tuberculeux, on trouve des cavernes visibles à la radiographie. La prédominance des cavernes apicales est très grande, puisqu'on compte 96,5 % de cavernes du sommet (1/3 supérieur du poumon) contre 3,5 % de cavités de la base ou de la partie moyenne ».
La radiographie nous a permis, également, de voir que « dans bien des cas, la caverne pouvait naître si rapidement après la formation de la condensation elle-même, qu’elle en venait à mériter, comme cette dernière, l’épithète de « précoce » ou encore de « caverne d’emblée ». D’où la différenciation que l’or a pu faire entre les cavernes fraîches et les cavernes anciennes.
Enfin, confirmant l’opinion de LAENNEC, PÉTER, JACcoup, elle nous a permis de constater la possibilité de guérison des cavernes : soit après traitement et intervention, soit même spontanément.