HD l’AlUEBSTOX
Méditerranée, et elle aurait bientôt ajouté trois vaisseaux h ce nombre; mais ce sont A peu pri s toutes les forces navales dont elle peut disjvoser, et elle serait hors d'état de mettre en mer une force plus considérable, mémo en cas de guerre avec l'Europe. La (irnnde-Rretagno, au contraire, dans le cas d'un conflit, mettrait en mer une flotte qui balayerait l’Océan. »
M. Thiers jugea à propos de lie point se faire balayer , et il rappela l'amiral Lalaude. Eu revanche, il parcourut licremeut les boulevards U cheval, escorté d'un nombreux état-major, et traversa le faubourg Saint-Antoine dans toute sa longueur, afin de terrifier par sa présence les ouvriers qui chantaient la Marseillaise.
Le président du conseil, qui parlait sans cesso de ses armemeuls poussés au grand complet, trouva au deruier moment qu’il n'était pas prêt, et qu'il lui aurait fallu quatorze régiments do plus et cent mille hommes à jeter sur le Rhin.
Voilà donc lord Palmerston triomphant et pouvant dire avec juste raison, en parlant du gouvernement Irauçai* : « Il n'y eu a pas qui donne moins d'inquiétude à ses adversaires avoués comme à ses ennemis cachés.»
Cependant, quels sont les résultats de son triomphe? L'ascendant de la Russie en Europe et en Orient, ascendant que l'Angleterre ne peut combattre plus tard qu'en revenant à celte alliance française qu'un caprice de lord Palmerston lui avait fait abandonner, l'ébranlement de l'autorité de la Porte, qu'il voulait, assurait-il, affermir, et une guerre civile qui fuisait dire à l'organe principal de lord Palmerston , au Morning Chronicle lui-méme : « 11 no reste plut qu'à tendre la Syrie à Méhémel-Ali. »
Tels furent les résultats de ce 1815 diplomatique. C'est pour cela que lord Palmerston avait joué l'alliance de la France et la paix du monde. Va aulro résultat se produisit auquel il n'avait sans doute pas songé.
L'Angleterre ne pouvait pas changer le principe de sa polilique à l’extérieur sans modifier également celui de sa politique iutérieure. Substituer l’alliance russe à l'alliance française, c'était appeler les tories au pouvoir h la place des wighs : lord Palmerston fut donc obligé de suivre dans la retraite lord Melbourne, le chef du cabine! dont il faisait partie.
Il 60 consola eu pensant qu'il avait humilié la France.
LOllD PALSIEH5TOX.
L'humiliation do 1815, dévorée en silence pendant quinze ans, amena l’explosion de juillet 1830 et le renversement de la branche aînée; l'humiliation de 1840 ne fut point étrangère à la révolution de février 1848 et à la ruine de la branche cadette. L’Angleterre n'a pas gagné graud’ehose à tout cela.
Pour le moment, la France était humiliée: cela suffisait pour rendre lord Pahncrston populaire. En quittant son portefeuille, il vint s’asseoir en triomphateur sur les bancs de la Chambre des Communes, où il remplit conjointement avec lord John Russell l'emploi do chef de l’opposition (leader), et appuya, co dont il faut lui savoir eré , la réforme commerciale entreprise par sir Robert Peel. Dans le ministère qui remplaça le cabinet Peel au mois de juillet 1846, lord Palmerston reprit la direction des affaires étrangères, et l’on vit de nouveaux orages se préparer à l'horizon.
En remplaçant M.Thiers, le premier soin de M. Guizot fut de replâtrer l’alliance anglaise. On cessa de chanter la Marseillaise, et même l’air d llalévy :
Currre aux tyrans! Jamais an France,
Jamais l'Anglais ne régnera!
11 faut convenir, néanmoins, que ni lord Palmerston ni ses successeurs ne rendirent ft M. Guizot sa tâche facile. A force de patience et de résignation, il parvint cependant â son but. Un Iieau matin, les journaux ministériels annoncèrent d’un ton vainqueur que la reine d’Angleterre s’apprêtait à venir visiter le roi des Français. La reine Victoria aurait voulu que la visite eût lieu & Paris; mais ses ministres, on no sait trop pourquoi, s’y opposèrent; il fallut qu’elle se contonlât du séjour d’Eu, que scs liâtes cherchèrent, par tous les moyens possibles, à lui rendre agréable. On manda au château MM. Vatout et Arnal, on lit des parties en chur-à- bancs, on visita les environs, on goûta sur l’herbe, et les principaux artistes parisiens furent chargés de dessiner un album composé des plus charmantes scènes de cette entrevue. Un an après, Louis-Philippe rendait à Londres sa visite h la reine Victoria; il revoyait ces lieux où s’était écoulée une partie de son exil, et qu’un exil si prochain devait le forcer à revoir encore. Le roi, à son retour, parut enchanté de l’accueil qu’il avait reçu de toutes les classes do la population. M. Guizot triomphait, l’entente cordiale était enfin rétablie !
Hélas! pour bien peu de temps!
LORD PALMERSTOJi.
Jamais reine de seize ans n’a manqué île prétendants; ils venaient par douzaines jouer de la guitare sous le balcon d'Isabelle.
C'est d'abord la vont un peu trop Hâtée du cousin don François d’Assisc qui se fait entendre, puis le baryton doucereux du cousin Moutéiuolin ; écoutez maintenant la tarentelle du comte de Trapani et le lied du prince de Cobourg. L'infant don Enriquc, un autre cousin, serait aussi un ténor assez agréable; mais on ne lui permet pas d’approcher du balcon et de lancer comme les autres sa séguidille. Lequel des chanteurs remportera?
La Franco soutient le cousin d’Assise; l'Autriche et la Russie parlent en faveur du cousin Montémolin; les jésuites poussent le jeune Trapani, leur élève; on connaît le faible de l’Angleterre pour les Cobourg. C'est pour Léopold que lord Palmcrston combat, quand il ne met pas llambcrgc au vent pour Fnrique. Chaque prétendant est abandonné et repris tour à tour par ses protecteurs : tantôt c'est Assise qui a la corde, tantôt Trapani; aujourd'hui le Montémolin a des chances, demain le Cobourg est celui pour lequel tous les amateurs parieul. La > politique se déroule comme une comédie de cape et d'épée; dans cet imbroglio
mouvant dont la reine-mère tient les fils, le feuilletonniste de théâtre le plus madré ne parviendrait pas lui-mème à se reconnaître.
Que l'innocente Isabelle épousât un Bourbon ou un Cobourg, nous ne voyons pas ce que la France avait à y gagner ou â y perdre, ni l'Angleterre non plus. Quand Richelieu rendit à la Franco la force qu'elle avait perdue, quand il abaissa la maison d'Autriche, c’est h la grande cause des peuples qu'il rattacha la uôtro; ce sont les protestants et les armées de Gustave-Adolphe qu'il se donna pour auxiliaires. Les mariages espagnols, conclus au gré de M. Guizot, ne nous apportaient mémo pas l'alliance certaine do l'Espagne; son triomphe, simple triomphe de cour, ne pouvait avoir aucun résultat politique. Il s'était fait l'agent matrimonial, le de Foy ou le Villiaumc de la royauté, et son succès ou sa chute, très-importants pour une famille, intéressaient fort peu le public.
Marie-Christine aimait la France et surtout Paris; elle songeait qu’elle serait peut-être forcée de s’y réfugier un jour, et elle voulait qu'on y eût de la reconnaissance pour elle. C'est son influence maternelle qui assura le triomphe de M. Guizot, et qui lui permit de monter au Capitole en costume de dieu do I’hyménée, le front couronné de roses, un flambeau à la main.
LORD PALMBItSTO.V
A un homme comme lui il Palmerslon, le coup devait être sensible; on s'eu aperçut aui représailles puériles que lui suggéra daus celte circonstance son ainour-propre blessé. M. Bulwer reçut l’ordre de protester à Madrid contro le double mariage do François d' Assise avec la reine, et du duc de Muntpensier avec l'infante, sa sieur; il adressa à lord Normamby une interminable dépêche où il rabâchait les griefs de l'Angleterre contre la France, et, le jour de l'audience accordée par le duc de Moutpcnsicr au corps diplomatique pour recevoir ses félicitations au sujet de son mariage, la Bourse baissa du vingt-cinq centimes, parce que l'ambassadeur de la Grande-Bretagne ne s était pas présenté aux Tuilerie».
C’en est donc fait encore une fois de l'entente cordiale 1
Ne nous en plaignons pas trop : toutes les fois que lord Pahnerstou a maille à partir avec la France, il devient d'un libéralisme plus efficace et plus vif.
Immédiatement après les mariages espagnols, il cherche noise à l'Autriche, à ,
propos de l’occupation de Cracovie; il aide les libéraux suisses à se débarrasser
du Sonderbund ; il envoie des armes et des munitions aux insurgés de la Sicile;
il soulève questions sur questions; il est lo trouble-fête des dernières auuées du
règne de Louis-Philippe; il empêche M. Guizot de dormir. Taquiner les gens,
lord Palmerslon n'a pas d’autre but, et, ce but atteint, il se soucie peu du reste.
Ne lui parlez pas de principes k défendre, ces mots n’ont point de sens pour lui : il lui en coûte aussi peu, par exemple, d'armer les Siciliens contre le roi do Naples que de les livrer aux vengeances de ce dernier, lorsqu'il croit de son intérêt de le faire.
Le beau temps de lord Palmerstun, c'est l'année 1818. Le ministère whig commençait à branler un peu au mauche ; la révolution de février le raffermit.
Partout les rois et les peuples se disputent. Quelle belle occasion d'offrir sa médiation! Rassuré par le manifeste de Lamartine, voyant bien que la Fraucu républicaine ne ferait pas la guerre, pour répondre au reproche de l’avoir trop aimée autrefois, lord Palmerslon devient tout à coup d'uu libéralisme effrayant; il encourage les révolutionnaires de l'Autriche, de la Prusse, de l'Italie, de la Hongrie, de partout; il envoie en Italie ce terrible lord lliuto qui porte, disaiton, la révolution dans son sac de nuit. Le Piémont cependant était vaincu à
Novare , la Hongrie succombait sous la (raliisou de Gmrgey, la réaction allait v
commencer ses représailles en Europe. Que de sujets d’occupation pour lord
LOIID PALMERSTON.
Palmerston! Ils ne lui suffisent pas, et un beau jour ou apprend qu'il a ordonné le blocus des ports et dos côtes de la Grèce, pour forcer le gouvernement de ce pays n reconnaître la créance du sieur Pacifico, Portugais de naissance, quincaillier de métier, juif de religion, et placé sous la protection britannique.
Vérification faite par une commission nommée ad hoc, il fut reconnu que la créance du sieur Pacifico se moulait à cent cinquante livres sterling, soit à trois mille sept cent cinquante francs en monnaie de France I
Le bon sens saxon trouva que c'était peut-être prendre un peu trop à cœur les intérêts des protégés britanniques que de s'exposer à une guerre générale pour une somme do trois mille francs; mais, pour le quart d'heure, lord Palmerstou en fut quitte pour quelques attaques au sein du Parlement. Sa position ministérielle n'en eût pas été le moins du monde ébranlée, s’il n’eût choisi précisément le moment où il accueillait à brus ouvurts les réfugiés hongrois, et où il paraissait le plus hostile aux souverains absolus, pour donner sou approbation officielle au coup d'État de décembre 1 851 , sans avoir pris seulement la peine d’en avertir ses collègues. Une crise ministérielle s’en étant suivie, lord Granville fut chargé de former un cabinet. Ainsi, par un des contrastes les plus singuliers de cette vie féconde en contrastes, lord Palmcrston qui, en 1815, avait signé l'ordre de transport de Napoléon à Sainte-Hélène, perdit le pouvoir trente ans plus tard pour avoir rnis trop d'empressement à saluer l’avénement de sou neveu.
Quand une adroite motion de lord Palmerston eut mis le ministère Russell en déroute, les tories, maîtres du pouvoir, lui firent des avances qu'il repoussa, mais sans se montrer trop hostile à leur politique dans les discussions de la Chambre des Communes. Chef d uo cabinet de conciliation, lord Aberdeen s'adressa aux peelisles, aux wiglis et à lord Palmerston, qui accepta les fonctions assez insignifiantes de ministre de l’intérieur, et les garda jusqu’en 185a, où il prit la présidence du cabinet sous le litre de premier lord de la trésorerie.
Ici nous nous trouvons en présence d'un Palmerston fantastique et impossiblo, qui, après la signature du traité de Paris qui a consacré l'alliance de la France et de l’Angleterre, cherche tous les moyens de la rompre ou du moins de la rendre stérile. 11 s'oppose à l'union des Principautés danubiennes, qu'il avait auparavant soutenue; il se tourne du côté do l'Autriche; il met obstacle sur