‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 20 sur 63 · I.AMAHl'INK · texte numérisé non relu

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lût

lés élections. Quelques meneurs se disputaient les votes et conduisaient au scrutin le troupeau électoral. Quelles chances pouvait avoir un poète, et surtout un poète qui avait été attaché fi la Restauration, au milieu de ces petites intrigues que rapetissait encore l'étroit esprit de clocher?

Lamartine se consola aisément de son échec. Comme l’Italie avait attiré sa jeunesse, l'Orient attirait sa virilité. Il résolut d’aller le visiter. 11 lié ta à Marseille uu vaisseau entièrement à ses ordres . et au mois de mai 1 832 il s’y embarqua avec sa femme et sa tille Julie, adorable enfant qui ne devait plus revoir la Franco , et dont sou père a immortalisé le souvenir ! Ce fut un départ triomphal.

Quelques amis , uu médecin , de nombreux serviteurs accompagnaient le poète daus cette excursion princière qu’i! a racontée avec tant de ehanne dans un livre que nous avons tous lu. Ce voyage dura seize mois; nous en connaissons tous les épisodes , nous savons comment il perdit sa fille à Beyrouth , comment l’accueillit iady Stauhope , cette femme étrange qui lui prédit en termes sibyllins un grand rataclysme européen et le réle de sauveur qui l’attendait daus sou pays. Le récit de ce voyage eu Orient , malgré l’importance excessive que le poète y donne h sa personnalité , es! un des livres les plus intéressants que Lamartine ail publiés. Ou le relit sans fatigue et on le relira plus encore à mesure que les événements appelleront sur ces belles et malheureuses contrées l'attention de l’Europe.

Pendant que Lamartine parcourait l'Orient , les électeurs de Dunkerque se ravisèrent. Ils avaient refusé de l'élire quaud il sollicitait d’eux ce témoignage do conliance ; ils l'élurent quand il était loin de sa patrie et quand son esprit était plus loin encore de celte petite ambition , un instant caressée.

A son retour, il alla prendre possession île son siège au Pulais-Bourbon. On était alors en 1834, c’est-à-dire au milieu des complications et des difficultés les plus vives que devait traverser le gouvernement de Juillet. La politique était humble au dehors , mesquine et tracassière à l’intérieur. Les esprits se rétrécissaient dans de petites intrigues de parti . dans d'obscures

menées gouvernementales ; la prose la pins vulgaire débordait .les régions officielles et politiques.

Qu’allait faire eu un tel milieu ce hardi penseur , ce doux et grand

poète ?

Quand il parut pour la première fois a la tribune . pour la discuaaion de t'adresse au Roi , il causa à ce» honnêtes bourgeois venus là de tous les coins de la France, un étonnement mêlé de quelque dédain et d'hilarité. « Nous sommes des gens d'afTaires, des gens positifs et pratiques, que nous veut ca rêveur , ce poète ! Va-t-il nous répéter des vers , va-t-il jouer de la lyre? ■>

Le rêveur, lu poète ne joua pas de la lyre, ne récita point de vers, mais dans un langage inconnu au monde parlementaire, dans une forme splendide, dans une prose admirable, il ravit cos bons bourgeois au septième ciel. Ils s’amusèrent assez de la politique humaine préconisée par l’éloquent orateur. La |iolitique humaine ! Quelle bête est-ce là ? Qu'est-ce qu'elle a de commun avec le liera parti . le juste milieu et les carlistes ? Mais quand, à propos d'un crédit de 1,200,04)0 francs destiné à bâtir un prétoire en vue des procès politiques dans le palais du Luxembourg, il trouva de beaux et généreux accents pour réclamer l'anmislie, des applaudissements se tirent .entendre, timides d'abord, puis la Chambra arriva a l'enthousiasme lorsque l'orateur s’écria : » Ab I Messieurs, gardez-vous des légistes! (Il faut se

souvenir que la Chambre en était peuplée) ne vous laissez pas entraver par ces hommes qui ne voient de légalité que dans la chicane I La grande loi, ’ la loi suprême c’est la politique, et la vraie politique c'est l'humanité! Mettez la main sur vos consciences , laissa* liattro votre cœur sous la main du législateur. iJemandez-voos sans préoccupation, sans peur, sans colère, si vous voulez que les cachots se rouvrent , que les victimes respirent , que les récriminations s'amortissent , que les partis et le gouvernement désarment I Écoutez la répouse que vous vous ferez à vous-mêmes et, ne craignez rien, cette réponse sera assez politique si elle est assez magnanime. »

La séance fut suspendue . ce qui est la plus haute expression de l'admiration parlementaire. Il revint souvent sur cos idées et son éloquence emporta la Chambre vers les préoccupations qui lui étaient le plus antipathiques. Dans la séance du il février 1 835 il abordait en ces termes le plus grave des problèmes sociaux. « La Révolution française nous a laissé à résoudre la question du prolétariat , celle qui repose au fond de toutes les autres, celle peul-élre qui les résume toutes. Vous murmurez contre

tut

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