I. AU AUI IM
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mi:u rs, il se fourvuva parfois et notamment dans la discussiou célèbre de la lui dite loi de disjonction, mais sa probité politique ne fut jamais soupçonnée. Eu revanche, à combien de projets utiles, de mesures libérales il prêta le secours de sou admirable talent! Il soutint presque seul, en 1837, le ministère Molé contre les efforts et les intrigues de la coalition. Il fut, avec M. deTracy, l’adversaire ardent de la peine de mort; avec M. Passv, celui de la traite des noirs. Ce grand et vigoureux esprit ne pouvait toucher à une question, si minime quelle fût, sans l’élever vers quelques sommets inaccessibles au vulgaire, line commission parlementaire, chargée d’examiner une proposition soumise à la Chambre sur la nécessité de donner un costume officiel aux représuntans de la nation, coulia à Lamartine le soin de rédiger le rapport. Les partisans du projet avaient invoqué l’exemple de la Constituante, de la Convention, des Cinq-Cents, des Assemblées de l’Empire qui, toutes, avaient adopté pour leurs membres un costume et des insignes spéciaux. <■ Pourquoi, dit l'illustre rapporteur, pourquoi l’Assemblée Constituante prit-elle le costume du Tiers-État? C’est que c’était le signe de la victoire sur les classifications sociales qu elle venait de renverser; c’est que c’était l’habit du vainqueur... Quand la Convention revêtit ses insignes militaires et terribles, c’est quelle n’était plus un corps législatif, c’est quelle était le gouvernement et l’armée, la nation armée ellemême; c’est que les membres d’un Corps qui pouvait, d’un geste, lancer quatorze armées sur nos frontières, étaient d’assez terribles fonctionnaires pour que leurs fonctions fussent écrites sur leurs habits. . . La pensée de l’Empire et de ses assemblées muettes chamarrées de broderies était une pensée antireprésentative, une pensée qui voulait, autant que possible, faire disparaître aux yeux du peuple les représentants du peuple, en les confondant avec des courtisans. »
Inutile d’ajouter que la proposition fut rejetée.
Il fut admirable dans la discussion relative :'t la suppression des tours pour les enfants trouvés. Nous voulons citer quelques phrases seulement, quelques mots pris au hasard, dans nos souvenirs:
« Tout ce que vous économisez, c’est la mort qui le gague!
« Il y a des abus, vous dit-on. Oui, et ces abus, c’est quelques milliers d’existeuces conservées ; quelques mois de nourrice et de pension . payés de trop, selon vous, pour enrichir le pays de populations saines et utiles. , . Mais écouomise-t-ou sur la vie des hommes? Tout ce que vous gagnez n’est-il [vas gagné aussi par le crime et par la mort ?... La charité est l'élément divin jeté par Dieu même dans les rapports sociaux pour diguilier les gouvernements et
LAUAHTt.SE.
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élever lu politique à lu dignité de la vertu. Partout où il y a eu société, gouvernement , nation , il y a eu charité légale nous une forme ou août une autre, «uis quoi le monde aurait péri I » ,
Un jour, répondant à M. (Juizot , il donna à la politique) conservatrice et progressive une largeur de hase que tous ses amis politiques, le comte Molé en tête, n'acceptaient pas: « On a émis à cette tribune une théorie dangereuse : celle de la prépondérance des classes moyennes , du gouvernement des classes moyennes. Cette théorie est opposée nu véritable sens de la Révolution française. Le mot de chut** a été complètement effacé par ia Révolution de 89. Le gouvernement que nous comprenons, c'est le gouvernement pour tous, par tous, rie tous, dans la proportion, dans la limite de leurs droits, de leurs garanties, de leurs capacités et de leurs lumières. »
La projet des fortifications de Paris lo rencontra pour adversaire. Il écrivit un rapport extrêmement remarquable, un chef-d'œuvre sur le projet de loi relatif à la propriété littéraire, et il soutint la discussion, nous ne dirons pas seulement avec talent . mais avec une rare habileté ut un charmant esprit. On avait plusieurs fois invoque son exemple et son nom dans le cours des débats, Il termina son discoure par ces paroles que la Chambra couvrit d applaudissements :
s On a parlé de moi en termes trop bienveillants dans celte affaire : je n'eu parle pas moi-même. Je sais les limites do mon horizon borné, borné pour mon nom, liorné pour ma fortune d'homme do lettres. Je ir ai pas d’enfant : je suis désintéressé par le côté de la gloire, par la médiocrité de mes œuvres : elles ont déjà plus que ce quelles méritent. Je suis désintéressé du côté de l'avenir pur ma solitude ici-bas. Mais mon bonheur, ma fortune, ma gloire seraient, je l'avoue, d'obtenir de la justice de mou pays cette loi généreuse, ce patrimoine de quelques années de plus pour mes maîtres, nies émules ut mes amis. i> Une citation enrore, elle a une assez grande importance eu ce moment où les prétentions cléricales deviennent de plus on plus vives et exigeantes. C'était dans une discussion soulevée par des interpellations de M. Thiera et relatives à 1 exécution de la loi sur les congrégations religieuses. Lamartine explique ainsi les modifications qui su soûl produites dans Ses opinions ; il dit comment il s'est élevé de la foi de son enfance à une foi supérieure, comment son horizon s'est élargi ; laixsous-le parler :
« Élève des Oraloriens, puis élevé dans une maison do Jésuites,
tolérée à cette époque, sous J’tënipire, j'ai respiré, depuis, l'air de mou siècle, je me suis imprégné de toutes les idées de inon époque, j'ai perdu et gagné
l.AMAHTIMi. I«7
de» opinion» entièrement différentes de celles <|ui me furent inculquée» en politique, en religion. en liberté dans m<>» premier» jour* : mai* ce que je n'ai pai perdu , ce que vous ne tondriez pas ipie j'eusse perdu, c’est mon respect, ma reconnaissance pour les premiers maîtres de mou enfance
« Tout à l'heure M. Berryer louait le Concordat de Napoléon comme une oMivre de génie social et politique. J'ose le dire, comme je l'ai toujours pensé, lu Concordat fut une mure rétrograde et une faute politique. Du point de tue do 1 affranchissement de l'esprit immain et de la dignité des croyances, c« fut une rechute dana le système des religion» (l'État. Napoléon (ît rétrograder la législation de. tout le xvm* siècle : il c.ncliatna l'Église à son Irène; il mit le nom de l'empereur dans le catéchisme de Dieu : il fit de la servitude un dogme, dus choses saintes un instrument de gouvernement, imlnimenltim rnjni! Il relit un matériel des cultes, comme il aurait refait un matériel d'armée ; il relit un établissement ecclésiastique dominant : mais relit-il une foi? Non, car il eût été Dieu
a On citait à l'appui de l'alliance des deux pouvoirs le grand nom
de Bossuet comme le chef de l'Église gallicane. Savez-vous ce que faisait cé chef libéral de l’Église gallicane? Il taisait des dragonnades
« Il n'y a de paix que dans la liberté des cultes, dans la séparation
graduelle, successive, dans le relâchement systématique et générai des liens qui unissent l'Église à l’État »
il n'y avait plus là do rêveries, do nuages, de Yagues déclamations. Le poète était devenu homme politique. Le Hoi lui offrit à diverses reprises uu portefeuille; il ne faisait pas cette chasse là. Il refusa. Lu ville de Maron. Itère de son Kls, le nommait membre de sou conseil municipal , puis le département de Saône-et-Loire l'appelait à la présidence de sou Conseil général.
Aux faciles et lucratives grandeurs du pouvoir, il préféra sage meut lus modestes et humbles forictious électives que lui offraient la confiance et les sympathies de sa» concitoyens. Il s’occupa avec dévouement des affaires communales et départementales qui lui étaient confiées, mais il tint à couserver sou indépendance à la Chambre. Non heure u'était pas venue eucore. Il poursuivit ses luttes généreuses, étranger aux préoccupations de l'esprit départi, étranger à toutes les iutrigues, dédaignant les ambitions vulgaires. Le pouvoir devait un jour venir à lui dans dus circonstances périlleuses, son nom devait plus tard devenir le cri de ralliement de toutes les opinions; de toute* lus frayeurs, la sauvegarde de tous lés intérêts. Mais n 'anticipons pas sur les
événements. Lumai-tine resta lidèle à son rôle et à sa mission, le gouvernement glissait sur la pente qui mène aux abîmes ; il Ht pour le retenir, pour l'éclairer, tout ce qu'il était humainement possible de faire. 11 parlait aux pires des sourds, à veux qui ne veulent point entendre.
(le fut pendant cette dernière période du règne de Louis-Philippe que le talent oratoire de Lamartine atteignit sou plus vif éclat; il semblait se préparer à l'œuvre que. quelques années plus tard, il devait accomplir. Sa parole a une puissance qui ne tient pas seulement comme beaucoup de personnes le croient, à la pompe du langage , à la profusion ou à la grandeur des images qu'il emploie, sans doute cette puissance doit beaucoup à la forme du discours, à la beauté du geste, à la pureté de l’accent, à tout ce qui constitue en un mot le talent de l'orateur, mais sa véritable source est dans l'âme, dans la conviction communicative, dans ce qu’on pourrait appeler l’éloquence morale de Latnar- ■ tiue. Nous avons été assez, lieu roux pour entendre tous les grands orateurs qui , depuis 1X30, out porté si haut et si loin la gloire retentissante de la tribune française; chacun d'eux obtient par des procédés qui lui sont propres le résultat qu'il veut atteindre, mais nous ne croyons pas nous tromper eu disant que Lamartine est celui qui, à un momeul donné, exerce la plus rapide influence sur l'auditoire qui l'écoute, celui qui fait le plus toi passer sou âme dans l'àme de ses auditeurs. Nous ne disons pas qu'il produise cet effet chaque fois qu'il parle en public. Le sujet, l'inspiration, le milieu y font beaucoup; mais dans les occasions décisives, chaque fuis qu'une question importante a été agitée, l'éloquence du poète a fait pencher la balance en faveur de la cause qu'il défeudait. Lamartine s’est trompé souvent; qui donc est infaillible? plus souvent encore il a été l'irrésistible champion de la vérité; heureux ceux de qui l'uu peut rendre un tel témoignage.
Les préoccupations, les soins nombreux de la vie politique ne suffisaient pas à absorber l'activité de son génie. En même temps qu'il discutait les intérêts de sa commune, ceux de son département, ceux de la France, il produisait de* œuvres littéraires de premier ordre, il écrivait Jocelyn , la Chute <f un Ange, les Confidences, le Tailleur de Saint-Point, Oenerièee, il préparait des travaux historiques considérables, tels que Y Histoire de la Restauration, Y Histoire de ta Tun/uie, les monographies des hommes illustres, et taul d’autres publications qu'il revoil aujourd'hui pour les châtier, les épurer et les juger eu dernier ressort avec une consciencieuse impartialité. 11 est triste de songer qu’il n'est pas jusqu'à l'accomplissement de cette lâche suprême qui n'ait été mal interprétée par la malveillance de scs détracteurs. Les uns accusent
LAMARTINE