I.AMAHTINE
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Ali! tous aviez alors d'ardents enthousiasmes, do profondes admirations pour ce poète, pour ce tribun qui, sans sourciller, ulTronlait, à votre profil, les orages de la place publique. Son nom retentissait d'un liout à l'autre de la France ; il sortait à la fois de vingt urnes électorales, acclamé par le peuple, acclamé par- la Bourgeoisie. Vous trouviez, tout naturel qu'il se sacrifiât pour vous, qu'il vous donnât tout son talent, toute son énergie, tout son dévouement, tout ce qu'il avait de meilleur en lui.
Kt puis, quand, quelques années plus lard, cet homme, ce poète, ce tribun, ayant sa fortune embarrassée, son domaine paternel grevé de charges trop lourdes pour que son immense travail pût les soulever, se résigne à cette extrême humiliation de vous demander votre obole , vous vous croyez le droit de scruter sa vie, de lui demander sou bilan, son livre de caisse, le compte de ses actions, de lui reprocher ses largesses, de vérifier l’emploi de sa fortune.
Elit repoussez sa main tendue vers vous, c'est votre droit rigoureux! mais ne l'humiliez pas, ne le calomniez pas surtout. Respcctuz en lui une des gloires de la France; oubliez ses services politiques, si vous voulez, si leur souvenir vous pèse trop, mais songez h toutes les heures bénies, b toutes les bonuos inspirations que vous lui devoz. Songez à tout ce quo ce talent a produit, il tant de beaux vers , à tant de compositions gracieuses, il tant d'excitations «ers le bien, b tant d’enseignements utiles qui sont sortis de celte plume éloquente et infatigable.
Pour moi , je l’avoue , lorsque par la pensée je me reporte dans ce château de Milly, et que je vois dans ces grandes salles désertes où s'écoula si heureusement son enfance, ce vieillard de soixante et dix ans, courbé sur sa lâche ingrate , accablé par la maladie, et après une longue carrière si noblement remplie, accomplissant courageusement encore un travail quotidien pour payer ses dettes, j’éprouve une admiration sincère el une émotion que je ne cherche point â dissimuler.
C'est lâ surtout ce que nous avions à cn-ur de dire en parlant de Lamartine; nous ne nous sommes point fait d'illusion ; nous savions qu'on ne peut raconter eu quelques pages la vie d'un homme qui a lui-même raconté dans ses livres, el dans un langage inimitable, les impressions, les faits principaux de sa vie, les joies, les souffrances, les drames intimes de sou cteur. Mais il nous appartenait de dire ce qu'il ne pouvait dire lui-même, il nous appartenait de rappeler ses immortels services, de justifier sa laborieuse vieillesse contre les atlaques, les dédains, les indifférences qui l'ont assaillie. Lamartine est el restera une des grandes figures du xtx* siècle. Il a été un des précurseurs de la révolution lKté-
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raire qui précéda ia révolution de (830, il a doté noire langue de chefs-d'œuvre incomparables ; il a pris une part active et glorieuse au mouvement social qui entraîne les peuples vers des destinées nouvelles; il a contenu, dans les circonstances les plus graves et les plus difficiles, le flot populaire qu'une révolution avait agité et troublé. *
Quand un homme a donné à son nom un tel éclat, il n'est besoin ni de le louer, ni de le défendre contre de misérables agressions, il suffit d’affirmer, non son talent que nul ne peut nier, mais la loyauté de son caractère, l'honorabilité de sa vie, la grandeur de son Ame. Nous nous sommes renfermé dans cette affirmation et nous croyons avoir accompli un devoir vis-à-vis de nous-mêmes, bien plus que vis-à-vis de lui qui n'a pas liesoin d'être défendu et qui peut opposer à ses détracteurs une longue carrière entièrement consacrée à son pays, au progrès des idée* généreuses, au développement des sociétés humaines.
Nous avons à peine esquissé quelques traits de cette existence si noblement remplie. Pour pénétrer dans les détails, pour apprécier l'œuvre littéraire et l'œuvre politique de M. de Lamartine, il eût fallu plus d'espace qu'il ne nous en était donné. Nous nous sommes lairné forcément à tracer une silhouette là on la main d'un maître trouvera quelque jour les éléments d'un magnifique portrait ; mais nous avons dit ce que nous avions b dire, et si nous avons honoré aver une respectueuse affection ce lieau caractère, ce grand rouir, cplle vaste intelligence, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé.
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