ABD-KI.-KAI»EU
soucier des projectiles qui tombaient comme grêle autour de lui'. Il eut son cheval tuf- sous lui près du fort Saint-Philippe.
De si glorieux échecs grandissaient sa réputation et son influence ; son autorité s'en tramait affermie plus peut-être quelle ne l'eût été par des succès.
Au début des opérations Abd-el-Kader paraissait décidé à refuser l'échange des prisonniers. Il répondit à une proposition d'échange faite par le géuéral Desmichels qui avait eu la gloire de le battre : « Chacun son tour entre ennemis. Un jour pour vous, un jour pour moi. Le moulin tourne pour tous deux, mais toujours en écrasant de nouvelles victimes. Néanmoins, c'est un devoir religieux pour chacun de nous et il faut l’accomplir. Pour moi, quand vous m’aver fait des prisonniers, je ne vous ai jamais fatigué de démarches en leur faveur. Comme homme, j'ai souffert de leur malheureux sort; mais, comme musulman, je regarde leur mort comme tme vie nouvelle, et leur rachat de l'esclavage au contraire comme une mort honteuse, aussi n'ai-je jamais demandé leur grâce. » On verra plus tard qu’il ne persista pas dans cette pensée.
Son père, le vénérable Sidi-Mahdy-Eddin, mourut peu de temps après. On était alors en 1 833. Abd-el-Kader conclut avec le général Desmichels un traité de paix qui. faisant du Chétif la limite de ses possessions. lui constituait un véritable royaume avec Mascara pour capitale, entre le Maroc et les provinces de Titery et d’Alger.
Ce traité fut une faute. Il donna à Abd-el-Kader le temps de dresser et de modifier l’organisation de ses troupes, dans le sens que l’expérience de la guerre lui avait indiqué ; il put établir un gouvernement régulier et reconstruire la nationalité arabe en lui donnant un point d'appui et un centre d’action.
11 suffirait d'ouvrir le Moniteur af/in'el et de lui emprunter les récits de cette longue lutte si nous écrivions ici l'histoire de notre conquête algérienne au lieu de raconter rapidement la vie de l'homme extraordinaire dont le génie tint pendant si longtemps en échec la puissance et les armes de la France.
Abd-el-Kader n’a pas été seulement un grand général, un babile administrateur; il a déployé au plus haut degré, pendant sa lutte contre nous, les plus rares qualités du diplomate et dp l'homme d’État. Depuis le traité Desmichels, qui lui donna une solide hase d'opération, jusqu'au fameux traité de la Tafna.
AUll-M-k.VIMH.
sif; a6 par le général Bugeaud le 3 mai 1837, on chercherait en vain dans la conduite d’ Abd-el-Kader, une faute, même légère, une fausse démarche, une maladresse.
Le caractère de l'Émir et celui du général Bugeaud se révélèrent, même dans les plus petites circonstances, lors de la solennelle entrevue qui précéda la signature du traité.
Abd-el-Kader y déploya une pompe royale. Si le général Bugeaud représentait le sultan des Francs, ne représentait-il pas directement, lui, le peuple arabe? Il tenait à établir celle distinction. Environné do deux cents chefs, presque tous maralmuts, vêtus avec magnificence, montant de superbes chevaux, l'Émir se rendit au lieu lixé pour l'entrevue. On le remarquait sur un cheval noir de pure rare, qu'il enlevait de temps en temps des quatre pieds à la fois, mamriivre difficile et toujours exécutée avec une grâce et une sûreté parfaites. Tous les mamelons voisins étaient couverts de tentes, partout flottaient de riches bannières, des instruments de musique se faisaient entendre et l'air retentissait des cris qui acclamaient le sultan.
lav général Bugeaud arriva le premier au rendc/.-vous. Un kaïd alla au-devant de lui et lui dit : « N’aie pas peur, l'Émir t'attend. »
« Je n'ai peur de rien, dit l'intrépide général, mais je trouve indécent que ton maître me fasse venir de si loin et attendre si longtemps. »
A la fin de l’entrevue, quand les conditions du traité eurent été fixées, le général français se leva et l'Émir affecta de rester assis, comme s'il se fût promis d'humîlier devant le peuple arabe le représentant de la puissance française. Le général Bugeaud s’aperçut de la ruse et dit à Abd-el-Kader, que quand il se tenait debout, le chef des A relies devait en faire autant, et sans attendre la réponse, avec cette bonhomie et cette fermeté qui caractérisaient le général, il saisit île sa main robuste les mains délirâtes de l’Émir et l'enleva de terre en souriant.
Plus encore que le Irailé de 1833, le regrettable traité de la Tafua eut pour l'Émir des conséquences heureuses. Après s'être ravitaillé, après avoir comblé les perles que la guerre lui avait occasionnées, Ahd-el-Kader, se fondant sur ce que certaines clauses du Irailé étaient mal exécutées par la France, reprit eu 1839 les hostilités avec une audace, une vigueur et une rapidité d'exécution incroyables.
Celui qui écrit ces lignes était a cette époque à Alger, el il lui est reslé un Irès-vif souvenir de la panique causée parmi la population européenne par celle brusque attaque dont le coulrc-roup s'était fait sentir jusqu'aux environs
aki>-i:i.-k.vm.u.
d'Alger, dans la plaine de Mitidja. où les fermes de nos colons avaient été bridées.
• Le grief principal d’Abd-el-Kader n'était ) k i ï n t sans fondement, il faut en convenir. Le passage de notre expédition de Constant i ne à travers le territoire de llam/a et celui des Brni-Djaad, compris dans la zone que le traité de 1837 lui avait soilmise, équivalait à une déclaration de guerre, et notre tort fut de n’avoir pas prévu les conséquences de celte violation de territoire, surtout vis-à-vis d'uu peuple si fanatique que celui eu présence duquel nous nous trouvions et d'un cliel si habile que relui dont nous avions nous-mènie consolidé le pouvoir.
Celte agression fut le signal de représailles énergiques, et la France, dès ce moment, comprit qu'il fallait absolument en liuir avec ce redoutable adversaire. Les pouvoirs publies ne reculèrent devant aucun sacrifice et de» expéditions décisives l'ureut résolues.
Pendant l'anuéelBiO, le maréchal Valéeel le duc d'Orléans lialtirent l'armée d'AIxI-el-Kader à Muuzaïa. Ils s'emparèrent de Médéah et de Miliunali. Le général Itugeaud, de son côté, organisa cet habile système d'attaque et de défense qui devait infailliblement réduire, dans un temps donné, la puissance de l'Émir. Il prit Mascara et soumit un grand nombre de tribus. Enfiu, eu 1842, à la suite de la mémoralde expédition des Hilvans, tes chasseurs commandés par M* 7 le duc d'Aumale et les spahis du général Vussuf s'emparèrent de la smala d’Abd-cl-Kadcr, et le forcèrent à se réfugier chez l'empereur du Maroc après la destruction de ses derniers réguliers, que commandait le célèbre Sidi- Enihareck, que nos soldats désignaient plaisamment sous le nom du SiiJi- Embarras, û cause des embarras tirs-sérieux qu’il leur causait.
Le général Bedeau prit une part active au résultat de cette campagne. Ce Tut lui qui repoussa, sur les bords de la Sikkak, Ahd-cl-Kadcr qui s’y élait présenté avec un contingent marocain de S n 6,000 hommes. Plus tard, le 20 avril 1842, le général Bedeau olitint un nouveau succès qui compléta la défaite de l'Émir.
A partir de ce moment l'activité d'Abd-el-Kader ne se manifesta plus que par d'impuissantes tentatives et la lmtaille de l'Isly perte le dernier coup ù son pouvoir.
L'autorité morale cl religieuse de ret homme extraordinaire était telle que les populations marocaines se rallièrent autour de lui et que l’empereur n'exerça plus dès lors qu'une autorité nominale. Il ne fallul pas moins de deux années d'efforts et de combats incessants pour réduire cet infatigable joli leur. Ses ordres étaient exécutés, avec mm merveilleuse précision A des distances considérables. En février 1846, il porta la révolte daus l'Ouen-Nuugha, entre Mcdéali etSétif. Le
AUI*- Kl.- KADEH.
général Bugcaud l’on chassa; mai» notre colonne était à peine rentrée il Alger, qu'Abd-el-Kader, avec une rapidité foudroyante, reparut dans la Mitidja sou* le ranon même de no* forts. Nos troupe* se remirent aussitôt en marche. Elles -surprirent l'Émir entre Alger et Dellys et le poursuivirent à outrance pendant plusieurs mois au milieu de* immense* steppes du Sahara.
C'est à cette é|>nipie que se place un des faits les plus odieux qui aient été reprochés il Abd-el-Kader : nous voulons parler du massacre des prisonniers français à la Deïra.
Il paraît certain aujourd hui que cet ordre harhare fut donné par les chefs de la Iteïra et non par Ahd-el-Kader qui, à ce moment, était éloigné du lieu où s'accomplit cet horrible drame.
L'Émir a toujours repoussé toute responsabilité de ce crime; il s'est toujours défendu d'avoir ordonné cctlo boucherie ; et si l’on se reporte à sa conduite antérieure vis-à-vis des prisonniers français, conduite que l’évéque d'Alger, M r llupuch, a hautement et publiquement honorée, on est tenté de croire qu'Abd-el-Kader fut en effet étranger à ce crime. Mais ce quo l’histoire pourra lui reprocher , ce sera de n'avoir pas sévi contre l'auteur principal du massacre des prisonniers, Muslapha Iieii-Taini, qui resta attaché à sa personne.
Du reste, il serait injuste de ue pas tenir compte, eu une circonstance si grave, des protestations de l'Émir lui-méme.
Lorsqu'il vint à Paris remercier l'empereur Napoléon 111 de la grâce que celui-ci lui avait accordée, l’Émir expliqua eu ees termes, eel horrible événement :
« Jetais, dit-il, dans le Sud, à 200 lieues de la Malouia, quand cette » affaire s'est passive. C'est un effet de la rivalité qui divisait mes lieu- » tenants Itcn-Taini cl itou-lianiédi. Celui-ci voulait livrer les prisonniers au « Maroc. Heii-Tarni voulait les garder. Il vit le moment où Bou-llumédi « allait les lui enlever de force. Alors il crut devoir, pour demeurer fidèle » à sa consigne, user d'un expédieut que je désavoue publiquement, qui « est exécrable, que je maudis, car il m'a fait plus de mal que les années * du maréchal Bugeaud, du général Cavaignac et du général Lamoricière.
« A cette époque, ajouta l'Émir avec émotion, nies lieutenants ne m'obéis- « saient plus. La division régnait duus mon camp, mou autorité déclinait » comme le soleil à son coucher, et mon khalifa ue craignit pas d'agir sous » sa propre responsabilité, quitte à s’expliquer plus lard avec moi. Je ne » saurais trop le répéter, le «yig des morts de lu Malouia Me doit pas
ISft
A Ht) - EL - K A DK H.
>> retomber sur ma tête, Ou a tort do nie le reprocher. Si j ai dit par » doux fois : une première fuis aux prisonniers eux-mêmes , une seconde » fois au sultan Louis-Philippe, que j'avais ordonné le massacre, c’est que je i parlais, j'agissais on chef et qu'un chef, dans l'exercice do l'autorité, doit » prendre hautement et fièrement la responsabilité du bien et du mal . » sauf à s'expliquer plus tard avec ses lieutenants. Je ne pouvais pas » avouer publiquement que je ne repliais plus dans mon camp, que mou » autorité y était méconnue et que, sans mon ordre, l’on y fusillait des s prisonniers de guerre. »
Le sont là de lielles et nobles paroles dont il est inqiossihle de ne pas tenir compte, surtout lorsqu’elles sortent de la bouche d’un homme qui a donné de si éclatantes preuves de sa loyauté. L'histoire dégagera le nom d’Ahu-cl-Kadcr île toute mqioiisahilité directe dans ce massacre épouvantable.
Nous avons dit que le système d'attaque et de défense adopté par le général itugcaml, système que l'expérience de nos guerres africaines lui avait révélé, devait nécessairement épuiser les forces d'Ahd-el-Kader dans un temps prochain. L'Émir déploya Imites les ressources de son génie, il prolongea la lutte au delà de toutes les prévisions, mais il linit par succomber et il summilm héroïquement. Lorsqu’il fut bien convaincu qu’il ne pouvait plus tenir la campagne sans exposer la vie de ses soldats, il résolut de se rendre spontanément, librement.
II pouvait se réfugier dans l'immensité du désert cl de là, par la seule influence de son nom, troubler pendant longtemps encore notre possession,
nous obliger à entretenir des troupes sur tous les points à la fois et
attendre ainsi le moment où il pourrait reprendre l'offensive. Il jugea cette
guerre de partisans indigne de lui, indigne de la nation dont il était le
chef, indigne île la France. Dieu avait parlé, if se soumit. Il vint luimême au-devant de notre armée et se constitua prisonnier de guerre entre les mains du général Lamoricière.
m L’était dans la nuit du il au it novembre 1847. L'habile et intrépide général, auquel les événements dont H a fé le triste héros dans les Étais-
AIIU-lil.-hADKH,
Romains ne sauraient nous empêcher de rendre hautement justice, l'intrépide général Lanioricière , disons-nous, rompu à toutes les ruses de la guerre d’Afrique, avait fait occuper le col de Kerbouss par des spahis déguises en simples cavaliers des tribus. Ils étaient à peu de distance du campement aralm dont les avant-postes étaient commandés par le lieutenaut d Abd-el-Kader , liokouïa.
La nuit était noire ; une pluie luttante détrempait le sol. Les spahis déguisés s’avancèrent , pour les surprendre., vers les soldats de liokouïa. « Qui êtes-vous? » leur cria-t-on. — » Nous sommes des cavalière do la tribu voisine, » répondirent-ils.
A ce moment, un homme s'avança vers eux: « Mon, leur dit-il, vous n’êtes pas des cavaliers de la tribu voisine ; vous êtes Fiançais, ou si vous êtes Arabes, vous serve/, les Français. Je suis l’Émir Abd-el-Kader. fils do Mahdy-Eddiu, et je demande à parlementer avec le général. »
Deux cavaliers partirent immédiatement au gidop et allèrent porter cette proposition au général Lanioricière qui se tint eu défiance, croyant à quelque ruse.
liokouïa suivit de près les deux cavalière ; il était porteur du sabre et du cachet de l’Émir. 11 venait traiter de la reddition de sou mattre qui ne demandait qu'une chose : être transporté en Orient.
Le général Lanioricière, il son tour, envoya son sabre et un cachet du bureau Arabo à Abd-el-Kader pour gage do sa parole. Dès le point du jour, la cavalerie, sous les ordres du colonel Moutaiibau, su mit en route et Lanioricière se rendit auprès do l’Émir qui demaiida quelques heures du sursis. Il était calme et résigné, mais sou Ame était encore livrée à de rudes combats intérieure. Il se prosternait de temps à autre et priait avec ferveur, puis sa résolution fut prise.
Sa lielle jument noire qu’il affectionnait avait été blessée dans un des dernière engagements ; il monta un cheval maigre et essoufflé, le premier cheval venu, et escorté de quelques cavaliers pâles, exténués, dont le visage exprimait la profonde tristesse, il se dirigea vers le quartier général de Lanioricière.
là) triste cortège fut accueilli avec respect et avec une vive émotion par nos soldats qui n’en pouvaient croire leurs yeux . Il délila lentement entre une double haie de chasseurs qui rendirent à l'Émir les honneurs militaires, et le sacrifice fut accompli.
Celle nouvelle produisit France uuc sensation telle quelle détourna
AHD-EI.-KAIIEII.
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pendant quelque temps le* esprits des préoccupations politiques intérieures qui. eu re moment surtout, avaient une vivacité inouïe : nous touchions aux grands événements qui allaient marquer le début de l'année 1848 .
Le général Lamoricière s'était engagé vis-à-vis d'AM-el-Kader, au nom de la Franre. La France devait tenir su promesse et conduire Abd-ol-Kader. soit à Alexandrie, soit à Saint-Jean-d'Acre, suivant le viril qu’il avait formellement exprimé, suivant la condition, la seule qu'il cAt faite. Le gouvernement de cette époque en .jugea autrement. L’ex-Émir, sa famille et ses serviteurs furent, au mépris île la foi jurée, enfermés au fort de Lamalgue, près Toulon. C’est la que le liruit de la révolution de Février vint surprendre Ahd-el-Kader qui 11e ne comprenait pas qu’un mouvement populaire pût avoir délnAné le sullau I-ouis— Philippe.
Avant de quitter l'Algérie, Ahd-el-Kader avait été reçu à Nemours par le dur d'Aumale. Cette entrevue, au dire des témoins de cette scène, fut empreinte d'une solennité majestueuse. Le jeune prince reçut l'illustre vaincu avec les plus touchants égards. L'Émir fut digne et calme, il remercia le duc d'Aumale de ce qu'il daignait confirmer la parole donnée par le général Lamoricière et le pria d'arrepter, comme souvenir et témoignage de haute estime, sa belle jument noire dès quelle serait remise de sa blessure. Le prince accepta. « J amais voulu faire plutôt re que je fais aujourd'hui , dit Abd-el-Kader, j'ai attendu l’heure marquée par Dieu. Je pars tranquille puisque j'ai ta parole et relie du général. »
Puis, après avoir assuré le sort des serviteurs, des parents, des amis qu’il quittait, il se roulia à Dieu, à la France et à sa destinée.
Qu'on juge du douloureux étonnement qu'éprouva eet Aral*; lorsqu'il se vit enfermé dans uue forteresse au bord de la iner. Il demeura calme cependant; il se plaignit, mais sans aigreur, du manque de foi dont il était victime. En apprenant que la révolution venait de détrôuor le roi Louis- Philippe , il crut sincèrement que le nouveau gouvernement tiendrait la parole que le gouvernement déchu 11 avait point tenue.
M. Fulcran Suchet (du Yar), qui fut depuis représentant du peuple il l'Assemblée législative, venait d’être nommé, par l'unanime acclamation de ses concitoyens, maire de la ville de Toulon. L'Émir (it prier le premier magistral de la cité de venir lu visiter dans sa prison. M. F. Suchet s'y rendit aussitôt et témoigna toute la déférence qui était due à cette grande infortune. Il 11e put donner à l'illustre captif d’antre assurance que relie oit il était lui-même. Le gouvernement régulier qui allait bientôt succéder au gouvei-
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nement provisoire ne pouvait manquer, selon lui, de faire exécuter les clauses de la convention du 22 novembre 1847.
La frayeur qu'inspirait le nom d'Abd-el-Kader, la crainte que, dès son arrivée dans une ville d'Orient, son nom ne servit du drapeau à de nouvelles agitations eu Algérie, inspirèrent bien mal le gouvernement et b Assemblée constituante. De vives discussions s’engagèrent il ce sujet dans la presse et h la tribune. Ia< général Lamoricière défendit avec chaleur la convention qu’il avait conclue; il moutra l’honneur du nom français intéressé à ce que cette convention fût respectée. Tout fut inutile. L'n membre de l'assemblée alla jusqu’il dire que mieux valait l’émir en Algérie qu’en Orient. ■■ Rien n’est plus facile, répliqua le général avec cette vivacité de répartie qui lui est habituelle, rien n*est plus facile que de satisfaire l'orateur; vous tenez Abd-el-Kader, recnnduisez-le eu Algérie, ce sera plus honnête! »
La raison d'État, souvent aussi mauvaise conseillère que la peur, l'emporta et la détention indéterminée de l’ex-Éiuir fut résolue. Ou le conduisit d'ulmrd à l’au, puis à Amboise; il supporta relie captivité, sous laquelle il succombait, avec un calme admirable.
Pendant ces rudes épreuves, le colonel Koissonnct, pour lequel l'Émir avait toujours professé la plus vive sympathie, fut attaché à sa personne et ne contribua pas peu à alléger les souffrances morales du prisonnier. M. Ismayl Urbain, chef de bureau au Ministère de la Guerre, qu’Abd-el-Kader affectionnait beaucoup aussi, lui écrivait et le visitait souvent : M s ' Dupuch, ancien évêque d’Alger, qui avait connu l’Émir lorsqu'il négocia avec lui l'échange des prisonniers, le voyait quelquefois aussi.
Cette injuste captivité dura jusqu’au mois d’octobre 1852. époque à laquelle Louis-Napoléon , prince-président de la république . en vertu de ses pleins pouvoirs, le rendit à la liberté et décida qu’il sérail conduil à brousse avec une pension [annuelle de 100. 000 francs. Abd-el-Kader jura que jamais il ne porterait ni n’exciterait qui que ce suit à porter les armes contre la France, devenue sa seconde patrie. Il a tenu parole.
Avant de parler de la courageuse et apostolique mission qu'il a remplie à Damas vis-à-vis des Chrétiens, lors des événements qui ont nécessité l'intervention de la France entre les D ruses et les Maronites, il nous parait intéressant de jeter un coup dVeil rétrospectif sur la première période de sa vie, celle pendant laquelle il fut notre enneinii
A III) -Kl. -K. Ut K II.
Abd-el-Kader, ainsi qne nous l'avons dit, a dû à l'influence de son père, le marabout Mahdy-Eddin, le pouvoir souverain dont, bien jeune encore, il fut investi; mais s'il a conservé ce pouvoir, s'il l'a étendu et fortifié pendant de longues années, s'il a pu soutenir contre les forces de la France une lutte si acharnée, il ne l a dû qu'à son génie, à la fermeté de son caractère, aux brillantes facultés dont il est doué.
Lorsque les Arabes l'acclamèrent en qualité de sultan, il était non-seulement le plus habile et le plus gracieux cavalier des tribus de l'Est, mais il était déjà célèbre par son activité, ]>ar son courage, par sa piété fervente, par la simplicité et la pureté de sa vie. Il était poète et lettré, sa parole était éloquente et imagée.
Sa douce et belle ligure offre une vague ressemblance avec l'image traditionnelle du Christ; ses traits sont pleins de noblesse. Ses grands yeux noirs ont un éclat et un charme que les femmes de Paris admirèrent pendant le séjour qu'il fit dans la capitale entre sa sortie de prison et son départ pour l'Orient. Son teint d'un blanc mat inaltérable, sa baria 1 noire, son doux sourire donnent à sa physionomie un cachet de distinction étrange.
.Notre contact, re qu'il a vu de nos mœurs, de notre civilisation ont exercé sur Alal-el-Kader une iulluruce prodigieuse. Entre le jeune et bouillant Emir qui, nu lendemain de notre conquête, souleva la nation arabe contre nous et l'homme qui. à Damas, exposait sa vie contre les Musulmans pour sauver les Chrétiens, il y a un abtme, et ret abîme c'est le génie de la France qui l'a comblé.
Au début dos hostilités dirigées contre nous, AI>d-el-*-Kadcr se faisait appeler : Coupeur île têtes île Chef tiens /mur f mntrur île Dieu, c'est-à-dire en vue de la récompense éternelle; aujourd'hui celle grande âme s'est ouverte à une idée plus généreuse, plus large, et les Chrétiens sont, aux veux de l'Émir, des enfants de Dieu aussi bien que les Musulmans.
Abd-el-Kader a laissé en Algérie une régulation de sainteté, de patriotisme, de vertu, de sagesse qui fait déjà de lui . el île son vivant, un personnage légendaire. Ce qui est certain, c'est qu'il fut à la fois juge impartial et administrateur intègre 1 . I. organisation du gouvernement qu'il avait fondé témoigna d'une habileté politique peu commune, autant que ses niaiuruvrex stratégiques, pendant les longues guerres qu'il nous suscita, témoignaient de son liahilclé cununc général.
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Lorsqu'il fut élevé au pouvoir, il eu élal>lit le siège à Tagdemt, ville qu'il éililia sur les ruines d'une cité romaine et non loin du poste actuel de Tiaret, dans une position plus centrale que celle de Mascara. Tagdemt devint il la fois sa capitale, son arsenal et son quartier général. Il y plaça ses munitions, ses magasins d'armes, ses manufactures, sa fabrique de monnaies.
Il partagea ses États en huit klialifats ou provinces. Celte organisation enlaçait tout le territoire arabe. Chaque kbalifat comprenait plusieurs groupes de tribus ou agbaliks dirigés chacun par un agha. Les actes financiers étaient contrôlés par l 'oukil fl sait htm, sorte de ministre des finances et de factotum du Prince.
L'Émir avait établi des postes fortifiés h Salda, Taxa, Sehdou ; il avait créé une manufactura d'armes. Afin de parer il l'inconvénient que présentait l'appel trop fréquent îles contingents irréguliers qu'il fallait réserver pour les circonstances graves, puisqu'ils comprenaient tous les hommes valides des tribus, il avait organisé une petite armée régulière, habillée, soldée et nourrie aux frais du trésor public. Lorsqu’au 1839 Abd-el-Kader reprit contra nous les hostilités, il avait environ ÎO.WM) réguliers (cavaliers et fantassins) et même quelques pièces d'artillerie.
Lorsqu'on lit avec attention les récits, les faits qu'ont publiés . au sujet d'Abd-el-Kadcr, les prisonniers qu'il nous a rendus et les officiers qui l’ont visité au temps de sa puissance, ou est frappé de la ressemblance qui existe, entre le héros moderne et l'antique ennemi de Rome, Jugurtha. que Salluste nous a dépeint en un si beau langage.
L'n des traits les plus distinctifs de cette belle et originale physionomie est l'amour. le respect profond qu’ Abd-el-Kader portait à sa mère. Lellah Zolira était une femme de grand cieur, d'un esprit ferme, d'un aspect imposant. Elle exerçait sur les résolutions de son lils une influence il laquelle Abd-el-Kader n’essaya jamais de se soustraire. Elle était a la fois sa mère et son maître, et il était si bien son fils, la chair de sa chair et le cieur de sou cieur, que jamais un dissentiment ne s'éleva entra eux.
Lellah-Zohrah approuva la décision de son fils lorsque celui-ci résolut de se rendre librement à la France pour éviter une effusion de sang qu'il jugeait désormais inutilr. Elle le suivit dans la captivité, et ce fut elle qui le soutint dans les rigueurs que la politique du gouvernement français lui imposa de 1847 il 1852. Lellah-Zohrah aurait hautement approuvé la conduite de son fils à Damas. C'est le plus bel éloge que nous puissions faire de cette femme quj restera une des femmes célèbres de l’Islamisme,
Nous arrivons à la période la plus éclatante (jusqu’ici du moins, car nous no savons ce que l’avenir réserve à AIsl-el-Kador), il l'acte le plus généreux de cette existence prodigieuse.
Un grand poète, Alfred de Musset, a dit avec raison : - ,
Mien ne nous rend si garnis qu'une grande douteur!
Abd-el-Kader a dé au malheur de sa captivité le baptême qui l’a régénéré. Il est sorti de la prison d’Amboisc «t il a quitté la France plus grand , plus religieux assurément qu’il n’y était entré. Quelques prélats que séduisaient la difficulté et l’éclat d’une telle conversion ont essayé, dit-on, do faire renoncer Abd-el-Kader à la foi de ses pères. C’était à la fois méconnaître l’homme et ignorer la puissance que la rpligiou musulmane exerce sur ses fidèfts.
Abd-el-Kader a résisté, cela va sans dire, et si la piété ne lui eût pas conseillé cette résistance, la conscience de sa propre valeur, le pressentiment du réle qu’il était appelé à remplir en Orient l’eussent certainement empêché de céder aux sollicitations plus zélét's qu’éclairées dont il était l’objet.
Abd-el-Kader, disious-nous tout à l’heure, a dé au malheur de sa captivité le baptême qui l’a régénéré. Ce liapiéme, c’est le spectacle de la France, do nos mœurs tolérantes, du génie de notre rare, qui le lui a douné, et eertes nul baptême n’eét été aussi efficace, aussi puissant que celui-là ; sans cesser d’étro musulman Abd-el-Kader est devenu chrétien, non pas membre d’une église catholique ou protestante, ce qui ne signilie rien, mais chrétien dans In plus haute acception du mot, chrétien par le sentiment de bienveillance qui l’anime à l’égard de tous les membres do la famille humaine, sans distinction de communion et de culte ; chrétien par le sentiment qui l’anime à l’égard de la France qu’il considère comme l’élue des nations et l’apôtre de Dieu.
Ce ne sont point là des hypothèses légèrement admises par le biographe pour la plus grande gloire de l'homme dout il (rare la biographie. Ce n’est pas de notre pleine autorité que nous faisons d’ Abd-el-Kader uu libre-penseur. C’esl lui-mé-me qui, dans une lettre éerite à la suite ries événements de Damas, à quelques personnes qui avaient cru devoir le féliciter sur sa courageuse et
Attn-Ei-KAnEii.
géDireuie iniliative, a exprimé, on ternies fort clairs, cette idée que l'Islamisme était impuissant à poursuivre aujourd'hui une œuvre de civilisation et qu'il appartenait à la France, — non il tel nu tel clergé, — à la France telle qu'il l'a vue, la France libérale et tolérante, d’accomplir en Orient sa mission d'ordre, de paix et de concorde.
Abd-cl-Kader était depuis trois ans a Brousse, sa première résidence, lorsqu'un tremblement île terre l'obligea à quitter cette ville.
Iji nouvelle résidence do l'Émir fut fixés' a Hamas. Il s'y rendit avec sa smala, sa famille, ses nombreux serviteurs, et là il vivait eu sage, partageant son temps entre la prière, l'éducation de ses enfants et le gouvernement intérieur de sa maison, lorsque la guerre éclata entre les Druses et les Maronites.
Abd-el-Kader est trop intelligent, trop habile, trop profondément oliservateur pour ne s'étre pas rendu compte, depuis longtemps, di's causes de la décadence de l'empire ottoman, des éléments de dissolution qu’il renferme, des divisions qui soulèvent les unes contre les au lies les races diverses dont ce vaste territoire est peuplé. Son esprit grave et réfléchi, qu’ont éclairé les lueurs de la civilisation européenne, a longuement médité sur les éventualités que l'avenir réserve à cet empire bouleversé, sur les probabilités d’une intervention Européenne, sur le rùle qu'il peut, d’un moment à l’autre, être appelé à remplir au milieu d’événements dont mieux que personne il peut mesurer la portée.
la: fils de Maltdy-Eddin, il ne faut pas l’oublier, est un des saints de l'Islamisme; nous croyons avoir prouvé, par ce qui précède, qu'il a en lui les qualités de l'homme d'État: il a fait ses preuves comme général, comme administrateur, comme souverain. I*ar sa naissance, par le prestige religieux qui I environne, par ses qualité-s personnelles, Abd-el-Kader n’est au-dessous d'aucune mission, si grande et si difficile qu elle soit.
Avant même que la guerre n 'éclatât entre les Itruses et les Maronites, il connaissait leurs divisions, les haines séculaires qui les sé'pareul. Comme toutes les personnes qui ont étudié de près le caractère, les mœurs, le génie de ces races ennemies, il no se faisait point d’illusion sur les vertus chrétiennes des Maronites; il prévoyait bien que leurs prétentions, leurs lentalives d’envahissement devaient un jour ou l’autre provoquer un terrible eoufiit.
Aussi, quand les sauvages hostilités éclatèrent avec l'assentiment et le concours des représentants île l'autorité lurquo, Abd-el-Kader se rangea du cédé des faibles contre le fort, sans se souder de leur communion religieuse. Musulman, il ouvrit sa porte et donna sa protection aux Maronites comme il eût ouvert sa porte et donné sa protection à ses coreligionnaires si eeux-ci
ARn-El.-KAREH.
cuisent été les plus faillies. Kn cela, il se montra fidèle aux traditions qu'il avait recueillies pendant son séjour en France, il fit à la fois un acte d'humanité et un acte île liante politique. Il comprit qu’eu s'élevant au-dessus de toutes préoccupations religieuses, en sauvant des femmes, des enfants, des vieillards, des hommes qu’on tiaquait comme des hèles fauves, il faisait ce qu’eilt fait à sa place un Français, et c'est là le mérite éclatant de sa Mie et glorieuse conduite. Ahd-el-Kader un s’est pas dit : « Que ferait en ces circonstances un musulman? que ferait un chrétien? » il s’est dit: «Que ferait un Français? que ferait la France?»
Le Français serait humain avant tout ! La France serait généreuse et irait au secours des opprimés et il a agi en conséquence.
Son inspiration ne pouvait mieux le servir, et le cri de reconnaissance qui, de tous les points de l’Kiimpe, s'est élevé vers lui a dû lui causer une joie profonde, une de ces puissantes émotions que l’homme u'épruuve pas deux fois en sa vie. Malgré la modestie des diverses réponses qu’il a adressées à ceux de ses amis de France et d'Angleterre qui lui ont écrit pour le féliciter, celle émotion et rette joie y percent visiblement.
En apprenant la conduite d'Ahd-el-Kadcr. l’Empereur des Français l'a immédiatement élevé à la dignité de (îrand'Cmix de la Légion d'Honneur. D’autres souverains ont suivi cet exemple.
La carrière d Abd-cl-Kadcr est probablement loin de son terme. Lu grand rôle lui est sans doute réservé dans les éventualités de l’avenir.
F.OSSINI
T}p. frnmt Hmm. « Pim.
ROSSINI
ers 1rs derniers jour* de l'année 1701, pendant que In Révolution française mettait IKurope cri l'eu et que l'Italie élnil livrée aux premières iliuileurs île l'enfantement île son indépenilanee et de son unité, deux pauvres musiciens ambulants parcouraient les rues de Rome, et s'arrêtaient tantôt sur les places publiques, tantôt dans les rates et y faisaient entendre leurs
chansons. Le mari se nommait (iniseppe Rossini; la femme, d’une ..VV remarquable beauté, se nommait Anna liiiidarini: elle était enceinte
rqnahle I
et les fatigues de sa grossesse donnaient à sa beauté un caractère de grandeur qui frappait vivement ceux qui émulaient ses rhanls.
(iniseppe Rossini arcom|>a),'nnil la voix très-pure et Irès-hnnnonieuse de sa femme ; il jouait de la Hôte, puis du violon, puis il sonnait du cor. t'n de res nombreux Mimxiywiri, que la mur pontificale entretient sur un pied assez opulent dans la capitale de la chrétienté, remarqua Annatiuidarini. admira la fraîcheur et la pureté de sa voix; s'approchant d’elle, il lui dit: «L’enfant que vous portez sera un Maïvtro éminent, c'est moi qui vous le dis. » — Ix femme sourit: (iniseppe Rossini. avec sa belle et joyeuse humeur, répliqua : Je l'espère bien.
hossixi.