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bien qu’il lialiilAt le théâtre, Rossini ne parut jamais à aucune représentation.
tie génie, dont la fécondité avait été jusque-là si prodigieuse qu'on aurait pu la croire inépuisable, s'arrêta dés lors. Était-ce lassitude? était-ce dégoût? était-ce épuisement? Ce qui est certain, c'est qu'à partir du moment où il écrivit avec cette verve et cette facilité que nous savous ce splendide poème de Guilhnune f 7W/ , ce chant du cygne, Rossini a cessé de produire , il s'est enseveli vivant dans sa gloire; comme le rat de la fable il s’est retiré dans son fromage et il émiette sou fromage sur sou macaroni. Un bon plat de macaroni et des pastilles de Vichy pour le digérer! C'est l’idéal que poursuit aujourd'hui, dans sou élégante retraite de Passy, l’auteur de Moïse, A’ Othello, du Barbier, do Sêmirami * , du Comte Ory et de tant d’immortels chefs-d'œuvre. Ce que le vieux Caton disait de la vertu, Rossini le dit de la gloire.
Le. lion endormi lit un soubresaut pourtant , et le monde entier prêta l'oreille :
C>nitiruSir vmua, intentiy we ora tenebunt.
Rossini donna son Stabat ti quatre voix avec orchestre et chœurs. Qu’on juge de l'effet que produisit ce coup de tonnerre! on eu parle encore. Jamais teiivre ne fut plus longuement, plus sévèrement jugée; on couvrirait la surface du globe avec tout ce qui a été imprimé pour ou contre 1 ce malheureux stabat qui a des qualités brillantes, mais qui a aussi un défaut devant lequel disparaissent toutes ce» qualités ; ce n’est pas uu stabat. C'est beau, c’est grand, c'est gracieux, c’est charmant , mais ce n’est pus un stabat. De quoi diable aussi ce spirituel mécréant est-il allé se mêler?
Depuis 1836 Rossini était eu Italie, écoulant de. loin le bruit qui se faisait autour de sou nom; assailli du sollicitatious, d offres brillantes, de libretti pur monceaux. 11 demeura ferme dans sa résolution.
Le Stabat avait paru en 1841. Deux ans plus tard, fatigué de gloire et de bonne chère, couverts de lauriers et de rhumatismes, Rossini vint à Paris pour y chercher les soins de son ami, le D' Civiale. Il s'occupa exclusivement de sa sauté. Cependant eu 1844 il exhuma de ses cartous, véritables plaeert! dus clururs pour voix de femmes qui parurent sous ce titre : la Fui , f Espérants» et la Charité.
Madamu Rossini (mademoiselle Colbraud) qui vivait séparée do lui mourut à
HDSSIM.
celte époque et Rossini nsa «le la liberté que cette uioi't lui laissait, pour se rapprocher davantage de madame Olympe Pélissipr «|ue plus tard il é|Hiusa.
Toutes les agaceries qu'on lui fit h Paris , l'accueil et les bienveillantes sympathies dont il «Hait l'objet, l'admiration puhlitpie, l'inauguration à l’Opéra do sa statue due au ciseau d'Etex, lout fut inutile. Rossini retourna en Italie et se lixa à Bologne où il espérait vivre en repos et joidr paisiblement do sa fortune. Mais il était écrit que les révolutions lui porteraient malheur. Celle do 1848 eut dans les Etals-Romains de si violents contre-coups que le maestro «lét quitter Bologne pour aller planter sa te.nte à Florence. Mais Paris a d'irrésistibles tentations; quelipie dédain que l'on ait pour l'admiration des boulines, pour I«<s séduisantes fumées de la gloire, on ne renonce pas aisément à ses douces fumtV's. Malgré sou horreur p«jur la liironinUon, Rossini se décida à revenir à Paris, bien décidé ù ne pas monter dans un wagon de cbeiniu de fer. Il y vint et il y est l'esté, entouré d'amis, d'admirateurs enthousiastes, de flatteurs; toujours gai, spirituel, malin, obligeant.
En 1857 il eut la faiblesse de consentir à ce qu'un jiasttcao de lui, amalgame d'improvisations très-légères, fruit «le sa première jeunesse , fut représenté aux Boufles-Parisiens sous le titre de Bni.irhim.Le public y lit Jt peine attention et ce fut justice. De Guillaume Tell et du Stabat , les deux seules œuvres publiées depuis 1821) ii Bnisrhino, il y avait par trop do distance ; ajoutons qu'il y avait aussi par trop «l'insouciance d<‘ la part de 1 illustre maestro h laisser reparaître son nom dans «le telles conditions.
Aux productions si nombreuse» que nous nous sommes bornés à énumérer, il faut ajouter uu recueil «le vocalises et solfèges, des messes, douze pièees à une ou deux voix qui furent puhlii'es en 1 8115 sous le litre de Soirées Musicales, un nombre incalculable de duos, quatuors, sextuors, «piarteltini , duettiui, nocturnes, ariettes, chansons, romances, etc., etc. C«‘st une inivre colossale, cl Dieu sait ce quaprès lui scs héritiers trouveront dans ses cartons.
Jamais compositeur n'a eu, au même «legré que Rossini, le bonheur de voir ses «euvres interprétées par d'incomparables virtuoses. Parmi les cantatrices célèbres qui, h l'origine, créèrent les principaux rôles de ses opéras, il faut citer M"“ Marcolini, Malanotte, les sœurs Mombelli, l'incomparable contr alto Pisaroui, une des femmes les plus laides et le talent le plus merveilleusement accompli «pti aient jamais paru sur la scène, madame Damoreau-Ciuti, et euliu Isabelle Colhrand que Rossini épousa.
Parmi les chanteurs, RalTanelIi , tialli, Mombelli, Yelluti. le dernier des so/iraiu célèbres, David, Piozzavi le maître de Ruhini, Garcia, Douzelli, Zu-
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chelli, Burdugni, Levasseur, Pellegrini, Dérivii, l'in fortuné Nourrit, etc., etc.
Après ces artistes éminents tous ceux qui se sont fait un 'nom au théâtre ont tenu à houueur de reprendre les râles créés par leurs glorieux aînés.
Rien n'a manqué à Rossini : prestige du-génie, séduction de l'esprit, gloire,
^ honneurs, fortune, distinctious . rubans, ovations, admirateurs, il a eu tout ce qu’un homme peut désirer ici-bas. Il est chamarré de croix ; la France l a fait successivement chevalier, oflicier, puis commandeur de la [Légion d'honneur.
I)e toutes ces décorations il ne porte habituellement que la rosette rouge. s—
Vit
Rien ue lui a manqué, disais-je. rien qu'un plus vif sentiment des liens qui attachent l'homme à la patrie, celte grande famille! Il lui [a manqué ce lilial amour qui, partant du coin de terre oit futile lierceau, rayonne [sur la cité d'abord, puis sur la nation et sur l'humanité. Rossini u'a aimé ni la patrie ni la liberté. A Dieu ne plaise que nous exigions de l'artiste qu'il s'enrôle sous la bannière d'un parti, qu'il obéisse aux petites passions politiques, qu'il s'occupe des coteries, des intrigues, des ambitions qui s'agiteul autour du pouvoir pour les exploiter ou pour le renverser. L'artiste a mieux que cela à faire, sa mission est plus haute. Mais au-dessus de sa mission elle-même, au-dessus de ces passions, de ees intrigues, de ce» compétitions où se platl l’esprit de parti, il est uue passion généreuse et forte, un sentiment puissant et profoud qui élèvent l ame humaine, qui la fout vibrer, culte passion, ce sentiment', c’est l'amour de la patrie, l'amour de sa gloire , de sa liberté , de son indépendance , c'est la passion de ce qui est juste et buii. Quiconque n’a pas éprouvé relie passiou , ce scntinicut a vécu d'une vie incomplète.
L'artiste, dans nos sociétés contemporaines, a une tendance regrettable à croire qu’il doit se tenir eu dehors de ce qui émeut, de ce qui touche sa patrie, des grands intérêts qu’elle représente. C'est un tort et ce tort a été d'autant plus grand chez Rossini que Dieu l'avait exceptionnellement doué. Si cet homme edi mis sou génie au service de sa patrie, s'il edi été l'écho de sa plainte*, de ses douleurs, de ses humiliations, combien il eût hâté l’heure de sa délivrance!
II est lava u sans doute de se dire cosmopolite, mais c’cst à la condition d’aimer d'altord sa patrie , de même que quand on se dit patriote il faut coniineuccr pur aimer la famille, qui est à la putriu ce que lu naliou est
ROSSINI
Ut
il l'humanité, c'est-à-dire l'alvéole primitive, lo premier anneau de la chaîne qui unit tous lin hommes entre eux.
Je n'ai pas l'honneur de connaître Rossini , je ne lui ai jamais rte présenté, mais il est mon loisin il Passv et j'ai souvent le plaisir de le rencontrer. Chaque fois que je le vois, je me découvre avec respect devant cet aimable vieillard dont le génie populaire a enfanté tant de délicieuses mélodies , égayé tant de rieurs , déridé tant de fronts ; mais au milieu de mes plus ferventes admirations, je ne puis m'empéeher de lui reprocher cette indifférence, cet égotsme qui l'ont rendu insensible aux maux de la patrie , cette absence de moralité politique , cette faiblesse de caractère qui lui attirèrent un jour, de la part d'un général autrichien, un sauf-conduit ainsi formulé : « sauf-conduit pour le signer Rossini , patriote mot c«n.*é- | fiienre. » Voici en quelles circonstances ce sauf-conduit injurieux pour tout homme de cienr lui fut délivré.
Rossini avait composé en 1815 une hymine patriotique; il était alors il Bologne. Les Autrichiens y arrivèrent, et loin de s'en émouvoir et île s'en affliger, le jeune homme éprouva le déair île se mettre au mieux avec eux. Il adopte a son liyinme des paroles en l'honneur de l'empereur François 1" et va porter son ouvre au général autrichien en protestant de son dévouement et demandant In permission de quitter Bologne. Ce fut alors que le général lui remil le sauf-eouduil portant cette qualification : patriote mis comh/nenre. Rossini avail alors vingt-trois ans! il se héla de quitter Bologne, riant du bon tour qu'il avail joué aux Autrichiens. Le tour était bon en effet, car lorsque, quelques jouis après, le général voulut entendre l liymme à l'empereur, il reconnut dès les premières mesures l'air anarchique et révolutionnaire qu on fredonnait tout I sis dans les Romagues.
D'ailleurs le* biographes de l'illustre auteur du Barbier et de Gwl/mmir Tell seront bien emliarrassés un jour par la question de savoir ce que Rossini aura aimé ici-bas, lui excepté. Son génie aura rayonné sur le inonde, ses chants seront répété* pur rhujt générations, on redira ses mots, ses trait* d'esprit; mais son rrciirî