‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 30 sur 63 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

On fera un jour certainement un Bomùuaiw. Nous n'en finirions pas si nous voulions raconter les mille anecdotes dont Rossini est le héros. Sa

HOSSIXI.

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verve railleuse s'est attaquée à tout et à tous, A la musique de ses confrères comme A la sienne. On sait son mot à pro|tos des œuvres de Meyer-, heer et d'Halevy : « J'attends que tous ces juifs aient fini leur sabbat. »

Il eut un jour le plaisir de s’entendre critiquer vertement. Il se rendait à Bergame et avait pour compagnons de route Jrois dilettanti. On parla musique, on parla de Rossini. Les voyageurs firent chôma; ils analysaient un à un tous les opéras du maître. Ce passage est vulgaire; cet autre a été pillé, et ainsi de suite. Loin de les contredire , Rossini aliondait dans leur sons.

— A propos, dit-il, connaissez-vous les enivres de ce drôle ?

. — Allons donc! Est-ce qu'on entend pareilles choses?

— Que serait-ce donc, répliqua Rossini, si vous les connaissiez ! Tenez, écoutez !

Et il se mit à fredonner d'une voix charmante de licaux passages des plus vieux maîtres qui furent déclarés détestables.

— El maintenant, reprit-il, écoutez les maîtres, les vrais maîtres ! et il ehnnla quelques cantilènes de ses opéras.

Les voyageurs s'extasièrent.

— Voilà de la musique, de la belle musique! dirent-ils avec enthousiasme, eu priant l'inconnu de continuer.

Et Rossini égréua sans se faire prier le chapelet de ses plus ravissantes mélodies. On arriva à Bergamc ; les trois voyageurs, enchantés de leur joyeux compagnon qui professait une telle admiration puur les maîtres et un si profond mépris pour la musique de Rossini, voulaient connaître son nom et sou adresse afin de cultiver une si précieuse connaissance.

— Volontiers, dit Rossini, je serai à Venise dans peu de jours, et s'il vous plaît de venir m'y siffler, j'en serai enchanté, voici ma carte!

Les aventures de ce genre abondent dans la vie de Rossini, et nous n’avons cité celle-là que pour donner une idée de cctto verve et de celte malice qui n'ont jamais été en défaut, frappant à droite et à gauche, amis ou ennemis. Un seul Irait encore :

Tadolini, ancien chof du chant au Théâtre-Italien de Paris, allait chaque année, après la saison théâtrale, passer quatre ou cinq mois a Bologne, sa ville natale. C'était un original. II avait acheté on Jne, et, monté sur son quadrupède, il passait sa matinée à se promener «Tans les rues. Un matin , Rossini sort et aperçoit Tadolini. à pied par extraordinaire et longeant les murs : « Tiens, tiens, dit-il, Tadolini est resté chez lui ce matin, l’âne est sorti tout seul! » Et il aimait beaucoup Tadolini.

hossini.

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Rossini u a pas été seulement le plus illustre et le plus populaire des contemporains et un admirable chanteur, il dessine avec tout son esprit, et c'est lieauroup dire; il aurait pu se foire une réputation rumine caricaturiste, Il sait jouer, je crois, de tous les instruments; mais il a été surtout I un flûtiste remarquable.

Ht maintenant quelle est la valeur de Rossini? que restera-t-il île son rouvre colossale? Sa popularité u est-elle due qu’il l’engouement du public ou bien a-t-elle line hase sérieuse? est-elle fondée sur un mérite réel? On a tant discuté sur ces questions et on s’est iiiiiliiellement si peu éclairé que ce serait folie de recommencer ces discussions. Nous n’avons point qualité pour prononcer un jugement en pareille matière; mais nous pensons que tout homme est apte il juger une œuvre d’art, h exprimer naïvement du moins l'impression quelle a faite sur lui. Le jugement du public et celui de la postérité ne sont , en définitive . que le résumé de ces impressions personnelles dont l'ensemble établit ee que l'on appelle le succès.

.Nous ne sommes point exclusif; nous n 'appartenons , en fait d'art, h aucune école; nous ne sommes inféodé ïi aucun système, à aucune doctrine. Nous aimons et nous admirons le beau et le vrai [tarlout où ils s’oITrent à I nous , dans la musique allemande aussi bien que dans la musique italienne ou la musique française. En musique connue en littérature, nous sommes assez de l avis de Boileau :

Tous 1rs genres sont lions, hors le genre ennuyeux.

Dr, nous avons attentivement et souvent écoulé la musique du maître illustre dont nous venons de tracer la biographie; nous avons été enthousiasmé, ému, enchanté bien souvent; d'autres fois nous avons eu peine à réprimer un mouvement d’impntienre ou de désapprobation. Dira-t-on que nous jugions de la musique comme un aveugle des couleurs, que ce qui nous paraissait lourd, monotone, sans couleur, était au contraire admirable? Non, nons n 'admettons pas cela. Le qui est vraiment beau s’impose irrésistiblement, et cela est surtout vrai quand il s'agit des oeuvres scéniques. Remplissez la salle du Théiïlre-Français de gens illettrés, et représentez devant eux une pièce de Corneille , de Molière, de Racine et de Victor Hugo; pas

IWSSI XI.

un beau vers, pas un mut vrai ne passeront inaperçus, même alors que l'acteur ne les soulignera pus.

Soyez convaincus que la musique île Rossi ni , quami elle laisse le public froiil. indifférent , ne vaut pas la musique de Rossini qui l'éveille, le charme et rémeut.

Une fécondité aussi prodigieuse que celle du cygne de Pesaro ne peut pas invariablement produire des enivres belles . puissantes êl originales. Ij»k tours vulgaires, les «‘dites, les réminiscences y sont inévitables ; ils alion- \ dent dans l'ieuvre de Rossini. Uejwdeil a des taches; nous sommes des êtres finis et la ]>erfwtion n'est pas de notre domaine. Mais, en revanche . que de merveilles! que de fraîcheur! que d'espril ! que de gaieté! que de grandeur! quels accents sublimes! Pour apprécier celle musique, il faut l'entendre souvent. 4'ai entendu les principales enivres de Rossini ; Guilfmmr TW/. le Bnrbier, Olrl/n, Sfitiiratnn, le Coiiiti’ Oçy. Y flnlimin . friirr/vitofo, etc., oie., plus de cent fois à coup silr. et à chaque audition j'ai éprouvé mi charme plus grand qu’/i (audition précédente, j'ai disouvert des filons harmonieux que je n'avais pis soupçonnés. Tout n'y est pas également attrayant, également liean ; mais tout y pirte le carhel d'un talent arrivé à un degré de perfection que peu de maîtres ont atteint.

Je ne sais rien de plus fïirlieux que la manie de comparer entra eux des maîtres qui n'ont de commun que le procédé , la forme du langage dont ils se servenl pour exprimer leur pensée et traduire leur inspiration. Une de fois, dans les discussions interminables dnnl la musique et les n-uvras musicales sont l’objet, j'ai entendu les adversaires de Rossini triompher en disant : « Comparez donc cela n telle n-uvre de Mozart . ti tel opéra de Meyerlieer, h tel ou Ici antre. »

INGRES

a raconte que, te Ci septembre 1781, la ville de Montauban fut témoin de divers prodiges; Le groupe de* trois Grèce», placé sous la charmille de M. te président au bailliage, exécuta un® sorte de danse sur son piédestal, et un sourire parut sur tes lèvres de la Vierge à la chaise, dout la gravure ornait le cabinet de M. te premier échevin.

L'antiquité et te renaissance saluaient ainsi la venue au monde de Jeaii-Doniinique-Augusle Ingres, te futur auteur du plafond d' Homère, du Martyre de saint Spnphorien , de 1 Odalisque , du la Siratonice et de tant d'autres tableaux que tout le monde connaît.

Mortel chéri des muses, Ingres père enseignait à la fois la musique et te jirinture, quelques personnes ajoutent même la danse, aux jeunes demoiselles de Monteuban. Poudré, lustré, pimpant, luisant, tiré à quatre épin-

INGRES

{.'les, Ingres père sortait chaque malin du logis, et allait de maison en maison instruire ses compatriotes dans l’art d'Eulerpe et de Terpsichore. Après a\oir soupiré cinq ou six fois la romance de jVina ou entonné le grand air des Indes galantes, Ingres père rentrait chei lui, et s'occupait do l'éducation d’Ingres fils pendant tout le reste de la journée.

.Ingres père voulait faire un musicien d'Ingres fils : non point un musicien de clavecin et d’épinette, un bredouilleur de romances et d’ariettes, mais un compositeur solide, sérieux, profond, capable de marcher sur les traces du grand Rameau. Il lui mit l'archet en main dès son bas Age, et il lui apprit la gamme en même temps que l’alphabet.

Quel motif puissant décida Ingres père à quitter la ville de Montauban, sa patrie? L’histoire est muette sur ce point. Il ne parait pas pourtant qu'il ait eu jamais à se plaindre de l'ingratitude de ses concitoyens. Également apprécié de la noblesse et du tiers-état, bien avec le clergé, le professeur Ingres était aussi accueilli dans les salons comme dans les couvents. Le nombre de ses élèves augmentait chaque jour. Il est donc probable que l’artiste cédait l'ambition de se montrer sur un théâtre plus vaste et plus digne de ses talents.

Toulouse a toujours été par excellence la ville musicale du Languedoc et du Midi tout entier. Hautes-contre, tailles, basses-tailles, elle fournissait déjà l'ancien régime de chanteurs. Les capitouls qui firent rouer Calas étaient passionnés pour la musique ; après l'exécution d'un protestant, le spectacle que la populace aimait le plus, c’était la représentation d’un opéra. Lorsque Ingres père y vint avec Ingres fils, Toulouse brillait comme une capitale; elle luttait ouvertement contre Paris, et croyait que, dans l'estime de l’univers, l'Açgdétmê des jeux floraux passait bien avant l'Académie française.

C’est dans cette ville, aniio des beaux-arts, que le jeune Ingres lit pqgf la première fois connaissance avec la gloire.

Le matin d'un jour dont l'histoire a négligé de nous transmettre la date, les habitants do Toulouse lurent la note suivante intercalée en grosses lettres entre le titre des deux pièces qui s'étalaient sur l'affiche du grand théâtre;

PENDANT l’iNTEIINÉDE ,

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