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On sait l'intervention de la France . la lutte regrettable wma lai|uelle succomba la république romaine. Le récit de ces événements n'est pas du domaine de la biographie.
Le Pape est à tiaëte, gardé par le roi de Naples , premier lieutenant de l'Autriche en Italie. Tant de secousses avaient profondément ébranlé l’esprit de Pie IX. La fermeté n'avait point été su qualité dominante. A partir de relie époque il s’accomplit en lui une transformation profonde. On n’eut pas de peiuc à lui persuader qu'il était la cause primitive des événements qui agitaient l'Kuropr; que ses imprudentes ronressinns avaient déterminé un mouvement révolutionnaire dont il était la victime, et dout la religion souffrait plus encore. Alors il pleura suivant son habitude, il pria avec ferveur; il eut des extases, des visions; sainte Philomèle lui apparul et le gronda doucement; nouveau torrent de larmes !
Pendant qu’il se lamentait ainsi, la Constituante romaine qui s'était réunie le 6 février, proclamait, à la majorité de I i.'l voix ronlre 1 1 . sa' déchéance comme souverain temporel avec garantie de son indé|N-nduuce spirituelle. Le cardinal Antonrlli fut le Richelieu de ce faible monarque, liés que la résolution de l'Assemblée constituante lui fut connue, il rédigea et adressa une note pressante aux quatre grandes puissances catholiques : la France, l'Autriche, l'Espagne et Naples, pour réclamer leur secours. Les armes de la France suffirent. Lg corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot lit plus qu'il ne devait. Ce corps d’armée qui, suivant l’expression du général de Lamorieière, « n'avait été envoyé que pour prévenir l'Autriche dont l'intervention aurait provoqué à Rome une contre-révolution complète, » bombarda et prit Rome, malgré l’énergique et courageuse opposition de M. Ferdinand de Lesseps. alors ministre plénipotentiaire de la République française.
Pie IX pouvait rentrer à Rome, mais, sous la triste influence des conseillers qui l’entouraient, il se délia de l'armée française plus eucôrc que de ses propres sujets. La Franee c’était la révolution. Au lieu de rentrer immédiatement dans sa capitale sous la protection des régiments français, il envoya d'abord trois commissaires : les cardinaux Alfieri, Vannicelli et délia Geuga chargés de reprendre possession de son pouvoir temporel. Les délégués du Pape rentrèrent à Rome comme en pays conquis, regardant presque connue une eunemie cette armée française qui venait , au prix de si grantfe sacrifices , de rétablir le Saint-Siège. On la tint en suspicion, ou manqua pour elle des plus simples égards, on restaura les vieux abus, à ce point que le Président de la République française s'eu plaignit dans une lettre icstée célèbre cl adressée à M. Edgar Ney, son aide île camp.
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Certes, le chef dit gouvernement français ne se munirait pas exigeant. L'était la France <|iii restaurait le tnine pontifical ; c'était la République française qui, au prix d'une lutte fratricide, venait de rétablir l'autorité temporelle du Pape et, pour cela, de renverser la république romaine. C'était bien le moins que la Fraute eût le droit de faire entendre do sages conseils, de réclamer quelques réformes , de demander quelques soins, quelques égards pour ses soldats. La postérité croira avec peine à faut d’ingratitude. La France n’obtint rien. Au lieu d'avancer, le gouvernement romain rétrograda, et à l'heure où nous écrivons ces ligues (novembre 1860), il subit le juste ciiAlinient de sa faute. Les évêques, les cardinaux. le Pape, Inus sc lamentent el se plaignent, ils s'efforcent d'éveiller des sympathies, de ranimer des passions éteintes. Il n'est plus temps! L'affection des peuples, e'est la Toison d’or des temps modernes ; il faut la conquérir. Vous l'avez dédaignée, vous n'avez, compté que sur la force et la violence, celle aflection aujourd'hui s»' détourne de vous et vous fuit. C'est la justice de Dieu qui s’accomplit.
C'est sur Pie IX sans doute que l'histoire fera relomlter toute la responsabilité de la situation et des crises où lu Papauté est engagée , mais si l'histoire est équitable, elle tiendra compte au pontife de la faiblesse de sou caractère, de l'ébranlement que causèrent A son intelligence et à son rieur les scènes dont il fut témoin en I8i8. de la fatale influence que prirent alors sur lui des hommes redoutables. Pie IX n’était pas fait pour res luîtes ardentes, il fallait à celle Ame tendre, sensible A l'excès, mélancolique, de modestes el paternelles fondions comme celles qu'il remplie pendant sept ans, à l'hospice de Tutu Gioramù , au milieu des enfants et des faibles d'esprit ; il lui fallait des horizons bornés, les soins d’un douxjapostolat. la direction d'un diocèse tout au plus.
Quand le cardinal Jean-Marie Mastal accepta la candidature dans le conclave et le pontificat que ses collègues lui offraient, il sc fit illusion sur lui-même et sur les rudes fondions qu’il acceptait. Il cnit que. pour gouverner la barque de Pierre, il suffisait de lionnes intentions, d'une Ame pieuse et honnête ; il ne songea pas que la fermeté était la première condilion du pontificat et que toute fermeté lui élait impossible. Aussi . tout re qu’il avait rêvé , toutes ses lionnes résolutions qui sc manifestèrent au début de sou règne et qui produisirent de si vifs enthousiasmes, tant ce malheureux peuple italien élait habilité A l’oppression ! tout s'évanouit-il aux premières résistances sérieuses qu’il rencontra. L’oiseau qui s'était posé sur sa voiture, quand il se rendait au conclave, était bien un svmbole : Pie IX a été mie colombe parmi des vautours.
la? Pape, A qui son entourage faisait |ieur des Français, ne rentra A Rome, pour
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y remonter sur sou Initie, que le 4 avril 1850. Déjà sou ministre, le cardinal Antonelli, avait exercé Hans les I, 'Valions de rigoureuses représailles. Ilans un main praprio, daté du l!l septembre 1849, le Pontife avait promis une amnistie presque complète. Mais il n'avait plus le pouvoir de bien faire. Il appartenait à la réaction et la pmniesse d'amnistie avait été éludée. Sou histoire personnelle pendant les dix autiécsqui nous séparent de cette triste époque est tout entière dans celte lutte permanente entre les inspirations île son rcrur et les fatales nécessités de la politique romaine. Il serait saus intérêt de suivre Pie IX il travers ces tiraillements. Sa piété s'y est exaltée, elle a pris relie teinte mystique dont l'origine remonte à l’exil de lîaète. Ce n’est pas l'histoire du |>ontifiral, c'est celle du pontife que nous écrivons et la vie du pontife, à partir de la jiériodc où nous sommes parveuus, n'ofTre plus aucun intérêt. Pie IX est, sous un certain rap- |Kirt, le type des rois rouslitutionnels : il règne et ne gouverne pas. C’est un religieux fervent, il prie avis- ardeur, il verse daliondatiles larmes, il répand des aumônes, il demande pardon à Dieu des fautes qu'il a commises au début de son règne en ayant la velléité de réaliser des réformes et de rendre aux peuples quelque liberté; il est convaincu qu'il a été pendant tout 'ee temps sous l'inspiration du mnuvais esprit et il mourrait bravement, s'il le fallait, plutôt que de recommencer line œuvre de perdition, une œuvre libérale.
Nous avons dil que. dnus le conclave, il fut, eu sa qualité de questeur, chargé de dépouiller Ips bulletins île vote, on raconte que lorsqu'il lut le dernier bulletin qui assurait son élection et le faisait Pape, il s'évanouit et que, revenant à lui, il s'écria : s (Quelle charge! qui m'aidera à la porter! »
Il avait à choisir entre deux points d'appui : le peuple et le parti jésuitique ou absolutiste dont le quartier général est à Vienne. C'est ce dernier qu'il a définitivement choisi; et le meilleur, le plus bienveillant, le plus charitable des Papes est relui qui aura le plus cruellement compromis l'autorité temporelle et peutêtre aussi l’autorité spirituelle du Saint-Siège.
C’est ce perpétuel tiraillement outre le roi temporel et le pontife spirituel qui a causé tous les malheurs de la papauté , paralysé les meilleures intentions et conduit le gouvernement romain au fond de l'ahinie où il se iléhat maintenant. Nul ne l'y a poussé ; il était dans la loi de sa nature d'y glisser d'aUud. puis d'y rouler avec fracas. Malgré ses qualités personnelles qui sont incontestables , Pie IX a été l'instrument le plus actif île la chute que l’on déplore si naïvement aujourd'hui , mais dont ou se refuse à reconnaître la cause. Ainsi eel homme excellent . charitable, que la moindre infortune émeut, qui a des larmes pour tous les malheurs, a laissé s'accomplir sous sou pontitical
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des actes déplorables ; il a récompensé publiquement le culouel Schmidt qui, après avoir repris Pérouse 1 , a assisté aux plus terribles désastres, aux actes les plus révoltants commis par ses soldats. Il a souffert, daus les provinces i|ui s'étaient soulevées contre l'autorité pontilieale en 1849, rétablissement d'un régime barbare, indigne d'un pays chrétien. Nous voulons seulement emprunter quelques lignes au Journal de Rome in 0 133, 13 juin 1831):
« Maria Itiagin, de Cittù di Castel trio, avant été convaincue, par les déposition* des témoins assermentés, d'avoir injurié des personnes paisibles, a été condamnée h rerevoir vingt coups de fouet, aux termes de l'édit en vigueur contre, les perturbateurs de l'ordre public ; elle a subi sa peine à Pérouse, le 9 du mois courant. »
Le 21 mai 1851 le tribunal de la sacrée consulte, a Rome, avait condamné Piètre Krcoli, coupable d'avoir empêche un rumeur d'allumer sou cigare, à vingt ans de galères. Tous les témoins avaient déposé que Piètre Krcoli avait soulemeut voulu faire une plaisanterie. Vingt ans de galères pour celât
Si nous voulions citer îles documents de ce genre, nous eu remplirions un volume! Il nous suffit de donner une idée des extrémités où peut se laisser entraîner la faiblesse don souverain, quand il est dominé par la peur et quand la fermeté de sa raison et de sa volonté lui font défaut. Faut-il rappeler la scandaleuse et déplorable affaire de l’enlèvement du petit Murtara? Pie IX a suivi eu celte circonstance les errements de scs prédécesseurs ; lus larmes du père et de la mère de l'enfaut si cruellement ravi à la tendresse de sa famille ont, nous n’eu doutons juis . éveillé la sensibilité et fait rouler les larmes de Pie IX, mais pouvait-il céder? Le cardinal Anlonelli n'était-il pas là? Que deviendrait la religion? et c'est au nom de la religion que tontes ces horreurs s'accomplissaient sous l'œil du bienveillant Pie IX. Pour faire comprendre l'état d’almisseineut, nous dirions presque de sauvagerie, où la confusion du spirituel et du temporel a fait descendre lu gouvernement romain, il suffit de publier cet édit de la Sainte- Inquisition, — édit en vigueur — contre les Israélites des Étals pontificaux. Cet édit fut promulgué en 1843 par l'iuquisitcur général Salvo; le voici; ou ne commente pas de tels documents :
« Aucun des Israélites résidant k Ancône et Kiuigagliu ne pourra plus loger ni nourrir les chrétiens, ni recevoir de chrétiens à son service, sous peine detre puni d’après les décrets pouiilicaiix. — Tous les Israélites des États devreut vendre, tlaus l'espace de trois mois, leurs biens meubles et immeubles, atitremeut ils seront veudus à l'encan. — Aucun Israélite ne pourra demeurer
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dans quelque ville que ce soil sans l'autorisation du gouvernement; en cas de contravention , les coupables seront ramenés à leurs i/hclti respectifs. — Aucun Israélite ne |H)urra passer la nuit hors du ghetto (quartier juif fermé le soir).
— Aucun Israélite ur / murra entretenir t/es relu lions <ï «initié arec îles chrétiens.
— Les Isralites ne pourront faire le commerce des ornements sacrés ni de quelque livre que ce soit, sous peine de cent cens d'amende et sept ans de prison. — Les Israélites . en donnant la sépulture a leurs morts, ne devront faire auruiic cérémonie. Ils ne pourront se servir de llambeaux, sous peine de confiscation. — fieux qui violeront les dispositions ci-dessus encourront les châtiments de la Sainte-Inquisition. — La présente mesure sera communiquée aux Ghetti et publiée dans les synagogues. »
Que vouliez-vous que fissent la faiblesse et la douce nature de Pie IX. prises dans de pareils étaux? Dans la crainte de porter atteinte à la religion, un pareil caractère laisserait commettre toutes les minutés.
L’importance des événements qui se sont accomplis et s'accomplissent sous le pontificat de Pie IX adonné au pontife une importance aussi, qui est hors de proportion avec celle de l'homme. On a fait du Pape actuel bien des portraits; sa biographie a été écrite cent fois. Los uns en ont fait un révolutionnaire, d'autres un mystique, d'autres un conservateur. Il y a du vrai et du faux dans toutes ces appréciations, fihaque fois qu'un veut juger un homme avec un parti pris et sous un seul point de vue on a toutes chances de se tromper. Tout homme est multiple, mais l'homme faible qui se laisse entraîner tantôt à droite et tantôt à gauche, qui cède il tous les vents, est bien pins multiple encore.
Nul homme, nul conquérant, fôt-il César, Alexandre ou .Napoléon . n’a disposé d'une force aussi considérable que celle dont Pie IX disposait au commencement de son règne. Il aurait pu soulever le monde avec le levier qu’il avait dans sa main, a dit un fervent catholique, M. Ozanam. fi'était l'opinion générale en Europe que Pie IX ne s'arrêterait point dans la voie où il était entré; lui-même de bonne foi le croyait. « ('.'est une parole favorite du Pape, a écrit encore Ozanam, qu'il veut marcher connue la tortue, lentement, mais toujours. Nous venons d’apprendre la plus décisive peut-être de toutes ses innovations, celle qui devait sceller l’alliance entre la souveraineté ecclésiastique et la liberté sincère; le glaive a été remis à des mains laïque et le ministère de la guerre confié h M. le comte Gahriclli , à un vieux soldat de Napoléon . etc. »
Du comte Gabrielli nous eu sommes venus à M. de Mérode et de M. le comte Ferrctli à son éminence Monseigneur Autouelli.
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A l'époque où Pic IX commença à revenir sur ses pas et. ainsi que nous l'avons dit, à sentir le harpon que l’Autriche a attaché aux liant s de la papauté, uue femme illustre, M” 1 George Santl, adressait au Pape cet éloquent appel :
« 0 Pic IX! Si vous vouliez t'tre chrétien selon la doctrine île Jésus, vous ne vous inquiéteriez guère de nos discussions philosophiques, de nos petites sectes, de nos grands journaux, et de tous les rêves de notre esprit en travail! Eh! quoi, votre mission est bien claire et bien facile! vous avez uue main levée pour bénir ou pour analhématiser : et celle main est le svmltole de la conscience du genre humain. On vous demande d’avoir l’évangile devant les yeux, et de ne pas vous tremper en abaissant vntrè droite paternelle sur la tète des meurtriers. Resterezvous immobile par prudence? Engagé dans le labyrinthe de la diplomatie, bornerez-vous votre action h gouverner sagement un petit peuple, et n’aurezvous pis un mot de blême ou d'appui à mettre dans la lialanre des décisions humaines? Vous qu’une longue habitude du genre humain proclame l’arbitre par excellence, l’avocat île Dieu sur la terre, aurez-vous deux poids et deux mesures pour les attentats commis contre l'humanité? les foudres du Vatican sont-elles & jamais éteintes pour les tètes couronnées, et ne frapperont-elles plus que les faibles et les prescrits? Hélas ! s'il en était ainsi, vous ne seriez plus chrétien, et vous ne seriez pas même philosophe h la manière de Voltaire, car Voltaire plaida pour Galas, comme vous avez il plaider pour la Pologne, pour l’Irlande, pour la France, pour l’Italie, pour le monde ! »
Ces chaleureuses sollicitations, ces rêves splendides troublaient et effrayaient l’excellent homme. Ses épaules n'étaient pas faites pour un tel fardeau, et il en eut bien le presseiilimen! , il eut bien la conscience de sa faiblesse, le jour de son élection quand,. après s’élre évanoui devant le rang suprême où il allait monter, il s’écria avec effroi : « Quelle charge! quelle charge! »
Comme homme, comme prêtre, Jean-Marie Mastaï était et est demeuré irréprochable; ses mteurs sont pures, sa vie modeste. Sur le Irène, où il aurait dû refuser de se laisser porter, il ne dépensait personnellement que 25,000 francs par an; tout le reste était consacré h des aumènes, à des secours distribués avec la plus ingénieuse délicatesse. Nous voulons citer un seul trait de sa jeunesse. C'était à l'époque de sa mission au Chili où il se conduisit avec un dévouement si chrétien. Un jour, raconte M. de Saint-Albin, pendant qu'il se rendait do Valparaiso à Lima sur une goélette chilienne, it fut surpris par une violente tempête. Le pilote était malhabile ou inexpérimenté. La goélette allait se briser sur les rochers quand, une barque, montée par quelques nègres sous la conduite d’un pêelieur nommé Bako, put venir à son secours. Hako. passant sur la goélelln. rem-