IM K IX
plaça le pilote et dirigea si liien le navire, grâce A la connaissance (pi 'il avait lie ces parages, qu’il le lit entrer dans le petit port d'Avica. Le lendemain l'aida! Maslaï-Kerrelti alla remercier son sauveur qui lialiitnit avec sa famille une petite caliane au bord de la mer. Il lui laissa eu témoignage de reconnaissance une bourse contenant 100 piastres (2,552 fr. ). Devenu souverain pontife, il n’oublia point le pauvre llako et lui envoya son portrait avec une somme assez forte. Voilll l'homme!
Les coups de fouet à Maria Itiagia, vingt ans de galènes à l’ietro Krcoli, les massacres de Pérouse, le refus persistant opposé au programme contenu dans la lettre h M. Edgar Ney, voilà le Pape! on plutôt . voilà la Papauté!
Que nous sommes loin , mon Dieu ! des splendeurs rêvées par Oinherti , des illusions généreuses de ce grand esprit, de ce Primatn qu'il réservait au Saint- Siège. de cet acronl louchant entre l’Église, romaine et l'esprit nouveau. C'est pour détruire ces illusions sans doute que la Providenco a réservé le Irène à un homme tel que l'abbé Mastaï en ces temps diflieiles. Plus qu'aucun autre son pontificat aura contribué à éclairer l'opinion, à former cette communauté de vues, ce sentiment national auxquels l'Italie devra son indépendance et son unité. C’est Pie IX qui a mis en évidence le néant de ces utopies catholicolilvérales que l'excellent et vertueux Monlanelli, un des plus purs et des plus honnêtes citoyens de l'Italie, a trop caressées. Il est démontré aujourd'hui que la cour de Rome est fatalement condamnée à être l'adversaire de toute idée qui émancipe , l'alliée et la complice de tout ce qui opprime cl asservit.
Du reste, l'expérience ne fut pas de longue durée. Tous les c cours avaient répété le mot que M. Thiers avait fait retentir du haut de ia tribune française : Conraye, Saôil-Pfre! Le jour où Pie IX désavoua le général Durando et ces jeunes lvataiilons (pii étaient partis avec tant d'enthousiasme, la croix rouge et le portrait de Pie IX sur la poitrine, marchant contre l'étranger pour délivrer de sa présence cl de son joug le sol sacré de la pairie, ce jour-là le doute ne fut plus possible. Le Pape n’étail plus italien, il appartenait à l'Autriche!
Les conséquences de ce désaveu furent incalculables : « Il (Mail aux soldais, dit Monlanelli, toute garantie du droit des gens : il exposait les prisonniers à être fusillés sur le champ comme des brigands. Aussi un cri d’alarme et d'indignation se propagea parmi toutes ces familles qui avaient leurs lils, leurs frères, leurs époux, leurs amis sur les c hamps de bataille. On ne joue pas impunément avec le ca»ur d’un peuple. Ce peuple qui avait identifié le nom de l'Italie avec celui de Pie IX, qui avait couronné de Heurs son buste sur les barricades de Milan , qui avait pris au sérieux ses bénédictions , se crut ahaïubuiné, trahi par lui an mo-
ment rln danger. — Si vous fies le représentant de la charité universelle, disait-il dans son naïf lion sens, pourquoi, Saint-Père, siégez-vous sur le Irène? Pourquoi avez-vous pris dans vos mains sacerdotales le glaive de justire? N'cst-il pas des circonstances oii un priueo ne peut écliapiier à la terrible nécessité de la guerre? Un prince qui se dit italien, peut-il séparer ses intérêts îles iulérèts do l'Italie? Kh ! quoi , n'annonriei-vuus pas. il y a quelques mois h |ieine, que vous appelleriez aux armes tous les chrétiens, si la umùon paternelle, vous vouliez dire votre Irène, était menacée? Et la patrie n 'est-elle pas aussi une maison paternelle? N 'avez-vous pas liéni nos haunières? N'avez-vous pas, disnirut les mères, béni nos enfants au momeut du départ?
Ce soiil-là de belles paroles sans doute; mais qu'on le sache bien : huile illusion nouvelle serait suivie de déceptions pins cruelles encore. Avant d'ètre prince italien, le pape es! le chef d'un clergé dont l'existence est incompatible avec la liberté île conscience, la lilierté d’examen, la libellé et l’indépendance des peuples. Ce clergé a liesnin d’un bras armé pour contenir les peuples soumis à sa domination morale ; il cherchera toujours ce liras parmi les puissances absolues et rétrogailes.
L'n seul homme peut-être, au milieu de l'effervescence et des enthousiasmes suscitées par l'avéuement de Pie IX, jugea bien l'homme et la situation. Il est vrai que cet homme était à la fois Italien et Français, protestant et catholique, révolutionnaire et conservateur ; il était doué d'une haute intelligence, d'un raiv* bon sens; il connaissait ït fond les principes, les tendances avouées ou secrétes, le personnel el les besoins de la cour de Home ; c'était l'infortuné el regrettablo M. Rossi. Quand Pie IX lui conlia la direction des affaires, il recommanda l'adoption de mesures décisives et rapides : « Hètez-vnus, disait-il et redisait-il sans cesse aux membres du cabinet, aux chefs des divers services publics; hélez-vous I agissez, au nom du Ciel! Fixez des remises, si vous voulez, mais fixez-les, et à l'époque dite, exécutez votre pensée. Tout est aisé aujourd'hui ; dans trois mois tout sera difficile ; dans six mois tout sera impossible. Vous êtes maîtres iï présent de toutes choses; avant peu, si vous n'agissez pas, toutes choses seront maltressi*s de vous. Agissez donc ! réalisez les réformes, hardiment, largement , entièrement. »
Il est encore un mot prophétique de cet homme éminent: "Le mouvement national et guerrier qui emporte l’Italie me fait l'effet d’une épée: ou Pie IX prendra résolument celte épée en main on la révolution s'en emparera pour la tourner contre lui. »
I-’épée est tournée, non contre le pontife, non ivmlre son pouvoir spirituel,
PIE IV