EXÉCUTERA UNE SONATE DE VIOTTI
S'il faut s'en rapporter à la tradition, lo père de M. Ingres, à l'instar du père de Mozart, aurait donc destiné sou {ils il la carrière d'enfant prodige, et c'est en retle qualité que le chef de notre grande école de peinture classique aurait reçu
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los premières couronnes de ses concitoyens. Ingres père s'apprêtait sans doute à conduire sou lits A Paris, lorsque lu hasard vint détruire ses projets, et empêcher Je jeuue Ingres de disputer plus tard lu palme du violon A Lafout et A Doucher.
Il y avait au musée de Toulouse un dessin de Raphaël , que personne ne regardait: le moment de Raphaël n'était pas encore venu. On se contentait d’admirer Fragonard, G relire, Vanloo, Boucher, etc. ; les petits amours du dixhuitième siècle empêchaient de voir les anges de la renaissance, les nymphes remplaçaient pfTrontéiuent les madones , partout le joli faisait oublier le lieau . Mais l'heure de la réaction allait bientôt sonner.
Montez avec nous au Capitole, suivez nos pas dans la salle des tableaux, et regardez cet enfant qui semble en extase devant une ir livre de Raphaël : sep jeu* s'arrêtent tour à tour sur chaque personnage, dont ils semblopt dévorer les contours. Cet enfant, c'est l’apôtre du dessin, le futur restaurateur de l'antiquité, un jeune Grec do Montauhan , destiné par la muse à tirer lq ligne dç l’oubli, et A chasser la couleur du trône usurpé de la peinture.
Cet enfant, c’est le virtuose dont nous venons de parler.
Dès qp'il eut vu le tableau de Raphaël , Ingres fils déclara A Ingres père qu'ij ne serait jamais un grand vjolanistc, et qu'il se sentait appelé A devenir un grand peintre. Des pinceaux et plus d'archet ! il fallut bien obéir A ce cri d’une vocation impérieuse. Le père mit son fils A l'école do dessin.
A celte époque, (lorissait à Toulouse un peintre du nom do Roques, quj a tenu le pinceau d’une main ferme jusqu'il l'Age de quatre-vingts ans. Les innombrables produits d’une si longue carrière remplissent les églises A plus de dix lieues A la ronde. H n'y a pas dans |a Haute-Garonne, dans le Tam-et-Garonno et dans le Tarn, de chapelle de village qui ne puisse montrer un ou plusieurs Roques aux amateurs. C'est à ce maître fécond que le jeune Ingres fut confié. Disciple fervent de David , ne s'inspirant que de l'histoire romaine et de l'histoire sacrée , ne voyant dans la couleur que l'humble servante du dessin, Roques était bien le guide qui convenait aux instincts de l'élève qu.‘on lui confiait. Il a vécu assez longtemps pour jouir de sa gloire, car la Parque ne trancha le fil de ses jours que plusieurs années après la révolution de juillet,
Un jour Roques, dans son atelier, corrigeant les dessins do ses élèves, passa
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sans s'arrêter devant Ingres, qui crut A une distraction, et n'en continua pas moins son travail; le lendemain et le surlendemain même oubli. Cela dura ainsi pendant toute la semaine. Ingres se décida enfin fi demander à son maître la raison de sa conduite.
— Jeune homme, lui répondit Roques, c'est il un autre que vous devez vous adresser désormais pour vous corriger.
— A qui donc?
— A David.
Quelques jours après, Ingres parlait pour Paris.
Paris était alors dans la fièvre de plaisirs et de fêtes qui succéda aux émotions terribles de la révolution. Quoiqu'il quittât une grande ville, le jeune Ingres n'en dut pas moins éprouver une vive surprise A la vue de cette capitale si bruyaute, si animée, si avide d'amusements. La foule en trouvait partout et les acceptait tous. Le nouveau débarqué pouvait choisir entre le jardin de Tivoli, rendez-vous de la société élégante, et le jardin des Capucines, fréquenté par le peuple. C'était alors le beau temps des saltimbanques: tous les acrobates, tous les funambules, tous les hercules, tous les prodiges, tous les monstres contemporains, se donnaient rendez-vous au jardin des Capucines. Là, une femme sauvage mordait à belles dents dans une poule crue; ici un Indien avalait des cailloux ; plus loin, un hercule, le corps attaché A une chaise par la nuque et par le tendon d'Achille, soutenait le poids de cinq ou six vigoureux gaillards, et chantait la romance Fleuve du Ttuje. C'est dans le jardin des Capucines que s'éleva le premier cirque des frères Franconi; c'est IA que le physicien Robertson jeta les fondements du grand art de la fautasmagorie et de la prestidigitation. Il y avait également dans ce jardin une salle de spectacle, oh Ingres se rendait aussi souvent que l'état de ses finances le lui permettait, théâtre enfumé où Verne! débuta tout enfant, où brillèrent tour A tour et ensemble Potier, Ticrcelin, Brunet, Odry, Cazot et Bosquier-tiavaudan.
A l’autre extrémité de Paris, sur le boulevard du Temple, même tumulte, mêmes distractions. Voici d’abord le théâtre du sieur Nicole!, puis lePetil-Lazari, l'Ambigu-Comique, le cabinet de Curtius, puis enfin le tréteau de Bobèche et (■alimafré, devant lequel l’ex-élève de Roques aimait A s'arrêter. Au sortir de
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ce pandirmonium en plein veut, il regagnait sa demeure à la clarté douteuse des réverbères , en songeant à Raphaël , et en méditant les leçons de David , après avoir ri aux facéties de Zozo.
C'était l'âge d'or des coucous et des grisettes. O Montmorency) tes ombrages épais ne virent pas errer le jeune artiste de Tarn-et-Garonnc avec une compagne en robe d’indienne et en petit fichu ; sa jeunesse austère sut se préserver des flèches du petit dieu malin, comme on disait à cette époque; on ne le vit point non plus prendre de Fornarina dans une boutique de modiste ou dans un atelier do couturière, ni donner dans les excentricités do toilette des jeunes peintres de son époque, qui se promenaient en pccplum sous les arcades du Palais-Royal, et allaient applaudir Elleviou vêtus d'une toge à la romaine. Déjà, à cette époque, on songeait à la réforme du costume: grande question aliandonnée pendant trente ans pour être reprise à la révolution de juillet, à laquelle on n'a pas l'air de songer, et qui, demain peut-être, sera discutée avec une vigueur nouvelle. En 1 830, la mode était au moyen âge, et la réforme voulait nous ramener au costume féodal; sous le Directoire et sous le Consulat, l'antiquité était en faveur, et on s'habillait comme les contemporains de César. Quoique David eût dessiné lo costume de la Réforme, quoique Talma le portât, Ingres garda obstinément ses gros souliers et sa longue redingote de Tam-ct-Garonnc, objets des railleries des rapins ses contemporains.
A propos de rapins , ces messieurs , s’il faut s'en rapporter celte fois encore à la tradition , se seraient comportés d'une façon plus que légère à l'égard du camarade que la cité de Clémence Isaure leur envoyait, et ne lui auraient épargné aucuue des épreuves auxquelles il était d'usage de soumettre les nouveaux venus dans les ateliers. On prétend que M. Ingres f::t mis à l'échelle. C’est un fait que nous donnons sous toutes réserves, comme on dit aujourd'hui.
En 1801, 1e sujet de composition donné par l'Académie aux élèves de l’école des Beaux-Arts admis à concourir pour le prix de Rome , était : t Arrivée dans la tente d'Achille des ambassadeurs envoyés par Ayamemnon pour apaiser la colère du fils de Pelée.
Inspiré par ce sujet, qui nous semble aujourd'hui peut fait pour enflammer l'inspiration d'un artiste, Ingres remporta le premier grand prix. L'année pré-
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cédente, il avait déjà obtenu le second , dans le [concours dont le sujet , aussi terne pour le moins que celui que nous venons de reproduire, était Antioclius renvoyant son fils Scipion fait prisonnier sur mer. Ce prix lui avait valu l’exemption de la conscription, ce qui n'était pas un mince avantage à cotte époque.
En 1801 , nous avions bien une école de peinture b Rome, mais l'école manquait de budget. Voilé donc noire lauréat forcé d'attendre, avant de se rendre en Italie, que les finances de la France deviennent assez prospères pour permettre b l'État de pourvoir b sou entretien. Cette attente dura quatre années, pendant lesquelles M. Ingres vécut en faisant des portraits qu'on ne lui payait pas aussi cher qu’aujourd'hui. Enfin le budget de l'école fut rétabli, et le pensionnaire en disponibilité put enGn prendre le chemin de la ville étemelle.
Pendant la dernière année de ses études officielles, Ingres avait envoyé au Salon Œdipe et le Sphynxel Jupiter et Thésée. Les expositions étaient alors l'objet du plus vif empressement de la part du public; les théâtres leur consacraient une revue spéciale; les daines de la halle s’en occupaient; ou les voyait entrer par groupes de cinq ou Bix au Salon; elles appelaient cela aller aux tableaux. David n’exposait jamais sans que les dames de la halle ne se fissent un devoir de venir lui offrir un bouquet. Un tableau, pour peu qu'il eût de succès, inspirait une centaine de pièces de vers, odes, épltres, quatrains, aux poètes du moment. Non-seulement les tableaux de M. Ingres n’obtinrent pas l'honneur d'étre chaulés, mais encore ils furent l’objet de critiques assez vives de la part des journaux; le Lycée français, entre autres, publia sur Jupiter et Thésée un article, attribué b Tissot par les uns et b Amault par les autres, dont M. Ingres se montra profondément ulcéré. Dès ce moment, il se mit en bouderie réglée avec Paris, et déclara qu’il no remettrait plus les pieds dans cette ville, ne voulant sans doute pas respirer le même air que ses détracteurs.
C'était sans doute faire preuve d'une bien grande susceptibilité, mais M. Ingres croit b son mérite, et ne supporte pas la contradiction en matière d’art. Quelque temps avant son départ pour Rome, il était sur le point de se marier. La demande était faite, les conditions arrêtées, ot il no s'agissait plus que de remplir les formalités. Tout b coup lo fiancé su retire et déclare que tout est rompu, qu'il n’épousera jamais une femme qui a soutenu uue discussion contre lui sur la peinture, et manifesté en matière d'esthétique des oublions diamétralement opposées à celles qu'il professe.
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M. Ingres, mm» l'avons dit, boudait Pari*; aussi, son temps de pensionnaire expirO, se garda-l-il hien de revenir dans cette ingrate ville, Oii le talent race*vait, pour toute récompense, de* ihjures de MM. Tissot et Arnaull. Il assista de loin au* gloires et aux malheurs de la France, et il se consola île lâ chute do l'Empire eh songeant h celle des Césars, dont les ruines l'Ohvironnalout. C'est à Home que M. Ingres a le plus vécu et le plus travaillé. C'est là que, sans compter un assez grand nombre do portraits, de copies, de dessins, d'esquisses, il a Tait : Jupiter et Tliélis. — Raphaël et la Pornarinc. — Virgile lisant l’Êncide devant Auguste. — Françoiso do Rimlni et Paolo, et ütie variante du même tableau, dont la Société des Arts de Paris ne voulut pas pour cinq cents francs. — La Chapelle Sixtine. — L’Arctin refusaul la chaîne d'or que lui envoié CharlcS- Quint. — * L'Arelin chez Tintoret. *— Don Pédro de Toltde baisant l'épée do Henri IV portée par un page. — Raphaël et le cardinal Blhleilà. — L'Odalisque, commandée par la reine Caroline de Naples. — Philippe V él le maréchal do de Berwick. ■*— Le duc d’Allio à Sainte-Cudulc, recevant du pape Pie V, nprès l’expulsion du prince d'Orange, l’épée et le drapeau bénits dans la nuit de Noël. — Henri IV jouant avec ses enfants, au moment oit vient d’entrer l'ambassadeur d'Espagne. L'un d'eux est sur son dos : <> Êtes-vous père, monsieur l’ambassadeur? dit le roi. Sire, j'ai ce bonheur. — En ce cas, je puis continuer le tour de ma chambre. » — La Mort de Léonard de Vinci. — Roger délivrant Angélique. — Jésus-Christ remettant les clés h saint Pierre. — N'oublions pas en outre de mentionner le Songe d'Ossinn, grande peinturé qui lui avait été commandée par Napoléon, pour orner le plafond de sa chambre & coucher, au palais de Monto-Cavallo. Un jour M. Ingres, en se promenant dans les rues de Rome, aperçut A l’étalage d'un marchand de bric-à-brac une toile roulée; l'idée lui vint de la faire déployer: c'était le Songe iTOssian, moins les oreilles et le nez du harde, rongés par les rats.
M. Ingres ne quitta Rome qu’en 1820 pour se rendre à Plorehce. C'est dans rette ville qu’il composa uh de ses meilleurs tableaux : te Vœu de Louis XIII, commandé à l'artiste, en 1820, pour le prix do 3,000 francs; la direction des Beaux-Arts cnit devoir doubler la somme, après le succès obtenu par cette toile au Salon de 1824, L'entrée de Charles V dans Paris, composition qui, par le tou
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et par l'arrangement, parait vouloir se l'approcher des tableaux de l’école romantique, date également du séjour de M. Ingres à Florence.
Quelque temps après son arrivée dans la ville éternelle, M. Ingres s'était marié, « line dame fraui;aise, d’un unturel fort enjoué, raconte-t-il à un de ses biographes, M. Jhéophile Silvestre, qui semble parfois avoir sténographié les paroles du maître, me parlait souvent d'une parente qui faisait à Guéret uu petit commerce de lingerie, et elle lui écrivait : « Viens chercher un mari à • Rome! » Elle y vint, eu effet; je la vis pour la première fois à la promenade auprès du tomlieau de Néron. Cette femme, le modèle du dévouement, a fait la consolation de ma vie; j’ai eu la douleur de la perdre en 1849; je nie suis remarié deux ans après. » Le ménage ne fut pas d'abord heureux, au point de vue de la fortune s’entend, car M. Ingres vient de nous le dire, sa femme a lait le bonheur de sa vie; mais comme il était plus laborieux que fécond, et comme on ne payait pas alors les oeuvres au jioids de l’or, comme on a pu lo voir par le Vœu de Louis XIII, les mariés connurent, sinon tout à fait la misère, du moins la gène, une sœur qui lui ressemble beaucoup. M. Ingres cependant ne se décourageait pas : » J'ai toujours vu mon étoile, a-t-il dit depuis, mais je n’ai eu du pain que dans la vieillesse, ne voulant pas imiter l'exemple des artistes de nos jours, qui n'aiment que l'argent et le travail facile.
M. Ingres avait mis trois ans et demi à terminer le Kœu de Louis XIII. Au moment d'envoyer ce laldeau à l'exposition, l'auteur, soit par tendresso paternelle, soit qu'il ne craignit plus les attaques d'Arnault et de Tissot, ne voulut pas s'en séparer. M. Ingres suivit donc son œuvre à Paris. Elle figura avec éclat au Salon de 1824. Cette année-là, M. Ingres reçut la croix d'honneur. L'année suivante, il était membre de l'Académie des Uenux-Arts.
Ce n'était [tas seulement l'ainour du succès qui avait engagé M. Ingres à quitter sa retraite de Florence; il volait au secours de la peinture menacée par les barbares de l'expression et de la couleur.
David, le grand David, celui que ses élèves avaient toujours appelé monsieur David, était mort dans l'exil, ne laissant que quelques imitateurs plus tenaces qu'intelligents de son système de peinture. David avait fait passer dans ses œuvres le sentiment de la révolution. Ses derniers disciples, adorateurs serviles de la forme du maître, n'en comprenaient plus l'esprit. La tradition inerte de
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David s'était perpétuée sous la Restau rat il m, dans les ateliers de Régnault, do Girodet, de Gérard, de Guérin, de Lelhière, grands-prêtres d'une religion dont la foi s'était retirée, et qui ne présentait plus que des formules; Us pratiquaient sans le comprendre le dogme de David, lorsque deux novateurs, deux hérésiarques, Géricault et Delacroix, sortirent comme tuujours du séminaire, c'est-àdire de l’atelier de Guérin. Un troisième personnage se présenta bientôt pour concilier l’hérésie avec la religion : ce fut Paul Delaroclie.
C'est alors que M. Ingres vint de Rome pour combattre l'hérésie et l'éclectisme, et pour sauver la religion de David eu la transformant.
Temps mémorables du Salon de 1827, temps héroïques de la peintura moderne ! Votre souvenir n'est point encore sorti de la mémoire des contemporains, et ceux qui ne les ont point vus regrettent de ne les connaître que par l’histoire. Quel bruit, quel mouvement dans la galerie du Louvre ! Voyez autour de la Mort de Sardanapalc , le groupe chevelu des amis d'Eugène Delacroix, poussant des cris d'admiration devant ce bûcher qui va consumer bientôt le grand voluptueux de l’orient, ses richesses et ses femmes; plus silencieux, mais non moins fervents, les ingristes admirent dévotement le plafond d'Homère; quelques-uns seraient tentés de s’agenouiller, la plupart semblent dans l'extase. En passant devant les tableaux de Delacroix, l'ingrisie détourne la tête pour ne pas voir la toile blasphématoire; le rapin, le romantique, montrent le poing au vieux rapsode. Contenus par la majesté du lieu et par la présence des gardiens, les disciples des deux maîtres se contentent de se mesurer des yeux, dans le I» livra; mais, à peine sortis du palais, ils se dédommagent de la contrainte, et l'on assure qu'il fallut plus d'une fois transporter chez le pharmacien voisin quelque romantique à l’ceil poché, ou quelque classique au nez tuméfié et saignant.
Les journaux prenaient une part non moins vive à la discussion, la querelle des romantiques et des classiques déjà entamée, s'engageait sous uue nouvelle forme, les feuilletons croisaient la plume pour le dessin ou pour la çouleur, pour le mouvement ou pour la composition, pour Rubens ou pour Raphaël. Le combat dura vingt ans, et aujourd'hui on ne sait pas encore & qui appartient la victoire.
Dans cette lutte mémorable, M. Ingres a sans doute déployé beaucoup d'énergie et beaucoup de talent; c'est un grand homme si l'on veut, mais un grand homme en arrière. 11 n’a fait que ressusciter l'école de David. Du reste, lui-même l'avoue et s’en fait gloire; il n'est qu'un élève de ce peintre. « David, dit-il au biographe que uous avons déjà cité, est le vrai restaurateur de l’art français et un très-grand
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maître. J’admire les Horace s, V Enlèvement des Sabiues comme des chefs-d’œuvre. C'esl David qui m’a enseigné à mettre une ligure sur ses pieds, à attacher une tète sur ses épaules. Je me suis adonné, comme lui, à l'étude des peintures d'Herculanum et de Pompéi, et, quoique je sois toujours au fond resté fidèle fi ses excellents principes, jo crois avoir ouvert une voie personnelle en ajoutant h l'amour qu’il avait pour l’antique le goOt de la nature vivante, l'étude de la grande tradition des écules d'Italie, et surtout les ouvrages de Raphaël. M'y a-t-il pas quelque chose de divin dans la grâce, la noblesse et la facilité de ce maître sublime? Si je pouvais croire aux êtres surnaturels, je penserais qu'un esprit céleste habitait eu lui. On lie sent pas le moins du inonde le travail dans ses ouvrages; ils paraissent sortis d'un seul jet de sou intelligence. Ce qu'il y a de plus admirable dans ses compositions, c'est le lien qui unit entre elles les figures d'un groupe, réunit les groupes entre eux , et les fait pour ainsi dire ressembler aux diverses grappes d’un raisin harmonieusement unies h la tige principale. Raphaël est, sans nul doute, le continuateur direct de la Orècc, de Zeuxis et d’Apelle : il a été mieux doué que personne du sentiment de l'élégance; mais les tirées , si bien servis par le climat et les mœurs de leur beau pays , qui leur permettaient d’étudier la beauté toujours à nu au milieu de l'éclat des fêtes et de* cérémonies publiques, lui ont clé probablement supérieurs, u Si M. Ingres n’est pas coloriste en peinture, on voit que la couleur lui vient dans l'improvisation : ou n'est pas né pour rien sur les bords du Tara, Les groupes qui ressemblent h des grappes de raisin me semblent d'un ton de stvle assez éclatant. Du reste, M. Ingres parait avoir une certaine vocation pour la métaphore. C'est lui qui a enrichi la langue des arts de cette définition : Le nombril est Ttri/ du torse.
Outre V Apothéose d'Ilombe, M. Ingres, pendant son séjour à Paris, de 182} à J 834, mit la dernière nmin à plusieurs autres compositions de moindre importance. Nous citerons: deux figures pour le frontispice de l'album du sacre.de Charles X; «leux portraits destinés au même ouvrage; Charles X en manteau royal et le eardiual Latil; le portrait de M. de Pasloret en uniforme de conseiller d 'Étal ; le dessin de la médaille de la Société d’émulation de l'école des Beaux-Arts; Henri IV et ses enfants, répétition; le portrait de M. Molé; le por-
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trait de M. Berlin allié, au<|itel se ratlaehe le souvenir d'une caricature célèbre de Uauuder; le portrait de M. Baillât, de M. llittorf , de la famille Gatteaux, et enfin le fameux Martyre de saint Sijmplioricn.
Ce tableau fut exposé au Salon de 183t.
Les romantiques critiquèrent les licteurs et la mère du saint, deux fois trop grande en proportion des autres personnages; ils se moquèrent do cet apôtre de la correction et du dessin qui tombait dans des fautes si grossières; mais, qui le croirait? les plus amères critiques de ce tableau sortirent de la (touche mémo des collègues de l'auteur. De la part de Gros, cela se conçoit 1 Génie essentiellement moderne, il ne devait pas comprendre beaucoup l'art de M. Ingres, exhumé des mines de Pompéi ; niais llersent , mais Lclhière, voilé qui semble prodigieux ! Que pouvaient-ils reprocher h M. Ingres7 Bien, si ce n'est peut-être d'appeler un peu trop l'attention sur lui. Attaqué par le romantisme, miné sourdement par l'Institut, et trouvant la France indifférente a la double persécution dont il était l'objet, M. Ingres, un beau jour, fit demander une audience au ministre de l'intérieur, qui avait les beaux-arts dans son département. C'était M. Thiers qui remplissait alors ce poste.
« Monsieur le ministre, lui dit-il, mes ennemis m'abreuvent de dégoûts et me rendent le séjour do la patrie impossible; j'éprouve le besoin de m'expatrier.
« — Quels sont donc ces ennemis si terribles dont vous me parle?. ? demanda M. Thiers n M. Ingres.
« — Les romantiques d'abord, qui poursuivent mon Saint-Symphorien de leurs quolibets; ensuite les membres de l'Institut, qui se joignent à eux et me persécutent jusque dans mes élèves, qu'ils éloignent de tous les concours, à moins qu'ils ne consentent h me renier. Ces gens-là veulent ma mort.
n — Calmez-vous, mon cher monsieur Ingres, calmez-vous.
« — C'est impossible , je ne saurais rester à Paris plus longtemps. Horace Yemet vient de finir son temps de direction à Rome... Prouvez-moi que vous ne faites point partie de la grande conspiration du romantisme et de l'Institut: uommez-moi à sa place. »
A l'idée seule d'être soupçonné de tremper dans l'immorale coalition des cheveux longs et des habits brodes, des rapins et des académiciens, M. Thiers frémit et s’empressa de porter la nomination de M. Ingres à la signature du roi eu qualité de directeur de l’école des Beaux-Arts de Rome, Ne voulant pas être plus longtemps un obstacle au rétablissement du la paix dans la république des arts, ce dernier fit voile tout de suite vers l'Italie, et partit pour son exil à quinze mille fraucs d'appointements par au.
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Pins du Monte-Pineio, frais jardin de la villa Médicis, pendant sept ans vous le vîtes errer sous vos ombrages et dans vos sentiere, sombre et mélancolique, cherchaut à arracher de son co ur les flèches de l'Institut et les javelots du feuilleton ; faisant des collections de pots et de médailles pour se distraire, et, quand il n’y parvenait pas, prenant son violon, connue Orphée, et essayant d'adoucir, au son d'un coucerto de Viotti, les loups, les lions et les ours intérieurs qui menaçaient de le dévorer. Pouvoir magique de la musique ! tu parvenais par moments à calmer ses maux et à lui faire oublier les critiques du Saint- Symphoricn .
Parfois aussi, réunis autour de lui, peintres, musiciens, sculpteurs, architectes, graveurs eu taille-douce et graveurs sur pierre, jeunes lauréats espoir de l'avenir, vous l'entendiez parler de la nécessité de conserver la ligue dans la musique aussi bien que dans le dessin, de ne faire que des torses antiques et de ne jamais donner dans la couleur à laquelle pourtant il s'accusait d'avoir sacrifié un moment dans les premiers temps de sa carrière. Mêlant dans ses épanchements le divin Raphaël et M. Lethière, l’antiquité et les feuilletons, les Grecs et ses cnuemis, Phidias et l’Institut, il vous attendrissait par la familiarité même de ses harangues, qui embrassaient tant de points de l’horizon à la fois et qui le transportaient en un instant de Rome è Paris, de Paris à Athènes, du présent dans l’avenir!
On ne peut pas toujours cependant ramasser des vieux sous et des morceaux de poterie, ni jouer du violon, ni se promener au Colysée, ni prêcher la ligne aux pensionnaires de l'Académie. Au lieu de rester à Rome, son temps de direction expiré, M. Ingres revint h Paris, où l’écho de ses douleurs et de ses plaintes, franchissant les Alpes, retentissait depuis longtemps au cœur de ses amis.
Les banquets avaicut du bon dans le temps; ils semaient un peu d’imprévu dans la vie culinaire et variaient agréablement la monotonie du pot-au-feu quotidien. On avait banqueté hier avec les fouriéristes, et on avait entendu le général Rugcaud porter un toast à l'abolition de la guerre : aujourd'hui on dînait avec les saint-simoniens, et on buvait à la réhabilitation de la chair et ù la rétribution selon les œuvres. L'économie politique avait aussi ses agapes fraternelles, et, après avoir avalé la veille le gigot de la protection, on pouvait le lendemain absorber lo roastbeef du libre échange. La cuisine impartiale venait au
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secours de Ions les systèmes et se transformait ou gré de la pensée humaine.
Pour célébrer l’arrivée de M. Ingres, ses disciples résolurent de frapper un grand coup. Un beau matin on lut dans les journaux :
BANQUET DE M. INGRES SAULE MONTESQUIEU — PRIX I î fr. SO C.
« On souscrit salle Montesquieu, chez Me**icun les Conunisuirce du Banquet destiné à donner à M. Ingres un juste témoignage de l'admiration publique. «
Par le fait seul de ce banquet, l’ingrisme passait à l’état de religion: il y avait désormais des ingristes h deux francs cinquante centimes par tète, comme il y avait des fouriéristes, des nwénisles , des icariens , des swedenhorgistes et des templiers, car on comptait encore des templiers A cette époque.
C’est dans les premiers jours du mois de septembre 1838 qu’eut lieu celle manifestation si (laiteuse pour M. Ingres et pour Raphaël. Dès cinq heures cl demie , une foule nombreuse garnissait les abords de la nie Montesquieu et so dirigeait vers la salle de ce nom. Vers sept heures, tous les souscripteurs garnissenl leurs tables respeelives , l'orchestre donne le signal , el le héros du banquet, entouré des commissaires, s'avance au son d'une marche guerrière. M. Ingres porte un habit noir qu’il a peine A maintenir boulonné sur son ventre légèrement proéminent ; son pantalon, de même étoffe que l'habit, s'arrête un peu au-dessus de la cheville et laisse voir les cordons de deux souliers lacés ; les épaules sont rondes, la télé enfoncée dans les épaules, les cheveux aplatis sur le front. Si les regards vifs et profonds d'un bel mil noir no décelaient le grand artiste, on croirait voir lin de ces gros curés de campagne qui ne le cèdent en rien en vigueur au plus robuste de leurs paroissiens.
Les applaudissements et les acclamations ne cessent que lorsque Ai. Ingres s'est assis. Le potage et le premier service sont immolés A celte faim brutale de l’homme qui a longtemps attendu son dîner : l’estomac calmé , l'esprit s’ouvre plus facilement aux émotions de l’esthétique; entre chaque service une musique douce et sévère à la fois se fait entendre; l'orchestre joue du Bach, du Haydn, du Handel , des morceaux oh la ligne domine; au dessert, du haut d'une tribune réservée , Delsarte se lève et chante un air du chevalier Gluck. Le moment de l'enthousiasme et des toasts est arrivé ; le présideut porte la santé du héros de la fêle ; mille voix lui répondent , les ingristes trépignent, cassent les verres et les assiettes; quelques-uns se précipitent aux genoux de M. Ingres el coupent les liasques de son habit pour s'eu faire des reliques, d’autres veulent le porter en triomphe autour do la salle eonimo Musard ; le maître ne parvient qu'avec la plus grande peine A se dérober aux
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étreinte» de »es fidèle*. Ce n'est pas le banquet, mais le volcan du dessin que nous avons sous les yeux ; l'ingrisme Tait éruption. L'enthousiasme s'exalte jusqu'au paroxismc des Télés de Jagglieruaut ; çà et là seulement, dans les recoins do la salle, quelques hommes cherchent à se dissimuler : h leur cravate blanche, h leur front chauve, à leur sourire feint, h leur satisfaction postiche, on les reconnaît aisément pour des élèves de Let bière, pour des membres de l’Institut, qui n'ont pas osé protester par leur alisenre ooutre ce Itanquet.
M. Flandrin s'était chargé de reproduire cette féto sur la toile, ot de peindre en plafond l’Apothéose de .11. Ingres, pour faire pendant à celui d'Homère. On se demande quels motifs ont pu l'empéchcr de donner suite h ce projet,
A partir de ce jour, M. Ingres était passé dieu,
Nous passions l'autre jour devant le lieu sacré où eut lieu, il y a vingt ans, celle grande transfiguration, La salle Montesquieu devrait être un temple , un sanctuaire, un endroit do pèlerinage: hélas! après avoir successivement servi d'asile îi des lutteurs et h des boxeurs , elle n'est plus aujourd'hui qu'un vaslo établissement de l>ouillon !
C'est ù Rome que M. Ingres avait commencé celte fameuse Slralanice qui, au retour de l’artiste, lui fut achatéç par le duc d'Orléans, A la vente de sa veuve, M. Dnnidufl' a payé ce tableau (>U,000 fr. C’est le plus haut prix qu'un artiste vivant aujourd'hui ait obtenu pour ses oeuvres; la lïerije d l'hostie date dé la même période; le Césarevilch Alexandre le lui avait commandé à Ronje, Il commença aussi dans cette ville Y Odalisque et son esclave , et |e portrait do Chérubini inspiré par les muses des chants sacrés ; la muse offre Jes traits de M"* de Rnyneval, fille de l'ambassadeur de France à Rome.
Depuis son retour en France, nous avons eu de M, Ingres; — les portraits du duc d'Orléans, de la comtesse d'Haussonville, de la baronne Rothschild ; — des cartons pour les vitraux des chapelles de Dreux et de Saint-Ferdinand ; — r cinq figures dessinées pour l'illustration du Plutarque français ; — deux décorations inachevées pour le château de M. de Luynes ù Uampicrrc, et représentant l’une Y Age d'or, l'autre l'Age de fer; >— Raphaël et la foruarina, variante inachevée du tableau déjà cité, et cette fameuse Venus Anadgomène que les fidèles ont été admis pendant si longtemps â adorer sur l’autel dans l'atelier du peintre.
INGRES
Eu 1840, In» peintres ayant eu l'idée d’ouvrir une exposition nu boulovard Ilnnne-.Nou'ullo, s'adressèrent naturellenn ut à M, Ingres. Il répondit qu'il ne consentirait à envoyer ses œuvres à l'exposition que dans le cas où on leur réserverait wpa place spéciale et éloignée' de tout voisinage, A la grande exposition do 1855, M. Ingres manifesta la même exigence, et on lui construisit une forte de petit temple, où les adorateurs du dieu allaient l’oucensor. M. Courbet, qui, lui aussi, voulait humer tout seul l'encens des dévots, fut obligé, faute d'être membre do l'Institut et commandeur delà Légion d'honneur, de faire construire h ses frais l'amioxe-Courbet à côté de la graudu salle.
Le temple du dieu Ingres fut peu fréquenté pendant l’exposition universelle j ses toiles réunies rendaient plus saillants les défauts do cet artiste, et les mulli-pliaient pour ainsi dire par eux-mêmes. II ne » agit certainement pas do contester le talent de M. Ingres : il est considérable, et il a exercé une très-grauda influence sur les peintres mndernes; niais on peut dira que celte influence leur g été plus funeste qu’utile. Iji réaction que l'écolu du bon sens a essayée au théâtre , M. Ingres l'a accomplie dans la peinture; il nous a ramenés h cinquante ans en arriére, à l'école de David, moins le sentiment révolutionnaire de Davj(|. On se demande pourquoi l'Institut a cru dcvujr autrefois jeter dus bétons dans les roues du char de M. Ingres, car ce char portail l'Académie elle-même et sa fortune. Vivre dans le passé , ne s’intéresser à rien de ce qui se passe aujourd'hui, ne voir les événements contemporains qu'il travers le voile de l’allégorie antique, travestir les hommes du xix’ siècle, quand il daigne s'occuper d'eux, en héros d’Homère : voilà Je système de M. Ingres tout entier.
Pour avoir osé écrire ces paroles , autrefois notre vie eût peut-être été en danger ; le nombre des ingristes a singulièrement diminué depuis dix ans , et ceux qui restent se sont considérablement radoucis. Un tableau de M. Ingres à l'exposition ne produirait pas uno émotion hion grande , même de curiosité. L’auteur de Stralonice n'a jamais ému les esprits qu'à la surface, même à uno époque où ils étaient bien plus ouverts qu'en ce moment à toutes les impressions de la peinture et des beaqx-arts en général. Le talent académique le plus parfait, le talent de M. Ingres, eu un mot, ne saurait plus passionner personne. Si la révolution qui a pris le nom de romantique n'est point parvenue à créer un art nouveau, elle a du moins porté lu suprême coup à l'art qui lui était opposé, et qui n’était qu’un triste et dernier reflet du qiouveraenl intellectuel du xvn’ siècle.
M. Ingres a maintenant près de quatre-vingts ans.
A voir ce petit vieillard ù la taille ramassée , aux bras un peu courts , à la tournure vulgaire, on ne dirait pas que celte enveloppe Isvurgeoise cache l’Ame inlo-
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lérante et fière d'un dictateur, d'un Calvin de la peinture, capable de procéder contre ses adversaires par la mise hors du temple et par le bâcher. Supposer le gouvernement des beaux-arts organisé comme celui de Genève, et M. Ingres, qui a souvent souhaité qu’il en fût ainsi' n'hésitera pas à faire brûler Serve!, c’està-dire Delacroix.
David, de son temps, exerça sur la peinture une dictature que M. Ingres aurait bien voulu continuer à son profit; mais s'il avait, comme caractère, toutes les qualités pour réussir dans cette entreprise, le concours des circonstances lui manquait. L'hérésie a pris un tel essor depuis cinquante ans, qu'il est devenu impossible de lui refuser la liberté de conscience. Le temps des orthodoxies dans l'art est passé comme dans tout, et, à l'exposition universelle, l’État a proclamé l’égalité des cultes en décernant la médaille d'or à la religion de la couleur et à la religion du dessin. C'est ce qui a frappé M. Ingres au cceur: depuis ce jour, ses plaintes contre l'ingratitude de ses contemporains n'ont fait que redoubler; il nie le présent, désespère de l'avenir, et traîne partout après lui l'amertume et la mauvaise humeur d'une dictature rentrée.
Que manque-t-il pourtant à sa gloire? 11 est membre de l'Institut, commandeur de la Légion d'honneur; les habitants de Montauban ont donné son nom à une des plus belles rues de leur ville, et, comme ceux de David, ses élèves ne l’appellent que monsieur Ingres 1
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