ROI DES BELGES
Ï n dira un jour : le roi Léopold — (ouïe irrévérence il part Cl loules différences gardées — comme on dit : le roi d’Vvclot. L'auguste personnage dont nous allons retracer la vie est en effet l'individualité la plus originale, Punique sans doute, qui ail jamais figuré dans la galerie des sou- Kivr». vendus. Nous ne disons pas cela parce qu'il est immen- Jdj sèment instruit, — d’autres l'ont été autant — prodigieusement P?" habile, — d'autres l'ont été davantage — profondément Itonnète, — il y a eu d'honnètes gens parmi les rois, — mais parce que ce monarque constitutionnel ne doit la couronne qui ceint sou front, le trône sur lequel il est assis, qu'au suprême dédain qu'en toute occasion il a manifesté pour un trône et pour une ^ quels qu’ils fussent.
les souverains s'attachent avec un Apre acharnement A conserver
LÉOPOLD
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ou il ('tondre leur pouvoir, a fonder leur dynastie, qu'ils bombardent leurs sujets plutôt que de se laisser détrôner par eux ; le roi Léopold , au contraire, est toujours disposé à céder sa place. Au moindre signe de mécontentement, il prend sa canne et son chapeau, fait viser son passeport, offre sa démission et annonce à son peuple l'intention d'aller vivre paisiblement et n importe où de ses rentes. Voyant cela, le peuple supplie son roi do rester et il reste.
N’allez pas croire au moins que ce soit lit une ruse, une tactiquo royale. Non ! le roi Léopold offre très-sincèrement sa démission ; il ne tient pas du tout il la royauté, c’est la royauté qui tient à lui. En voulez-vous une preuve? Il était bien jeune encore, quand les puissances européennes lui offrirent d'être roi de la Grèce, nouvellement émancipée ; il se fit prier, puis il finit par accepter. .Mais quand il vit que les Grecs ne le voyaient pas tous d'un bon mil, qu’il n’était pas sympathique à tous les partis, il écrivit aux puissances qu'il refusait la couronne et il persista dans cette résolution.
Un roi qui, très-sincèrement, ne tient pas il être roi, qui ne consent ù l’être qu’ù la condition d'être aimé de ses sujets, voulu par eux, est certes un roi original et un type rare.
C’est de ce type que nous allons vous parler.
Georgcs-Chrélien-Frédéric-Léopold de Saxe-Cobourg-Saalfeld appartient il celle forte race des Cobourg qui a le privilège de perpétuer les races royales de l’Europe et d’offrir aux jeunes tilles des familles souveraines un bel assortiment de fiancés sains et robustes, aptes à faire tout ce qui concerne leur état. Le prince Léopold naquit lo 16 décembre 1790; il a donc soixante et dix ans aujourd’hui et il est, assure-t-on, le plus vert des monarques Européens. 11 était le troisième fils du duc François de Saxe-Coliourg-Saalfeld, commandant en chef les armées alliées des Pays-Bas h l'époque où les guerres de la Révolution française éclatèrent. C’était un vaillant homme que le duc François, reld-maréchal au servirc d'Allemagne ! 11 fit donner ù ses fils, mais surtout au jeune Léopold, uuc éducation très-brillante et une solide
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instruction. Son père suivait ses progrès avec une paternelle sollicitude et l'offrait en exemple à scs frères : « Léopold ira loin ! » leur disait-il. Et en effet, Léopold a fait son chemin.
I» mariage de sa sœur, la princesse Julienne, avec le grand-duc Constantin détermina le jeune homme à entrer au service de la Russie, et en 1808 il accompagna l'empereur Alexandre à Erfurth, en qualité de général.
Dans ce temps-là Napoléon 1" faisait manœuvrer les rois et les princes de l'Europe aussi aisément qu'il faisait manœuvrer sa vieille garde et sa grande armée. De sa propre autorité il s'était nommé protecteur de la Confédération du Rhin, et «mime il se connaissait en hommes, il pria le jeune prince de quitter le service de la Russie et de venir administrer, sous sa protection, la principauté de Saxc-Cobourg-Saalfcld. Il fallait ohéir; mais quand vint, en 1813, le commencement de nos désastres, quand le premier tintement du glas funèbre relcnlil, Léopold reprit du servira dans t'armée Russe en qualité de général de cavalerie.
I! se battit bravement contre nous et se distingua à Lutzen, à Batilxen, à Lcipsick, à Drienne, à Arcis-sur-Aube, à La Fèro-Champenoise, douloureuses étapes! La Russie le décora de l'ordre de Saint-Georges, l'Autriche de celui de Marie-Thérèse, deux ordres militaires spécialement destinés à récompenser les faits de guerre, les actions d'éclat sur les champs de bataille.
Dans le courant de l'anuée 181 f, les souveraius alliés se réunirent à Londres ; l'Angleterre , qui payait les coalitions, avait bien io droit d'exiger celte marque de déférence 1 L’empereur Alexandre estimait fort le jeune prince ; il le désigna pour l'accompagner. Léopold était alors un grand beau garçon de 24 ans, aux larges épaules, un vrai Cobourg! La princesse Charlotte, fille du prince de Galles el héritière du trône de la Grande-Bretagne, était déjà liancée au prince d’Orange. Elle vit Léopold, elle put apprécier, nous ne dirons pas les brillantes mais les solides facultés de son esprit, et elle éprouva pour lui une vive sympathie. Cette princesse était une femme d’un remarquable esprit ; elle possédait uue vaste et solide instruction ; elle était artiste distinguée; elle parlait et écrivait, iudépendamment de sa langue maternelle, le français, l'allemand, l'espagnol et l’italien avec une grande perfection.
Malgré les impérieuses obligations de sou rang et les exigences do la politique, elle déclara positivement qu’elle aimait le prince Léopold de Saxe-Cobourg et qu’elle n'épouserait jamais le prince d'Orange. Sa résolution fut inébranlable et il fallut bien que sa famille y consentit.