I.ÊOPOI.D
IfH
Léopold était déjà Allemand do naissance, un pou Autrichien et beaucoup tinsse. Il se lit naturaliser anglais le 27 mars 1816 et le 2 mai suivant il épousa l'héritière du trône d'Angleterre. I.e Parlement anglais fit bien les choses : il donna au prince le litre de duc de Kendal, le rang de prince du sang, un million et demi de francs pour frais de premier établissement, et, en cas de prédécès de la princesse, il lui assura une pension annuelle et viagère de 50,000 liv. sterling (1,250,000 fr.) plus l’ordre de la Jarretière par-dessus le marché.
Malheureusement Charlotte mourut en couches le 5 novembre 1817, moins de dis- huit mois après la consécration de celte union que rien n'avait troublée. Elle était tellement aimée que sa mort fut pour Londres un deuil public ; tous les magasins furent spontanément fermés, les affaires suspendues. Le prince fut longtemps inconsolable. Il se relira d'abord A Claremout. Le roi, qui avait pour lui une sincère affection, essaya de le distraire en l'attachaut il de hautes fonctions, il le nomma feld-maréchal, puis membre du conseil privé. Léopold se livra avec ardeur A ses deux passions favorites : l’étude et la chasse ; il voyagea, puis il retourna en Angleterre, eut la louable fantaisie de passer son examen et de recevoir à Oxford le titre de docteur en droit. Il parcourut ensuite l’Italie, la Suisse, vint souvent à Paris où le duc d'Orléans l'accueillit avec distinction. L'hôte du Palais-Royal ne se doutait guère alors qu'il recevait ainsi son futur gendre et que le gendre cl le beau-père seraient rois eu mémo temps.
La révolution, qui devait opérer de si grands changements dans les destiuées de ces deux hommes, éclata en 1830. L'Europe était en ébullition. La France a seule ce privilège d'émouvoir le monde dès qu’elle s’émeut!
Les gouvernements anglais , français et russe avaient , quelques années auparavant, professé devant l'Europe atteutive un cours de politique démocratique, dont les peuples devaient un jour profiler. A eux trois — et Dieu nous garde de h s en blâmer! — ils avaient aidé la (J reçu h s'affranchir du joug que le Sultan, son souverain légitime, faisait peser sur elle. Ils avaient battu le Sultan, détruit sa Hotte, et afin qu'il fût bien convenu et établi une fois pour toutes que les peuples ont le droit de se soustraire
1101 DBS IIKLÜKS J(15
à l'autorité do leurs souverains légitimes, quand relie autorité est almsive ou oppressive, ils prêtèrent ipielipie argent à la Givre pour l'aider à monter son ménage et s’établir en royaume.
A tout royaume il faut mi roi. Mais quel roi proposer à cette petite nation grecque pour qu'elle n'uffusque ni la France, ni la Russie, ui l'Angleterre? la* trois puissances alliées qui avaient donné au momie ce bel exemple, qui avaient protégé le faible contre le fort, un peuple contre son souverain, songèrent au prince Léopold. Dans la Conférénce du i février 1830, elles lui avaient offert le trône ; il posa ses conditions; un en accepta quelques-unes, on repoussa les au In* , notamment celles qui étaient relatives à la délimitation des frontières du nouvel État. Il passa outre. Mais les Grecs voulaient que leur souverain adoptât la religion orthodoxe; il refusa net. linéiques mécontentements se manifestèrent alors. Voyant cela, Léopold prit sa caune et son chapeau, déposa la couronne et écrivit aux représentants des trois puissances cette belle lettre qui honorera éternellement dans l'histoire l'honnète homme qui l’a écrite, le cœur loyal qui l'a dictés: : « Le Caractère et les sentiments du soussigné ue lui permettent pas de se soumettre à être ainsi imposé d un oettple mécontent , et de se retrouver rattaché, dans l’esprit des Hellènes, à une diminution de territoire, à l'abandon de leurs forces en armes et à l’évacuation de leurs terres et maisons, d’où les Turcs ne les avaient expulsés jusqu'à ce moment que y>ar une incursion temporaire... Le soussigné avait déclaré ne pouvoir gouverner les Grecs conformément à un traité qui (minait avoir pouf résultat l'effusion du sang et le massacre de leurs frères; il avait élevé des objections contre les nouvelles frontières à cause de leur faiblesse sous le point de vue militaire , et réclamé pour les Grecs le (Irait de s'o/gmer à sa nomination... Lorsque le soussigné prévoyait qu'il deviendrait souverain de la Grèce, c'était dans l'espoir ([être reconnu librement et unanimement /air h nation grecque, et d’être accueilli par elle comme l'ami qui récompenserait sa longue et héroïque lutte par la sûreté de sou territoire et l’établissement de son indépendance sur des bases permanentes et honorables. C'est avec le plus profond regret que le soussigné voit ces espérances déçues Il remet
LÉOPOLD