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Ili'j
tous les princes nivaux et héréditaires de l'Europe ont passe par Bruxelles et tous ont été enchantés île l'accueil digne et simple qu’ils y ont reçu.
Léopold est un grand seigneur, dans l'acception toute moderne du mot. Ce n’est ni un philosophe ni un poète, c'est un homme pratique et positif; il est de son siècle, il en comprend les liesoins, il sait oii tend le monde, et n'a pas la folle prétention de le faire rétrograder. Sa belle et remarquable intelligence s’est familiarisée avec tous les grands problèmes de notre temps; sa vaste instruction lui permet de les étudier avec fruit, d'en chercher la solution possible. Il fait en conscience son métier de roi. Il sait qu'il tient sa couronne du peuple, et il consacre à ce peuple , à son élévation, au développement de son bien-être toute son activité, tout ce qu'il a de meilleur en lui.
Quoique protestant, il a poussé le respect de la liberté jusqu'à laisser le clergé catholique prendre dans son royaume une influence désastreuse, et nous avons vu les évêques belges attaquer le gouvernement du roi Léopold avec ces violences, ces intempérances de langage, auxquelles le clergé français nous a malheureusement, lui aussi , habitués. Le clergé belge ne pardonne pas au roi sa fidélité , son attachement à la communion religieuse dans laquelle il est né. Il vérifie la parole que prononça l'abbé de Ilaeriie. lors de l'élection de Léopold au Irène de Htdgique : « Prenez, garde ! ce protestant sera odieux aux niasses catholiques. » La sinistre prédiction ne s'est pas réalisée, en ce sens que Léopold a su conquérir les sympathies des masses catholiques, mais certains hommes n'ont rien épargné et n épargnent rien encore pour le leur rendre odieux.
Ces menées, ees intrigues, res manœuvres du parti clérical en Belgique laissent le roi impassible. 11 gouverne avec la majorité que les élections législatives lui envoient ; il change ses miuistrcs et oriente ses voiles selon le vent parlementaire. Il laisse passer les folles clameurs et attend tout du hou sens de sou peuple. 11 fait respecter la constitution et les lois, le reste ne l'inquiète guère. Dans ses luttes avec le clergé il a fait preuve d'une habileté et d'une dignité personnelle très-remarquables ; jamais il ne lui a donné prise sur lui par une inconséquence ou une imprudence. Léopold possède au plus haut degré le plus rare des esprits, l’esprit rie conduite et cette vue droite, cette netteté de l’esprit que nous nommons le hou sens. Il vil noblement et simplement, sans faste et sans inorgue; il est hicnveillaut sans affabilité; il force ses adversaires euxmèmes à l'estimer; il a dans sa forme la raideur britannique.
Lorsque la princesse Adélaïde, soeur du roi Luuis-I’hilippe, mourut, il lit
LÊOI'OLD
un voyage iï Paris, où il revint d'ailleurs très-souvent, soit seul, soit avec la reine, puis il alla à Londres. A poiue de retour à Bruxelles, il apprit les évènements do février 1818 et le départ de sou beau-père pour l'exil.
Ainsi qu’il arrive toujours, notre révolution eut en Europe de* contreroups retentissants. Quelques mouvements républicain» se manifestèrent en Belgique : on discutait très-haut In question de savoir si le trflne serait maintenu, si Léopold continuerait à être roi des Belges. Pendant que l'on discutait assez tumultueusement sur la place publique, Léopold arriva inopinément, — il aime à se mêler aux foules, à les voir de près, — il se présenta devant le (iciiple et, dans un discours d'une remarquable simplicité, il offrit sa démission. Nous u'avons pas le texte de ce discours sous les yeux, mais en voici le sens : « Je suis très-lionoré sans doute d'être votre roi , mais pour peu que vous ayez d'autres idées et que ma présence vous gêne, je suis tout disposé à partir. Je ne suis pas né et je ne tiens pas à mourir sur un troue. Vous n’avez qu'un mot à dire et je m'éloigne. »
Je vous laisse à penser si ces paroles furent couvertes d'applaudissements. Ou garde toujours un roi qui veut s’en aller.
Léopold resta.
Le parti clérical alors, en Belgique comme en France, était bien loin d'avoir les allures menaçantes et cassantes que nous lui voyons depuis quelques années. 11 était humble , il faisait des sel-mous démocratiques et sociaux, il exaltait la souveraineté populaire. Les mandements épiscopaux respiraient un parfum révolutionnaire. Le Papa était libéral ut le Cardinal Anlonelli affirmait qu'il était du devoir et de l'honneur de la Papauté de délivrer l'Italie du joug autrichien. C’était le bon temps! Le roi Léopold profita sagement des terreurs du parti clérical pour réaliser d'importantes et intelligentes réformes. On supprima le timbre des journaux, on réduisit le cens électoral et on augmenta notablement aussi le nombre des électeurs, un lit bien d'autres choses encore ; le clergé ne dit mot. C’était l’époque Où les évéques en France bénissaient les arbres de la liberté et revendiquaient la devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité! Le clergé belge fit de même; il savait bien qu'armé de la liberté de l’enseignement il reconquerrait aisément le terrain perdu. Aussi le mot d’ordre fut donné eu France