EMPEREUR D’AUTRICHE
aurait prêt! 1 , ni par une concession ou abandon quelconque de son autorité impériale. Sa Majesté n’est donc point tenue ii maintenir la lettre de cette constitution, qui doit être rangée parmi ces mesures que le souverain, dans l'exercice de son plein pouvoir, adopte ou modifie, ou abroge selon sa conviction et dont il n'est responsable qu'envers Dieu seul. »
C'est là une doctrine commode : on l'a assez souvent réfutée pour qu’il ne soit pas nécessaire de le faire de nouveau.
Rentré dans la pléniludo de son pouvoir, n'avant rien de mieux à faire pour le moment, l'Empereur jugea à propos de se distraire par un petit voyage, et il choisit précisément la Lombardo-Vénétie comme but de son excursion. Le choix était hardi, et plus d’une fois François-Joseph dut se repentir de l’avoir fait. Il reçut partout un accueil glacial, et ne trouva un peu île gatté que sur le visage de ses soldats, et encore de cette gatlé que communiquent les distributions extraordinaires de brandwein.
Quelque temps après son retour à Vienne , l’Empereur apprenait une bien triste nouvelle. Le S août 1852 , le prince Schwnrtzenlierg , après avoir présidé le conseil des ministres, s’habillait pour se rendre à un grand dtner donné par son frère, lorsqu'il tomba tout à coup sans connaissance. On n’eut pas le temps de faire • appeler un médecin ; au bout de cinq minutes, il était mort. « Je perds en lui, écrivit François-Joseph, au frère du premier ministre, un serviteur fidèle , et un loyal ami. La patrie perd un homme qui. dans les temps de crise, s'est mis à la disposition de ma famille avec un rare courage, et qui, depuis lors, s'est dévoué à la tâche qu'il s'était imposée de raffermir l'ordre et le trime avec un tel zèle et un tel succès que son nom tiendra une place glorieuse dans les annales de l'Autriche. »
Huit ans se sont écoulés depuis cette mort, et les événements ont déjà prouvé qu'il y avait beaucoup à rabattre de ce jugement porté par l'Empereur sur son ministre.
Comme Louis XIV après la mort de Mazarin , François-Joseph déclara qu’il gouvernerait désormais par lui-mème, que les délibérations du conseil d'Etat auraient lieu dorénavant en sa présence. En cas d'empêchement de sa part . la présidence du conseil devait revenir de droit à M. de Bach, ministre de l’intérieur. Ce choix avait une signification particulière. Fils d'un avocat distingué , entré fort jeune dans l'administration, un pied dans le barreau, un autre dans la bureaucratie, M. de Bach se décida pour le barreau, et quitta la plume pour la robe à la mort de son père. Député de son ordre
L'KMPERtl'H D'AITRICKK.
gu 1848, il ligura |>aniii les membres do la commission provisoire chargée d'administrer la capitale. Il lit plus lard partie de l'Assemblée constituante connue député du faubourg de Wrydeii . Piqué du la mouche unitaire comme le princo Schwartzenbeig, tout ce qui ressemblait de prés ou do loin à l'homogénéité avec l'Allemagne, a l'indépendance des races et dus nationalités, lui paraissait le comble de l'alKimiuatiou. Hors de la centralisation point de salut. Au seul mot de Hongrois, de Croate, d'Eselavon, de Transylvain, il tressaillait comme uu puriste qui entend retentir un barbarisme à sou oreille. Il n’y avait pour lui que des Autrichieus; il voyait des Autrichieus partout, même en Pologue. Chassé de Vionno par l'insurrection •lu 0 octobre 1848, il se rendit à Olmutz, où l'Empereur lui confia le portefeuille de la justice dans le cabinet Schvvartzenbeig-Stadion. C'était ce dernier qu'il remplaçait comme ministre de l'intérieur. A lui revenait par conséquent la facile do foudre , de réuuir , d'amulgumer, d'unifier les diverses fractions de la monarrhic autrichienne, et il faut lui rendre cette justice qu'il s'y est employé avec une ardeur et une foi qui ne se sont pus uu instant démenties depuis son entrée au ministère jusqu’au jour où il l'a quitté pour aller à Rome, en qualité d'ambassadeur, unifier et fusionner son gouvernement avec la papauté.
Lu comte de Buol-Schaueusteiu . autre uuilicateur déterminé , remplaçait le prince ScbvvarUenlierg. Diplomates de père en lils depuis des siècles, les Buul, originaires du pays des Grisous, étaieut eu possession de peupler les légations et les amliassades autrichiennes, Le père de Buol l'uuiticateur présida longtemps la diète germauique. Son lils, formé sous sa direction, fut successivement attaché à diverses légations de l’Allemagne, puis à celle de Florence ; il tint à Paris et îi Londres la place de secrétaire d'ambassade. En 1848, il occupait lo poste important mais difficile de ministre d'Autriche eu Piémuut. Voyant la tournure que prenaient les choses, il demanda nettement ses passeports. Cela fut eonsidéré comme uu acte d’énergie à Vienne , et pour le récompenser , ou l'envoya ù Saint-Pétersbourg d'où il revint pour remplir sous le prince SclivvarUeuberg les fonctions de second plénipotentiaire aux conférences ternies à Dresde pour terminer l’éternel différend entre la Prusse et l'Autriche au sujet des duchés de Iiolstein et de la Hesse-Éledorale. Eu qualité de président du conseil et do ministre des affaires étrangères, c'est le coude de Buol-Schaueuslein qui, lorsque l'Autriche su décida à mettre eu pratique le mot du prince Schwartzeuberg, et à étonner le monde par sou iugratitude, lui en fournit
L’EMPEHKI II II AI'TBICHE.
MM
les moyens en signant avec la France et l’Angleterre le traité du 2 décembre 1854 qui ménageait peu les intérêts de la Russie.
Le baron de Bmck, grand unificateur aussi, s’était retiré un an auparavant du ministère , où il ne rentra que quatre ans plus lard. On s’est aperçu depuis que sa politique consistait surtout à unifier la fortune du gouvernement avec la sienne.
Rassuré par la présence de M. de Rach devenu baron , et par celle du comte de Buol->Scbauensteiii au ministère, l'Empereur François-Joseph crut avoir partie gagnée , et ne douta plus du succès de l’unilicalion ; et éprouvant alors do nouveau le besoin de voyager pour se convaincre qu’il régnait sur un pays non moins uni que la France, il commença ses promenades par la Hongrie et la Croatie. Quel accueil pouvait-il espérer du premier de ces pays où ou l avait vu assister & des fêtes, taudis tpi 'à côté de sou [valais se dressait le gibet où allaient figurer les plus pures gloires de la patrie? Il y avait lit une espèce de défi à l'opinion publique dont il est difficile de comprendre l’utilité et le but. Quant à la Croatie, on comptait sur son enthousiasme, mais il arriva que res Croates, qui en haine des maggyars s’étaient soulevés su premier signal de Jellachich eu faveur de l’Autriche , se montrèrent aussi froids et aussi réservés que les Hongrois eux-mêmes, donnant pour raison de leur mécontentement qu'ils n'avaient point versé leur sang au profit de la centralisation autrichienne, mais pour assurer au contraire lo maintien île l’indépendance et des institutions nationales.
Le triomphe de l'unité n’était donc pas aussi complet qu'on voulait bien lo dire, et la centralisation semblait avoir encore beaucoup de progrès à faire au sein de l’Empire, lorsque le bruit d’une nouvelle insurrection à Milan se répandit tout à coup dans Vienne. Le 6 février 1853, des barricades surgissaient tout à coup sur différents points de la ville; le peuple s’emparait de plusieurs postes, une bande année réussissait même à pénétrer tlans le château. Tout cela indiquait qu’il manquait encore quelque chose !i l’unification de l’Italie avee l’Autriche. Radetski se chargea d’activer la besogne par des mesures dont l’efficacité ne lui semblait pas douteuse. «Je fais surtout savoir, dil-tl dans un Innulu adressé aux habitants de Milan, que j’ai ordonné aux autorités judiciaires de mettre sous le séquestré, dès les premiers indices légaux, les biens de ceux qui , d’une manière quelconque, se rendraient complices de tentative do haute Irai tison, quand même celte complicité ne conshteruit que dans t'omlselon t/c ta révélation à laquelle chacun cul terni. » 11 va sans dire tpie l’Empereur s'empressa d’ap-