‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 58 sur 63 · UT · texte numérisé non relu

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régions, cl ikiiis no nous sentons [tas la forco ilo l'en blAmer. Nous le louons au contraire d’avoir, avec une {mouvante puissance de slvle, avec l'admirable mouvement de sa pensée, élevé b ce point renseignement bistorique , ou plutôt l’enseignement philosophique et social de l'histoire.

A l’époque oii nous sommes parvenus, quand nul lieu ne le rattachait [dus à la vie oflicielle, un événement intérieur vint rajeunir la sève et imprimer une direction nouvelle au talent’ de Michelet. L’amour rayonna au déclin de sa vie et lui porta toutes les brises, toutes les activités de la jeunesse. Veuf depuis longtemps, Michelet se remaria en 18'ii. Il épousa lino jeune femme qui avait reçu à la campagne une forte et solide éducation et qui, depuis longtemps, admirait le courageux professeur, l’éloquent écrivain. Hile vit l'homme qui était l'objet de son admiration et elle l’aima. Ils vécurent dans la solitude, aux bords de la mer, en face de l’Océan , seul témoin dis mystérieuses tendresses de ces deux Ames passionnées.

C'est de cette union que sont nés les ouvrages qui , depuis quelques années, ont produit dans le monde et parmi les femmes surtout , de si profondes et si diverses impressions : l 'Oiseau, Yliuecle, la Femme, l'Amour, etc. Ces impressions no sont pas éphémères comme celles que produisent ordinairement sur une société affairée et blasée les œuvres littéraires, alors même quelles sont signées des noms les plus illustres. M. et M" 0 Michelet — car il y a ici une collaboration qui , pour u'être pas avouée, n’en est pas moins évidente, il y a une maternité incontestable — M. et M”" Michelet ont creusé un sillon où germeront bien des idées, bien des discussions encore.

Le premier de ces volumes, l'Oiseau, parut on 1856. C'est un chef— d'œuvre de grAee exquise, d’observation line où se révèlent A chaque page l'esprit et le cœur d’une femme. Au surplus, je suis ici comme un témoin devant la justice et je dois dire la vérité , toute la vérité , sans tenir compte d’aucune considération. Le jour même de la publication de ce livre splendide, Michelet me lit l’honneur de venir lui-mème m'en offrir un exemplaire, et je l'entends encore me disant avec toutes les ondulations de sa parole, et avec un légitime orgueil : « Je n'ai pu qu'v mettre des

points et îles virgules, c'est l'œuvre «le madame Michelet. » Citait exagéré. Le grand écrivain a fait plus que d'y mettre des points et des virgules ; il y a mis de son style et du meilleur, il y a inis les tendres effluves do son âme, mais c'est le cceur d'une femme, qui a évidemment fécoudé l'oeuvre. Je suis porté à croire que, dans les collaborations intellectuelles, entre un homme et une femme, il se produit un phénomène contraire à celui qui se manifeste dans leur union amoureuse. Le liaiser de l'homme féconde sa compagne et seule, à partir de ce moment, elle prépare dans ses lianes mystérieux l'enfantement d'tm être nouveau qui viendra prendre place au foyer domestique. Dans les unions intellectuelles , au contraire, c'est la femme qui féconde l'idée et c’est l'homme qui la met en oeuvre, qui l'enfante en un mot.

Quoiqu'il en soit, le succès du premier volume qui ouvrit celte nouvelle

série de travaux, fut colossal. Il s'exhalait de ce livre un parfum de ten-

dresse et d’amour. Ce n’était ni de la science exacte, ni de l'observation exclusive, c’était bien un peu de l’un et de l'autre, c’était, par-dessus tout, une ardente prière, une aspiration vers la vie universelle, vers l’éternelle lumière. L'auteur s’exprimait ainsi dès les premières pages : « Le temps pèse ; la vie, le travail, les violentes péripéties de ce temps, la dispersion d'un monde d'intelligence oii nous vivions et auquel rien n’a suc-

cédé... Nous, quoique nous ayons perdu, nous demaudions autre chose que des larmes à la solitude, autre chose que le dictamc qui adoucit les cœurs blessés. Nous y cherchions un cordial pour marcher toujours en avant , une goutte des sources intarissables, nue force uouvelle et des ailes ! Rappelravous le mot de Goéthc : De la lumière! »

Si gangrenée, si matérialiste, si frivole qu’on la dise, notre société ne résista pas à cet appel vers les doux spectacles de la nature, vers la contemplation de l’œuvre divine, vers ces spleudeurs qu’au milieu du choc de nos intérêts et du tumulte de nos passions nous perdons de vue trop aisément. Les femmes surtout se laissèrent aller avec enthousiasme à ce nouveau couraut de sentiments et d’idées. Georges Sand avait ouvert la voie quelques années auparavant en transportant les scènes de ses meilleurs romans, tels que la Petite Futilité , la Mure au Diable, le Chaiit/ii, etc., au milieu des champs fécondés par le travail hmnniu; M. et M“ Michelet découvraient uu nouveau sillon de celte mine inépuisable.

Après l'Oiseau vint l 'Insecte, c'est-à-dire l'éclatante manifestation de Dieu cl de l’amour immense dans l'iuliuimcut petit, dans les êtres que noire u’il

VICHFil.F.T.

peut découvrir A peine et que notre pied foule avec dédain. Celait le même sentiment, la même donnée que pour I’O/vcmm, mais daus un ordre de faits différents. Le succès ne fut pas moindre. Jamais leçons d'histoire naturelle n'avaient été données avec un tel charme, une telle élévation, avec un sentiment religieux si tendre et dans un si magnifique style.

Il y avait, et j’espère bien qu’il y aura une suite à cette série d'études. Tout à coup et h peu de distance l’un de l'autre, deux autres livres transportèrent les lecteurs vers d'autres sentiments : la Femmt, puis Y Amour. Ici, ce n'était plus le poétique récit de merveilles inaperçues. Nos passions, nos nui'urs , nos tendresses , la vie sociale en un mot était prise h partie et jugée. Ce que nous avons fait de l'amour, ro que nous avons fait de la femme ; comment nous avous méconnu l'un et l'autre ; ce que c’est que le véritable amour, ce que doit être la femme dans les sociétés modernes : tels étaient les problèmes que Michelet abordait résol â ment. Tant de hardiesse causa d'aliord une sorte de stupéfaction ; les femmes se divisèrent. Les unes pleuraient de joie et d'admiration; les autres s’indignaient. Des livres, des brochures punirent en n'qionse à Michelet, repoussant avec indignation sa théorie qui consistait h représenter la femme comme une blessée h perpétuité, comme une créature faible et souffrante que l’homme doit dorloter et soigner, sa vie durant.

Il y avait de l’exagération daus les deux camps. En publiant son livre de l’Amour, Michelet avait pourtant expliqué comment cet ouvrage était né : « Par trois fois, en vingt-cinq ans , disait-il, l’idée de ce livre, du profond besoin social auquel il voudrait répondre, s'est présentée à moi dans toute sa gravité. La première fois, en 1830, devant un Ilot littéraire fort trouble qui nous inondait, j'aurais voulu montrer l’histoire. J'élaisen plein moyen âge, mais les textes essentiels n’étaient pas publiés encore. Je lis quelques pages hasardées sur les femmes au moyen Age et m'arrêtai heureusement. En 1844, la confiance de la jeunesse, et, j’ose le dire, les sympathies de tous m'entouraient dans la chaire de morale et d'histoire. Je vis et sus beaucoup de choses. Je connus les mirurs publiques. Je sentis la nécessité d'un livre sérieux sur l'amour. En 1840, quand nos tragédies sociales venaient de briser les co urs, il se répandit dans l’air un froid terrible, il semblait que tout le sang se fût retiré de nos veines; c’était en présence de ce phénomène qui semblait l'imminente extinction de toute vie, je fis appel à ce peu de chaleur qui restait encore; j'appelai au secours des lois une rénovation des nururs, l'épuration de l'amour et de la famille. »

MICHELET

C’est donc cette cflrayanle tâche que Michelet osa entreprendre : renouveler les moeurs, les transformer, les améliorer par l'épuration dos deux foyers sacrés d'où s'échappe toute vie individuelle ou collective : l'amour et la famille 1

Si grand, si puissant qu'on le suppose, un homme ne mono jamais il terme une pareille entreprise à laquelle il faut ce qui n’est au pouvoir d’aucun être humain : le temps ! Michelet toutefois — et nous sommes heureux de lui rendre hautement cette justice — l’a poussée, très-avant, il y a consacré des forces et une énergie merveilleuses, un talent hors ligne. Ainsi qu'il le dit lui-même, il apportait il cet enseignement une Ame très-entière encore, une grande fraîcheur d'esprit; sous des formes parfois subtiles, une vraie simplicité de coeur; enfin en pleine polémique, un certain esprit de paix. Et par-dessus tout il y apporte (car, Dieu merci ! sa tâche n'est pas finie et nous ne voyons pas pourquoi nous emploierions l'imparfait au lieu du présent) il y apporte la force suprême, celle qui triomphe de tous les obstacles, la foi! C'est cette foi invincible, c'est ce sentiment protond qui fait la puissance do l'enseignement de Michelet, qui donne A sa parole un accent vainqueur. On a cru qu'en supprimant sa chaire au College de France, en empêchant la jeunesse de so grouper autour de lui, on supprimerait sa parole. On s'est trompé. Les livres de Michelet ont un retentissement d'autant plus grand; son auditoire s'est élargi daus des proportions immenses; il a rendu les femmes attentives, il les a émues pour ou contro lui, et ce n'est pas une mince victoire que d’avoir arraché un grand nombre de ces âmes aux petites préoccupations de leurs colifichets, de les avoir réveillées de leur engourdissement et transportées daus le monde des idées!

A l’heure où nous écrivons ces lignes, un nouveau livre de Michelet vient de paraître et autour de nous l’on s'aborde en se demandant : Avez-vous lu la Mer par Michelet? Nous n'avons pas voulu clore cette notice sans mentionner au moins, sans saluer au passage cette couvre originale.

Je ne sais si ce volume aura lo succès qu'ont eu les volumes précédents et surtout {'Insecte et V Oiseau, mais ce qu'il est possible d’affirmer, même après une rapide lecture de ces pages éloquentes, c’est que la portée en est plus haute, plus directement utile. Le poète no so borne pas à décrire les splendeurs de la mer, il nous sollicite vers elle; il étudie, il met en relief sa puissance créatrice, il nous la montre comme une nourrice bienfaisante qui peut régénérer, fortifier nos organes épuisés, nos nerfs affaiblis au milieu de la vie bruyante des cités. Il veut que nous transportions nu boni de la

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