‹ Les célébrites du jour 18601861Chapitre 6 sur 63 · GARIBALDI · texte numérisé non relu

GARIBALDI

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porte; l’été une alouette chantant dans sa cage; l'hiver

des grillons dans le foyer; 1rs émanations du pain chaud, les flammes du four (]»i, la nuit, éclairent la nie, le mitron enfariné fumant su pipe sur un tas de fagots, le va et vient des commères signalent de la façon la plus pittoresque in maison du boulanger dans les 1 villes du Midi, (l’est dans nue de ces maisons joyeuses que naquirent j à Nice .Mnsséna et (iariboldi , deux héros de trempe bien différente, et qui sont venus nu monde dans la même chambre.

J L'enfance de Garihaldi n’offre qu’un Irait qui montre déjà la hardiesse C/l et la sensibilité de son caractère, l’ne vieille femme lavant son linge sur le bord de l’eau fait un faux pas et tomhe dans la rivière! Garihaldi, qui joue près de là avec ses camarades, se précipite pour sauver la pauvre lavandière. Que pouvait un enfant de huit ans pour lutter contre le courant, et ramener un tel fardeau? Il faillit le sauver h sou tour; on n’y parvint qu'à graud’peine. Plus lard, il fut plus heureux à Marseille, où il parvint h retirer du port un jeune collégien qu’il ertl le bonheur de rendre à sa famille.

Le père de Garihaldi était marin , et de bonne heure le jeune Giuseppe ressenlit pour la mer une passion qui lui venait de famille, l’n beau jour il s'improvise capitaine ; son navire est une barque amarrée mi rivage; son équipage se compose

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de cinq on six mate] fils de douze ans ; ce que l'on donne à chaque enfant pour son portier riiez lui servira d'approvisionnement ; la nuit venue on coupe l'amarre, el voilà l'expédition en pleine nier. Le eapilaine a juré qu’il lie s'arrêterait pas avant d'avoir découvert une Amérique nouvelle. Malheureusement à la luiuleur de Monaro, line Felouque line voilièrr atteint les petits fugitifs el ramène cher, leurs parents le nouveau Christophe Colonih et scs compagnons. Uuelqiics-iins reçurent le fouet à leur retour; (iiuxeppe dut garder le* arrêls |N-ndant quinze jours, apri'S quoi son père consentit à lui laisser faire un voyage véritable, non plus en qualité de eapilaine, niais de simple matelot.

La Costuma était un des plus jolis liriganlins du port de Nice ; il faisait les traversées de ce port à Odessa. La première contrée étrangère que tîiuseppe tiarihaldi visita fut la Russie. Il lit ensuite uue course à Rome sur la Santa /tejmrata, tartane commandée par son père; vinrent ensuite divers voyages à Cngliari et dans lé Levant. Pendant une de ces traversées, il tomba malade à Constantinople. C’est en se rendant dans celle capitale qu’il rencontra sur la Clormde l'expédition des Argonautes Saiiit-Simoiiiens, conduits par Émile Barrault à la coiiquéle de la femme libre.

Eli 18112 . liiiiseppc tiarilsildi accomplissait son temps île service sur les navires de l'État ; marin consommé, apprécié de ses chefs par son sang-froid et sa bravoure dans les circonstances difficiles, tiarihaldi était sur le point de recevoir l’épaulette, lorsqu'il se vit fora' 1 de se réfugier en France à la suite d’une écliauffourée politique dans laquelle il était compromis. A Marseille, il Ironva un asile et une place de second sur le navire F L'nime. Plus d'un courtier de nolisement se souvient encore de ce jeune marin à l’air fier el doux qui se promenait pendant de longues heures sur les quais, el qui restait silencieux au milieu du cerrle bruyant de capitaines qui remplissaient leurs bureaux , répondant à peine aux questions qu'on lui adressai!, et paraissant absorbé dans une sorte de contemplation intérieure.

L'n jour, uu lléau terrible s'abat sur Marseille, le choléra; en quelques jours la v ille est dépeuplée, riches el pauvres fuient à l’euvi ; les boutiques sont fermées, les rues déscrlcs ; on mauque vie gens pour soigner les malades. L’autorité fait un appel aux hommes de dévouement : des bureaux de. secours s’organisent, ou réunit tous les moyens pour combattre vigoureusement l’épidémie. En cherchant sur les registres d’inscription ouverts à la mairie à celle époque, ou trouverait encore le uom de Joseph Pane. C’était celui que tiarihaldi portait alors pour se dérober aux conséquences delà condamnation à mort qu’il avait encourue à la suite de réchanflourée politique dont nous avons parlé.

C’est A Marseille même que Gariltaldi apprit la nouvelle (le l'arrêt qui l’avait frappé par contumace. Sa patrie lui était fermée; il prit du service sur la flotte du liey de Tunis; bientôt las d'un poste qui ne promettait rien à «on activité, il partit pour Rio-Janeiro. Ut, pendant quelque temps, il se livra à îles opérations commerciales, mais le commerce non plus u'ofTrail aucune satisfaction il ses instincts guerriers. Ut réputilique de Rio-tirande était en guerre atec ses voisins; Gariltaldi lui propose le secours de sou liras et de sou expérience qu elle accepte avec empressement. Muni de lettres de marque, l'intrépide capitaine fit le métier de corsaire qu’avaient illustré Jean-Bart et Surcouf. De corsaire devenu bientôt après commandant de la flotte de Montévidéo, il quitta la mer pour combattre sur terre il la tète d'une légion italienne formée par ses soins. Pendant celle période, l'existence de (laribaldi lient plus du roman que de l'histoire, un volume ne suffirait pas pour raconter les combats dans lesquels il tint tête A un ennemi brave et presque toujours supérieur en nombre. Les soldats de Rosas, battus par lui en maintes rencontres, n'ont pas perdu le souvenir de leur généreux adversaire . car dans ces pays oit la guerre participe encore de la ruse et tle In cruauté des sauvages, (iarihnldi fit toujours respecter le droit des gens et les règles observées par les nations civilisées ; ajoutons A sa louange et A celle de scs compagnons d’arme*, que leur désintéressement égala leur bravoure. Aujourd'hui le voyageur qui parcourt l'Amérique, du Sud requit souvent l'hospitalité dans une ntnnria uù tout respire l’ordre et l'abondance, et où on lui demande dès qu'il franchit le seuil de la maison , des nouvelles de l'Italie et de son libérateur. U; propriétaire tle l'exploitation rurale est un ancien soldat de Gariltaldi qui n'a voulu recevoir de la jeune république Mnnlévidéenne, eu relourde sein sang versé pour elle, que quelques arpents de terre qu'il cultive A la sueur de son front.

Nous umts arrêterions volonliers sur les divers exploits qui marquent la carrière militaire de Gariltaldi dans le Nouveau-Monde si nous ne touchions an moment où son nom va retentir pour la première fois dans l'ancien, et où la grandeur tle sou rôle politique va faire oublier ses glorieuses aventures.

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Nous sommes en 1848. L'Italie s'est levée rnnlre l'Autriche. Ait premier appel de In patrie en danger, Gariltaldi est aerntiru avec un grand nombre de ses légion-

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naires d'Amérique. Il pou \ a il rendre d'immenses services îi celte époque, mais on ne comprit pas les avantages qu’il était possible de retirer d’une guerre de partisans. Livré il ses propres ressources, Garibaldi se battit obscurément dans la Valteline et dans le Tvrol, délit les Autrichiens dans plusieurs rencontres et fut enfin obligé d’entrer en Suisse à la tête de son petit corps de partisans.

Les munitious étaient épuisées et l’qrmistice de Milan venait d'ètre signé.

C’est à Rieti, en face des Abruzzes, que nous retrouvons Garibaldi en train de former une nouvelle armée. Immédiatement après sa campagne de la Valteline, les électeurs l’avaient envoyé au Parlement Sarde, mais l'enceinte de la Chambre des députés était trop étroite pour lui, il étouffait dans l’atmosphère de la discussion ; il lui fallait l'air et les horizons libres de la guerre. 11 donna donc sa démission, lin gouvernement provisoire venait de s’installer dans les f.tats- Romains ; Garibaldi s’était empressé de se mettre il sa disposition, et on l’avait chargé du soin de foi-mer un corps de troupes.

De la position qu'il occupait sur l'extrême frontière, Garilialdi soutenait qu’il était possible d’opérer un soulèvement dans les Abruzzes, à l'aide duquel on envahirait le royaume de Naples. Les avantages de ce plan étaient évidents, et ses inconvénients de peu d'importance. Le roi de Naples, dévoué il l’Autriche, mattre de forces considérables, inquiétait la Révolution sur ses derrières, et l'empêchait de disposer de toutes ses forces. Qui sait ce qui serait arrivé à Novare si ce plan, qui avait autant de chances de réussite en 1849 qu’en 18G0, avait été adopté. On ne discuta pas son utilité, mais on fut effrayé de sa hardiesse. Garilialdi n'eut plus dès lors qu'a songer à la défense de celle République Romaine dont il venait de décréter la formation comme membre de la Constituante.

Passons rapidement sur le siège de Rome ; il y a lîi un malentendu fuucste et des souvenirs douloureux qu’il ne faut pas réveiller. Nous profilerons cependant de l’armistice conclu dans les premiers jours de mai entre les deux armées pour suivre Garibaldi marchant contre le roi de Naples, qui s’est avancé il la tête de quinze mille hommes jusqu'il Paleslrina. Garibaldi peut à peine opposer le tiers de ces forces il son royal adversaire, pourtant il le bal le 9 mai. et le force à se

GAIIIBAI.DI.

relirer précipitamment sur Velletri. La position était très-forte, et Ferdinand II, soutenu par une nombreuse artillerie, pouvait s'y défendre d’autant plus longtemps que sun adversaire ne possédait pas un seul canon , mais la baïonnette est une arme terrible, et les Napolitains en firent l’expérience à leurs dépens ; délogés de toutes leurs positions, poursuivis l’épée dans les reins pendant plusieurs lieues, et presque sur leur propre territoire, ils laissèrent entre les mains de l’ennemi un grand nombre de prisonniers ; le roi lui-même serait tombé en son pouvoir s’il n’avait eu la précaution de prendre la fuite une heure avant ses soldats.

(iaribaldi rampait sur le territoire napolitain ; les habitants de Rocca d’Aree l’avaient accueilli avec enthousiasme; il voulait inarcher en avant et tenter la grande entreprise qu’il vient de terminer aujourd'hui ; un ordre 1res pressant du triumvirat le rappela à Rome. II obéit.

Assiégée le 29 avril 1 849, Rome tint jusqu’au 2 juillet de la même année. Il ne restait plus à (iaribaldi qu’à gagner Venise et à se renfermer dans celte dernière forteresse de l'indépendaucc nationale. IJ songeait à s'v rendre, lorsqu’on lui dit que la Toscane, prête ïi se soulever, n’attendait plus qu’un homme pour se mettre à sa tête. Venise comptait plus d'un défenseur dévoué et intrépide, Garilvaldi crut qu’il pourrait être plus utile ailleurs, et le jour même oh la capitulation de Rome fut signée, les soldats de (iaribaldi lurent l’ordre du jour suivant signé par leur chef :

■> Soldats,

« Voici ce qui vous ulteud : la chaleur et la soif pendant le jour, le froid et ht » faim peudaut la nuit ; point de solde, poiut de repos, point d'abri ; mais eu » revanche, une misère extrême, des alertes et des marches continuelles, des » coudrais & chaque pas ; que ceux qui aiment l'Italie me suivent ! »

Le corps expéditionnaire,- partagé en deux légions, formait un effectif de quatre mille fantassins et d'environ huit cents cavaliers. A sa tête s'avançait (Iaribaldi entre le père Rassi et Ange Brunetti, si connu sous le surnom de Cict‘rnr(uxhio , dont les deux (ils marchaient dans les rangs des volontaires.

Neuf jours apri* son départ de Rome, la petite armée républicaine, renforcée de neuf cents soldats que lui amenait le colonel Forbes, quitta Terni pour entrer en Toscane par la route de Todi. Les volontaires étaient pleins d’eulrain et d'espérance. A chaque pas ils s'attendaient à voir se lever la population.

Trois eorps d’armée occupaient le territoire romain ; il s'agissait pour eux de poursuivre (Iaribaldi et de lui fermer la route. Autrichiens, Espagnols, Français se mirent doue en mouvement. Passer au milieu de ce» trois armées u’élait point

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chose facile : Gnrilwldi y parvint cependant et sa retraite peut él re considérée connue un vrai tour de force dans l'art militaire. Cette retraite commença à Lodi, où l'armée îles patriotes italiens était parvenue, ainsi ipie nous l'avons dit, le 1 1 juillet. Dans cette partie de I Italie les communes seul pauvres et les couvents trèsriches; c'est chez le* moines que Garibaldi logeait ses Iroupi* alin d’éviter toute charge aux habitants. (Jiioiqnc entourés de toute l'abondance imaginable, les soldais, maintenus dans une discipline sévère et qu'ils avaient à «mtr d'observer, ne demandaient ans couvents que ce qui était absolument nécessaire h leur existence. Seuls les Camaldules d'Orvicto furent imposés par le général à une amende de cent soixante écus. Non contents de refuser du pain à sa troupe affamée, ils s'étaient donné le plaisir de lauecr leurs chiens contre un uflicicr qui venait leur demander l'hospitalité.

A partir de Spolèle la désertion s'était mise dans les rangs des patriote* ; eu quittant Lodi ils se trouvaient réduits à trois mille hommes environ, divisés eu plusieurs détachements commandés par des officiers de choix, avec l'ordre de s'avancer par des chemins différents. L'ennemi cherchait à les envelopper, il fallait le tromper ; une fausse démonstration faite dans ce but sur Foligno par un escadron de cavalerie réussit parfaitement. Le la juillet le général partit de Lodi. et après avoir devancé d’une demi-heure seulement lu cavalerie du général Morris lancée à sa poursuite, il atteignit le bourg de Cetona en Toscane, où devait avoir lieu la jonction des divers détachements de son armée. La moitié de ces détachements se trouvait au rendez-vous ; l'autre moitié, obligée de faire de longs détours, U 'arriva que plusieurs jours apres. Le 20 juillet toutes les (loupes réunies se l'émirent en marche, et le lendemain elles atteignirent Monlepulciano après avoir passé par des chemins à peine praticables [mur des chasseurs cl pour des conlre- Isindiers.

Le bourg de (détona, quoique entouré de murailles et occupé par deux compagnies d'infanterie toscane, s'était rendu sans coup férir. Les Autrichiens, au nombre de quatre mille hommes commandés par l'Archiduc Ernest, venaient à la rencontre de Garibaldi, pétulant qu’un autre corps plus nombreux, placé sous les ordres du géuéral Stadiou, occupait Sienne dans le but de s'opposera une tentative d'embarquement îles Garibaldiens qu’ou crevait devoir s’opérer dans le port de .Sau-Stefauo.

L'Archiduc Ernest avant opéré sa jonction avec le général Stadiou, Garibaldi dut songer à se retirer devant un ennemi dont les forces étaient six fois plus nombreuses que les siennes. Il prit donc le chemin des Romagues, occupa les hauteurs de Citerua, avant derrière lui, à une étape de marche, les Autrichien»

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qui l'atteignirent l'ulin près du ixiinf; de .Muutorclii. Lcnnami paraissait celle fois résolu à tenter les chances d'une bataille que la force des choses conmiaudait à (iaribaldi d'éviter. L'A|>ennin lui offrait un dernier refuse, mais comment le gagucr en présence des Autrichiens qui surveillent tous les mouvements d'une troupe qu'ils croyaient déjà prisonnière? (lest dans de pareilles occasions qu'éclate dans su merveilleuse fécondité le génie militaire de (iaribaldi ; grâce à l’habileté de ses manœuvres, ses soldats purent franchir l'Apennin et descendre, par des chemins landes de précipices, dans les Romagnes où l'ennemi ne larda pas à les rejoindre. Il fallut de uouveau tromper les Autrichiens, (iaribaldi y parvint à l'aide d'une fausse attaque qui lui permit de se retirer dans la montagne, dont la compagnie de tirailleurs du colonel Forbes parvint à interdire l'approche aux régiments de l’Archiduc.

Mais ces marches et ces contre-marches dans les montagnes, ces escarmouches perpétuelles, avaient porté au plus haut point la lassitude dans l'armée patriote. Hile était réduite de plus de moitié . lorsqu'elle franchit les frontières de la petite république de Suint-Marin, où lîarihaldi, à peine arrivé, publia cet ordre du jou r :

» Soldais!

» Vous voilà en |«iys libre et sûr. Sachons mériter par notre irréprochable » conduite envers nos hôtes la sympathie et le respect dus au malheur.

« A partir de ce moment, je vous délie de fou! devoir d’obéissance à mon » égard, en vous laissant libres de rentrer dans vos foyers. Je vous rappellerai >i seulement que l'Italie ne doit pas nslcr dans l’opprobre, et que lu mort est » mille fois préférable au joug du l'étranger. »

Les Autrichiens le leudemain violèrent le territoire de Saint-Mari qjfcyspénmt tomber sur quelques soldais exténués de fatigue , mais qui se prieraient à vendre chèrement le peu de vie qui leur restait. Le gouvernement de la République invoque eu vain les traités, le général tiorzowscky, ne veut rien entendre; cependant, sur des ordres envoyé* eu toute bitte de Rimiiii, il déclare qu'il va dresser les conditions d'une capitulation.

La nuit .s'avance et la capitulation n’est pas encore dressée; étendus dans les rue* du village, les Garibaldiens harassés se livrent au sommeil , tandis

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