DE G AV O TT R
es f;rands niinistros sonl rares ; c'esl h peine si , de Idiii )eii loin, riiistoire en signale nn à l'admiration de la posté- 'rilé. C'est qu'il ne suffit pas, pour prendre rang dans cette phalange clair-semée, d'être un administrateur habile, un ihonnne d'État prévoyant, un éloquent orateur ou un profond ^ politi(iue. Il faut que les circonstances viennent en aide à la a.'eur personnelle; il faut un ardent patriotisme et à ce pariotisme une mission éclatante, un hut glorieux; il faut que les obstacles presqu'insurmontahles mettent en relief les plus rares (jualités, l'énergie du caractère, la fermeté des convictions; il faut enfin vendre à une nation de tels services qu'ils burinent le 'Z^,' nom de celui qui les a rendus, dans la mémoire des peuples. J)e pareilles conditions ne se présentent pas fré([ueminenf dans le dé- \eloppemeiit des sociétés humaines ; l'homme d'État illustre dont nous allons parler a eu le itonheur de les rencontrer et la gloire de mettre au service de sa patrie, au service de la plus noble et de la plus sainte des causes, une belle et vaste intelligence, des talents l'emarquablcs. une éloquence originale et un dé\ouemeiil sans bornes.
S2 nr. cAvnrn.
J(> no sois si c'osl par ipiinraiicc ou po\ir mieux faire l'fissortir les (fualilcs (le leur Ik'i'os (iiic des liio^raplics oui ini;if^iii('' (le faire iiaîtro M. di' (laMiiii' dans une faiiiillc bourgeoise, d un riclie iiiarciiaud de INico auquel (Iharles-Allx'rt aiirail délivré des lettres <U' noblesse. L'orij^ine est peu de cliose. Ou il soil lils d'uu |)aysaii ou liis d'un roi, Ihonune ne vaut que ee (|u il \;iul. (iaiiiialili est né dans une pauvre famille de pècbeurs, au bord de la uier, sans ancèti'es, sans tilres el il n'en est pas moins une des plus iielles lit;ures de ce siècle. M. de (lavour serait, comme on l'a dit, le tils d'un simple marcband (ju'il n'eu serait pas moins aussi un des plus ■grands bonunes de l'Ilalie réi^énérée. Le mérite qu'il aurait eu à ne devoir qu'à lui-même .sou illustration lui revitml tout aussi entier, bien qu'il soit le rejeton d'une des plus nobles familles du Piémont, et à ce mérite se joint celui d'a\oir \aincu les préjugés de caste.
Le nom de Cavour est en Italie ce (ju'est celui de Montmorency en France. Les Benso di Cavour, seigneurs de Sautera, Mondeueo, Menabo, Albugnano, Isolabella, Montanera, etc.. étaient une des familles les plus considérables de cette singulière et vigoureuse république de Chieri dont l'histoire agitée tient une si grande place dans les chroniques du moyen âge.
Le premier membre de cette famille, dont la mémoire ait été conservée, est Oberto Benso, originaire de Saxe, (|ui, vers le milieu du xii* siècle, possédait la vicomte de Baldisetto et les seigneuries de Ponticelli et Santera. Depuis lors, le nom des Benso di Cavour se trouve mêlé h tous les évé^ nements, à toutes les phases de l'histoire d'Italie. *
Nous avons sous les yeux la généalogie de M. de Cavour. Il nous paraît peu intéressant de nous \ arrêter. Les titres que cet homme a acquis à la reconnaissance de sa patrie, la gloire qu'il ne doit qu'à lui-même nous paraissent préférables à la gloire et aux titres de ses aïeux.
Le comte de Cavour — on ne le désigne jamais par son nom en Italie, on dit le Comte, comme du temps de Richelieu on disait le Cardinal, connue sous le gouvernement de Cavaignac on disait If Ghièral — le
DR DAVOUR. . S3
Comte est né h Turin en 1809. Sa famille lui fil donnor nno solide instruction et il manifesta de bonne heure un f,^oùt très-vif pour l'étude, une aptitude prononeée pour les sciences. Sou esprit net et incisif, sa drdile et culme raison aimaient à pénétrer au fond des clio.ses. Quelle était sa vocation ? .servir sa patrie ; ce fut le rêve de sa jeunesse et il a été l'anihition de sa vie. Mais comment la servir cette pairie hien-aimée (|u'il voyait livrée il de si douloureux déchirements el à de si accablantes oppressions? Son nom pouvait lui ouvrir toutes les carrières ; il songea d'abord à celle des armes pour la(|uelle il n'était certainement pas fait. Ses connaissances spéciales le portaient, dans tous les cas, vers les armes savantes. Il devint lieutenant du génie, mais il ne tarda pas à s'apercevoii' qu'il s'était founoyé et revint sur ses pas.
Il voyagea alors en France et en Angleterre, non connne un geutilhonnne désœuvré ou comme un touriste oisif, mais en observateur désireux de s'instniire. Il se familiarisa avec les deux langues et surtout avec la langue française qu'il parle et écrit parfaitement. Il étudia, avec une rare sagacité, le mécanisme administratif et gouvernemental des deux pays, leurs institutions politiques , leur organisation financière et économique , il se mit au courant des questions qui les préoccujiaient. En attendant mieux, le jeune homme se fit journaliste. La presse a servi de marchepied à toutes les célébrités contemporaines ; que d'ingiats elle a fait ! Un écrit du jeune comte sur la législation des céréales dans le Royaume-Uni, obtint en Angleterre un retentissement mérité. Presqu'en même temps il publiait à Paris, dans la Bévue nouvelle^ recueil fondé en 1846 par les conservateurs progressistes, un remarquable travail sur les chemins de fer en Italie. Cet article, écrit d'un style clair, précis et élégant à la fois, fut très-remarque. Il faut en citer un passage pour montrer quelles étaient, dès cette époque, les tendances de l'homme qui devait exercer plus tard sur les destinées de sa patrie une influence si décisive :
'( L'avenir que nous appelons de tous nos \œux, disait-il, c'est la conquête de l'indépendance nationale, bien suprême que l'Italie ne saurait atteindre que par la réunion des efforts de tous ses enfants ; bien sans lequel elle ne peut espérer aucune amélioration réelle et durable dans sa condition politique, ni marcher d'un pas assuré dans la carrière du progrès. Ce que nous venons d'avancer n'est point un rêve, résultat d'un sentiment irréfléchi ou d'une imagination exaltée ; c'est une vérité qui nous paraît susceptible d'une démonstration rigoureuse.
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0 [jlnsldiic lie Idiis li'S l('iii|is |ir(iii\t' i|m .iiiciiii |ii'ii|il(' ne peut altciiKiio un liaiil (It'i^ic (I iiilcllii^ciicc cl ilc riHnalili' sans ([iic le sciilimciit ilc su iialKuialih' ne sdil Inilcniciil (lr\('l(i|)|M'. Ce l'ail r('iiiai(|iialpl(' es! une cdiisrijuciicc iM'fcssairc îles lois ({iii rt'f^issciil la iialiiic Imiiiaiiic. lui cHrl, la \ic iiilcllci'liicllc (les masses roule dans iiii eeicle d idées l'orl icstreiiil. Paiiiii celles ([u'elles pcnxeiil a((|ii(''iir, les pins n(diles cl les pins ('IcNées sonl ciilainenienl , a|)rès les idées icliiiiouses, les idées de patrie et de nalionalilé. Si inainicnaiil les eircoiislaiices poli(i(|ues du pays empêchent ces idées d(? se inanil'eslei' on lenr doniieiH nne direcliiin l'nnesle, les masses demenrerdid phini^i'cs dans nn ('lai d'inleriorité dé'plorahle. Mais ce n'est pas t(tnl, (lie/, un penpli' (pii ne pent éli'c lier de sa nati(nialilé, le sentiment <le la di^nih' personnelle n'cxislera qne par exception, chez (piehpies hidividns privilégiés. Ces classes nondirenses (pii occupent les positions les plus hnnihles de la sphère sociale ont hesoin de se sentir grandes an point de vue national poni- acquérir la conscien<'e di' leni' propre dignité. Or celte conscience constitn(> pour les peuples, aussi hien que pour les individus, un élément essentiel de la moralité.
<c A moins d'un houleversenienl ennqiéen dont les conséquences désastreuses sonl de nature à l'aire reculer les plus hardis, mais ([ui, grâce au ciel, devient chaque jour moins prohahle, il nous paraît évident que la précieuse conquête de notre nationalité ne peut être opérée que moyennant l'action comhinée de toutes les forces vi\es du pays, c'est-à-dire par les pri/ices ?iit- //it/H/H.r fraiicliciiiciit iiitjtii}ih par tous les juirtis. . . »
Les événements se sont chargés de modifier ce généreux et chimérique programme. Quant au houleversenient européen qui paraissait si peu prohahle au savant écrivain, il ne devait pas tarder à éclater, et, avant même que la France en eût douné le signal, les symptômes en étaient évidents. Les hruyantes acclamations qui se faisaient entendre sur les pas de Pie IX au lendemain de son avènement n'étaient-elles pas le prélude de la révolution qui allait s'accomplir ?
Le lad de M. de Cavour iw s'y trompa point ; avec cette souplesse d'espiil cl ce sens droit qui le caractérisent, il comprit que ce concours des princes
i)i; cAvoi 11. a:;
liutioiiaiix rlai( un ivnc, une inipossihililr. Il siillirail d Un rxannii allcnlil' ikmii se convaincre que les princes italiens, à l'cxccplion de C.liaili's-Allicrl, n Claicnl pas (les princes nationanx, qu'ils étaicnl seulcnwnl les licnlrnanls dr ! AnIilclH! en Italie, les représentants de sa poliliipie, les linuiLIcs scr\ileurs de son autorité. Attendre de ces princes une initiative généi'ense, une ])arli(ipation quelconque à une entreprise nationale, était Iblie. M. de Ca\onr acipiit i)ientùt cette conviction et dès lors la ligne politique de sa vie l'ut invariahlement tracée.
Au commencement de janvier 1848, au didiut lurnie (h celte anni'e «pie de si graves événements devaient l'eniplir, quelcpies troubles éclalèicnl à <iènes. M. de Cavour, à cette occasion, adi'cssa an roi (Iharles-Allieri nu nuMiKme , ou plutôt une adresse très-brève dans hKjuelhi il (h'nKinlrail (|iie I niii((in' moyen de garantir la stabilité du trône et de concilier la force du gouvernement avec les vrais intérêts du pays, était d'accorder au Piémont une cdiislitution libérale. Le conseil municipal de Turin fit de son côté, peu de temps après, une demande analogue et le Roi signa le Statut.
M. de Cavour était alors journaliste; il dirigeait le Risaryluiciilu. La lévolution de mars 1848 éclata à Milan: ((L'heure suprême pour la Monaicliie sarde est sonnée, s'écria-t-il dans un article qui retentit comme nu coup de toscin, l'heure des foi'tes délibérations, l'heure de laquelle dépelident les destinées des empires et le sort des peuples. . . une seule voie est ou\eite à la nation, au gouvernement, au Roi; la guerre ! la guerre immédiate, sans délais!» On sait avec quel courage et quelle loyauté le père de Victor-Emmanuel répondit à ce cri qui était l'écho !du cri de sou peuple. Nous n'avons pas à revenir sur ces événements si graves, sur les glorieux incidents et sur le douloureux dénoùuient de cette guerre héroùjue où la nationalité italienne l'ut écrasée par le nombre, mais non vaincue.
Le Comte l'ut élu député au premier Parlement subalpin qui se ieunit à Turin. C'était la première récompense de ses efforts et do son jiahiotisme. 11 n'appela point l'attention sur lui par des discours retentissants, mais il se montra habile et compétent dans la discussion des afiaires et plus particulièrement des questions de crédit et de finances dont il avait fait une étude approfondie. 11 s'était pré'paré de longue main aux luttes parlementaires et aux épreuves de la vie politique; il y arrivait armé de pied en cap. Il se fit surtout remarquer dans la discussion, demeurée célèbre, relative à l'union des provinces Lombardo- Vénitiennes au Piémont; à la tribune, conmie dans la presse, il s'opposa puissamment à la nomination d'une Assemblée Constituante avec un mandat illimité.
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Il n'était plus temps do. (WihOvo.v, lit'las! Le résultat de la halaille de Custoza\int fVappper au cœur tous les patriotes italiens et ajourner les espérances du Piémont.
En apprenant cette défaite, M. d(î (lavour courul se l'aire inscrire comme volontaire; il juj^ea qu'en des circonstances si graves la place de tout lion citoyen était sur les champs de bataille. An moment de son dépait, on a|)prit (pu^ l'armistice avait été signé. Ne pouvant saisir l'épée, M. dcC-avour reprit la j)lume et, par sa parole écrite aussi bien (pi'à la tribuneet dans les réunions politiipu's, il s'elTor{;a de calmer les passions suro.vcitées , il lit entendre aux niasses le langage du bon sens et de la raison, celui qu'en temps de révolution elles sont le moins disposées à écouter. Le Comte ne marchanda pas avec sa popularité, il fit son devoir, sachant bien ([u'il soulèverait autour de lui des mécontentements, des haines, des calomnies. Il affionta l'impopularité avec un courage qu'il faut d'autant plus honorer qu'il est très-i-are, et nulle considération personnelle ne le fit dévier de sa ligne. Qu'on nous permette d'insister sur ce point. C'est là un des traits principaux de la physionomie originale que nous esrpiissons ici. M. de Cavour n'a jamais couru ni après le pouvoir ni après la popularité ; il a ambitionné sans doute l'un et l'autre, mais il ne leur a jamais sacrifié une paicelle de ses convictions. Dans les temps les plus difficiles il a dit la vérité au peuple, il l'a dite à ses risques et périls. Homme d'ordre et de liberté, il a marché vers son but sans se préoccuper des incidents de la route, sans s'inquiéter de savoir si sa personnalité aurait à perdre ou à gagner. Il a fait son devoir loyalement, honnêtement, en disant comme le sage : advienne que pourra !
Quand vinrent les orages politiques suscités par les événements du mois d'octobre 1848, alors que l'opposition s'attachait à démontrer qu'il fallait reprendre les hostilités et déclarer la guerre à l'Auti-iche, M. de Cavour, avec cette vigueur d'argumentation qui constitue son originalité d'orateur, réfuta un à un les motifs qui avaient été mis en avant par la gauche, démontra leur peu de solidité et prouva d'une manière irréfragable qu'il convenait de se préparer, plus complètement qu'on ne l'était, à affronter la chance de nouveaux combats, que cette fois la campagne serait décisive et qu'on risquait de compromettre pour longtemps la cause Italienne par une généreuse impatience et une précipitation irréfléchie. Il n'avait que trop raison, hélas!
1)K CAVOrit. '"^^
C« fut dans cdlc in^nic sOmu-v quW nf ciaif'Mil pas aussi de <lcrni.li(; !.■ ^..uvernenient anglais contre les atta(|U('s dent il était 1 objet : <■ J.- tiens i.r.ur certain, dit-il. que l'Angleterre est entrée franclienieul , l(.\al<Mii.nl . r.'M.lumenl dans la iiiédialiou. Cette déclaration inVxpose, je le sais, au dang(-r d'être, plus que de coutume, taxé d'anglomanie ri même à celui .Ir drvenir de nouveau, dans les journaux de la capitale. U-, point de mire de lespnl débordéde quelques écrivains; mais, quel (jue soit le sort qui m'attend.- In.rs de cette enceinte, je me flatte de l'espoir que mes collègues, après asoir entendu les raisons sur lesquelles j'appuie mon jugement, m'absoudront dr la grave accusation de ne pas aimer autant qu'un autie mon pays. »
Avec la même supériorité et la même raison il combattit et parvint à faire repousser la proposition relative h l'établissement de l'impôt progressif.
On n'a pas impunément un pareil courage. Dire la vérité aux peuples c'est s'exposera leur colère ou à leur ressentiment. .4ux élections de janvier 1840, la candidature de M. de Cavour échoua devant celle d'un honune obscur patroné par le journal de Gioberti. Ces injustices de l'opinion sont fréquentes dans l'histoire des gouvernements parlementaires; si elles abattent les âmes faibles, elles fortifient les âmes bien trempées.
Dans son journal, le Bàorgànento, le Comte poursuivit sa lutte; il resta fidèle à ses principes et ne lit aucune lâche concession dans l'espoir de reconquérir une popularité (lui ne pouvait lui échapper un jour. Il fit à l'administration de Gioberti une guerre hardie, mais lorsque cet homme éminent , ce rêveur illustre tomba du pouvoir, abandonné et désavoué par le plus grand nombre de ses amis politiques, M. de Cavour prit dignement et courageusement sa défense.
La guerre fut déclarée. Cette fois ce n'est plus Custoza, c'est Novare ! Tout l'échafaudage des illusions populaires s'écroula avec fracas. L'héroïque Charles- Albert abdiqua en faveur de son fils aîné, Victor-Emmanuel, qui venait de se distinguer avec tant d'éclat sur les champs de bataille. Il fallait reconquérir le terrain perdu et préparer lentement, sagement la revanche. Les électeurs de Turin réparèrent leur injustice; M. de Cavour fut élu député par le premier collège de la capitale. L'opinion était inquiète; elle ne pouvait douter des dispositions patriotiques du nouveau Roi, mais on craignait qu'il fût. moins que son illustre père, dévoué aux principes libéraux. Nous avons dit ailleurs, en racontant la vie de Victor-Emmanuel, combien ces préventions étaient injustes. M. de Cavour le savait, mais la réaction , à Turin comme à Paris, était disposée à ne rien respecter, et le courageux publiciste prit alors en main la défense des libertés menacées par l'aveugle esprit du passé. Il ne contribua
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pas prii ,111 iiiaiiilMMi (le la loi in>;aiii(|iii' de la pi't'ssi^ cl los pri-tciilidiis clTTicales li(iii\('i('iil cil lui un adxcisaiic iiicliraulahle. Il se, sc|)ara coinplctciiu'iit alors (le SCS amis tU- la dioilc cl liai.a rcriiicineiit sa xoic^ paliioti(iuc cl lilicralc.
Ku Jnillcl is.'id , le cUevalicr (le Sauta-Rosa , luiuislre flu comiiicrecï el de l'agrieiildire, Idiiiha j:ra\ciiie)if malade. Son porlefeuille devenait vacant. Ou songea à M. de CùiNoiir; 1(^ caitiiiel élail très-desireux de s'adjoindn^ nne aussi iucoulestahle capacité. Le ministre' de l'intérieur, M. Gahagno, fut chargé par ses colU'gnes d'exprimer au Roi ce désir. Victor-Emmanuel , qui cache une pei'spicacité et uiu' finesse fort grandes sous des apparences de rondeur et de bonhomie , sourit en écoutant la proposition de M. Galvagno. (( Comment ne vous apercevez-vous pas, dit-il au ministre, que ce petit homme finira par vous supplanter tous! » — «Votre Majesté à raison, répliqua M. (lalvagno, mais il est des circonstances oii certains noms s'imposent sans qu'il soit possihle de les discuter. »
Le Comte, ]>ien qu'il n'eût pas alors, à "beaucoup près, l'importance qu'il a conquise depuis loi's, exerçait déjà une influence considérable non-seulement sur la direction des esprits, mais sur la marche du gouvernement. Son ami et son collègue à la Chambre, M. Castelli. lui fit part de la résolution du cabinet, lui demanda quelles seraient ses conditions en acceptant le portefeuille qu'on lui offrait. — «Je n'ai pas de conditions à mettre en avant, répondit le Comte, j'accepte tout le progranuue du cabinet et la solidarité de sa politique. »
M. de Cavour arrivait au pouvoir par la petite porte, il entrait au ministère avec une position secondaire; mais peu lui importait! Si étroit que fût son poste, il savait bien qu'il l'agrandirait aux proportions de son génie et de son acti\ité. Son ambition était immeaise, elle n'avait rien de vulgaire. M. de Cavour n'avait pas intrigué pour arriver au pouvoir, c'était le pouvoir qui arrivait à lui, et il le saisissait non comme une fin ou une satisfactioa personnelle, mais comme un lourd fardeau et un moyen d'appliquer des idées longuement mûries, de sérieuses études, des sentiments généreux.
La prédiction de Victor-Emmanuel ne tarda pas à se réaliser. Le ministre de l'agriculture et du commerce devint liientùt le membre le plus influent du