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cabinet. H avait la liante main dans les délibérations, et il jnenait ji- ixislc lo plus périlleux et le plus diriicile dans tontes les discussions parlementaires. M. de Cavour a une éloquence orif,nnale et spifiliicile <|iii n ii de modi-le nulle part et qui n'aura point d'iniilateurs. Pliysi(|iieiiiciil il ressemble à .M. Tlii(!rs; sa physionomie a plus de distinction et non nidiiis de linesse , mais niir linesse plus franche, plus hardie que celle de l'ancien premier ministre de Loiiis-I'iiilippe. M. de Cavour sait ce ([u'il ^eut mieux (pie ne b; savait M. Tliiers; sa carrière politique a un but plus net. plus délini, et disons-le aussi, plus élevé. La désinvolture de l'un est éjiale à celle de l'antre. La tenue de M. de Cavour à la Chambre n'a rien de majestueux; il ne porte pas sa tête comme un saint-sacrement, à la façon de M. Gnizot ou de M. Odilon-Barrot. Il touine presque toujours le dos à ses collègues, et c'est à peine s'il semble prêter attention aux débats dont il est cependant la cheville ouvrière. Il n'en perd cependant pas un mot, et on s'en aperçoit bien à sa réplique mordante et agressive; c'est la tactique du Comte de ne rester sur la défensive que pour démolir les arguments de ses adversaires, et cela fait il prend l'offensive aussitôt.
Comme M. Thiers , le comte de Cavour est plutôt un causeur qu'un oiateur politique; mais sa causerie facile, éloquente, d'une remarquable clarté, atteint tout à coup et sans effort aux plus hautes régions de l'éloquence. Son geste est sobre, d'autant plus qu'il a presque toujours en parlant une main dans sa poche, • et cette main ne sort (pie dans les grandes occasions. Lorsiju'après une séance orageuse à la Chambre , on dit : Le Comte a parlé avec ses deux mains ! cela signifie (pie la discussion a été très-chaude et que M. de Cavour y a eu un plein succès.
11 donne à sou coi-ps, pendant qu'il parle à la tribune, nn certain balancement (jui supplée à la sobriété du geste. Sa voix n'a pas les sons aigres et criards de celle de M. Thiers, elle est pleine et vibrante, douce et moqueuse. Sa parole, rapide d'abord, se ralentit à mesure que l'orateur s'émeut ou que les contradictions l'excitent. Au milieu des plus vives ardeurs et des plus bruyantes contradictions, il ne perd ni son calme, ni son esprit. Il a des intonations qui émeuvent l'assemblée; nul ne prononce comme lui le mot sacré :
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Dans les grandes occasions, avons-nous dit , le Comte parle avec ses deux mains; mais parfois il met ses deux mains dans ses poches, c'est quand il pose une question de cabinet , quand il fait du vote d'une loi la condition indispensable de sa présence aux affaires. M. de Cavour gouverne le parlement de Turin comme le roi Léop(jld gouverne les Belges; on peut appeler ce système.
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le syst»'iiu> (le la caiiiio et du cliapoaii. << Si vous uMm pas satisfaits, «lit le roi L»''()pol(l à son peuple, je suis |)rAt à partir. » — « Si vous me refusez les moyens de gouverner coiume jt^ l'entends, dit M. de Cavonr , voici ma canne et mon clia|>eau, je vais nie retirer. »
Le Comte s'est rendu tellement indispensable que celte menace mancpie rarement son efl'et. Nul plus que lui n'est maître de sa parole. Il dit ce qu'il veut dire, et il n'est pas de tactique qui parvienne à lui faire franchir la limite dans laquelle il a résolu de se renfermer; cette puissance sur luimême est d'antant plus reman[iiahle que M. de Cavour n'est i)as d'une nature calme , tant s'en faut ! Il a des impatiences et des emportements de jeune homme, parfois des caprices d'enfant f;Até; mais le jeune homme sait se dominer quand il le veut. Il a inlhiiment d'esprit, et il s'en sert très-adroitement pour éluder les difficultés dont le régime parlementaire enchevêtre souvent la marche des hommes d'État. « Parfois, a dit un de ses biographes, quand on l'interpelle à propos de la garde nationale, il répond en parlant du mont Cenis, et i>ice versa. Quand il répond à un discours, le diable ne lui ferait pas mettre, s'il ne le veut pas, les points sur les /. Il a une habileté extraordinaire, non-seulement poui- ne dire ((ne ce qu'il veut dire, mais encoie pour faire dire ce qu'il veut qu'on dise. Il échappe souvent à des objections pressantes par des personnalités qui n'ont rien de blessant et qui ont le privilège de dérider la grave assemblée dans les circonstances les plus critiques. »
La carrière politifjue du Comte est loin encore de son terme, nous l'espérons, mais dùt-elle s'arrêter au point où elle est parvenue aujourd'hui, elle suftîrait à sa gloire. M. de Cavour, en forçant l'Europe à accepter l'entrée du Piémont au congrès de Paris, a préparé, plus activement et plus utilement que qui que ce soit, les événements qui s'accomplissent aujourd'hui. C'est lui qui a posé la question italienne, qui lui a donné sa haute valeur. Le jour où M. de Cavour, de concert avec ses collègues, a soumis au roi Victor-Emmanuel le projet d'envoyer sur les champs de bataille de la Crimée un corps d'armée sarde pour combattre à côté des armées fran-
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çaise et anglaise , il a fait l'acte politiqut". le plus coiisidf'Tahit' (jui puisse niar([iier la vie d'un linninie d'État; il a ('iinancipi'' l'Italie.
C'est là le plus beau titre du Comte h la leconnaissaure do ses concitoyens. Tout le resl(; n'est qu'accessoire, ou du moins n'est (|ue le développement de la grande et généreuse initiative que M. le comte de Cavour prit dans le congrès de Paris. Trois hommes ont contiihué également, mais à des degrés différents et avec des aptitudes diverses, à l'affranchissement de l'Italie : Victor-Emmanuel, Garihaldi, Cavour.
Le premier a été le régulateur de cet achiiirahle mouvement national; par sa bravoure sur les champs de bataille, par sa loyauté qui l'a attaché au statut constitutionnel , par sa hardiesse dans les décisions , par son ardent patriotisme, il a désarmé toutes les prétentions hostiles et moralement con<iuis l'Italie , il lui a donné foi en elle-même.
Le comte de Cavour a été la tête de ce mouvement, comme Victor- Emmanuel en était le cœur. Son habileté , son éloquence , sa prudente audace, ses talents, sa fermeté ont désarmé la diplomatie européenne, ravivé des sympathies éteintes et donné à l'œuvre commune un concours qui lui était indispensable, celui de l'opinion publique. En voyant que l'Italie avait un tel homme d'État, on a eu plus de conliance en elle.
L'entreprise chevaleresque, disons mieux, l'épopée de Garibaldi a fait le reste. Si M. de Cavour avait conquis les classes éclairées, les régions politiques de l'Europe ; si Victor-Emmanuel avait donné un centre à l'unité italienne, si de son noble cœur il avait fait le cœur de sa patrie, Garibaldi a conquis les masses, il les a enthousiasmées, électrisées, il a précipité le dénouement avec cette généreuse témérité qui a alarmé un instant le Roi et M. de Cavour. euxmêmes.
Quand une nation produit simultanément trois hommes de cette trempe, trois individualités si originales et si puissantes, c'est que l'heure de cette nation a sonné. Les forces diverses que ces trois caractères représentent, réunies en faisceau et dirigées vers un même but, sont invincibles. Certes les puissances absolutistes de l'Europe ne voient pas avec joie les événements qui s'accomplissent en Italie, elles se sont réunies k Varsovie et chaque jour elles échangent des projets ténébreux ; le clergé tout entier, sur tous les points du globe, réagit de toute sa puissance contre l'œuvre de l'unité et de l'indépendance italiennes. La papauté a lancé ses foudres, Pie IX a fait appel à la chrétienté, il a appelé les fidèles h sa défense, il leur a demandé de l'argent. A quoi cela a-t-il abouti ? à rien. Le Saint-Siège a perdu ses provinces et doit à la France le peu qu'il
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possi'dc. L'Aiilriclic ;i iicidii l;i Ldiiiltanlic ; les ^laiids-diics (ml pcnlii k'iirs piincii)aiit(''S de Toscano, di" Panne cl de IModônc ; le roi de Najjles, apivs avoir perdu la Sicile, a perdu sa eapilale, où Vielor-Kuiinauuerentio on triouiphal(Mir, appelé par le \omi des populations. Kt tout cela, pourquoi? Paire qu(! Vicloi- Kmnianuel, Cavoui- et (iariltaldi représentent les trois laces d'une idée juste, parce (pi'ils sont dans les desseins du Dieu lihérateur, parce qu'ils émancipent des peuples, tandis que tons leurs adversaires ne songent qu'à opprimer ou asservir.
Nous avons essayé de caractériser le rôle important que M. de Cavour a rempli et continue à remplir dans cette trilogie, dans cette œuvre prodigieuse qui ouvre aux peuples Européens une ère nouvelle et consacre pour eux un droit nouveau. Le descendant d'une des plus anciennnes maisons souveraines de l'Europe, le dernier rejeton d'une des plus illustres familles de l'Italie et le fils d'un pauvre pêcheur de Nice, unis dans une même pensée, poursuivant le même but et travaillant ensemble, par des moyens difierents, à la constitution de l'indépendance et de l'unité italiennes, préparant la transformation du catholicisme par la suppression du pouvoir temporel de la papauté, n'est-ce pas là nn fait prodigieux, n'est-ce pas nn miracle plus saisissant que celui de la liquéfaction du sang de saint Janvier à Naples ?
Cette rapide appréciation de la carrière politique de M. le comte de Cavour serait incomplète si nous ne disions un mot de l'attitude qu'il a prise vis-à-vis du clergé piémontais et de la tournure qu'il a donnée aux relations de la cour de Turin avec le gouvernement pontifical.
Il eût été impossible de constituer l'unité de l'Italie en laissant au clergé catholique la faculté de contreminer l'renvre laïque de l'émancipation des peuples, en ne brisant pas dans ses mains les armes spirituelles dont il faisait, dans l'ordre tenq)orel, un si déplorable usage. M. de Cavour et Victor-Emmanuel ont sagement compris qu'il était possil.)le de séparer les intérêts spirituels de la religion de ses intérêts mondains, de sacrifier ceux-ci sans porter atteinte à ceux-là. Cete lutte contre les prétentions cléricales est la gloire de M. le comte de Cavour ; il y a apporté sans cesse une fermeté et une modération qu'on ne saurait trop louer. .
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Nous no saurions ici ciuirmjrçr Irs iiiciili'iils ii(piiil)rfii\ de ci'lli; lutli- (jiii ;i soulevé tant de passions ot allumé tant de pieuses colères. I);iiis les discours que le Comte a prouoiu'és à la tiihnnc, dans les notes diplnMialiipics qu'il a l'édifiées, nous li(iu\ons Idiijours cet esprit calme cÀ sur, celle dioilr laisun (Umt il a ddiiiK' tant de preuves. Nous pouiriuus citer ici des pii^cs (pu' ne désavouerait aucun de nos plus ;,n'auds écri\ains. Nous pr(''rcrons enq)rnnter quelques lignes à une répli(pie improvisée (pie le Comte pronom-a dans la séance du 30 décembre 1857, à propos de la discussion relative à la pression exercée par le clergé des États sardes dans les élections. La pensée de M. de Casour, celles du Roi et du gouvernement y sont exprimées avec \nie remarquable netteté :
(i Je ne crains pas, dit-il, les luttes politiques lorsqu'elles sont soutenues avec des armes légales ; mais je ne puis pas en dire autant lorsque le clergé ])eid impunément se servir des armes spirituelles dont il est investi pour des de\oirs tout autres que celui de faire triompher tel ou tel candidat. Oh ! alors, pour sur, la lutte ne serait plus égale ! Si on laissait l'usage de ces armes spirituelles s'établir et se consolider sur ce terrain, la société civile courrait les périls les plus graves ; la lutte légale serait en danger de se changer en lutte matérielle. Quand le clergé peut impunément dénoncer dans les assemblées électorales ses adversaires politiques, depuis ceux qui régissent l'État jusqu'au dernier fauteur des idées libérales, comme des ennemis acharnés de l'Église, comme des hommes qui méritent les foudres divines, il pourrait aisément porter ceux qui l'écoutent à s'opposer au gouvernement et à la majorité, non-seulement avec les armes de la légalité, mais en outre avec des moyens matériels. C'est pourquoi je n'hésite pas à proclamer que, si l'emploi abusif des armes religieuses pouvait avoir lieu impunément de la part du clergé, nous serions, dans ini temps plus ou moins éloigné, menacés des horreurs de la guerre civile. »
Ces paroles étaient si sages que le chef de la droite, M. le marquis de Costa de Beauregard, ne put se dispenser d'appuyer la politique du premier ministre : « Je suis d'avis, dit-il , que la menace d'excommunication ou de refus de sacrement devra motiver l'enquête. »
Ce n'est pas le moindre des bienfaits rendus à sa patrie par M. de Cavouv que d'avoir établi dans la conscience d'un peuple si longtemps courbé sous l'intluence cléricale, sous le manteau de plomb des superstitions et des préjugés, cette distinction radicale entre le spirituel et le temporel; entre ce qui est impérissable dans la religion et ce qui est humain et transitoire; entre la morale du Christ et les intérêts ou les ambitions du clergé. C'est