‹ Les célébrités du jourChapitre 25 sur 42 · LE CARDINAL ANTONELLI · texte numérisé non relu

LE CARDINAL ANTONELLI

Î^^^k(i ous aurions quehjue peine àdissimuler nos secrètes sympathies - ^iT{?Y pour cel c'irange personnage. Il a été vivement attaqué de part et 'A VJ'K d'autre; nous avons nous-mènie plus d'une fois maudit son '^i:^êr^y^:yf-^''j^ iidluence: c'est que nous n'avions pas compris l'utilité du rôle «^«|ir:^^cr^ qu'il remplit. Lorsque l'œuvre laborieuse à laquelle nous tra- ')jf^^^^'. vaillons aujourd'hui sera terminée, lorsque l'Italie sera rendue '-^^^'P'I h elle-même et constituera une puissante unité nationale, lorsque ^'C'Kl' l'Autriche aura été chassée de Venise, lorsque Rome sera la capitale p^U^' d'un pays libre, et lorsque, par conséquent, la Papauté aura perdu (rvJ/' tout pouNoir temporel, nous reconnaîtrons l'utilité du concours que W nous aura prêté le cardinal Anloiielli; nous couiprendrons que sans lui, sans les haines (|u'il a amassées autour du trône pontifical, sans la déconsidération politique qu'il a attachée au gouvernement du Saint-Siégc, sans les violences, les scandales de son administration, sans sa résistanceoiistinée à toute

idée de proprii-s, ;"i ((uilc ivlormo, les ivsullats eussent forcéinenl été plus lents.

Anlduclli a l'ail plus (|U(' ([ui (|ii(' ce suit pour éc'.lah'cr l'opinion publique, pour lui déinonlivr le danger que l'ait eourir à la leligion et à la société cette confusion (les dvuK |)(ui\(iirs, spirituel et temporel, aux mains du Souverain-Pontife. I.'lieure de la justice sonnera donc pour cet lionune habile (jui a voulu servir à sa manière la révolution, pour ce ministre hardi qui est entré au Vatican revêtu de la pourpre eardinales((ue, et qui a sacrifié son nom, sa réputation d'honune d'Klat, alin de perdre plus sûrement la puissance temporelle des papes.

rs'ul ne pouvait mieux qu'Antonelli accomplir cette diflicile mission, mener à bleu cette gigantesque hypocrisie. Il est presque inutile dédire que nous ne parlons ici (pie du ministre, de 1 homme public, et nullement de l'homme privé, ddul nous n'avons point à nous occuper et qu'aucune de nos appréciations ne saurait atteindre. Si le cardinal-ministreest justiciable de la presse, monseigneur Antonelli doit lui rester inconnu.

Ce fut près de Terracine, lieu fatal aux chaises de poste et aux diligences , dans la petite bourgade de Sonnino, que le 2 avril 180G la femme d'un pauvre bouvier mit au monde un enfant pâle et chétif qui reçut le nom de Giacomo Antonelli. Sou enfance fut bercée au récit des aventureuses expéditions de ses compatriotes; il apprit de bonne heure comment on rançonne les voyageurs, comment on dépiste les gendarmes, comment on lutte avec eux; mais de bonne heure aussi il apprit comment on succombe dans ces luttes, car sous Pie VII et sous Léon XII, alors que son esprit commençait à se développer, il vit plus d'une fois, exposées sur la place publique de Sonnino, les tètes des voisins, des amis, des parents qui lui avaient eux-mêmes, pendant les veillées d'hiver, raconté leurs hauts faits.

Ce spectacle était bien fait pour inspirer de sérieuses réflexions. Le père du jeune Antonelli savait que, pendant l'occupation française, un membre de sa famille avait été condamné à mort et exécuté à la suite de certains démêlés avec la justice. Il désira pour son fils une carrière plus honnête et moins périlleuse. Le pauvre bouvier de Sonnino fit si bien qu'il par\inl à faire entrer le petit Jacques au grand séminaire de Rome, non que l'enfant eût le moins du monde la vocation ecclésiastique, — le milieu dans lequel il avait grandi n'était guère propice à l'éclosion d'une vocation pareille, — mais le séminaire permettait (1 entrer dans les fonctions publiques, et la famille comprenait vaguement que l'exploitation de ces fonctions' dans les Etats-Romains devait être plus lucrative et moins dangereuse que celle des grandes routes.

Le jeune montagnard se fit remarquer par la vivacité de sou esprit, la prorap-

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lilmlc (le son iiitplli.îPnco ot siiildiil par (kuix qualités qui seinlileut exclusives lune (le l'aulr*,' : iiiic yraiidi^ souplesse tle caractère et une fermeté énergique dans ses volontés. 11 reçut les pi'cniicrs ordi'os et arii va jusqu'au diaconat, ce qui n'engage h rien. La priMrise pouvait le gêner dans l'accomplissement de ses desseins et il y renonça. Voyageur prudent, il ne voulait pas se charger de liagages inutiles.

Il fut présenté à Grégoire XYI, qui lut frappé de cette physionomie vive et accentuée. Ce jeime diacre au teint histré, à la lèvre fine, au regard profond, cet ensemhle de traits qui donne à la figure de monseigneur Antonelli heaucoup d'analogie avec celle des oiseaux de proie, ce jeune diacre plut à Sa Sainteté, (pii lui accorda sa souveraine protection. On en fit d'ahord un monsignor. C'est la moindre des choses; il existe à Rome et dans la domesticité du palais pontifical une multitude de fonctions qui donnent la prélature et le titre de monseigneur. Ce n'est rien en soi, mais c'est un marchepied, et Antonelli n'était pas homme à ne s'en point servir.

Le vent soufflait alors h la réaction. Antonelli se fit, sans effort, réactionnaire; il exagéra ses opinions dans ce sens, et, pour utiliser les services de ce jeune monsignor, on le nomma assesseur au triluinal criminel supérieur; puis il fut délégué à Orvieto, à Viterhe, à Macerata. Partout il déploya un zèle frénétique. Se dévouant dès lors à la mission qu'il s'était donnée de servir la cause révolutionnaire en déconsidérant le pouvoir temporel de la Papauté, en le rendant odieux, il fut rigoureux, impitoyahle. Il appela si vivement ainsi l'attention sur lui que le gouvernement pontifical, pour récompenser de telles ardeurs, le nomma en 1841 sous-secrétaire d'Etat au département de l'intérieur.

L'amhition d' Antonelli visait plus haut, mais il accepta ce poste avec joie. Il pouvait de Là exercer sur les affaires et les destinées de la Papauté une infinence dissolvante. Il ne manqua pas à ce devoir, et ce fut à partir de ce moment qu'il songea aussi à édifier sa fortune personnelle et celle de sa famille. Mais pour atteindre ce hut, il voulut passer de l'intérieur aux finances. Ce n'était pas facile: les a\enues étaient bien gardées, les positions étaient occupées. Antonelli ne se découragea pas; il fit jouer les grands ressorts de l'infiuence féminine, il circou\iut adroitement le Saint-Père, et en 1844 il fut nommé second trésorier.

.Miiis un second tirsoi'ici' siijiposc un |)rnni('i' Iri'siiiicr. (|ui diiii.'!'. siii'vcillc, coulmlc. Tosti riait alors ^raiid-lrr'soi'icr (1rs deux cliaiidiics a|i(isloli(|iii's, c'cslù-diro niiiiistrc des liiuinoos. 11 s'agissait de renverser Tnsli. (|iii nVlail pas do force à hiltor contre le rusé ni(tntagnard de Snnnino. Vai moins d'un an 'l'osti céda sa place à Antonelli. Ce fut alors ([ne celui-ci pla(;a ses frères, ses cousins, ses amis, et (jne l'iuimhle bouvier de Sonnino, son père, fut élevé aux fondions d'intendant et de receveur municipal.

Monsignor Antonelli élail occupé de' ces soins pieux quand le conclave élut Pie IX. Le bon et bonnète Mastaï avait des velléités libérales. Aniniii'lli orienta ses voiles en conséquence et dexiiil plus libéral (pie le Pape. 11 le poussa sur cette pente. L'ancien dél(''gué d'Orvielo, de Mterbe, de Macerata, (pii s'était distingué par ses rigueurs réactionnaires, se cbangea en agneau. 11 lit des bomélies sur les mallieureuses destinées des peuples, sur les dangers de la tyrannie et du pouvoir absolu. Pie IX fut encbanté d'avoir sous la main un démocrate de cette force; son caractère faible et timide fut captivé par cette souple et énergique nature. « Je veux vous faire cardinal, » dit le Pape dans un élan de reconnaissance. Autonelli baissa les yeux avec bumllité, prétendit qu'il était indigue d'un si grand honneur, qu'il ne consentirait à accepter cette dignité que si elle lui permettait de servir plus efficacement les intérêts de la Papauté et la cause sacrée des réformes libérales. Le bon Pape n'y tint pas, il embrassa avec effusion ce serviteur modeste, et, le 12 juin 1847, Antonelli fut créé cardinal de l'ordre des diacres.

Être prince de la sainte Église, c'est beaucoup sans doute; mais il ne fallait pas perdre de vue les petits intérêts de ce bas monde. Antonelli se trouvait bien aux liuances; il n'eut pas de peine à persuader au Pape que c'était le poste oii il pouvait lui être le plus utile. En conséquence, il resta ministre des finances, et en cette qualité il fit partie du premier conseil des ministres établi par Pie IX, et qui eut pour président le cardinal Gizzi. Ce fut à cette époque que le Pape songea à établir une Consulte d'État, sorte de commission extraordinaire chargée d'examiner les besoins nouveaux, les réformes possibles. Qui pouvait présider cette Consulte mieux que le cardinal Antonelli, le prêtre libéral dont les idées avancées avaient séduit le Pape réformateur? Le cardinal, en effet, poussa la Consulte dans la voie des réformes; sous son iulhiencc, elle formula des propositions trèspatriotiiiues ; mais en sa qualité de membre du cabinet et du Sacré-Colli''ge, le cardinal contiibua puissamment à faire repousser les propositions qu'il avait approuvées ou inspirées dans le sein de la Consulte. 11 ménageait habilement, suivant une expression populaire, la chèvre démocratique et le chou autrichien.

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La rôvolulinii de 1848 éclala sur cosonircf'ailos. On sait qiifllos os])(''rancos elle éveilla en Italie. Antoiielli, pour être maître du niouveiiieiil, feignit di^ vouloir le diriger; il sut habilement conciuérir les sympathies du peuple, pauM'e p(!uplc si facile à tromper! Aussi, lors(|u'au mois de mars, sous la pression de l'opinion publi(jue, le cabinet Giz/.i dut l'aire place à un ministère plus libéral, h; cardinal Antonelli en devint le président, et ce choix fut acclamé par toutes les classes de la population.

Le cardinal semblait alors abonder dans le sens du parti national: ce fut lui qui combattit les indécisions de Pie IX lorsqu'il fut question de mettre en campagne une armée de 17,000 hommes destinée à combattre les Autrichiens, nonseulement dans les Légations dont ils s'étaient emparés, mais encore dans la Lombardie. Dans ce temps-là, Antonelli rêvait la gloire du cardinal Richelieu ; il eût volontiers ceint la cuirasse et l'épée par dessus sa soutane rouge. Il exprimait tout haut et avec chaleur cette opinion, «(juil n'y avait de salut pour la Papauté que dans sa participation ouverte et déclarée à la croisade nationale contre toute domination étrangère, et plus particulièrement contre la domination autrichienne. »

Sincère ou non, ce généreux élan ne pouvait être de longue durée. Le cardinal calculait de sang-froid les chances que lui ofi'raieut les deux partis. Dans le grand mouvement de la nationalité italienne, son individualité disparaissait; à Rome, au contraire, avec l'ascendant qu'il avait pris sur le faible Pie IX, nul ne pouvait lui contester la première place. Et puis, ce chapeau rouge cju'il avait tant ambitionné pouvait-il se fourvoyer au milieu des masses populaires, quand le haut clergé tout entier protestait contre la révolution triomphante? Son choix fut bientôt fait : le cardinal rompit définitivement avec les idées libérales et quitta le ministère, mais il ne renonça pour cela ni aux affaires, ni aux intrigues politiques; il ne cessa pas d'être le conseiller intime du Saint-Père. C'était par lui que Pie IX correspondait avec Charles-Albert, faisait élaborer des projets de lois, nommait aux fonctions importantes; ce fut sur ses indications que le Pape renversa le ministère Mammiani et plaça à la tête d'un nouveau cabinet l'infortuné Rossi, homme d'Etat intelligent et habile sans doute, mais le moins propre, sans contredit, à diriger la Papauté au milieu des crises et des difficultés soulevées par ïvkd de la Péninsule.

I,a Idiiniiirc (pic iio (anlrroiil pas à piciidiv l(>s all'aiics irilalic iic fui pas (I(> iialiiii'à lui l'aire n'i^rcllcr la irstiliilidii ipi'il avuil pi-isc. Aiilouclli a\ail tous les a\aiitages du pouMtir sans on a\oir la irsponsaliililé. 11 avait prossouli ronijre, l'iu'afjje éclata, (^u sait au milieu de (pielles dépjoialiles eirediistauces Hossi l'ut (ué. Nous (liriiins \olouliei's le mot de M. de Talleyrand : (le fut plus qu'un crime, ce fut une faute! Et cette faute, ce crime détestable i'uieut exploités par la contrerévolution avec une infernale habileté. Le cardinal Aiilniielli no se souciait pas de subir im pareil sort; il conseilla au Pape de fuir, et Pie IX accepta ce conseil avec empressement. Antonelli dirigea sa fuite, et, d'accord avec le roi de Naples, il choisit pour refuge h la Papauté la forteresse de Gaëte, où il ne tarda pas à aller rejoindre le Pape fugitif.

Antonelli exerçait déjà un trf's-grand ascendant sur l'esprit de Pie IX. Une fois à Gaéte, quand le Saint-Père était bourrelé de remords, quand il se reprochait d'avoir lui-même, par ses velléités de réformes libérales au début de son règne, allumé l'incendie révolutionnaire; quand il se frappait la poitrine et voyait des apparitions de saints et de saintes qui venaient l'affermir dans ses résolutions nouvelles, lui montrer la religion en péril et en péril par sa faute, le rusé cardinal prit un empire souverain sur cet esprit faible, sur cette àme tourmentée. Le Pape ne vit plus que par les yeux d' Antonelli; il ne se décida à rien sans l'avoir consulté. Le cardinal Antonelli règne et gouverne en réalité, depuis lors, sous le nom de Pie IX. Il fut nommé secrétaire d'État de la Cour pontificale. Il se montra favorable à l'idée d'une intervention autrichienne, lui qui, quelques mois auparavant, avait hautement déclaré qu'il n'y avait pour la Papauté qu'un moyen de salut : la direction d'une croisade nationale italienne contre l'Autriche. Il repoussa les députés de la Commission provisoire de Rome venus à Gaëte pour offrir leurs hommages au Chef spirituel de la chrétient(''. Il protesta en sou nom d'aliord, puis au nom de son Souverain contrQ le nouveau gouvernement; il eu appela à toutes les cours catholiques, et les somma de rétablir le Pape dans son domaine temporel.

La République française eut la faililesse de répondre à cet appel. Une division française, sous le commandement du général Oudinot, débarqua à Civita-Vecchia en avril 1849. Alors même qu'elle venait prendre à Rome la défense du Saint- Siège, la France était suspecte. Ne portait-elle pas la révolution dans les plis de son drapeau ?

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Uomo capitula. Lo Papo no demandait pas niiciix (|iir de li'iiioigncr sa reconnaissance cl SCS lii)(''ratçiirs, d'allor imniédialcinciil iiicndic possession du trôno que la France lui rendait; mais Pie IX n'avait plus de Nolonlr. Souverain noniinid, il avait abdiqué en réalité sa puissance entre les mains d'Antonelli. Celui-ci s'opposa à ce que le Pape exprimât ses sentiments; il lui inspira, au contraire, une attitude pleine de réserve et de défiance: « Prenez f;arde, Saint-P^re, la Révolution va se déchaîner de nouveau ! » Et devant cette menace le Pape cédait en lrend)lant.

Antonelli fit son entrée à Rome comme dans une ville conquise; il prit des mesures répressives (jui produisirent un elfet déplorable, et il ne fallut rien moins que l'intervention directe du gouvernement français pour l'obliger à traiter l'armée française avec les égards qui Ini étaient pourtant bien dus, car sa présence seule soutenait alors, comme elle soutient encore aujourd'hui, ce trône chancelant. Douze années se sont bientôt écoulées depuis ([ue la France a accompli cette restauration: qu'a fait le Saint-Siège, pendant cette longue période, pour asseoir sa souveraineté temporelle si précaire? Quelles réformes a-t-il consenties? Quel cas a-t-il fait des conseils désintéressés de la France? Quels efforts a-t-il tentés pour se concilier les sympathies populaires, sans lesquelles nul trône n'est solide? Au lieu de cicatriser la plaie, le cardinal Antonelli l'a envenimée; il aurait été chargé par la révolution de servir auprès de Pie IX ses intérêts, de hâter le triomphe de la cause nationale, qu'il n'eût ni mieux ni autrement agi.

Si l'on juge sa conduite à ce point de vue, si on le considère comme un agent révolutionnaire en mission auprès du Saint-Siège pour ruiner son pouvoir temporel, Antonelli est un homme d'une habileté consommée. Si, au contraire, il est sincèrement dévoué aux intérêts de la Papauté, s'il croit que le maintien du pouvoir temporel est indispensable au chef de l'Église, que, sans ce pouvoir, sans cette motte de terre, pour nous servir de l'expression pittoresque du Père Ventura, la religion catholique est sérieusement compromise, le cardinal est le plus maladroit, le plus mal inspiré des hommes d'État. C'est lui qui mène le deuil de la Papauté temporelle; c'est lui qui, par ses violences et ses fautes, la compromet sans retour. Or, si sévèrement que l'histoire le juge, elle ne pourra refuser à cet homme ni assez d'esprit ni assez de perspicacité pour qu'il n'ait pu mesurer la portée de ses actes, pour qu'il ne se soit pas rendu compte de l'effet qu'il produisait. C'est grâce à lui que les Romagnes se sont détachées des États pontificaux; c'est grâce à lui que les Marches et l'Ombrie se sont jetées avec un si patriotique entraînement dans les bras de Victor-Emmanuel. Et si les populations du tlomaino de saint Pierre n'ont pas imité l'exemple de celles des autres

|ir(i\iiicfs, le ciiidiiinl s;iil liicii (nic ce irsiillal ne lui csl pas i\ù. ijiril csl le l'ail (11' la iHcssidu (|U(Mmiis ('\ncoiis sur elles par la |»réseiice de iiiili'e aituée.

(Ifi (Idiie est riialiileli' eu Idiil cela? Il ne |ieiil \ aMiii' iiaiiileli' (|iie s'il y ;i Iraliisdii. Il l'aiil iiécessairenienl (i|)ler eiilre ces deux leiiiies : ou le cardinal Autonelli csl un idinl, — el rien n'indi(|iie ([u'il lesoil, — (lu il a lialii le Sainl- Sit'ge eu loigiiaiit do lo servir; (lu il s'est Ironipé grossièienieiil, coninio il n'est pas permis de se tromper, on il a in<lignemeut trompé. INiais on Irnîli'c! l'iiisloire prononciM-a. Mais ])()ursui\ons.

Pie IX était rentré à Home le 12 avril 1850, sni\i du cardinal Anionelli, ministre secrétaire d'État au déj)ailemeMl des all'aires étrangères. Le preiiuer soin de celui-ci, ainsi que nous l'avons dit, avait él<' de donner à la Papanté une attitude de <léfiance injurieuse contre l'armée française qui lui avait ouvert, au prix de si diiuloureux sacrifices, les portes de Rome.

Le cardinal ne s'en tint pas là: il fit tout ce qu'il était en son pouvoir de faire pour rendre le gouvernement pontifical odieux, pour ruiner les finances pul^liques déjà si gra\ement compromises par les prédécesseurs de Pie 1\ , pour détruire en mi mot tout germe de prospérité intérieure.

11 fait des tribunaux l'instrument des plus détestaldes vengeances. Par deux édits successifs, il constitue les départements ministériels , établit mi conseil d'Étal dévoué à sa politique et réorganise sur les bases les moins libérales l'administration des provinces et celle des communes. Cette réorganisation a pour effet le désordre financier, l'anéantissement du commerce et de l'industrie, le dépérissement des études, l'impunité assurée au brigandage, la permanence de l'état de siège, le mécontentement universel. L'habile cardinal eût été chargé par une puissance occulte de pousser les provinces au désespoir, de les engager à saisir ardemment la première occasion qui s'offrirait de secouer un joug détesté, qu'il ne s'y fût pas pris autrement.

Et remarquez qu'on ne peut excuser ici le ministre eu disant qu'il a eu la main forcée par un pouvoir quelconque égal au sien. Non! jamais, dans aucun temps, les attributions du secrétaire d'État ne furent plus larges, moins contrôlées que celles dont jouit le cardinal. Le Pape règne nominalement, Antonelli gouverne eu maître absolu. C'est lui seul qui traite avec les ambassadeurs étrangers; c'est de lui seul que les cardinaux-légats reçoivent leurs instructions; c'est lui qui préside les tribunaux de juridiction ecclésiastique et de juridiction mixte. L'administration, c'est lui; la police, c'est lui, lui seul. 11 confère, au nom du Pape, les honneurs et les emplois. Les autres ministres ne sont pas ses collègues : ce sont deg commissaires (^u'il nomme à son gré, et c'est lui seul qui reçoit les

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rôclaniations pro\'oqu(''Cs |i;ir Iciiis drcisidiis. IJi inrinc (cmiis (|uc secrétaire d'Élal. il ;i(''t6 iniiiislre des aimes iiis(|ir;ui inoiiicnt où la gravil6 des circonstances a olili^r le cardiiiiil à conlier ce poste à M. do M(''rode, en luèiiK! temps qu'il confiait le connnaiidenient de l'arm/'e h l'infortuné général de Lanioricière, glr»irc éteinte, héroïque soldat devenu, par le malheur des temps, un aventurier de pape et d'épée.

Le cardinal Antonelli était Idiil, pouvait tout, ordonnait (ont. Comment se fait-il qu'avec ce pouvoir prodigieux, avec une intelligence incontestable, il ait poussé le Saint-Siège aux extrémités où il est réduit? Si nous élioiis de ceux (pii s'en affligent, quels griefs nous articulerions contre le cardinal! Mais nous appartenons. Dieu merci! h la cause que monseigneur Antonelli a servie indirectement, et il ne nous reste qu'à regretter, pour cette juste cause, qu'elle ait trouvé un pareil serviteur et de pareils services.

Et l'honuète Pie IX ne voit rien de tout cela ! Son aveugle confiance est sans bornes. Lorsque, en I800, la France et l'Angleterre lui adressèrent de vives remontrances sur la politique déplorable suivie dans les Elats-Romains, le doux Pontife toml)a des nues. Le cardinal joua alors, avec un talent consommé, la scène de Tartuffe : " Ils ont raison, je suis un serviteur indigne, je compromets le Saint-Siège et la religion; souffrez, Saint-Père, que je me retire et que j'aille dans l'ombre et le silence expier mes fautes. » Et le cardinal, en effet, offrit sa démission. Le Saint-Père, suivant son habitude, pleura à chaudes larmes, embrassa son cher frère, si indignement calomnié par les gouvernements français et anglais et déchira la démission. Vaincu par les prières du Pape, Antonelli se décida à conserver le pouvoir. Hélas!

Ce fut peu de temps après celte époque qu'une tentative d'assassinat, non suivie d'effet heureusement, fut dirigée contre le cardinal. On ne sait pas même si le coupable était porteur d'une arme. Le tout-puissant secrétaire d'État aurait pu faire grâce; l'assassin fut condamné à mort et exécuté. Depuis ce temps, monseigneur Antonelli est en proie à des terreurs inimaginables. Une courtisane romaine qu'il honorait de ses bontés a raconté à ce sujet un détail édiliant qui a été publié par un spirituel écrivain: a Lorsque j'arrivais au rendez-vous, il se jetait sur moi comme un fou et tâtait passionnément mes poches; lorsqu'il s'était assuré que je ne portais point d'arme cachée, il se souvenait que nous étions. . . amis. »

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Nous rappelons vo fait parco qu'il auloi'i peindre l'Iionimo, et non dans l'iideididn (lo décrier les in(enrs dn cardinal. Par état, il n'est oljUj^r ni d'rde lirave ni d'èfre chaste. 11 tient à la vie, c'est tout simple; il se l'est faite assez belle pour (pi'il aille lépfitimo désir d'en jouir le plus lonijtenips pnssil)le ; et quant aux relations do la nature do celles que nous venons de rappeler, elles sont trop complètement dans les habitudes et les traditions dn clergé romain pour qu'on ])uisse songer h en faire un crime à monseigneur Anfonelli. D'ailleurs, à ceux qui ont le mauvais esprit de l'attaquer sur ce point, ses amis répondent bravement: a 11 n'est pas prêtre ! » Et ils ont raison : le cardinal, n'ayant jamais reçu que les ordres mineurs, n'a jamais dit la messe. Dans un pays où les prêtres eux-mêmes se gênent si peu et mènent à front levé une existence très-mondaine, très-scandaleuse quelquefois, les plus gros péchés du cardinal Antonelli en cette matière ne.sont que des peccadilles. Ses opinions à ce sujet sont très-arrêtées ; il n'a pas acquis sa hante position et sa grande fortune pour n'en point jouir à sa guise. C'est là, au surplus, le domaine de la vie privée, et nous ne le voulons point aliorder.

Le cardinal est doué d'une grande finesse d'esprit. Sa photographie est exposée à Paris derrière la vitrine de tous les marchands d'images, et on peut, en observant ses traits fins et accentués, son regard chercheur, sa lèvre pincée et railleuse, deviner les lignes principales de son caractère. On sent que cet homme peut se faire aussi humble qu'il le faudra en des circonstances données, et que l'instant d'après il pourra être aussi hautain, aussi impertinent que s'il était né dans une famille princière. Il est naturellement violent et emporté ; il a su se vaincre : c'est à cette condition seulement qu'il a pu prendre sur le Souverain-Pontife et sur ses collègues en robes rouges cet ascendant qui fait de lui, au moment où nous sommes, le maître absolu des destinées du Saint-Siège. Le Saint-Siège, on peut s'y attendre, ne recevra pas de lui une bonne inspiration, et le Pape actuel est personnellement incapable de prendre une initiative quelconque. 11 ne voit et n'entend que par les yeux et les oreilles du cardinal ; il ne prononce pas une parole qui ne soit l'écho d'une parole d 'Antonelli.

La plupart des voyageurs qui ont visité Rome pendant ces dernières années et qui, après avoir été présentés au cardinal, ont rendu publiques les impressions que cette Eminence leur avait laissées, s'accordent cà dire qu'il est spirituel, railleur, aimable dans les relations privées. Sa conversation est vive et enjouée, semée de traits malins; il s'enquiert volontiers de ce qu'on dit de lui, et nous ne connaissons personne qui ait eu le courage de lui dire en face toute la vérité sur ce sujet délicat. Un touriste français exposait un jour devant lui les conséquences de sa politique, l'isolement dans lequel elle plaçait la Papauté, et le cardinal, avec ce ton

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(le pci'sidago qui lui csl f.unilici-, ic^pliquait : « Nous no sommes pas aussi aliautlonués que vous lediles; nous avons ]Kiiir iimis M. (1(î Villemaiu!

(( — (TosI hoaucoupsnns(lou(ejn''pli(|iia iiialici('us('nifM(,àson tour, l'iulcrlocu- (cur; luais sauvcra-l-il la cour <le Rome? Il est permis d'eu douter.

« — La Fi'ance est plus à ])laindre que nous, répondit en souriant le cardinal ; nous pi'ious pour la France ! »

Le cardinal Antonelli plaij^nant la France et priant pour elle ! C'est un spectacle assez curieux. Dieu ne serait pas juste s'il n'accueillait pas d(! telles })rières.

Le même touriste raconte que, dans la suite de la conversation, il prononça le mol fatidique : Réformes !

(( — Que vous connaissez mal le peuple romain ! reprit avec vivacité le cardinal ; qu'a-t-il besoin de réformes? (jue lui importent ces réformes dont vous parlez? Il ne les connaît pas. Il a du pain et le spectacle des pompes du catholicisme : que lui faut-il de plus? »

Ce qu'il lui faut ! Que la France, pour laquelle le cardinal a de si tendres commisérations et de si ferventes prières, retire de Rome la force armée qu'elle y entretient depuis douze ans, et monseigneur Antonelli apprendra immédiatement ce qu'il faut au peuple des Etats-Romains; il veira alors si ce peuple est déshérité et abruti à ce point qu'il se contente de pain ou du spectacle des pompes catholiques. L'expérience est si facile à faire ! Pourquoi ne pas la tenter? Puis(jue la dure leçon de 1848 ne suffit pas, puisque l'empressement avec lequel les Romaines et les autres provinces du Saint-Siège quel'armée frauçaisene maintenait pas dans l'obéissance, puisque cet empressement, disons-nous, n'a rien appris aux défenseurs du pouvoir temporel de la Papauté, il faudra bien qu'un autre coup de foudre les éclaire. Quand éclatera-t-il? C'est le secret de la Providence, qui dirige à son gré les destinées des rois et des peuples ; mais on peut prévoir à coup stjr que le jour où lo gouvernement français, pai' uu motif quelconque, retirera ses troupes de Rome, ce jour-là, c'en sera fait de la souveraineté temporelle du Pape; ce jour-là, on verra si les habitants de Rome se contenteront, comme leurs aïeux, de pain et des jeux du cirque.

Nous le demandons à tout lecteur de lionne foi, comment ne pas douter de

■la sincérité des convictions d'un honnue d'État aussi habile, aussi exercé que

l'est le cardinal Antonelli, ipiund ou le voit se méprendre avec complaisance

188 antom:ij,i

siii' la j^i-avilr de la silualioii dans kuiucllc il a ciipagt'i le Saiiil-Sir^r ? Dire en plaisaiilaiil <|m' la Papaiitô n'ost pas si aliaiuldiiiirc (|ii (in Ui croil, parce qnVllc a .M. dt" Villcniain poni' adlirrciil; ajoulcr (jnc 1 (ni plaint la France et (pi'tm prie |)(iiir oUo, c'est bien , et persunn(! assurément ne sow^q h prendre au sérieux ces facéties. Mais jïouvorner et administrer comme gouverne et administre M. le cardinal Anlmielli, en i'idissant Inpinicm pnl)li(|ue, en remplissant les caclidts, en s'opposant à tontes réi'ormes, c'est préparer de parti pris nn(! catastroplie iiiéxilalile. Le cardinal ne peut 1 if,'norer, et (•cpciidanl il marclie traîne rés(di'imeid avec lui le Saint-Siéffe vers l'abîme. A^i(^ns-nous tort

cl en

de dire (pie le premier ministre, le confident de Pie IX. a\ail tontes les allures d'un agent révolutionnaire qui aurait accepté la l liste mission de précipiter vers sa ruine le pouvoir temporel de la Papauté?

Quand les événements préparés par le cardinal Antouelli et par ravcuglcment de Pie IX seront accomplis; ([uaud le Pape ne sera pins (jue ce qu'il doit être, conformément à la tradition évangélique, c'est-à-dire le chef spirituel de l'Église catholique; quand Rome sera devenue aussi ce qu'elle doit être , la capitale de l'Italie régénérée, ce sera une édifiante histoire que celle des rapports diplomatiques de la France et de l'Angleterre avec le gouvernement romain pendant la période cpii aura précédé la chute du trc'me pontifical. Jusqu'ici nous ne connaissons que quelques fragments de cette correspondance diplomatique, quelques lambeaux des notes échangées et l'espi-it gt-^néial qui les a inspirées. On verra alors ce fait , sans précédent, de deux puissances laïques nnissant leurs efforts , prodiguant leurs conseils, expédiant notes sur notes, dépêches sur dépêches, pour déterminer la Papauté à concéder des réformes populaires en vue d'affermir son pouvoir temporel, et la Papauté maudissant ces efforts, repoussant ces conseils avec hauteur, puis perdant, par cela même, cette souveraineté dont le maintien était l'objet de ses plus chères ambitions. On rendra alors cette justice au cardinal Autonelli, qu'il aura été l'agent le plus actif de ce grand événement, qui sera le point de départ de la plus grande transformation religieuse dont l'humanité ait été témoin depuis soixante siècles.

Ce fut en réponse à une de ces notes diplomatiques tlont nous venons d(# parler (jue le caidinal lit [tublier une statistique par laquelle il prétendait

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(l(5nioiifrer que, clans les États-Romains, los laK|nes occupaient tous les emplois civils, et (|ue los prêtres, an ronirairc, en élaicinl exclus. Pour soutenir sa tli^se, le car<liii;ii ('nunicrail tous les lanjucs investis des fonctions de ju;^es, secr('îlaires, commissaires, huissiers, ciiamhellans, valets de chambre, gendarmes, douaniers, copistes, etc. Mais ce que le cardinal ne disait pas, ce qui avait été l'ol^jet principal de hi note à hupielli.' il l'eiynait de répondre, c'est que des ecclésiastiques seuls avaient le privilège des charges supérieures, des enq)lois élevés, de tous les postes importants dans l'administration et dans l'État. Aucun laïque, en effet, ne peut entrer dans la diplomatie, ni dans les Iriiuinaux de Rote, de la Signature ou de la Sacrée-Consulte. La loi exclut formellement les laïques des fonctions de gouverneurs de provinces. Ce sont les ecclésiastiques de la Chambre qui composent le tribunal du contentieux administratif, et les études, l'administration supérieure, les institutions de Inenfaisance, tout est gouverné et dirigé en dernier ressort par des ecclésiastiques. Il fallait avoir le courage de le dire, d'autant plus que la fameuse statistique ne trompait personne, et moins que <]ui que ce soit encore les ambassadeurs français et anglais. Cette tactique est du reste habituelle au cardinal. Lorsque, dans le sein du congrès de Paris, le comte Walewski et lord Clarendon tirent remarquer ([ue le système administratif et politique des États-Romains pouvait créer des dangers que le congrès devait s'efforcer de prévenir, le cardinal se roidissait contre ces sages avis et affirmait que son administration était à l'abri de tous reproches. Tout le monde savait cependant qu'à ce moment même la seule prison de Bologne, sur 038 détenus politiques, n'en renfermait pas moins de 12i qui n'étaient ni condamnés, ni poursui\is, mais que l'on avait incarcérés par précmition , ainsi (pie le constataient los livres d'écrou.

Qu'est-il arrivé aussi? C'est que ce système a porté ses fruits, et qu'il aui-a pour résultat définitif la perte du pouvoir temporel de la Papauté. On se lamentera alors, on gémira comme on gémit et comme on se lamente aujoui-d'iiui; en accusant la l'évolution, les mauvais principes, on troublera les consciences, on sèmera les haines et les divisions; et cependant qui aura causé le fait de la dépossession? qui aura provoqué le résultat final? Le cardinal Antonelli est trop intelligent pour ne pas répondi'e, du fond de sa conscience, à ces questions.

Nous avons esquissé les liails principaux de la carrière politique du cardinal Antonelli. Nous nous sommes abstenu ile pénétrer dans les détails de sa vie

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privtV; iKUis pourrions {'■crii'C un Ndlunic a\oc les nolos qui, (]o divers côtf^s et de Rome surtout, nous sont parNcmios sui' les mœurs, les intrigues, les désordres de cette existence; sur les moyens dont le cardinal s'est servi pour élever l'édilice de sa fortune, sur 1 iullueuce qu'exercent ses frères pourvus par lui de fonctions importantes et lucratives.

Nous n'axons ni le temps ni le désir de vérifier l'exactitude de ces faits. La passion peut les avoir exagérés ou dénaturés, et. indépendamment de la réserve que nous nous sommes piescrite dans ce travail, nous considérons comme un devoir pour tout écri\ain de ne pas se laisser entraîner au delà des limites de ce que l'on peut appeler sa juridiction. Celte juridiction embrasse la vie publicpie, la libre appréciation des actes publics et de leurs conséquences bonnes ou mauvaises; mais elle s'arrête devant la vie privée.

Nous croyons ne pas nous être départi de cette règle salutaire. Le jugement que nous avons porté sur le cardinal Antonelli est-il conforme à celui que l'impartiale histoire portera plus tard? Si nous ne le croyions fermement, nous n'eussions pas pris la peine de le formuler. Nous avons pu nous tromper, mais nous affirmons que c'est de bonne foi.

Comment ne pas croire que le cardinal Antonelli a été fatalement placé près du Saint-Siège, dans la haute position qu'il occupe, avec l'influence souveraine qu'il exerce sur l'esprit du Pontife et sur les affaires pontificales en général, pour accélérer la ruine du pouvoir temporel de la Papauté, lorsque l'on songe à la simplicité, à l'innocuité des moyens à employer pour sauver ce qui est irrévocablement compromis aujourd'hui? Puisque le cardinal, auquel ses plus ardents adversaires ne sauraient refuser une très-haute intelligence et un esprit d'une vivacité peu commune, n'a pas cru devoir employer ces moyens; puisque, voyant recueil où allait se briser le gouvernement temporel du Saint-Siège, il n'a rien fait pour éviter cet écneil, au contraire ! il en faut bien conclure que le cardinal a agi résolument et de parti pris, que, volontairement ou non, il a été l'agent le plus actif de la révolution ((ui transforme la péninsule italique. Ce n'est donc pas une proposition paradoxale que nous avons émise au début de ce travail. 11 est possible que le cardinal n'ait pas conscience du mal qu'il fait au pouvoir temporel de la Papauté, ni du service qu'il rend à la cause des idées libérales; mais le mal n'en est pas moins réel et profond, le service n'eu existe pas moins. Il faut bien constater l'un et reconnaître l'autre.

Une personne qui a eu l'honneur de voir souvent l'illustre Emiuence dans une ■ assez grande intimité nous racontait dernièrement que le cardinal envisageait sans effroi les circonstances qui auraient pour effet de forcer le Pape à s'éloigner

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iiiio l'ois encore de Rome, et monseigneur ajoiiUiil : « Nous sommes bien revenus (le Gaëte ! Oui, il peut arriver tels événements qui forcent le Pape et le Sacré-Collégeà aller chercher un refuge en Allemagne ou en Espagne; mais l'exil ne sera pas de longue durée : nous rentrerons encore à Rome, et cette fois avec un tel éclat, un tel ascendant, une telle force, que nous n'en sortirons plus, n

Nous avons une entière confiance dans la personne qui nous rapportait ces paroles, et nous ne doutons pas que ces craintes et cet espoir n'aient été exprimés par le cardinal; mais ce ((ue nous ne pouvons sérieusement croire, c'est que cet homme d'Étal si habile se fasse illusion à ce point. Qu'il prévoie ainsi un échec inévitable, c'est possible ; mais qu'il croie h la possibilité d'une éclatante restauration du pouvoir temporel du Saint-Siège, nous ne saurions l'admettre. Oui, la Papauté est revenue de Gaëte en 1 849 ; mais comment y est-elle revenue ? A-t-elle été rappelée par le vœu des populations? Le peuple frappait-il sa poitrine et reconnaissait-il la faute qu'il aurait commise en la laissant s'éloigner ?

Hélas ! non ! Pour que Pie IX et les cardinaux pussent reprendre possession d'un pouvoir dont ils avaient fait un si triste usage, il avait fallu qu'une armée française vînt con([uérir Rome, que la République française vînt renverser la République romaine. Pour que, depuis onze ans, le Pape ait pu rester sur son Irùne et le cardinal Autouelli gouverner en son nom, il a fallu que notre armée demeurât en sentinelle autour du Vatican. La dernière heure du gouvernement romain sonnera le jour où il plaira à la France de retirer ses troupes. Si la France, obéissant à une saine politique, accomplit un jour, comme nous l'espérons, ce grand acte ; si elle comprend qu'en donnant depuis onze ans ce suprême témoignage de respectueuse sympathie au Chef spirituel delà religion catholique, elle exerce une pression regrettable sur le peuple des États-Romains ; si elle comprend que, par sa seule présence à Rome, elle fait obstacle à l'unification de l'Italie eu la privant de sa capitale naturelle ; qu'elle intervient en un mot là ofi elle s'est elle-même interdit et où elle a interdit aux autres toute intervention ; si la France, disons-nous, se décide cà retirer ses troupes, ce ne sera pas pour recommencer plus tard ce qu'elle fit en 1848 et 49: sa résolution sera bien arrêtée ! Et alors, comment revenir d'un nouveau Gaëte? Est-ce que vous seriez revenus de Gaëte, en 1849, sans l'appui delà France? Est-ce que, sans cet appui permanent et dévoué, vous seriez encore à Rome? Non ! Les instants de la souveraineté temporelle des papes sont comptés. Le cardinal Anionelli le sait bien, et il sait bien aussi que l'arrêt prononcé par la France, le jour où uotre armée s'embarquera à Civita-Veccliia, sera définitif.

Ce jour-là sera un grand jour dans l'histoire du monde : le génie du mal aura

siihi une irn''pai'al)le (léfailc. La rdij^ioii i'a(lu)li(|iie, privée di' loiilc doniinalion Iciiiporcllc, (Irpoiiillrc «le la Inùlaiilc liiiii(|iic do Ncssus, reuioiilci'a \cis s(»ii origine; elle se (lansIniMicra cl s'rpnicra au ro;^('i' d'ofi soiliicnl les cnscMgncnienls dn di\iii Maitro. Le cardinal aiiia élé un des inshunienls les plus aciii's de celle immense révolulion. 11 est pour la l'apaulé ce (lue M. de l*oligiiac lui pour ranli(pie monarclii(> rran(,'aise issue du droit divin. M. de l'olignac aussi crojail et disait (|ue l'exil de Cdiarles X ne serait pas de l(wigue durée, que la monarchie serait ra}»pelée a\ec cnlliousiasme parce peuple révollé. Trente années se sont écoulées dejuiis lors; c'est peu de chose, il est vrai, dans la vit; d'une naliou, mais c'est heaucoup dans la vie des liommes. Où est le droit divin aujourd'hui? et la France vous paraît-elle disposée à l'acclamer?

II en seia de même ])our cette royauté romaine dont le cardinal Antonelli conduira le deuil : elle s'évanouira un jour comme un image s'évanouil à l'horizon, et, dans quehiues années, nos fils, songeant aux émotions qui nous agitent, se diront ce que imus nous disons nous-mêmes en songeant à la monarchie de droit divin : Où est-elle ?

SoS »IP. KENOU £r UlULLE.

Typ. Ernest Meyer, k Paris.

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