I. \i!i i; Al.lii. i
CVs( à Marseille inênie (|ii(' (iaiilialdi a|i|iril la ikmivcIIc de l'anvl (|iii ra\ail frappé par ('(iiitumace. Sa |)a(i'i(' lui riail Icriiirc; il piil du scivicf siii' la (Idllc du hey de Tunis; bieiilôl las dUii poste qui ne prouiellail l'ien à son actixili', il partit pour Rio-Janeiro. Là, pendant quelque temps, il se livra à desopéralimis eonnnerciales, mais le coniuierce non plus n'ollVait aucune satisfaction à ses instincts guerriers. La république de Rio-Grande était eu guerre avec ses voisins ; (iiarihaldi lui propose le secours de son bras et de son expérience (pTelle accept(! avec empressement. Muni de lettres de marque, l'intrépide capitaine lit le niétir^r de corsaire qn 'avaient illustré Jean-Bart et Surconf. De corsaire devenu hicnlnt après commandant <le la flotte de Montevideo, il quitta la luer pour combattre sur terre à la tète dune légion italienne formel' par ses soins. Pendant cell*' période, l'existence de Garibaldi tient plus du roman que de l'iiistoire, nn volume ne suffirait pas pour raconter les combats dans lesquels il tint tête à un ennemi brave et pres(|ue toujours supérieur en nombre. Les soldats de Rosas, battus par lui en maintes rencontres, n'ont pas perdu le souvenir de leur généreux adversaire, car dans ces pays où la guerre participe encore de la ruse et de la cruauté, des sauvages, Garibaldi fit toujours respecter le droit des gens et les règles observées par les nations civilisées ; ajoutons à sa louange et h celle de ses compagnons d'armes, que leur désintéressement égala leur bravoure. Anjoui'd'hui le voyageur qui parcourt l'Amérique du Sud reçoit souveut l'bospitalité dans une estancia où fout respire l'ordre et l'abondance, et où on lui demande dès qu'il franchit le seuil delà maison, des nouvelles de l'Italie et de son libérateur. Le propriétaire de l'exploitation rurale est un ancien soldat fie Garibaldi qui n'a voulu recevoir de la jeune république Montévidéenne, en retour de son sang versé pour elle, que quelques arpents de ferre qu'il cultive à la sueur de son front.
Nous nous arrêterions volontiers sur les divers exploits ([ui marcpient la carrière militaire de Garibaldi dans le Nouveau-Monde si nous ne touchions au moment on son nom va retentir pour la première fois dans l'ancien, et où la grandeur de son rôle politique va faire oublier ses glorieuses aventures.
iNous sonmiesen 1848. L'Italie s'est levée contre l'Autriclie. Au premier appel de la [jatrie en danger, Garibaldi est accouru avec un grand nombre de ses légion-
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iiaircs (I Aiii(Ti(|iii'. Il |((iii\ail irndic d iiiiiiiciiscs scr\ic('s à celle é|)(i(|iie, mais 011 ne e(iiii|iiil pas les axaiilaj^cs (|iril ('lail [lossible de retirer d'une fiiieiic de pai'lisans. Li\ii'' à ses luopres ressources, (larilialdi se liallil (d)sciii'(''ineid dans la Valleliue el dans le Tjrol, déili les Aiitricliiens dans plusieurs leiiconires et lui enlin ol)li}^é d'entrer en Suisse à la lèle de son ])elit cm'ps de partisans. Les niiinitions étai(>iil épuisées et rarmislici^ de Milan venait d'être si^né.
(rest à Hieti, en face des Abru/.zes, (jne nous retrou\ons Ciarihaldi en train de former une nouvelle armée. Immédiatement après sa campagne de laValteline, les électeurs l'aNaient envoyé an Parlement Sarde, mais l'enceinte de la Cliamlire (les députés était trop étroite pour lui, il (■((MilTail dans l'atmosphère de la discussion ; il lui fallait l'air el les horizons libres de la guerre. Il iloiina donc sa démission. Un gouvernement provisoire venait de s'installer dans les États- Romains; Garihaldi s'était empressé de se mettre à sa disposition, el on l'avait chargé du soin de former un corps de troupes.
De la position qu'il occupait sur l'extrême frontière, (jlaribaldi soutenait qu'il était possible d'(q)érer un soulèvement dans les Abruzzes, <à l'aide duquel on envahirait le royaume de Naples. Les avantages de ce plan étaient évidents, et ses inconvénients de peu d'importance. Le roi de Naples, dévoué à l'Autriche, maître de forces considérables, inquiétait la Révolution sur ses derrières, et l'empêchait de disposer de toutes ses forces. Qui sait ce qui serait arrivé à Novare si ce plan, qui avait autant de chances de réussite en 1849 qu'en 1860, avait été adopté. On ne discuta pas son utilité, mais on fut effrayé de sa hardiesse. Garihaldi n'eut plus dès lors qu'à songer à la défense de cette République Romaine dont il venait de décréter la formation comme membre de la Goiistiinante.
Passons rapidement sur le siège de Rome; il y a là un malentendu funeste et des souvenirs douloureux qu'il ne faut pas réveiller. Nous profiterons cependant de l'armistice conclu dans les premiers jours de mai entre les deux armées pour suivre Garihaldi marchant contre le roi de Naples, qui s'est avancé à la fête de ({uinze mille hommes jusqu'à Palestrina. Garihaldi peut à peine opposer le tiers de ces forces à .son royal adversaire, pourtant il le bal le 9 mai, el le force à se
CAlUIiAl.DI. il
ii'liicr pi'écipitammeut sur Vollctfi. I.a position t'Iail livs-rorle, et Foiiliiiaiid II. soiilcuu par une nombreuse artillerie, pouvait s'y défendre d'autant plus ionglenips que son adversaire ne possédait pas un seul canon, mais la haïonnelte est une arme lerrilile. et les Napolitains en tirent l'expérience à leurs dépens ; dé/opés de toutes leurs positions, poursuivis l'épée dans les reins pendant plusieurs lieues, et presquf! sur leur propre territoire, ils laissèrent entre les mains de l'ennemi un ^rand nombre de prisonniers; le mi lui-inéme siM'ait tombé eu sdu jMiuNoir s'il n'avait eu la précaution de prendre la fuite une lieure avant ses soldats.
(Jaribaldi campait sur le territoire napolitain ; les habitants de Rocca d Arce l'avaient accueilli avec enthousiasme; il voulait marcher en avant et tenter la grande entreprise qu'il vient de terminer aujourd'hui; un nrdrcliès pressant du ti'iumvirat le rappela à Rome. Il obéit.
Assiégée le 29 avril 1849, Rome tint jusqu'au 2 juillet dr la mèmi! anin;'(\ Il ne restait plus à (Jaribaldi qu'à gagner Venise et à se renfermer dans celte dernière forteresse de l'indépendance nationale. Il songeait à s'y rendre, lorsqu'on lui dit (|ue la Toscane, prête à se soulever, n'attendait plus iju un homme pour se mettre à sa tète. Venise comptait plus d un défenseur dévoué et intrépide, Garibaldi crut qu'il pourrait èlre plus utile ailleurs, c[ le jour même où la capitulation de Rome fut signée, les soldats de (jaribaldi lurent l'ordre du jour snivaul signé par leur chef :
(' Soldats ,
"Voici ce qui vous attend : la chaleur et la soif pendant le jour, le froid et la » faim pendant la nuit ; point de solde, point de repos, point d'abri ; mais en » revanche, ime misère extrême, des alertes et des marches continuelles, des » combats à chaque pas ; que ceu.x qui aiment l'Italie me suivent ! i>
Le corps expéditionnaire, partagé en deux légions, formait un effectif de quatre mille fantassins et d'environ huit cents cavaliers. A sa tète s'avançait Garibaldi entre le père Bassi et Ange Brunelti, si connu sous le surnom de Ckoruvacchiu , dont les deux fils marchaient dans les rangs des volontaires.
Neuf jours après son départ de Rome, la petite armée républicaine, l'enforcée de neuf cents soldats que lui amenait le colonel Forbes, quitta Terni pour entrer en Toscane par la route de Todi. Les volontaires étaient pleins d'entrain et d'espérance. A chaque pas ils s'attendaient à voir se lever la population.
Trois corps d'armée occupaient le territoire romain ; il s'agissait pour eux de poui'suivre Garibaldi et de lui fermer la route, .\utrichiens. Espagnols, Français se mirent donc en mouvement. Passci' au luilicu de ces ti'ois armées n'était point
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chose racilc : (iiiriliiildi y piirviiil (•cpciiilaiil et sa icliailc |icii( rlic ((iiisiih'n'Hî (•(Miiiiic Mil \iai Idiir (!(• Idrcc dans l'ail iiiililairc. Celle ii'Iraile (•oiiiiiieiiea à F.odi, OÙ 1 ai'iiice des paliioles ilalieiis ('iail |)ar\eiiiie, ainsi (|ue nous l'a\i»nsdil, le I I juillet, haiis ei'ile pailie de lllalie les cdiniMunes son! pauvres (^t lescouvenls lièsrielies ; c'esl cliez les moines i|iie («aiihaldi loi^cail ses Iroupes aliu d'éviler lonle eliarge. aux liabiUuils. Quoique eulourôs do toule l'ahoudaua! imaginable, les solfiais, maintenus dans nue discipline sévère (it (pi'ils avaient à conii- d'oljscrver, ne demandaient aux couvenis ((ue ce (|ni était absolument nécessaires a leur exislenee. Seuls les (^aniakUdes d'Orvicto fuient imposés par le général ;i une amende de cent soixante écus. Non contents de refuser du pain à sa troupe aflamée, ils s'étaient donné le plaisir delancer leurs cliicjiis contre un oriicier ipii venait leur demander l'hospitalité.
A partir de Spolète la désertion s'était mise dans les rangs des patriotes ; en quittant Lodi ils se trouvaient réduits à trois mille hommes environ, divisés en plusieurs détachements commandés par des officiers de choix, avec l'ordre de s'avancer par des chemins différents. L'ennemi cherchait à les envelopper, il fallait le tronqjer ; une fausse démonstration faite dans ce but sur Foligno par un escadron de cavalerie réussit parfaitement. Le 15 juillet le général partit de Lodi, et après avoir devancé d'une demi-heui'e seulement la cavalerie du général Morris lancée à sa poursuite, il atteignitle bourg de Cetona en Toscane, où devait avoir lieu la jonction des divers détachements de son armée. La moitié de ces détachements se trouvait au rendez-vous : l'autre moitié, oblig(''e de faire de longs détours, n'arriNU (jue plusieurs jours a])rès. Le 20 juillet toutes les troupes réunies se ré-, mirent en marche, et le lendemain elles atteignirent Montepulciano après avoir passé par des chemins à peine praticables pour des chasseurs et pour des contrebandiers.
Le bourg de Cetona, (juoique entoui'é de nmrailles et occupé par deux compagnies d'infanterie toscane, s'élait rendu sans coup férir. Les Autrichiens, au nombre de quatre mille hommes conmiandés par l'Archiduc Ernest, venaient à la rencontre de Garibaldi, pendant qu'un antre corps plus nombreux, placé sous le-iî ordres du général Stadion, occupait Sienne dans le but de s'opposer à une tentative d'embarquement des Garibaldiens qu'on croyait devoir s'opérer dans le port de San-Stefano.
L'Archiduc Ernest ayant opéré sa jonction avec le général Stadion, Garibaldi dut songer à se retirer devant un ennemi dont les forces étaient six fois plus nombreuses que les siennes. Il prit donc le chemin des Roraagnes, occupa les hauteurs de Citerna. ayant derrière lui, à une élujte de marche, les Autrichiens
l.AlIir.AI.IH. ■■!•■'
<|iii rallcif^iiiri'iil {'iiliii |iirs ilii lioiiri^ ilc .Mniilrrclii. L Ciiiiciiii |)ai"iiss;iil relie i'iiis résolu il tciilei' les cliaiices d nue Ijataillc ([w la l'uroe des cliuses coiiiniamlait ;ï Garibaldi d'éviter. L'Apeimiii lui oiïrail un dernier refn^ie, mais cnmineni le ^af>ner en présence des Antricliieiis qui surveillent tous les nioiivenieuts d une Iroupe ([uils eroyaieul déjii prisoimière ? C'est dans de pareilles occasions (pi'éclale duus sa inei'veilieuse lecondité le pénie militaire de (iariluddi ; Ltiàcea 1 lia- Inletéde ses manœuvres, ses soldats [)iirenl Iraiicliir l'Apennin el desceiidiv, par des chemins liordés de précipices, dans les Romaj^ues oii l'eniu'iui m- laida pas à les rejoindre. 11 fallut de nouveau Irouiper les Auliicliiens. <iaiiii;ddi \ pai\inl à l'aide d'une fausse atfa((ue ipii lui permit de se relirei- dans l.i mnnia'ilie, <lonl la compagnie de lii'aiUeurs du colonel Korhes parvint à interdire I appioeiie aux régiments de rArcliiduc.
Mais ces marches et ces contre-marches dans les nionlagnes, ces escarnioindies perpétuelles, avaient porté an plus haut point la lassitude dans l'armée jtalriote. Elle était réduite de plus de moitié. lors(|u'elle franchit les Irontières de la petite république de Saint-Marin, où Garihaldi, h peine arrivé, publia cet ordre du jour :
« Soldats !
» '\'ous voilà en pays libre el sûr. Sachons mériter par notre irréprocliablc )> conduite envers nos hôtes la sympathie et le respect dus au malheur.
» A partir de ce moment, je vous délie de tout devoir d'obéissance à mon » égard, en vous laissant libres de rentrer dans vos foyers- Je vous rappellerai 1) senlement que l'Italie ne doit pas rester dans l'opprobre , et ({ue la mort est 1) mille fois préférable au joug de l'étranger. »
Les Autrichiens le lendemain violèrent le territoire de Sainl-Marin, espérani toral)er sur «juehfues soldats exténués de fatigue, mais qui se préparaient à vendre chèrement le peu de vie (jui leui' restait. Le gouvernement de la République invo(iue en vain les traités, le général (lorzowscky, ne veut l'ien entendre; cependant, sur des ordres envoyés en toute hàle de Rimini, il déclare qu'il va dresser les conditions dune capitulation.
La nuit s'a\ance et la capitulation n'est pas encore dressée; étendus dans les rues du siUai^e, les Garibaldiens harassés se li\ieid, au suinnie!!, tandis
■■i\ (, AltlIlAI.DI.
i|ii(' leur clicf. |)i'iic1h' sur iiuc carie d llalio, y cIhm'cIic aviilciiiciil le clii'iiiiii i|iii pciil If (•(ludiiirc à Wiiisc. l'ii aide dr caiiip de (idizowscky ajjjxiilc la rapitiilalidii siiivaulc :
"1" Les léi^iouiiaircs rciilriTinil liliiciiieid clie/. eux , a])r('s a\oir dépose leurs » cirniL's dans les mains des niagislrals dcï Saint-Mai'in ;
» <iaribaldi i-ece\ra nii passeport autrichien, à la condition de s'enibar(|iier » dans le plus hiel' délai [)our l'Aniériipie, dans un poil de la Méditeriam'e. »
Réveillés [)ar nu niulcineni de lainlMUir, les légionnaires se rassoniitlent sur la [)lace de Saint - .Marin . où, à la lueur des lorclu's, ils enleiuienl la lecture de cette capitulation, (pie la uiajdiilé repousse avec iiulignalion. » De nouvelles .s(»uiïrances attendent ceu.x (jui partent, dit (iarihaldi à ses » soldats, sinon l'e.vil ou la inoi't ! mais du moins ils n'auront pas trausi^^é » avec l'ennemi I » Onant à lui son plan est arrêté; il consiste à gagner par des ciieniins de traver.se le port le plus voisin de l'Adriatiifue, et à s'y emliar- (pier poni' Venise; il pré'vient ses aides de camp, lait tout préparer pour son depail , el, piécéde de trois guides, il (piitte Saint-Marin. Les légionnaires restés lidèles à sa Idrlioie sont au nondn'c de deux cents.
Deux heures plus tard , (ioiv.ovvscky apprenait eu frémissant (pie sa |)roie venait de lui échapper. Essayant de la l'essaisir par la menace et jiar la terreur, il lançait une proclamation sauvage dans laquelle on promettait " la )i l'usilhule à (juiconipie fournirait ilu pain, de l'eau (Ui du feu à (jarihahli » et H sa bande de l)rigands. » La proclamation conlenait son signalement et celui de sa femme enceinte de six mois.
Un moment le général autrichien crut tenir les fugitifs; ses soldats n'étaient plus (pi à (pielques lieues de Cesenatico , uù ils pensaient les surprendre; mais lorsqu'ils arrivèrent dans ce petit port. Garibaldi et les siens venaient de s'embarquer depuis une heure, montés sur treize barques de pêcheurs. Dans la barque de Garibaldi se trouvaient, outre sa femme, le père Bassi et Cicerovacchio, tous joyeux du veni frais qui poussait la flottille vers le .seul endroit de l'Italie où tlottaient encore les trois couleurs nationales. Soudain on signale un brick autrichien, puis deux autres bàtimi^'nts de guerre de la même nation. Garibakli, guidé par sou excellent coup d'(i:il de marin, voit entre ces navires un passage qu'il est possible de franchir en essuyant quelques bordées ; mais les pêcheurs tiennent à leurs banjues, ils craignent (pion ne leur en rembourse pas la valeur, et ils se refusent à la manouivre. Au lien d'atteindre le cap Maestra, où il lui eût été facile de rejoindre la croisière vénitienne, il est obligé d'aborder la i)lage de xMesola. après a\oir perdu huit de ses bar(|ues tombées au pou-
CAIlIliAI.Itl. -r.i
\()ii- (lu capilaiiii' (laliiiale Capinoxicli, coinmaiHlaiil le InicK aiilricliicii \'0/rs/r.
(iaiil>al(li. sa rciiiiiii'. le pi'i-c Hassi, (liccrovacchiu ri les (|iicl(|m's li'i^iounuin.'s (léljanjuc's av(T eux, fompriroiit (|iic drsoniiais ils ne pouvaient plus licu les uns })Otu' les auli'es, et qu'il ne leur restait qu'à se séparer ])Our eliercluM' leur salut cliacuu de leur côté. Ils s embrassèrent , et Garihaldi , a\ec sa leiuine et un seul de ses officiers, se dii'igea sur Raveiuie.
Ouelques Garibaldiens avaient essayé de traverser la Toscane pour se rendre en Piémont; les Autricliiens leur donnèrent la chasse, et les tueicul connue des bêtes fauves dans les bois.
Montée siu' un petit clie\al plein de foui^ue et d ardeur, une feiunie n avait pas cessé de marcher à côté de Garil)aldi. Jamais on ne la \it reculer, et dans les moments les plus difticiles elle donnait l'exemple aux soldats ; au milieu de la bataille, ses joues ne pâlissaient que si quebpie danger menaçait le général. Aujourd'liui ses beaux traits sont tlétris ])ar la fatigue e( par la douleur. Sa tète languissante repose sur le sein de son mari, pendant que son corps est étendu sur un peu de paille dans une chaumière. Voilà trois jouis (piClle erre tantôt dans les bois, tantôt sur le sable sous les rayons d'un soleil d août, dans un pays désert et sauvage où elle ne peut trouver ni médecin ni remède pour la soulager. A défaut de remèdes, si du moins elle avait quelques heures de repos! mais on vient annoncer à Garibaldi qu'im parti d'Autrichiens rôde dans les environs. 11 faut fuir, emporter la malade dans une charrette. \'ers le soir les fugitifs sont parvenus à atteindre, près de Ravenne, un(^ maison de campagne appartenant au marquis Guiccioli. On entre chez les paysans, la -malade est couchée sui' un grajjat, le général \a sortir pour voir dans les environs s'il trouvera des secours, sa femme mourante lui fait signe de rester, le regarde d un air plein de tendresse, et expire en lui serrant la main.
Ce fut Garibaldi lui-même, aidé du dernier compagnon ({ui lui restait, qui confiaà la terre la dépouille mortelle de cette Anita qui, depuis le jour oii il l'avait épousée en Améri(|ue, était restée sans cesse à ses côtés, associée à tous ses dangers, à toutes ses douleurs, comme elle sera désormais associée à sa gloire.
Ouehpies jours auparavant un conseil de guerre Autrichien s'était réuni à Bologne. Un moine, entre deux sbires, figurait sur le banc des accusés. Quand le président lid demanda son nom, il répondit qu'il s'appelait Ugo Bassi. Il fut comdanmé à mort séance truaide, et fusillé le lendeniain. Bassi était né à Bologne.
■n\ i.Aiii i; \i m.
Ses (•(iiii|ialii(itcs se somiciiin'iil ciicdic de, ce jniir de ilciiil nu le iii.iiIm' hiiiilia sous los hallt's aiili'icliicimcs.
(Jiiaiil à (^irei'dNaccliio nul iic sail ((iiiiinriil il a pfii.
Dix ans se sont t''C(iiili''s depuis (•(((te (''[)(i(|ni'; de mi'iiieui's jdurs seniMeui luiic pour rilalie. (îai'iitaldi a repris les aruies, 1 élite de la jeunesse s'est j^roupd'C autour de lui : il coiuniande une aiuu'e divisc^e en trois corps ; le preniiei' est [tlaci!': sous les ordres du ((donel Medici ; le second sous les oi'dres du colon(d Co/.ens ; le colonel Arduino est ù la tiHe du troisième. Ol'ticier d artillerie dans raruR''e napolitaine, (^ozens prit une part active à la d(!'fense de Venise. Le chef d'élatniajor ('hument (lorti a longtemps \(''cu en Angleterre. Les deux aides de camp de (iarihaldi sont d anciens compagnons de .ses guerres d Ani(!;ri(iue, et ne l'on! jamais ([uitte.
Tous les soMats adorent leur chef quoiqu'il se communi(iue peu, et qu'il parle assez rarement. Dès (ju'ils l'aperçoivent, ils regardent sa casquette : si elle est posée en arrière, c'est un signe qu'il est content; si au contraire elle cache son front, et si la visière est ramenée sur son nez, la situation est grave ; les soldats s'attendent à quehpie chose de sérieux et apprêtent hnirs armes. Les deux signes ne man(iuent jamais leur effet. Le jour où il lit son entrée à Bergame, la casquette de Garibaldi était plus en arrière que jamais. On venait d'apprendre par dépèche électrique l'arrivée d'un corps de quinze cents impériaux qu'on dirigeait 9ur Bergame, où l'état-major autrichien ignorait que les Garibaldiens fussent entrés. Quel maguillque coup de lilet ! Les soldats s'embusquent autour de l'embarcadère ; l'électricité annonce que l'ennemi n'est plus ipi'à l'avant-dernière station ; le cœur bat à chacun d'impatience et de joie ; les nùnutes succèdent aux minutes ; une heure s'écoule, rien ne paraît. Les Autrichiens étaient l'evenus sur leurs pas à tonte vapeur, avertis sans doute par quelques traînards qu'<ni trouva le lendemain dans les blés où ils se cachaient. Changement subit de position de la casquette de Garibaldi. Les soldats restèrent au moins vingt-quatre heures sans apercevoir le bout de sou nez.
Garibaldi exei'ce un tel prestige qu'on la vu, pendant un combat, envoyer au feii des bourgeois auxquels il remettait le fusil de ses soldats blessés, et qui, sons les yeux du général, s'en servaient courageusement. Toujours entre les deux lignes de tirailleurs, c'est merveille qu'il n'ait pas été atteint. Il y a des gens qui le croieni à l'épreuve de la balle; ce (jiii esl certain, c'est (|ue sa présence suflit