I.AI'ilKAI.DI
poiii' oulliiniinci' Iti suldalcl lui luin' oiil»lier Idiil, (langer. On ii Vu liiiiiait jkis si on voulait racoiilcr Ions les Iraits d'Iirroïsme (1(; celle val(uii(uis(! cl jx'litc arrace (juc. (iarilialdi connoandc, ses niairlies l'ahuleuses, ses surprises, ses coniljats. A Lavcno. |KM-('\rni|d(', les (iarihaldicns ari'aclièi'cnl aux soldats Anlricliiens leurs armes à lia\eis les ineui'lrièrcs des reniparls. A s(in eniii'e en caniijagne, (iarilialdi désirait heaucoui» a\oii' des canons ; coninie le niinislèrc de la j^uei'ie Ini faisait attendre ceux (|n'il loi a\ail promis, il en jirii ((initre aux Anhicliiens ; (|nel(pic lem[ts après, il demandai! à les échanger c(nilre des carahines Minié. Les (juatre canons, pendant la moitié de la guen-e, restèrent aux bagages. Aux >eux de (iaribaldi et de ses soldats, la meilleure de toutes les armes, c'est la baïonnette. Les tirailleurs de l'armée étaient, pour la plnjiai'l, très-lins tireurs ; parmi eux ou remarquait un Anglais d'une cin(juantaine d années ([ui, armé d'une carabine Lancastre d'une admirable précision et d'une lorgnette excellente, semblait faire la chasse aux Autrichiens ; homme visé, homme abattu. On demandait un jour à cet amateur si c'était pour fonder l'indépendance italienne ou pour chasser (|u'ii s'était joint aux volontaires : <( J'aime infiniment l'indépendance italienne. ré])on- » dit-il avec sang-froid, mais je ne déteste pas non plus lâchasse.»
Le Milanais semble disposé tout exprès pour la guerre de partisans. Le côté nord de Milan est fermé par des collines qui forment comme le premier degré de l'immense amphithéâtre de montagnes qui s'élève au nord de l'Italie. Parsemées de villas, de jardins, de bois, coupées par des fleuves, des ri\ières, des l'uisseaux, des lacs de toutes les dimensions, ces collines, depuis Milan jusqu'à la Valteline, offient le plus admiralile champ d'opérations ({u'un chef de partisans intelligent et audacieux puisse souhaiter. Garibaldi ne se trompa point eu le choisissant, et en prenant Varèse comme point de départ de ses opérations. De là eu effet, il raenaf;ait l'ennemi, tendait la main à l'insurrection milanaise, et tenait dans un état de fermentation perpét\ielle le Comasque et la Valteline. Outre les avantages dont nous venons de parler, l'occupation de Varèse lui permettait encore d'interrompre les communications entre l'armée autrichienne et le Voralberg par la chaussée de Sondrio et du Splugeu ; maître de cette vallée, il pouvait la remonter, passer dans la vallée de l'Adige, et de là, inquiéter cette cdmmunitation principale des grandes places fortes de l'Autriche avec le Tyrol.
D'autres raconteront la retraite de Seslo-Calende, la prise de Corne, lé eombal de (ùamerlala, oii, loin de leui- poiul de dé|iarl, attaqués par des forces Irois
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fois plus uonilnriisos, s'altciidaul à cliiKiuc iuslaiil à \(m- parailic sur leurs
cleri'icrcs un coi'ps cnncuii ipii |inu\ai( leur Cdui^'r la iflrailc. les cliasscurs
des Al|M's coinliailirrul iwrr le [dus adiniialilc cduraLic. (lonijjien d'auti'cs
^doru'ux l'ails d'aruics |t(iuriai('ul l'iiforc èhi' ajoulcs à ceux-ci. Nous u'a\(ius
pas la préteuliou d'éeiire l'Iiisloire eoiiiplMe de (iariiialdi. mais de la résuiuei-
eu diiuuaul U' polirait de eel liorunie extraordinaire, lu olticier l'raurais ipii sui-
\ail de Irès-pivs ses opérations eu Italie, s'ex[U'inie ainsi sur s(ui coniiite : " i.cs
(i personnes (pu ne coiiuaisseiit pas Garlhaldi, iii' peuveni (pie tii's-iliriicileuienl
(i s'en faire nue id('e. (iarihaldi n'est iii j^rossier ni l>a\ard. il a la voix niAle mais
« douce, le regard rêveur et tiei'. une taille iiio\enne, assez forte , mais pas trojt
(( cari'ée. une i;raude barlie et des cheveux jjrisonnauts assez longs, (pii lui dou-
<( nent un aii' (pfm'est rien moins que farouche, il a l'esprit aussi entreprenant
(< (pie prudent, plus prudent même ([n'entreprenant. Le rôle ([u'il joue exige une
(( grande audace, mais ce n'est en lui ni instinct ni passion, mais seulement
<( rti'tle.xion . 11 comprend la nt''cessit(:' de s'aventurer, mais il a soin de se ménager
(( nue multitude de ressources. .Uissi, tandis (pi'il send)Iait se jeter tète haiss(!'e au
» milieu des Autrichiens, il savait choisir un point si favoral)le, y manœuvrer avec
(« tant de prudence cpi'après avoir pén(5tré jusqu'à Cônie, il put se retirer jus-
(i (pi'aux bords du lac ^lajeur sans être entamé , sans essuyer de p(Mtes graves ; au
«moment où on le croit vaincu, il songe à reprendre roirensi\e et .ses
(I plus hardis coups de main sont tentés alors qu'on le suppose sur le point de
« tomber au pou\oir de l'ennemi. »
Nous voici à la nuit du 5 au 6 mai 1860; la route qui conduit de Gênes au village de Cornegliano est encombrée de voitures dans lesquelles on distingue vaguement à la lueur des réverbères des hommes dont qnehpies-uns paraissent étrangement équipés. Les piétons regardent, et sans rien dire semblent très-bien savoir ce dont il s'agit. La petite place et les cafés qui l'entourent regorgent de monde. La foule monte en lile une ruelle étroite sui' laquelle s'ouvre une porte grillée ; elle entre dans des allées dont le seul éclairage consiste en des centaines de cigares allumt's. Des l'tincelles courent le long des haies. On se presse, on s'appelle, les uns sont couchés sur l'herbe, les autres debout; des groupes se forment et se dispersent. On entend parler italien, anglais, français, hongrois, Des courants inexplicables s'établissent dans la foule , et vous portent tantôt d'un côté, tanli'it de l'autre dans ces \astes jardins au fond desi|uels on apen'oit \a~
c AKir. AI m. 2!)
^'iii'iiiciil une iMaf;inli(|U(' liiiliilalidii l'iiliciciiirnl iilmi^^i'c iliins roiiilirc. Ou'iilli'iidon ? nii 110 \(iil aiiciiii cImI. Des rciiiiiics so iiièlciil aux ^loiipcs ou sV'carIciil pai' (■(Uipics. Kllcs lie plciirciil pas cl ne clicrcliciil pas a rriciiii' cciix (luCllcs aiiiifiit. La jii'illc s'ouvre, Ions coiireiil vers des l'eiix ipii lnillenl sur la nier. Ce sonl des liarqiies qui savaiicenl, et (pii liienlôl loiielienl a la rive; on s'y précipile ptMeiiièle (le Ions eôlés, ciminantc environ dans cliatiiue, el liienlôl elles s'éloif^nenl (lu bord aux cris mille l'ois r(''p(''l(''s de : VZ/v l'i'idlr Jtdlicniicl Viri' {'Kiriliuhll \
Où vont tous ces volontaires? Ils rifjnorenl, seulomont ils savenl ipie (iarilialdi Pst avec eux, et cela leur snTlil. Le navire vofiiie depuis deux jours; c'esl alors seulement qu'ils appreunenl leur desliiialioii el ipi ils lisenl an milieu des cris d'enthousiasme ces mots de leiirclier: « La mission de ce corps, sera, conuiie )) elle le fut déjà, l)asi''e siii' l'abnégation la plus compli'le, en \ne de la n^i'iii'- II ration de la patrie. Les iiraves chasseurs servirent el serxironl leur pa\sa\ec )) la discipline et le dévouement des meilleurs corps militaires, sans aiilre espi'- 1) rance, sans autre prétention que celle d'une conscience sans tache.
» Aucun grade, an(ain honneur, aucune récompense n'attirèrent ("es brav(^s ; » le danger disparu, ils rentrèrent dans la modestie de la vie privée ; mais l'heure Il du combat sonnant, l'Italie les revoit encore en première ligne, allègres, pleins » (le bonni^ volonté, et prêts à verser leur sang pour elle »
Le 1 1 mai, l'expédition composée de deux navires à vapeur : le Picmonlc el le Lombardo se trouvait en face de la Sicile. Il n'entre pas dans notie cadre de raconter dans toutes ses péripéties le miraculeux débarquement de Marsala. La nouvelle s'en n'-pand avec la rapidité de l'éclair dans les environs, et de là dans toute l'île. A p(^ine débarqué Garibaldi se met en marche sur Salemi; les paysans, les pâtres vêtus de peaux de chèvres, les femmes aux grandes robes rouges viennent de tous côtés pour le saluer ; les prêtres eux-mêmes se mettent à la tète des populations, et pour remercier le clergtS Garibaldi adresse un manifeste aux bons prrt les : u Quoi ipiil en soit, (pioi ipi'il advienne des destinées Il de l'Italie, ce clergé qui fait cause commune avec les oppresseurs de tous les 1) pays, ce clergé (|ui achète des soldats étrangers pour combattre ses frères I) italiens, s'est voué lui-même à rexécratioii des générations futures.
Il C'est une grande consolation pourtant et une promesse que la vraie reli- II gion du tihrist ne sera pas perdue, que de voir en Sicile les prêtres mar(;her à 1» la tête du peuple pour combattre la tyrannie.
» Ugo Bassi ! Vérita! Gusmarolli ! Blanchi! vous n'êtes pas morts tout entiers. Il (]hers martyrs ! Champions sacrés de la cause nationale, le jour où votre exemple » sera suivi, l'étranger aura cessé de fouler notre terre, il aura cessé d'être le
no i; \iiii! \M)i.
Il luiiili'i' «le lins lils. de nos rciiiiiics. de imiIit |i;ilriMi(iiii(' . cl de iKiiis-iiir'iiiPs!
Le I ."'» mai an malin l'ariiirc librratricc (|iiillail Icsiimisoiis sariii/iiics de Salcnii |iiiiir |iiciidi(' le clicmiii de (jalataliiiii. T/i'Iail là (innii dcvail n'iicdiilrcr la proiiiii'iT ((iloiiiic ii;i|i(diiaiiir (•(•iiimaiidrc par le général Laudi, ipii s'rlail l'orlili*'' sur (les liaulciii's tivs-pi'opics à la délciisc et f^arnics d'imo nomhi'ciisc ailillciic. On sait coimncnl ces positions lurent enlevées parles volonlaircs qui se huilaient un contre dix. Leur récompense esl dans ces remerciemeuls de leur j;éuéral : » Avec des coni|)a,ii'nons comme \ous, je puis loul leiilcr, cl je vous l'ai prouvé Il liici' en \(tus conduisani à une enircprise liien ardue, vu le nombre des ennemis, » et leui's l'orles positions, .le complais sui' \os lei'i'ibles liaïonnclles, cl vous » voyez. <pie je ne nie suis pas lrom|i('.
» Déplorant la dure nécessité de coml)attre des soldats italiens, nous devons » confesser ([ue nous avons trouvé une résistance digne d'hommes attachés à une )) meilleure cause, et cela prouve ce ([iie nous serons capables de faire, le jour )i où la famille italienne sera tout entière réunie autour de la bannière de la I) i'édeinpti(»n.
» Demain, le continent italien se mettra en fête pour la victoire de ses frères )i libres et de nos hraves Siciliens. Le combat nous coûte la vie de frères chéris I) morts aux jireniiers rangs ; ces martyrs de la sainte cause de l'Italie vivront i> dans les fastes de la gloire italienne.
» Je signalerai à votre pays le nom des braves qui ont si valeureusement Colii> (luit au combat les soldats plus jeunes et inexpérimentés, et qui mèneront Il demain à la victoire, dans un meilleur champ de hataille, les soldats destinés 11 à rompre les derniers anneaux des chaînes dans lesquelles fut garrottée notre 11 Italie bien-aimée. »
Sur les hauteurs de Gibilrossa, d'oi^i l'œil embrasse le vaste horizon qui s'étend jusqu'à Palerme, deux hommes sont debout; l'un d'eux interroge le ciel, et au bout de quelques minutes, il montre d'un air joyeux à son compagnon une étoile qui vient de se lever. C'est l'étoile de (iariltaldi, celle qu'il regardait au milieu des pampas de l'Amérique, sur les cimes des Apennins, sur la plage de l'Adriatique, où il vit tomber Anita. Cette fois de gros nuages noirs voilaient l'astre protecteur. Aujourd'hui il brille de tous ses rayons et présage la victoire au chef audacieux.