LE ROI DE PRUSSE
aiini los iKuiiliroux r('fiiixi(''s qui se trouvaient à Londres après
^â ''^ n'volulidu (le 1848, ligurait S. A. R. le pripce Frédéric,
^ lière lie S. M. Frédéric-Guillaume IV et héritier présomptif
^â^l^ de la couronne. Lors des événements du 13 mars, le peuple de
'i^^8^^''^ le saccader. On parvint à l'en empêcher, et, le lendemain, le
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%#piince, pour éviter toute tentative du même genre, jugea bon d'envoyer- une somme assez considérable pour les blessés de la ^.^ révolution. Cette démarche ne parvint pas à le rassurer complètement, (;ar il s'empressa de quitter Berlin et même la Prusse. .„^ L'héritier de la couronne, contrairement à ce qui a lieu ordinaire- ^^" ment, ne jouissait pas d'une populai'ité bien considérable auprès des Prussiens. Lorsque le roi, les chambres et les ministres prêtèrent serment à la nouvelle constitution , sa place resta vide à la cérémonie. On vit dans celle
271 \.i- mil HK nu ssi:.
absoiu'i' I iiilciilidii calciih'i' (le ne |ii'rii(ln' aiiciiii ciiLiaui'mi'iil ijui \)i\\ le lier aux priiu'i[)!'s (lu i^niixcriicmcul ((Piislilulioiiiici , |i(im' lc(|iicl il iiaNiiil ikumI paru jusiiu'ulors prolossiM' mii- hicii \i\t; syiiipalliiL'. Lo prince Kri'-dc'ric; n'élail ni nn oralcnr, ni un ]>hilosoplio, ni un liislnrien, ('onuno sou aufîusto froi'c; il so jxisail Itiiil sinipliMuml en soldai ij^norunt des sublililés de l'école, n(! se souciant pas j)lns (hi droit liislori(p!e (pie dn droit rationnel, et passant la pins grande partie; de son temps à faire parader et nianonivrcr les troupes de la garde royale et de la ligne, ce qui faisait dire aux plaisants qu'à la mort du roi régnant le trône de Prusse serait occupé par un caporal.
Coniin(^ il fallait ponitant (pu; le rôle de tous les héritiers présomptifs, (pii consiste à faire des agaceries à la popularité, fut rempli par (pudipTini de la famille, à délaul dn prince, ce fut la piincesse sa femme qui s'en chargea. Elle possétiail toutes les qualités nécessaires pour s'en tirer d'une façon hrillanle et tout à fait naturelle. Fille du grand-duc de Saxe-Weimar, elle avait toutes les traditions de cette cour polie, oîi tous les grands hommes de l'Allemagne recevaient un accueil si empressé. La princesse de Prusse réunit à Berlin, sous son gracieux patronage, tout ce que la capitale renfermait de gens de mérite et d'esprits libéraux dans les arts, dans les lettres, dans la politique. Sans pédantisme et sans effort, dit un historien qui a tracé un tableau de la société prussienne , à l'époque dont nous parlons , sans blesser aucune des difticiles convenances de sa position, elle sut se concilier le dévouement de l'élite de la bourgeoisie berlinoise, qui lui sut un gré infini de quelques actes d'indépendance, surtout de l'empressement qu'elle mit à accepter la dédicace d'un livre de M. de Raumcr, au moment même où une éclatante disgrâce venait de frapper cet homme d'État.
Le parti que le prince de Prusse semblait avoir pris de se tenir, autant que possible, en dehors des affaires, n'était point sans prudence et sans raison avec ini roi comme son frère, livré à tous les instincts et à toutes les contradictions du caractère le plus mobile et le plus impressionnable. Frédéric-Guillaume IV offrait le résumé des défauts et des contrastes de l'esprit allemand. Nuageux et entêté, facile et cassant, perdu dans les abstractions les plus générales et noyé
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flans los (lélails, voyant les questions d'État h travers les vapeurs d'un mysticisme uiiiveisel, son esjirit hiillaiit et inconsistant ,i la l'ois lo rendait l'Iiommo le moins propre à ,i;(iu\t'iiicr une grande nation connue la Prusse, surtout dans les circonstances difliciles où elle se trouvait placée. Pour bien juger Guillaume IV et [)inn- jiien comprendre les embarras qu'il devait causer h son gouvernement et à sa famille, il suffit de lire la collection de ses discours, ipii a été imprimée il y a quelque temps. La correspondance française de Ilumboldt nous le montre également sous un jour assez complet. Nous le voyons d'abord occupé à dresser les statuts d'un nouvel ordre de chevalerie; il attache une si grande importance h ce que les noms des nouveaux chevaliers ne soient pas connus d'avance du public, qu'il les écrit lui-même sur une liste en caractères sanscrits. La grande affaire est, après cela, de savoir si les juifs seront admis à l'Académie de Berlin. Le roi se prononce pour l'affirmative, et entre ensuite dans un véritable désespoir en apprenant que Frédéric le Grand avait refusé autrefois de ratifier l'élection de Moïse Mendelssohn. Se montrer plus philosophe que l'ami de Voltaire, quel sujet de désolation pour un roi (pii songe à acheter le Texas pour le donner à des missionnaires et à faire luimême le pèlerinage de Jérusalem !
Personne n'a d'influence sur cette nature obstinée et changeante; les homraea qui l'entourent, et auxquels on donne le titre de favoris, dit Varuliagen von Ense, qui tient ces détails de Humboldt, ne peuvent qu'épier certaines fantaisies, certaines faiblesses du monarque, pour s'en servir en s'y conformant. S'ils voulaient sortir de ce cercle étroit, ils seraient brisés à l'instant. Le roi écoute volontiers les conseils, mais il se dispense de les suivre. Les plans (|u'il sendde abandonner sont ceux, au contraire, auxquels il tient lo plus. Il fait des projets comme s'il (li'\ait \i\ve cent ans. Il rêve, ajoute Varnhagen. d'énormes bâtiments, de parcs, d'oeuvres d'art; il prépare de longs voyages en Grèce et en Orient, campagnes napoléoniennes, mais pacifiques, à Londres, à Rome, à Saint-Pétershourg. à Athènes; conquêtes d'artistes, de savants, mais non de pavs ! Art et fantaisie sur le trône, et tout à l'entour jonglerie fanatique, hypocrite exploitation d'enfantillages! — Et cependant le roi est vraiment spirituel, vraiment aimable, animé des meilleures intentions! Et N'aruhagen se demande: — Qu'arrivera-t-il encore de tout cela ?
Ce qui devait arriver n'était point difficile à prévoir, et l'on a vu dans quel état de faiblesse, et ou peut même dire d'abaissement, la politique inconsistante de Frétiéric-Guillaume IV a mis la Prusse dans les dernières années de son
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En 1847, <i la \eillo nirinc (l'une ivvdliilion (|iii allait (^branler fniis les trAiies, lo ri)i (le l*russ« crojait rciriicnKiiil oncdic au lri(tni|)li(' prochain et (lt''(inilif de don Carlos et de don MigUL'l ; il es|);'Mail hiiMi, disait-il, aller bientôt à Paris saluer le souverain légitime. On doit comprendre dans (|uelle violente réaction il se jeta après le triomphe complet de la contre-révolution en Allemagne, à la suite des événements de 1 848. On alla jusqu'à s'opposer à l'engagement de M'"" Viardot- Garcia au Grand-Opéra de Beilin, parce que, disait-on, elle était trop rotige. Humhùldt objecta eu vain que le chant n'était d'aucune couleur , le ministre tint ferme, et l'illustre savant fut obligé de le quitter en lui disant : <i Eh bien ! envoyez des engagements en blanc à Béthanie, et faites chanter les diaconesses. »
Déjà, en 18oo, les grands événements dont l'Europe était le théâtre laissaient Guillaume IV fort indifférent; mais une vitre peinte, une volute antique, l'étymolo"ie d'un nom de famille à deviner, était ce qui l'intéressait le plus, après les discussions théologiques cependant, pour lesquelles il se montrait passionné au poiutde correspondre avec plusieurs théologiens sur les questions les plus arduesdu docnne et de la discipline. Il dirigeait lui-même la polémique de certains journaux contre l'évêque de Mayence et divers auties ecclésiastiques catholiques, '
Pendant ce temps-là, le gouvernement prussien s'effaçait de plus en plus. Nous trouvons dans une lettre de Humboldt le passage suivant : « Le prince de Prusse, que je crois très-véridique, afiîrme, conformément à ses principes, avoir dit partout à haute voix qu'une guerre aurait été vraisemblablement évitée, si l'Autriche et la Prusse avaient fait tout de suite, et d'une manière active, cause commune avec les puissances occidentales. <i Mais l'Autriche espérait tirer les marrons du feu, et la Prusse avait à régler des points de philosophie et de do<^niatisme bien autrement importants que les questions soulevées par la guerre d'Orient. Le gouvernement prussien se livra plus que jamais aux charmes de la politique contemplative dont elle recueillit les fruits de tous côtés, et principalement dans l'affaire de Neuchâtel, où la Prusse put s'écrier, comme cet avocat plaidant pour un client battu : « Au fond, nous n'avons pas reçu le soufflet; nous n'en avons eu que le geste. »
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En 1847, Frt'déric-Guillauine IV avait octroyé k ses sujets une constitution faite à souhait pour charmer les adeptes de l'école historique, c'est-à-dire purement gothique et féodale. Satisfait de son œuvre, et confiant dans son éternité, le roi, dans son cercle intime, s'occupait à déterminer l'endroit précis où les Iléhreux avaient passé la mer Rouge, et demandait à ses ministres un mémoire sur la question de savoir pourquoi on ne jouait plus la musique de Palestrina, lorsque la révolution du 13 mars vint l'arracher à ces préoccupations importantes, et lui prouver que le droit historique ne protégeait pas aussi efficacement les monarchies qu'il se l'était imaginé. 11 fallut violer ouvertement la tradition et convoquer une constituante à Berlin. Plus tard, lorsque la constituante et les constituants eurent été dispersés par les haïonnettes de la garde royale, Frédéric-Guillaume iV n'aurait pas mieux demandé que de revenir purement et simplement h son cher droit historique; mais la révolution n'était pas tellement abattue qu'on pût se dispenser de lui faire quelques concessions. Une nouvelle constitution fut rédigée par laquelle se trouvent consacrés tous les principes généraux qui forment la hase des sociétés modernes.
C'est avec cette constitution, h laquelle, ainsi que nous l'avons dit, il avait d'abord refusé de prêter serment , que le prince de Prusse est chargé de gouverner aujourd'hui comme roi. Il est bon d'ajouter que le jour où Frédéric est devenu régent, la formalité du serment a été remplie.
Las du séjour de Londres, et ennuyé de ne pas assister à la parade tous les matins et de ne plus passer de revue, rassuré du reste sur les dangers que pouvait courir sa vie en rentrant dans son pays, le futur roi de Prusse se décida à quitter l'Angleterre et à revenir à Berlin.
Au mois de mars 1849, il y avait dans les prisons de Berlin un jeune officier polonais, nonuTié Louis Mieroslawski, condamné à mort par la haute cour prus-
978 m; ih)i iir, l'iirssi;.
siciiMC ((iimiK' un (les cliofs (le 1 iiisiiiicclioii jMiloiiaisc du grand-diiclir de Poseil. La vicidirc du pouplo sur les Iroujics royales \iul le délivrer iunsi que ses compagiious (\c (•apli\it(''. Trois mois plus tard, le goiivernenieiit provisoire de Badcii offrait ;iLouis]\li(M'oslawski le cominandeiiicnt on chef de l'armée révolutionnaire du Rhin et du Necker.
Le gouvoi'nenienl prussien, voyant la réaction reprendre des forces, accepta de la DiMepernianii|uela mission de réprimer les mouvements révolutionnaires dans le midi de l'Allemagne, et fit marcher une armée sur le grand-duché de Baden.
Le prince de Prusse s'ennuyait fort à Berlin, n'ayant pour s'occuper que son gouvernement de la Poméranie, dont il s'est toujours assez peu soucié, et le régiment dont il était colonel. Le roi, plus philosophe que militaire, n'avait jamais conduit ni eu envie de conduire des armées; son fr6re aîné était le soldat de la famille, il lui confia donc le commandement de l'expédition de Baden.
Soit que le prince, qui, depuis 1813 et 1814, où il suivit les armées alliées, n'avait plus fait campagne, fût un peu rouillé, soit que les troupes prussiennes ne fussent pas aussi excellentes qu'on a hien voulu le dire, les débuts de l'expédition ne s'annoncèrent pas d'une façon très-l)rilîante. Le 16 juin 1849, Mieroslawski défit sur le Necker le corps de Peuker, et, le 9 juin, celui d'Hirschfeld à Waghausel, sur le Rhin. Forcé, par l'abandon de sa cavalerie, à se retirer sur Radstadt, il parvint, en s'appuyant sur la Murg, à tenir en échec 60,000 hommes conduits par les généraux Peuker, Hirschfeldet Graeben, placés tous les trois sous le commandement supérieur de l'héritier du trône.
Pour lutter contre les forces d'un état puissant, la révolution de Baden aurait eu besoin d'être soutenue par un appui extéiieur. Cet appui lui manquant, Mieroslawski passa en France, et les derniers soldats qui lui restaient posèrent les armes. La carrière militaire active du prince de Prusse ne se compose guère que de cette courte campagne. Le roi, pour le récompenser, lui donna le gouvernement de Coblentz, où il vint se fixer, et le commandement des provinces rhénanes. En 1854, il reçut le titre de colonel général de l'infanterie prussienne et le commandement de la forteresse fédérale de Mayence.
Quatre ans après, la maladie du roi son frère l'appela à prendre possession du gouvernement.
La Prusse est le pays qui renferme le plus de nobles : on en compte, je crois, un sur treize habitants. C'est dans cette innombrable aristocratie que se recrute le
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parti (les Junker. Vous m\\\s liippcltv, sans ddiilolf! (ainciix Imroii de TIiiiihIi.tlen-lronckh, ({ni « ('hiil un des plus puissants solj^noiirs de laWestplialie, car son chiUeau avait une poi'ic^ cl des fenêtres; sa ffrandc salle même ('■la il (nnrc d'une tapisserie. Tous les chiens de sa basse-cour composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicair<! du \illnf,fe était son grand-aumônier. Ils l'appelaient [ow^, Monseigneur v\ ils riaient quand il faisait des contes. » Le type de ce personnaïe comi([ne lui survit dans la personne de Junker.
Le Junker habile (juelque masure délabrée au fond de la Poniéranie; il manj^^e du pain l)is et boit de la bière aigre toute l'année; son revenu consiste en quelqu(îs florins qu'il dépense à acheter de la poudre et du tabac, car chasser et fume,i sont ses deux seules occupations. Ennemi de toute innovation, le Junker estime assez la gloire militaire du grand Frédéiic ; mais il tient que ce monarque a dérogé en soupant avec des philosophes. Le Junker ne sait pas toujours lire et écrire, mais il soutient qu'il n'y a pas d'autre droit que le droit historique, et que tout ordre basé sur lerationnalismeest incapable dedurer. Le droit historique pour lui, c'est la féodalité ; si on ne restaure pas le moyen âge, si l'égalité devant la loi est maintenue, si les roturiers peuvent obtenir des emplois dans l'administration et des grades dans l'armée, c'en est fait de la Prusse, de l'Allemagne et de l'Europe tout entière.
Un des traits caractéristiques du Junker, c'est qu'il déteste la France; c'est le Teuton et le gallophobe par excellence : il fredonne encore dans ses bons moments les chansons de 1812 ; il engraisse une oie toute l'année pour la manger le jour anniversaire de la bataille de Leipsick, et si la récolte de blé noir a été bonne, il arrose à cette occasion son rôti de quelques verres de brandwein.
Quand il a trouvé une demoiselle pouvant prouver exactement le même nombre de quartiers que lui, le Junker se marie, et il ne tarde pas h. avoir de nombreux enfants. Les filles deviennent ce qu'elles peuvent; l'aîné des garçons reste à la maison pour faire souche, les autres se dispersent et entrent soit dans l'armée, soit dans les administrations puliliques. L'innombrable bureaucratie prussienne se compose presque entièrement de Junkers. Quoique l'argent du budget provienne d'une origine passablement empreinte de rationnalisme constitutionnel, les Junkers en vivent sans remords : c'est la seule occasion oii ils consentent à mettre le droit historique de côté.
Le roi Frédéric-Guillaume IV, pendant son règne, n'a été en définitive qu'un Junker couronné ; il avait tous les goûts, tous les instincts, toutes les idées du hobereau prussien avec une teinte de mysticisme plus prononcée, et surtout plus d'instruction. Bon, affectueux, expansif eu général, il prenait feu dès ([u'on tou-
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(■liiiit ;"i SCS privil(V<'s. A la moiiulic allciiilc! portrc ;ui didil liis(ori(|ii(' i\r la royautt'', le philosoplic, l'ailislc, le Icltiv disparaissaiciil :(iii vnyail surgir aussitôt le Juuker. On pcul dire ijnc cVsl un Juiikcr (|ui a n'"^uv. depuis 1840 jusqu'au moment où une maladie» terrible est \enuc forcer Guillaume IV de céder à son frère les rônes du gouvernement.
Le Juukérisme, parles liens qui le rattachent au sol et àla bureaucratie, est un parti qui ne manque pas d'une certaine puissance en Prusse; il a dans la presse un organe important ; dans la cliamhre des seigneurs, son influence était assez forte poui- ((>nir en échec le ministère et pour entraver la marche du gouvernement. Il a fallu dernièrement un petit coup d'État du régent pour briser la majorité junkériste de la première chambre du parlement, en y introduisant un nombre suffisant de membres moins exclusivement dévoués au droit historique et à la tradition.
La nomination de ces nouveaux membres a été fort louée en Prusse et considérée comme un acte de courage de la part du régent.
Après le Juuker vient le piétiste.
Si on avait besoin d'inquisiteurs protestants, on les trouverait, je crois, dans les rangs des piétistes. Ces messieurs ne le cèdentpas en insolence à nos ultramontains. Le piétisme, c'est la théocratie dans la réforme. Le pouvoir civil et le pouvoir religieux confondus, le gouvernement de Calvin à Genève, voilà l'idéal du piétiste ; il a en abomination le mariage civil ; il veut imposer la célébration du dimanche, et, si on le laissait faire, il supprimerait bien vite la tolérance religieuse et la liberté de conscience.
C'est le piétiste qui demande le maintien des lois contre les juifs et qui veut que le clergé soit entièrement maître de l'instruction publique. Comme on ne se confesse pas dans la religion luthérienne, le piétiste remplacerait volontiers le billet de confession exigé chaque semaine des sujets de l'État pontifical par un certificat de bonnes vie et mœurs délivré par le ministre de la paroisse; il s'empresserait, s'il avait le pouvoir, de rendre la présence au service divin et la fréquentation de la sainte table obligatoires pour tous les citoyens; il se délecterait à persécuter les catholiques, comme ceux-ci persécutent et molestent encore les protestants dans certains pays. Les lois suédoise appliquées avec tant de rigueur contre les catholiques sont des lois piétistes.
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Pour cxpliquor l'oxislcnco d'un .seiul)lal)l(; parti rhn urir iialidii aussi ('îclaircc (juc la l'iussc, il i'aiil s(inf,'-(M- que ce pays a été loiigtoni|>s aux uiains d'un ordre relijïieux, (>t (|ue l'union di; la force spirituelle et du la force temporelle dans une seule main peut paraître à liicn des gens un retour pur et sinipl*; au droit hisloricjue. Aussi le piétisnie et le junkérisme se prêtent-ils un mutuel appui et forniput-ils, pour être plus exact, un seul of inAino ])arti sous di-ux noms diffrrents.
Le parti pictiste comptait beaucoup sur Frcdéric-Guillaume IV, quoique celuici lui jouât quelquefois d'assez mauvais tours, notamment le jour où il accordait une subvention annuelle pour l'acbèvement de la cathédrale de Cologne. Cela fut considéré comme une manifestation uUra-catholique, et les piétistes en furent indignés. La Gazette de la Croix en jeta feux et llammes. Les brouilles entre le roi et les fidèles du parti n'étaient jamais cependant de bien longue durée. S. M. Guillaume IV envoyait au dévot journal quelque article de sa main sur quelque point de théologie où le catholicisme se trouvait fort mal mené, et le passé était oublié!
Le piétisme réussît-il à s'emparer du gouvernement, à remettre le gouvernement et l'administration aux mains des ministres du culte, à chasser les laïques des emplois, à supprimer les universités, à proscrire l'enseignement philosophique, à anéantir complètement la liberté de la presse, son triomphe n'en serait que plus éphémère. Le principe de liberté qui est dans la réforme, ou plutôt qui est toute la réforme, se ferait bientôt jour du fond même de la réaction, et la force de l'explosion pourrait se mesurer à la force de la compression. Les piétistes manquent de logi(jue : pour être conséquents avec leur doctrine , ces zélés protestants devraient commencer d'abord par se faire catholiques.
On ne pense pas que le nouveau roi de Prusse incline beaucoup vers le piétisme : ses goûts militaires l'éloignent assez des discussions théologiques ; il aime mieux passer son temps à faire manœuvrer des troupes qu'à sonder des dogmes; il va au prêche, mais rien n'indique jusqu'ici qu'il soit d'humeur à faire un mauvais parti à ceux qui vont à la messe, ni même à ceux qui ne vont ni à la messe ni au prêche.
Nous voici maintenant arrivés aux unitaires.
Pour nous autres Français, rien de plus simple que cette idée d'unité; pour
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les Alloniaiids. il n'en csl pas loiit h fait di' riiriiio. Nos voisins do l'aulro cùiv, du lUiiii no conçoivoni rien siinplonient. Ainsi, à lours ycMix, dans la quosUon d'unité, une foulo d'aufros quesfions so lrnu\on( renfermées : unité do l'AlIeniagne sans l'Autriclie, lo (|ui serait une singulit're unité; unité avec l'Iiéjxénionic prussienne, >niité sans l'Iiéjjfénionic, unité avec pouvoir restreint des princes, unité avec leur souveraineté illiniilée, on n'enltMid parler que d'unité dans la grande patrie allcinando, et personne n'a l'air de s'entendre sur ce mot.
Ne nous effi'ayons pas trop de cette divergence d'opinions, chaque pciq)le i)rocède à sa façon ; les Allemands arriveront h l'unité par un autre chemin que nous, mais onlin ils y arriveront. L'Allemagne ne saurait vivre encore bien longtemps dans la situation anormale où elle se trouve : Hesse-Cassel réclame à grands cris une constitution, Mecklembourg demande une représentation, Darmstadt revendique l'égalité religieuse, Dusseldorf proteste, ainsi que Dantzig, contre le système des corporations de métiers; à Hambourg, <à Berlin, le mariage civil est l'objet de discussions passionnées; Rade a aboli le concordat; le Wurtemberg est sur le point de suivre cet exemple, et l'empereur d'Autriche v'ieut d'octroyer une constitution à ses sujets. L'unité passera bientôt dans les faits; de purement morale qu'elle est en ce moment, elle deviendra matérielle, c'està-dire politique et géographique.
Le prince-régent, devenu roi, aura-t-il la décision de caractère et la force d'intelligence nécessaires pour remplir le rôle de fondateur de l'unité allemande?
C'est ce qu'il est impossible jusqu'ici de savoir.
Le nouveau roi est l'objet de l'attente générale, non-seulement en Prusse, mais encore dans l'Europe entière. Les libéraux ont pris confiance en lui : (( Rien n'est décidé à l'égard de la régence, que l'honneur du pays rend, hélas! si nécessaire, écrivait Humboldt, à la date du 9 septembre 1858. Puisse le prince de Prusse tenir ce qu'il promet jusqu'à présent ! » Cet espoir semble indiquer qu'il s'était déjà fait un changement notable dans les opinions du régent, et qu'il n'en est plus à l'époque où il refusait d'assister, à côté de son frère, à la cérémonie de prestation de serment à la constitution. Cependant il faut bien convenir que l'extrême répugnance manifestée par le régent à l'idée de recevoir la régence des mains de la représentation nationale laisse craindre que le roi ne se soit pas préservé tout à fait de la contagion du pouvoir absolu et du droit historique.
LK noi DK l'UUSSE. 28.!
II existe on Prusse un parli auquel les Allemands n'ont pas rlonné de nom, mais qui reprt'senle assez bien ce qu'on appelait autrefois en France le grand parti conservateur ou le grand parti de l'oidre, ou bien encore le parti des honnêtes gens. En Prusse comme (mi Franco, ces honnêtes gens so composent d'industriels privilégiés, de riches propriétaires, do professeurs à gros émoluments, de capitalistes qui aiment le statu qno par-dessus toutes choses, et qui traitent de révolutionnaires tous ceux <jui trouvent que tout ne va pas toujours pour le mieux dans le meilleur d(;s gouvernements possibles. Les membres de ce parti, il faut leur rendre cette justice, ne haïssent pas précisément la liberté : ils sont partisans du régime parlementaire; ils tiennent qu'on doit laisser une certaine latitude aux journaux. Mais si les chambres veulent faire autre chose que discuter, si le régime parlementaire veut passer de la parole h l'action, si les journaux se permettent de répandre des idées et des opinions contraires à celles que le grand parti de l'ordre professe, vite il faut mettre fin à tout cela et appeler le despotisme au secours de la société menacée.
Jusqu'à présent, les Junkers, les piétistes et les unitaires se sont beaucoup agités en Prusse, et, en définitive, ce sont les memltres du parti dont nous venons de parler qui ont gouverné dans la question de Neuchàtel comme dans la question d'Orient, comme dans toutes les questions qui se sont présentées tant à l'extérieur qu'à l'intérieur; on n'a fait que suivre la politique de ce parti, c'est-à-dire la politique des intérêts matériels. Ne se mêler de rien en Europe, ni des affaires de l'Autriche ni des affaires de l'Italie; être l'ami de tout le monde, de la France et de l'Angleterre, de l'Italie et du Piémont; traiter l'unité allemande comme une utopie, vivre en paix avec tous les gouvernements grands, moyens et petits de la Confédération germanique, ne rien changer au système actuel, ne soumettre aux chambres que des projets de lois sur les chemins de fer, tel est en résumé le programme du parti dont nous voulons parler, programme qui a longtemps prévalu auprès du dernier roi, et qu'on cherche à faire prévaloir encore auprès du roi actuel. On n'y parviendra pas, nous l'espérons, et, quoique nos espérance» n'aient encore été justifiées que par des faits privés et non point par des décisions politiques, il serait injuste de méconnaître l'importance d'un fait privé comme celui du mariage du lils aîné du roi actuel avec la tille de la reine d'Angleterre.
2S'i M'^ IlOI ItK l'IlUSSE.
Noces cà Londres, rclour de noces ii Berlin, dîners de gala, repri'sentations de cour, concerts, promenades aux flambeaux. Jusqu'ici FrtViéric V, comme r^'gent, n(! s'est guère laissé voir qu'au milieu des plaisirs. C'est l'honune des fêtes et des entrevues :
Entrevue de Bade ;
Entrevue de Coblentz ;
Entrevue de Varsovie.
On peut dire que, jusqu'à ce jour, on n'a guère fait que l'entrevoir lui-même, et ([u'il est fort diflicile de se faire une juste idée de ses projets. Le caractère de sa famille est l'indécision; vouloir et ne pas vouloir en sont des velléités. Telle a été, depuis le commencement de son règne jusqu'à la fin, la triste politique de son frère, si cela peut s'appeler une politique.
L'ex-régent comprendra-t-il plus largement le rôle de roi de Prusse?
L'Autriche et la Prusse se disputent la direction de l'Allemagne, mais la première nous semble bien moins en posture de l'obtenir que la seconde. Formée de races diverses, hostiles les unes aux autres, la monarchie autrichienne a besoin du secours de l'Allemagne pour les contenir, et, en retour de ce service, que peut-elle lui donner? Rien. L'Autriche est bien plus un embarras qu'un appui pour l'Allemagne. La Prusse, au contraire, presque entièrement allemande, semble constittiée tout exprès, par sa langue, par son année, par la culture intellectuelle de ses habitants, pour absorber l'Allemagne tout entière. Celle-ci ne s'y trompe pas : tout ce qui aspire à l'unité dans la Confédération germanique se tourne du côté de la Prusse, et cette tendance n'existe pas d'aujourd'hui seulement. Après la révolution de 1848, lorsqu'un parlement se réunit à Francfort pour constituer l'unité de l'Allemagne, le roi de Prusse devint tout de suite l'objet des attentions et des espérances des députés ; ils lui offrirent la couronne impériale, et Frédéric- Guillaume IV parut d'al)ord assez empressé de l'accepter. Ce fut encore une simple velléité : les espérances de l'Allemagne se brisèrent devant les perpétuelles indécisions du monarque prussien.
Les circonstances, nous le savons, ne sont plus les mêmes : le moment de rétablir l'empire d'Allemagne est passé; il ne peut être question aujourd'hui que