‹ Les célébrités du jourChapitre 40 sur 42 · I.K UOI DK l'IUJSSK · texte numérisé non relu

I.K UOI DK l'IUJSSK

d'une forme d'unité i)lus restreinte. L'empire est remj)la(;('' par l'iiégémonie ; mais dans cette hégémonie il y a de (juoi tenter l'anilnlion d'un esprit élevé et d'un noble cœur.

La régence, dans les premiers ynws de sou existence, a passé par de rudes épreuves. Un pouvoir nouveau, mal affermi, disputé, un gouvernement jeune obligé de tolérer à côté de lui le vieux gouvernement, ne pouvait songer à résoudre des questions de l'importance de celle dont nous parlons. 11 fallait d'abord dél)layer le terrain de la régence, et l'établir ensuite sur des bases solides. Cela n'était point l'affaire d'un jour. Rien ne gène plus désormais l'initiative de Frédéric; il a en main l'autorité et la force nécessaires pour accomplir de grandes choses ; il s'agit de savoir maintenant s'il saura et s'il voudra en user.

Le roi de Prusse passait pour un homme de sens, de réflexion, mais trèsréservé et se communiquant peu aux autres; depuis son avènement, il faut convenir qu'il n'a guère justifié cette réputation. 11 parle beaucoup, et même un peu à tort et à travers, s'il faut en juger par les discours assez intempérants auxquels il se livre. La prudence sied aux bouches royales. C'est une vérité à laquelle Frédéric V ne paraît pas attacher une importance suffisante ; s'il parle beaucoup, comme nous le disons, il n'aime pas qu'on lui réponde, comme les gens qui ont exercé pendant longtemps de grands commandements militaires, et qui sont accoutumés à se voir obéis sans discussion. Ce goût des habitudes militaires, appliqué à la politique, se trahit tout de suite chez le prince, par le choix qu'il tlt, en prenant possession de la régence, du prince de HohenzoUern comme président du conseil des ministres; ce prince, chef actuel de la branche cadette de Hoheuzollern, burgrave de Nuremberg, duc de Sagau, etc. , après avoir abdiqué en faveur de Guillaume IV et échangé sa principauté contrôle litre d'Altesse Royale, et de prince puîné de la famille royale, ce prince n'est plus maintenant que lieutenant général au service de Prusse et colonel d'un régiment (le la laudvvher. Il n'avait pas donné de bien grandes preuves de capacité politique lorsque le régent l'appela à jouer le premier rôle sur le théâtre des affaires. Dans les moments de crise miuislérielle, et pour couper court aux ambitions qui s'agitaient autour lie la présidence du conseil, et qui auraient souvent rendu la formalion du cabinet impossible, Louis-Philippe faisait appel à quelque illustre épée, au maréchal Soult, au maréchal Gérard, au maréchal Mortier. Une nécessité de ce genre a peut-être contribué h l'avènement du prince de Hohenzollern au poste (|u'il occupe. Ajoutons aussi que ce choix peut s'expliquer également par la ferme iiilenlion manifestée par le prince de Prusse, dès son entrée au pouvoir, d'opérer diius l'armée des changements et des réformes dont elle a grandement besoin.

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L'or^aiiisalion mililaiio de la l'iiisso sciail cxccllt'iilc si les aiitirs pays en axaient uucsoiulilablc; tlans l'cMal acliiri îles l'mws do l'Eiiropc, cllr inV'sculc des iiicoavénicids ([u'il osl iuulilc de l'aiic ressortir. L'armée prussienne n'existe guère en réalité que sur le papier. Le budget s'en trouve bien, mais on n'en peut dire autant de riullueuce générale du gouvernement. La conscience des dolauts essentiels de son or"anisatiou militaire coidrilnte certainement à la position expectante que la Prusse a prise jusqu'ici en l'ace des événements. Le nouveau souverain est décidé à appliquer tous ses efforts ;i niodilier celle organisation, mais les chambres tiennent les cordons de; la bourse, et nous verrons s'il parviendra h les leur faire délier.

Outre les divers partis dont nous avons parlé tout h l'heure, il y a encore les doctrinaires en Prusse. Ou a défini en France le doctrinaire un être impertinent et ahstruit. Nous ne nous permettrons pas d'appliquer la première de ces qualifications aux doctrinaires prussiens; quant à la seconde, nous sommes bien forcés de convenir qu'ils la méritent. Le lendemain même d'une révolution qui venait de renverser une monarchie vieille de huit siècles et d'en fonder une nouvelle, nos doctrinaires avaient entrepris de prouver que le roi improvisé sur les barricades régnait en vertu d'un droit personnel et abstrait que personne, pas même ceux qui l'inventèrent, n'ont jamais pu clairement définir. Si on ne comprend pas le principe, rien de plus clair que ses résultats. En créant une hostilité permanente enti-e la monarchie et la révolution, on sait où les doctrinaires ont mené peu à peu la monarchie.

Les doctrinaires prussiens ont entrepris une tâche non moins épineuse que celle de leurs homonymes de France; il s'agit pour eux de concilier le droit divin historique avec le droit constitutionnel et de faire vivre eu paix le moyen âge avec l'ère moderne. Le ministre actuel des affaires étrangères, M. de Schleinitz, lut un des coryphées du doctrinarisme. Le nom de cet homme d'État n'était pas entouré d'un bien grand éclat lorsque le régent l'appela à remplir une place importante dans le cabinet. On le voit citer pour la première fois eu 1848 ; il figure nu peu plus tard sur la liste des membres du parti de Gotha; une obscurité assez complète l'enveloppe, jusqu'au jour où la feuille officielle l'enregistre parmi les noms des ministres de la régence. Sec, guindé, gourmé, M. de Schleinitz est-il bien rhomme qu'il faut pour conduire la barque diplomatique

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(le la l»riiss(^ à liavers les écueils doiil elle est cnlouroo, el pour rallier les sympathies de i'Allomagne à son gouvernemeut ? C'est ce dont beaucoup de gens doutent : l'avenii' nous apprendra s'ils ont raison.

M. d'Auerswald, niinislie sans poi'tei'euille, liononi! inlcUigent, libéral, tolérant, exerce une certaine iniluence sur le nouveau souverain, (jui écoule; aussi assez \olontiers son secrétaire privé, M. de Borck, loyal et bi'ave militaire, homme instruit, honnête et très-dévoué à sa personne.

Ministre sans porteCeuille au département du foyer domestique, sans viser précisément à jouer un rôle politique et à dominer son mari, la reine de Prusse s'en fait écouter souvent : l'élévation de ses sentiments et de son intelligence, son instruction, lui donnent pleinement, assure-t-on, le droit de dire son mot sur les affaires. Elle le fait avec mesure, en femme qui sait se tenir à sa place. Les soins du gouvernement ne l'absorbent pas, et la meilleure partie de son temps est consacrée à l'éducation de ses enfants aux(juels elle a inspiré une vive affection et un respect qui va jusqu'à la vénération. Sans fierté ni hauteur, elle sait garder dans la vie privée une dignité qui sied à sa naissance et à sa position.

C'est une justice à rendre aux princes allemands que presque tous bannissent, dans leurs rapports avec les particuliers, cette morgue et cette attitude olympienne dont ne savent pas toujours se garantir les princes des autres nations. Le roi de Prusse possède cette quaUté à un haut degré: àBaden,onle voyait se mêler en simple bourgeois à la foule des promeneurs; à Berlin, ses habitudes ne changèrent pas pendant sa régence, et on le rencontrait souvent seul, soit dans les rues, soit à la promenade Sous les Tilleuls, ne se faisant remarquer que par sa simplicité et parla politesse de ses manières. Il se montre empressé et même galant auprès des dames, mais honni soit qui mal y pense ! le roi a toujours été le modèle des maris prussiens.

Les habitants des villes de garnison eatendaient souvent gronder le canon au moment où ils s'y attendaient le moins. Ils se disaient alors : « Voici le prince de Prusse qui arrive, nous aurons une grande parade demain ! » Louis XIV, dit Saint-Simon, aimait à se promener à cheval le long des camps et à faire admirer sa grande mine aux soldats; il se complaisait aux détails d'habillement et d'armement de ses régiments, et il s'en occupait sans cesse avec ses colonels. Ce n'est sans doute point par coquetterie, car sa mine n'a rien que de très-ordinaire, que le roi se plaît à paraître à la tète de ses soldats, mais par suite de ce caporalisme, poumons servir d'un mot inconnu du temps do Saint-Simon, qui a toujours été la manie des princes de sa famille. Le roi traite donc la question du bouton de guêtre avec une grande supériorité; il goûte à la soupe du soldat, il lui parle

l.K noi 1>K l'IUlSSE.

avec faniiliaiili' cl voul (|ii'i»ii le mriic av(!c justice. Nous ignorons si cela suffit pour iiispiicr, connue général, (U' la conliance à une aruirc ; mais l'exemple du roi (le Piiisse pcouvc (|ue c'est assez poiirsVu l'aii'c aimer.

D'un aluird ouvert à tout le monde;, aimable, populaire, sans oi-gueil, pourvu qu'on ne touche pas au droit divin, le roi de Prusse n'éprouve peut-être pas uiu' répugnance aussi invincible pour le régime constitutionnel (jue feu son frère ; au point de vue de l'origine divine du pouvoir royal, il est aussi intraitable que lui ; il a sur le cœur le petit voyage qu'il lit à Londres en 1848, et le mot de révolutionaire suffit pour le mettre presque hors de lui. Ce n'est rien, pourvu qu'aujourd'hui qu'il est sur le trône, il ne lui prenne point fantaisie de confondre la liberté avec la démagogie, comme cela est arrivé à plus d'un souverain. Le roi de Prusse est entouré, lui aussi, de doctrinaires. Qu'il y prenne garde! ces gens-là portent malheur.

Heureusement, nous avons pour nous rassurer sur l'avenir l'article d'un journal prussien qui, comme un gage de la sincérité des opinions libérales du futur roi, nous donnait, pendant sa régence, la nouvelle qu'il venait d'accepter les fonctions de grand-maitre des francs-maçons prussiens.

Î5S lUF. OlNJO tT MAULBE.

Typ. Eruest Meyer, à Pans.

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