MEURE CORNEILLE
par son génie: ce fut d'abord celle qui, sous Richelieu, uaquil du l;i Ligue à peine expirante. Elle dicta l'ode de Malherbe, la satire de Régnicr, le drame de Rotrou.
La Fronde, avec ses chefs de parti, cul aussi ses penseurs et ses poêles. Pascal et Molière furent l'expression la plus haute de cette époque remuante et raisonneuse, mais fière et brillante. La troisième enfin lit oublier les dangers qui avaient entouré le bercau du grand roi, et produisit Bessucl et Racine, avec tant d'autres génies immortels.
Corneille avait donné, en 1629, Mclitc, sa première comédie, inspirée pai une aventure de jeunesse. Cet ouvrage, qui fit pressentir une révolution dans l'art dramatique, obtint un grand succès et valut à l'auteur le pardon de son père. Jusqu'alors le public, réduit à des pauvretés, applaudissait, faute de mieux, des pièces de pure invention et des fictions romanesques. Les volumineuses et sentimentales productions deScudéry charmaient la multitude. Corneille effaça eot engouement par son début heureux ; mais ce n'était pas encore du Corneille.
Ce fui après avoir étudié la langue et le théâtre si brillanl de l'Espagne que Corneille acquit une confiance plus assurée dans l'avenir de son génie, et qu'il s'éleva à la supériorité dans le Cid. Ce chefd'œuvre, accueilli par un cri général d'admiration, fut traduit dans toutes les langues de l'Europe. 11 était passé en proverbe de dire : « Cela est beau comme le Cid. » El pourtant l'envie lit payer chèrement à Corneille sa jeune renommée. On sait que le cardinal de Richelieu fui jaloux des lauriers du poêle; on sait qu'il eut le triste courage de faire censurer l'ouvrage par l'Académie naissante. Jusqu'à l'Académie qui, dans ses mains despotiques, était un instrument d'oppression 1 Mais il arriva que le ministre et l'Académie furent sifflés, et (jue la tragédie continua d'être applaudie.
Du Itomanrcro Corneille passa aux souvenirs épiques de l'ancienne Rome. Il choisit un peuple dont la gloire séculaire répondit à la hauteur de ses pensées. Les Horace» et Cinna donnèrent la mesure de l'énergie et de la gravité du style antique. «Votre Ciii/ifl, lui écrivait Balzac, «uéril le* malades t il l'ait que les paralytiques battent di s
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mains. » La tragédie chrétienne de Polyeucte fut encore pour son autour un nouveau titre de gloire. R/dogune, qui suivit, était, de toutes ses pièces, celle que Corneille préférai I. — Héraclius, Don Sancke et Kicomède n'eurent qu'un demi-succès; la postérité a vengé ces ouvrages. Nicomède, par le naturel et le comique, a des côtés tout sliakspea riens. — Notons le Menteur, excellente pièce qui est restée au théâtre, et déplorons Agêsilas et Attila, qui ne sonl connus que par les fameuses interjections dont Boilcau les frappa. Vivemcni affecté par les échecs des drames de sa vieillesse, l'auteur «lu Cul se relira, durant six ans, dans la reliai te; il employa OC temps à mettre en vers ['Imitation de Jésus-Christ et des poésies latines.
Corneille a exprimé l'amour avec une chaleur d'âme triomphant. ; mais c'est surtout l'héroïsme de la vertu qu'il savait {teindre d'une manière sublime. En le lisant, on sent qu'il priait de conviction et se traduisait lui-même; les nobles cœurs le comprenaient. Le grand Coudé versait des larmes à la lecture des vers du grand Corneille. Turenne s'écriait, en assistant à uue représentation de Sertorius : a Où donc le poète a-»t-il appris l'art de la guerre? » Napoléon trouvait de l'instruction et du plaisir à lire ses œuvres, et regrettait que Corneille « n'eût |«is vécu de son temps, pour le faire premier ministre. » Mais Corneille vécut et mourut pauvre; il recueillait moins de profit que de gloire de ses ouvrages. Il n'avait eu qu'une faible part aux faveurs de la cour; c'est que son àme lière et indépendante ne savait pas flatter.
Louis XIV, qui, au fond, ne l'aimait pas, et qui ne l'avait jamais secouru que capricieusement, lui envoya une gratification pendant sa dernière maladie. Le poète avait soixante-dix-huit ans lorsqu'il s'éteignit. On peut dire qu'il avait donné Racine et Molière à la France, puisqu'ils n'eurent qu'à perfectionner le théâtre, retiré de la barbarie par leur glorieux devancier.
Son frère Thomas fut un littérateur d'un profond savoir, d'une activité infatigable. Trente-deux ouvrages dramatiques furent le produit de sa rime féconde; mais la gloire du frère aîné obscurcit terriblement clic du eadel. « Ah! pauvre Thomas, s'écriait Boîlcau, les
Louis XIV.
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vers, comparés à roux do Ion frère, fonl bien voir que lu n'es qu'un cadet de Normandie. » Cependant l'Académie française, à la mort de Pierre, élut à l'unanimité Thomas Corneille, cmyani ne pouvoir mieux réparer la perte irréparable qu'elle avait faite.
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sf. r* iiiss — nom kji ni.
Nous avons trop parlé de la Fronde pour avoir à revenir encore sur la minorité si difficile, si agitée, du grand souverain qui devait prendre la revanche la plus complète de la rébellion des jtarlcmonts et de l'insoumission de la noblesse. Depuis neuf ans Louis XIV était majeur, lorsque Mazarin mourut. Mazarin, qui savait juger les caractères, avait dil, à son sujet : « Il y a en lui l'étoffe de quatre rois el d'un honnête homme. » — Louis XIV ne le lil pas mentir. Ce qui rendit son règne si illustre et son pouvoir si étendu, c'«*sl qu'il personnifia eu lui l'unilé nationale, qui avait été précédemment si compromise; quand il dit au parlement : « L'Elut, c'est moi ! » il avait raison. L'Etat avait besoin de s'incarner dans une tète énergique. La plupart des guerres tant reprochées à Louis XIV n'eurent d'antre but «pie d'assurer l'unité nationale du territoire. La France était encore privée de ses limites naturelles. Il fallait donc «pie Louis XIV concentrât tous h>s pouvoirs outre ses mains et fit plier toutes les insistances. La nation lui témoigna une confiance, un enthousiasme qui devaient l'encourager.
Par un bonheur tout providentiel, ce roi, «pii avait de si vastes projets, se trouva entouiv des hommes supérieurs «pii pouvaient le mieux le seconder. A sa voix, Mansard, fVrrault et d'autres architectes distingués firent sortir du sol la colonnade «lu Louvre, les Invalides et Versailles. ï/épér «le Ttnvnn»', «le Comlé, «!«" Luxem-
bourg, de Villars, de Câlinai, do Vendôme cl de Rorvvick lui gagna «les batailles; l'Océan, sillonné par ses (loties, retentit des noms de Ruquesne, de Tourville, de Forbin, de Duguay-Trouin, do Jean Bai l. Il cul Bossuet et Fénelon pour élever ses enfants; il eut Golbert, de Lionne, Louvois, Ponlihartrain, pour l'aider à diriger l'État. Tandis que la chaire chrétienne s'animait aux accents de Bourdaloue, de Fléehier, deMascaron, le théâtre palpitait sous la sublime poésie de Racine, ou donnait d'utiles leçons par la bouche de Molière. Tous les genres de littérature avaient pour représentants des chefsd'œuvre. Une sorte de lièvre intellectuelle avait ga^né celle nation qui se plaçait au premier rang. Faut-il s'étonner si Louis XIV, jeune, henu, puissant, victorieux, comblé d'hommages et ne trouvant pas de rival en Europe, prit pour emblème le soleil avec celle devise : Mec pluribus impar?
Ce fut le règne de la majesté, cl les galeries de Versailles en font foi.
Jusqu'au traité de Nimègue, Louis XIV fui le favori de la fortune. Il avait triomphé des ligues de l'étranger, conquis la Flandre, In Franche-Comté, les duchés deClèves et Juliers, ballu par mer les Anglais, les Hollandais et les Espagnols, racheté DnnkejKquc à Charles II, bombardé* Alger et forcé Gènes à implorer sou pardon.
L'âge mûr cl la vieillesse de Louis XIV devaient èlre marqués par une série de malheurs qui assombrirent la fin de ce long et glorieux règne. Toute l'Europe se coalisa de nouveau contre la France, à l'occasion de l'appui que Louis XIV prêtait à l'infortuné Jacques II : une guerre sanglante, mêlée de viet ires et de revers, força le roi, malgré les triomphes de Fleurus, de Staffardc el de Marsaille, à signer le traité de Ryswick, par lequel il dut reconnaître pour souverain d'Angleterre l'usurpateur Guillaume III. Trois ans après, ce. fut la guerre de la succession d'Espagne. Qui ne sait combien elle fut terrible, celle lutte où encore une fois la France avait contre elle loule I Europe secondée par le génie de Marlborough et du prince Eugène? Les défaites de Ramillies, de Malplaquet, de Turin, sont douloureusement présentes à la mémoire. La France était entamée; Eugène avait envahi la Champagne... Louis XIV voulait se mettre à
la tète du reste de sa noblesse et se faire liier sur un dernier champ de bataille. Yillars sauva loul.
Aux maux de la guerre s'ajoutaient pour Louis XIV les malheurs domestiques. Le Dauphin, son fils, mort en 1711, n'avait précédé que d'un an au tombeau le jeune Dauphin, duc de Bourgogne, son petit-fils, son épouse et leur premier-né. De la famille naguère si nombreuse de Louis XIV il ne restait plus qu'un enfant de cinq ans, le duc d'Anjou (depuis Louis XV); et, pour comble de calamité, la clameur publique signalait comme auteur de tant de désastres Philippe, duc d'Orléans, neveu du roi. Louis XIV fit taire ces bruits in justes, et ne s'occupa plus qu'à cicatriser les plaies de son royaume, qui avait, en outre, été déchiré par la révolte religieuse des Cévennes et la révocation de l'éditée Nantes. L'influence de madame de Maintenon avait, dit-on, été pour beaucoup dans cette dernière résolution.
Louis XIV, devenu si triste, si ennuyé dans la fin de sa vie, mourut le 1" septembre 1715, âgé de soixante-dix-sept ans, après en avoir régné soixante-douze. Tout son cortège d'hommes illustres l'avait précédé dans la tombe. Il était seul, seul en faec de souvenirs douloureux...
Il donna d'excellents conseils à son arrière-petit-fils, qui allait lui succéder, et se reprocha sincèrement son amour pour la guerre, le faste et les voluptés. Tels furent en effet les défauts principaux de ce souverain, qui avait tant d'éclatantes qualités. Ce qui a rendu sa mémoire immortelle, c'est qu'il favorisa de toutes ses forces le développement des lettres et des arts; c'est qu'il prodigua les récompenses aux hommes de mérite, et que, par ses encouragements donnes à propos, il constitua le grand règne auquel son nom est à jamais attaché, — un règne qui s'appelle le siècle de Louis XIV.
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Quand Colbert, le grand ministre de Louis XIV, mourut en 1085, à l'Age de soixante-quatre ans, il fallut soustraire ses restes à la fureur du peuple par une inhumation nocturne, et les placer quelque temps sous la protection d'une force armée.
Ce trait suffit pour démontrer ce que e'esl que la reconnaissance des hommes. (Cependant Colbert, au dernier moment, ne s'était préoccupé que de la misère publique; il avait conseillé au roi de réduire di>s dépenses abusives, de remettre les impôts les plus onéreux. Mais le jteuple, qui souffrait, voyait en lui son oppresseur : il le payait par sa haine des prodiges d'une administration de vingtdeux années.
Issu d'une famille de négoce, Colbert était né avec le goût des occupations sérieuses; :1 ne put recevoir qu'une instruction insuffisante, qu'il compléta par r-on indomptable travail. Son esprit était ferme, enclin au puritanisme le plus sévère. Ci* fut à l'école de l'industrie particulière, à Lyon, chez le négociant Masc.rany, qu'il apprit la véritable économie politique, celle qui se fonde sur l'expérience. Plus tard, à Paris, il compléta son éducation d'affaires en se livrant à l'étude pratique des lois et de la procédure chez un notaire et chez un procureur.
La recommandation de son beau-frère, M. Colbert de Sainl- Puangcs, intendant de Lorraine, le fit connaître, en 1048, au cardinal Mazarin, qui le plaça d'abord dans le bureau des parties casuclles. Mazarin ne tarda pas à deviner tout le parti qu'il pouvait tirer du jeune administrateur à le charger de gérer son immense fortune, à l'admettre à ses confidences et à l'élever au rang de conseiller d'Etal. A l'époque où le ministre vivait exilé à Cologne, Col-
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hert fut le seul intermédiaire entre lui et la reine, et il est à remarquer que son nom échappa à la haine et au sarcasme des partis.
La reconnaissance de Mazarin fut sans bornes; la preuve en esl dans ces dernières paroles que prononça le ministre expirant : « Je vous dois tout, sire, mais je crois m 'acquitter en quelque sorte avec Votre Majesté en lui donnant Colbert. »
Mazarin ne se trompait pas. Jamais il n'avait rendu de plus grand servie»» à la royauté.
Tout était au pillage; le trésor était affreusement obéré; les dilapidations du surintendant Fouquet n'étaient pas de nature à combler le déficit. Fouquet fut disgracié, et Colbert reçut, avec toute l'administration des finances, d'abord le litre d'intendant, ensuite celui de contrôleur général.
Colbert ne s'appliqua en premier lieu qu'à rétablir l'ordre. 11 s'empara du mouvement de tous les ressorts administratifs, et leur imprima une impulsion rapide et uniforme. La poursuite sévère qu'il dirigea contre d'innombrables malversations fit rentrer plus de quarante millions. Un fait révélera l'importante utilité de cet apurement général di-s finances : c'est la découverte de trois cent quatre-vingt-quatre millions de fausses ordonnances et de bons du comptant simulât.
Après avoir organisé le mécanisme de ses contrôles et obtenu, pour les différents services, un ensemble de résultats recueilli sur un journal général et sur un grand-livre en parties doubles avec autant de promptitude que de précision, Colbert dirigea tous les efforts de son génie sur le système des revenus publics. Comme Sully l'avait fait, il débuta par dégrever les tailles d'un arriéré de douze années. Il chercha aussi à rétablir l'égalité proportionnelle des cotes individuelles, en pressant les travaux du cadastre d»>s terres. Il supprima toutes les exemptions irrégulières. Il modéra le taux des frais de |M>ursuilest et trouva moyen d'ajouter plus de cinq cents millions à la valeur capitale des propriétés foncières. Sa sollicitude fut vouée à la classe laborieuse des agriculteurs; elle alla môme trop loin, elle l'égara en lui dictant de fausses mesures, qui entravèrent la libre circulation des grains et en diminuèrent sensiblement la valeur.
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Nous le voyons surtout grand el persévérant dans sa réforme clos douanes, îles imjiôls indirects, des gabelles, des postes, dans la levée îles prohibitions qui interdisaient l'entrée et la sortie des matières d'or et d'argent; enfin dans le développement du commerce et de l'industrie. On vil aussitôt s'établir ou se ranimer des fonderies, des fabriques de glaces, de faïence, de cordages, de toiles à voili's, de serges, de tanneriis, de soieries, de dentelles, de draps, de tapisse» ries; enfin, le métier à bas, ancienne invention de l'industrie française, fut reconquis sur l'Angleterre.
C'est à l'appui intelligent de Colbert que fut due la création, du canal du Languedoc. A sa voix, notre marine se releva, et la France eut une eseadre assez forte pour la faire respecter dans l'Orient et mettre son commerce à l'abri des incursions des forbans d'Alger.
L'ordonnanee sur les eaux et forêts, les règlements sur la formation di-s magasins, sur la police des |*>rls, sur l'armement des navïres, mille autres détails, furent son ouvrage. En môme temps, l'infatigable ministre ouvrait I Observatoire aux savantes expériences de Cassini, la Bibliothèque royale aux érudils; il créait des plais et des jardins féeriques, sans négliger d'entourer la France d'une ceinture de forteresses. Successivement il réorganisa toutes les parties de la société, et la justice ne lui échappa pas plus que le reste.
Il est vrai que, pour accomplir une si prodigieuse tâche, Colberl travaillait seize heures |iar jour. — l.e nombre de ses ennemis fut aussi grand que celui de ses œuvres : la haine envieuse ne lui pouvait pardonner une fortune de dix millions; mais jkmi importail à Colberl qu'on l'attaquai, pourvu que le roi fût épargné. Cependant, au moment de mourir, son cœur saignait par suite de reproches assez durs que lui avait faits bonis XIV. Aussi disait-il avec amertume : « Si j'avais fait pmir Dieu ce que j'ai fait pour cet homme-là, je serais sauvé deux fois; et je ne sais pas ce «pie je vais devenir. »
MO M Kl» K