RIQUET
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La généreux; hospitalité do la France, acquise à Imites les inforluncs, a été quelquefois bien payée par les étrangers, par les bannis, dont les descendants donnèrent des œuvres utiles et glorieuses à leur |>atric d'adoption.
De même que Grillon était de souche italienne, de même le nom d'Arrighclti, devenu Itiquct, s'est, à un siècle d'intervalle, appliqué à deux hommes qui furent parents et dont le souvenir restera intarissable.
Pierre-Paul Riqucl surtout a rendu à la France un de ces services qu'elle ne pouvait guère attendre de la plupart de ses autres enfants, presque tous adonnés au métier des armes. Né à Béliers, en db'04, il descendait d'un noble Florentin proscrit, en HOS, par les Guelfes. Riquet, seigneur de Bonrepos, était de la branche des Caraman. 11 unissait le génie de la création au «Ion de la persévérance.
Depuis François 1er, on s'était ému du projet de réunir par un canal la Méditerranée à l'Océan. Des plans, des mémoires, avaient été présentés aux prédécesseuisde Louis XIV; il \ eut même, en 1656, un bail passé avec l'entrepreneur Jean Lcmairc, qui se trouva dans l'impuissance d'exécuter ce travail formidable. I/C seigneur de Bonrepos, à qui sa position avait permis d'étudier parfaitement les terrains et les cours d'eau, reprit l'idée avec enthousiasme, la mûrit et présenta enfin sou mémoire à Gilbert.
Le grand ministre, sans se laisser arrêter par le ton de modestie de l'auteur, examina sérieusement le mémoire et en conçut une profonde admiration.
Selon l'usage, il fallut plusieurs années pour que la commission mixte nommée par le roi et les états du Languedoc s'assemblât à Toulouse et terminât enfin son travail à Béziers. Biqucl avait dé««i<«né
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des cours d'eau découverts par lui dans la Montagne Noire. La cJifli culte était de fournir la preuve qu'ils pourraient être réunis. Il offrit généreusement de faire à ses risques et périls les premières avances, c'est-à-dire le travail des rigoles d'essai. Et ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que ce fut en se promenant à Saint-Germain qu'il devina la direction à donner à ces rigoles
Cependant une entreprise aussi colossale ne pouvait être menée à bonne tin sans des dépenses considérables. A l'assemblée, des états provinciaux, le prince de Conli demanda au Languedoc de contribuer aux frais du canal. Bien que les étals ne pussent mettre eu doute l'utilité du projet, car c'eût été nier la lumière du soleil, ils refusèrent des fonds, moins par pénurie que j«r la crainte qu'on ne fit un autre emploi de leur argent. Il fallut que le génie persévérant de Riquet lui inspirât les moyens de pourvoir aux dépenses sans grever les finances de l'État. Bientôt des milliers d'ouvriers furent à l'œuvre, et on commença à qualilier Riquet «le Moïse du Languedoc. » La partie du canal qui aboutit au port de Celte oflril des difficultés presque ruineuses pour l'illustre ingénieur, qui n'hésitait jamais à prendre les frais sous sa responsabilité.
En 167:2, le canal fut complètement achevé et livré à la navigation, depuis son embouchure dans la Garonne jusqu'au point de partage à Naurouse. Enfin Riquet touchait au terme du labeur qui avait absorbé sa vie entière, lorsque la mort le frappa le 1" octobre 1 680. Ses fils achevèrent l'œuvre, et la réception définitive (Mit lieu, en 1684, par l'intendant du Languedoc. Le conseil d'Etat décida que Riquet avait rempli ses engagements; mais, au lieu de fortune, il laissait à ses enfants deux millions de dettes. Quel noble héritage que celui-là !
En 1707, le canal du Midi avait déjà augmenté de vingt millions le revenu des propriétés territoriales de cette partie de la France et produit au moins cinq cents millions au trésor public.
La statue de l'immortel Riquet décore une des places de la ville de Bétiers.
RACINE
RACINE
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Baeinc, ce jHièle des tristesses douce-» cl résignées, annonça comme une vocation élégiaque par si rêveuse et mélancolique enfance. Orphelin de bonne heure, il lui placé par sa grand' merc à Port-Royal des Champs, où il lit ses études jusqu'à l'adolescence. Ces études furent solides et profondes. Le petit Racine, comme disait Antoine le Maistre, en vint aisément à lire tous les auteurs grecs dans le lexle. Ses lectures favorites étaient les œuvrai de Plutarquo, saint Basile, le banquet de Platon, et, aux banni perdues, le roman de Thêmjène et de Chariclée. Il aimait à s'égarer avec ses auteurs chéris dans de studieuses et méditatives promenades. Ses songeries mêmes étaient fréquentes, fréquentes aussi ses larmes précoces. Poète de bonne heure, il si' plaisait à traduire en vei-s français les hymnes du Bréviaire, ou à célébrer avec une touchante inexpérience la retraite aimée de Port-Royal cl tout ce paysage qui lui était familier.
Après trois ans de séjour il quitta Port-Royal, suffisamment nourri des auteurs anciens, doué d'une prodigieuse mémoire qui lui avait permis de retenir par cœur Théagènt et Chariclée, surpris et jeté au feu parLancelot. Racine vint faire sa logique au collège d'Harcourl. Il se trouva bientôt dans un monde «le princes, de seigneurs et de beaux esprits. Dès lors la Fontaine est de ses amis. Il est fort lié avec un abbé le Vnsseur, homme de goût el de vie élégante. Poète dès le collège, il ne fil que développer cette veine naturelle. Il composa, outre bien de» sonnets qui ne nous sont pas parvenus, une ode aux nymphes de la Seine me le mariage du roi. Cette ode, remise à Chapelain , juge équitable et bienveillant cette fois, valut au jeune homme une gratification de Colbert.
Sa famille s'inquiéta de le voir suis étal el dans une compagnie assez dissipée. On le décida à partir pour I zès en Languedoc, chez
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un de ses oncles, chanoine, dont le bénéfice lui était promis. Voilà Racine en province un peu comme Ovide chez les barbares. Sa correspondance nous le peint. Rien ne lui plaît, rien ne le séduit; la vie de petite ville lui semble monotone et insupportable, les sociétés ennuyeuses; les passions de médira lui paraissent « violentes et portées à l'excès. •> l.e paysage ne lui dit rien, les rochers l'importunent, les cigales l'assourdissent. Qu'aurait dit Platon de cette sortie contre les cigales?
Bientôt, laissant là le chanoine et lecanonicat.il revint à Paris, où son ode de la Hcnomtnée aux Muses le mit en demeure d'obtenir une nouvelle gratification. De là date son entrée à la cour; de là datent aussi ses relations avec Despréaux et Molière. Sa liaison avec Despréaux devait être durable, permanente, consacrée par une sorte de fraternité. Deux pièces inaugurèrent l'œuvre de Racine, successivement représentées avec succès. Ce furent la Thébaïde et Alexandre. Cette gloire naissante alarmait les partisans de Corneille. Ils ne cessèrent de former contre Racine une ligue opiniâtre qui n'empêcha pas le triomphe et la vogue constante d\4 ndromaque.
Racine renouvelait la tragédie. Aux héros de Corneille il devait substituer des hommes; à la victoire du devoir sur la passion, mobile princijwl des œuvres de Corneille, il substituait la victoire de la passion sur le devoir, bien moins idéale, bien plus réelle et plus humaine. Tous ses personnages sont des victimes de la passion, depuis Néron qui lui immole son frère, depuis Roxane qui lui sacrifie son amant, jusqu'à Milhridate qui, à son amour, immolerait ses fils, jusqu'à Oresle qui sacrifie à son délire l'honneur et la foi du serment. Dans le stvle il introduisit les nuances et toutes les délicatesses d'un langage discret et mystérieux comme les sentiments qu'il exprime. Ce fut le poète attendu, le poète trouvé de la cour de Louis XIV, de l'époque des Henriette d'Orléans et des la Vallière, l'interprète du inonde où la passion la plus ardente savait se sauver par tant de de hors, tant «le ménagements, tant de convenances.
Racine, jusqu'à la représentation de Phèdre, ne connut que le succès. Son ami Roil<\iu le défendait vivement contre celte cabale nombreuse et puissante, où les grands seigneurs coudoyaient les
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mauvais poêles, et où l'on voyait figurer un Saint-Évrcmond et une madame de Sévigné, juges défiants et dédaigneux du rival de Corneille. De plus, la proteclion royale s'étendait largement sur ce jeune poêle. Louis XIV se plaisait à voir Racine à sa cour; il éprouvait pour lui plus que de l'admiration, un vif attrait. Plus d'une fois les charmilles de Versailles virent jiasscr, rapprochés dans une noble conversation, le poêle à'Andrnmaque et l'intelligent souverain qui, comme l'a si bien dit Victor Hugo :
Faisait Racine heureux, laissait Molière libre.
Un jour même Louis XIV rendit cet hommage au poêle, de chercher dans ses vers un conseil et une leçon. On se rappelle, dans liritamiiais, ces beaux vers sur Néron :
Pour toute ambition , pour vertu singulière, Il excelle à conduire un char dans la carrière, A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Romains, A venir prodiguer sa voix sur un théâtre.
Celle peinture corrigea Louis XIV du goût de se mêler aux divertissements et de paraître dans les mascarades ou dans les intermèdes de comédie comme un royal acteur. C'est une belle victoire pour le grand poêle et qui fait honneur à la raison du grand roi. Un despote d'Asie se fût offensé de ces vers, dont Louis XIV a su profiler.
La cabale ameutée contre Racine réunit toutes ses forces à la représentation de Phèdre. On opposa à l'œuvre de Racine une tragédie pitoyable de Pradon sur le même sujet, à laquelle on lit un succès factice. L'hôtel de Bouillon avait élé le foyer de celte intrigue. Le duc de Nevers cl madame Deshoulicrcs y avaient pris la plus grande pari. Les orages des premières représentations de Phèdre eonlristèrent Racine; une sorte de défaillance le pril. Les encouragements de Boileau ne purent le relever. Au dégoût des injustices humaines se joignait un retour de scrupules religieux. Il résolut de mener la vie chrétienne, et, renonçant au théâtre, il se maria.
Si nous pouvions suivre Racine dans son intérieur, les vertus les plus louchantes s'offriraient à nous. Nous verrions ce grand homme
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jouer avec ses enfants, et plus tard les accompagner de ses conseils quand ses flls se séparaient de lui pour entrer dans leur carrière, de ses larmes quand ses filles montaient à l'autel pour se consacrer à Jésus-Christ. Douze ans furent ainsi perdus pour la poésie et bien employés pour le bonheur domestique. Racine, en fait de vers, .m? bornait à traduire les hymnes et à paraphraser les épi très de saint Paul. Il écrivait lentement l'histoire des guerres de Louis XIV, car il avait été nommé historiographe avec Boileau ; mais cet ouvrage resta inachevé. 11 mena à bonne fin une jw-tite et charmante histoire de Port-Royal. C'était un hommage rendu à sas anciens maîtres, c'était aussi une réparation; car, dans l'entraînement de la jeunesse, il s'était laissé allé à écrire une lettre contre eux à propos de leurs censures à l'endroit du théâtre.
Au bout de douze ans, le poëte se réveilla, comme si cet intervalle n'avait été que le sommeil et non la mort de son génie. Madame de Maintenon lui demanda une pièce tirée de l'Écriture sainte, pour exercer ses jeunes pupilles de Saint-Cyr. Racine composa Etther, puis Athalie, et ce génie, qui avait été si antique dans Britanuicus, si moderne et si universel dans ses autres pièces, atteignit du premier coup à la grandeur et à la hardiesse bibliques.
Racine, tout en allant moins à la cour, avait conservé la faveur de Louis XIV : il la perdit par un acte de courage qui l'honore. Ias souffrances du pays, les maux de la guerre, l'abus du pouvoir absolu, avaient ému Racine, comme Vauban, Fénelon , Boisguilbert et quelques aulres bons citoyens. Racine osa présenter au roi un mémoire qui demandait des réformes et des institutions. Depuis ce jour, Louis XIV ne daigna plus regarder son poëte favori. Cette disgrâce accabla Racine, qui mourut peu de temps après. On lui a fait un crime de sa faiblesse ; ne rabaissons pas ainsi les grands hommes. Nous aimons mieux croire que Racine succomba plutôt au regret de l'amitié perdue qu'à la mortification de la faveur retirée. Racine n'était pas de la foule vulgaire des courtisans. Dans sa vie, comme dans ses œuvres, nous reconnaissons une Ame d'élite, singulièrement tendre et délicate, et nous dirions presque un génie et un cienr féminins.
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François de Salignac de la Motte-Fénelon lut, comme Bossuei, l'ornement du grand siècle. Si le cygne de Cambrai fut inférieur à Y aigle de Meaux pour la force et le sublime, il eut plus d'onction et de charme. Marie Leczinska, la vertueuse épouse de Louis XV, disait : « Si M. Bossuet prouve la religion, M. de Fénelon la fait aimer. » Le parallèle de ces deux grands hommes peut se résumer dans celle opinion.
Malheureusement, on vit ces illustres prélats, après une longue ' intimité, se diviser sur une question de théologie et s'engager dans une lutte qui, durant trois ans, agita l'Église et la cour. Les disputes sur le quiétisme en furent la cause. Cette doctrine, qui fait aimer Dieu pour lui-même, et sur laquelle une femme distinguée* avait écrit des rêveries mystiques, devait plaire à l'âme tendre et romanesque de Fénelon. Il défendit celle erreur dans son livre des Maxime* des saints. Bossuct, animé d'un zèle ardent, combattit ces princi]>es; il en résulta une polémique fâcheuse. On en référa à l'autorité de Rome. La doctrine fut condamnée; mais le pape Innocent XII, admirateur de Fénelon, avait dit à ses ennemis ces mots remarquables : « Il a péché par excès d'amour de Dieu ; mais vous, vous avez j»éché par défaut d'amour du prochain. »
Fénelon n'hésila pas à s'incliner devant la décision du siint-siégc. L'archevêque de Cambrai se montra grand dans la soumission et publia contre son propre ouvrage un mandement justement admiré; mais tant d'humilité ne désarma pas ses ennemis. Depuis longtemps son mérite avait éveillé l'envie; on l'éloigna de la cour.
Cet exil no put altérer la sérénité de son Ame; au contraire, il
' &ifam* Gtffon,
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I mu va dans sa retraite le repos, le bonheur. Sa bonté, son inépuisable charité, le firent aimer et hénir. Les fondions «le l'épiscopat remplissaient tous ses instants; il instruisait et consolait. Aussi, comme on le révérait dans son diocèse! Il y était entouré de serviteurs zélés et d'amis fidèles.
Fénelon s'était nourri de la lecture des anciens. Son génie fut précoce; à dix-neuf ans le jeune abbé attirait à ses sermons la foule, charmée par la douce persuasion qui coulait de ses lèvres. Il recul son éducation ecclésiastique au sein de la congrégation de Saint -Sulpice.
Nommé aux importantes fonctions de précepteur des enfants de France, l'archevêque de Cambrai remplit celle tâche difficile avec un mérite digne d'éloges, cl sut, à force d'habileté et de patience, réprimer l'indomptable naturel de son royal élève, le duc de Bourgogne. On admirera toujours les procédés ingénieux dont il fit usage dans ce but. Fénelon écrivit j>our l'instruction du jeune prince ses Fables, ses Dialogues et aussi les Aventure» de Tèlémaque; mais ce livre, qui devait donner à son élève des leçons de morale et de conduite, fut ce qui contribua le plus à aigrir Louis XIV contre l'auteur. Le roi crut y voir une satire de son gouvernement et de sa personne, et fut désormais l'ennemi implacable de l'archevêque.
En 167-4, Fénelon entra à l'Académie française. Quoiqu'il ait beaucoup écrit, il ne parut jamais rechercher la gloire de l'écrivain. La plupart de ses ouvrages ont la religion ou de bonnes œuvres pour objet. Ses principaux titres littéraires sont : le Traité sur f éducation des filles, chef-d'œuvre de raison et de délicatesse ; le Traité du ministère des pasteurs, ses Lettres spirituelles, ses Dialogue* sur V éloquence de la chaire, ses conseils au duc d'Orléans sur divers sujets concernant la philosophie et la religion. Mais c'est surtout dans sa correspondance intime (pie cette àme vertueuse et expansive se dévoile tout entière ; c'est là qu'on trouve ce qu'on a pu dire et penser de plus délicat sur l'amitié. On comprend qu'une nature si bonne, si généreuse, ait conservé des amis dévoues, même dans la disgrâce. Tout le monde subissait le charme répandu dans sa personne. Saint- Simon disait de l'évêque grand seigneur : « On ne pouvait le quitter, ni s'en défendre, ni ne pas cherchera le retrouver. »