FÉNELON
Son cœur était également ouvert à tous : « J'aime mieux, disait-il, ma famille que moi-môme; j'aime mieux ma patrie que ma famille. Mais j'aime mieux encore le genre humain que ma patrie. » — « Admirable progression de sentiments et de devoirs! » s'est écrié M. Villemain, dont la plume éloquente a tracé le portrait de ce grand homme. Des esprits faux ont abusé de ce principe; il méritait cependant d'être autorisé par Kénelon : c'est le carilas generis humain échappé i l'Ame de Cicéron...
Les jours de l'adversité étaient arrivés pour la France avec la guerre de la succession. Le diocèse de Cambrai, qui était encore à demi territoire espagnol, fut désolé par les armées ennemies. Le noble archevêque parut au milieu de ces désastres comme un ange consolateur. Son palais devint l'asile du malheur; lui-même il pansait les blessés de ses propres mains. Il allait les cheicher jusque sur le champ de bataille.
Dans les dernières années de sa vie, Fénelon eut la douleur de perdre successivement ses amis les plus chers. Il passa le reste de ses jours dans le deuil et la souffrance. Une mort soudaine avait enlevé le prince, son élève, sur lequel la France et Fénelon avaient fondé tant d'espérances. Le grand et vertueux prélat ne survécut que peu de temps à ses affections. On l'enterra sans pompe et sans bruit, par crainte de la cour ; mais le pasteur fut pleure tout haut. Le tombeau de Fénelon, qui échappa comme par miracle à la violation révolutionnaire des sépultures, décore la nouvelle cathédrale de Cambrai. La statue du noble archevêque est un des plus beaux ouvrages de David d'Angers. Trois bas-reliefs retracent les principaux traits de sa vie; c'est raconter ses vertus à la postérité. Dans l'un, on le voit instruisant le duc de Bourgogne; dans l'autre, pansant nos soldats blessés à Malplaquct ; dans le troisième, enfin, ramenant la vache égarée d'un bon paysan.
Tf? RENNE